En bref : La dysphagie est une sensation de blocage Ă la dĂ©glutition. On la distingue du globus (boule dans la gorge entre les repas, soulagĂ©e en avalant), de la xĂ©rostomie (bouche sĂšche qui gĂȘne la dĂ©glutition), de lâodynophagie (douleur en avalant) et du RGO (impression de digestion lente). Trois questions orientent : oĂč ça bloque (gorge et fausses routes : dysphagie oropharyngĂ©e, souvent neurologique ; rĂ©trosternale quelques secondes aprĂšs : Ćsophagienne), quoi (solides seulement : obstacle mĂ©canique ; solides et liquides dâemblĂ©e : trouble moteur) et comment ça Ă©volue (intermittente ou rapidement progressive). Une dysphagie progressive avec perte de poids aprĂšs 50 ans est un cancer jusquâĂ preuve du contraire. Lâimpaction alimentaire (incapacitĂ© dâavaler sa salive) va Ă lâurgence.
En bref : La premiĂšre question est : « haute (oropharyngĂ©e, de transfert) ou basse (Ćsophagienne, de transport) ? ». La dysphagie haute (toux, fausse route, rĂ©gurgitation nasale) est surtout neurologique : on fait une Ă©valuation de la dĂ©glutition (orthophonie, vidĂ©ofluoroscopie). La dysphagie basse se bilante par gastroscopie en premier. Une dysphagie progressive aux solides puis aux liquides, avec perte de poids, est un cancer jusquâĂ preuve du contraire. Ă lâhĂŽpital, un dĂ©pistage de la dĂ©glutition doit prĂ©cĂ©der toute prise orale aprĂšs un AVC.
đ©ș Au chevet
đ© Signaux dâalarme
- Impaction alimentaire (salive non déglutie, hypersalivation)
- Pile bouton ou objet pointu dans lâĆsophage
- Dysphagie progressive solides â liquides, perte de poids, anĂ©mie, > 50 ans, hĂ©matĂ©mĂšse : cancer
- Toux au repas, voix mouillĂ©e, pneumonies dâaspiration
đ© Signaux dâalarme
- Impaction alimentaire ou corps Ă©tranger : incapacitĂ© dâavaler la salive, hypersalivation, douleur rĂ©trosternale â urgence (endoscopie ; immĂ©diate si obstruction complĂšte, pile bouton, aimants ou objet pointu).
- Dysphagie rapidement progressive, perte de poids, anémie ferriprive, hématémÚse ou méléna, odynophagie importante, ùge > 50 ans.
- Dysphagie oropharyngĂ©e aiguĂ« avec dĂ©ficit neurologique (AVC), voix nasonnĂ©e, ptose ou faiblesse fluctuante (myasthĂ©nie) â urgence.
- Fausses routes avec fiĂšvre ou toux productive (pneumonie dâaspiration), dĂ©shydratation, prise PO impossible â urgence.
â Ă faire maintenant
- Haute (initier, toux, reflux nasal) ou basse (blocage rétrosternal) ?
- Post-AVC : NPO, mĂ©dicaments compris, jusquâau dĂ©pistage de la dĂ©glutition validĂ©
- Revoir les médicaments (KCl, bisphosphonates, fer, doxycycline, AINS ; sédatifs, anticholinergiques)
- Basse : gastroscopie + biopsies (EoE : ℠6, sur 2 niveaux) ; haute : orthophonie, vidéofluoroscopie
đ PremiĂšres ordonnances
- Impaction : endoscopie ; un traitement médical (glucagon : dose selon le protocole local ; efficacité variable) ne doit pas la retarder
- Sténose peptique, anneau : IPP (oméprazole 20 mg PO bid ou 40 mg PO die) + dilatation
- Ćsophagite mĂ©dicamenteuse : arrĂȘter la molĂ©cule ; comprimĂ©s avec un grand verre dâeau, sans sâallonger aprĂšs la prise ; IPP (omĂ©prazole 20 mg PO bid ou 40 mg PO die)
- Candida : fluconazole 400 mg PO Ă 1 dose, puis 200â400 mg PO die Ă 14â21 j
- Ne pas écraser les formes LA ou entérosolubles
đ Appeler ou orienter si
- Gastro-entĂ©rologie : Impaction alimentaire avec obstruction complĂšte ; pile bouton ou objet pointu Ćsophagien ; autre corps Ă©tranger ou impaction incomplĂšte ; dysphagie avec hĂ©matĂ©mĂšse
DĂ©lais, autres situations et quoi prĂ©parer : section Consulter âș
- Préciser : gorge ou rétrosternal ; solides ou solides et liquides ; intermittente ou progressive ; durée ; impactions antérieures.
- Revoir les mĂ©dicaments : doxycycline, AINS, bisphosphonates, KCl, fer (Ćsophagite mĂ©dicamenteuse) ; anticholinergiques et sĂ©datifs (bouche sĂšche, dĂ©glutition).
- Terrain : RGO ancien (stĂ©nose peptique), atopie chez un homme jeune (Ćsophagite Ă Ă©osinophiles), tabac et alcool (cancer Ă©pidermoĂŻde), Raynaud (sclĂ©rodermie), Parkinson, AVC.
- Examen : bouche et dentition, cou (masse, thyroĂŻde), ganglions sus-claviculaires, nerfs crĂąniens et examen neurologique, poids ; regarder boire quelques gorgĂ©es dâeau (toux, voix mouillĂ©e).
- FSC et ferritine ; TSH si goitre.
- Basse : gastroscopie + biopsies (EoE : ℠6, sur 2 niveaux) ; haute : orthophonie, vidéofluoroscopie
đ PremiĂšres ordonnances
- Impaction : urgence (endoscopie)
- Sténose peptique, anneau : IPP (oméprazole 20 mg PO bid ou 40 mg PO die) + dilatation
- Ćsophagite mĂ©dicamenteuse : arrĂȘter la molĂ©cule ; comprimĂ©s avec un grand verre dâeau, sans sâallonger aprĂšs la prise ; IPP (omĂ©prazole 20 mg PO bid ou 40 mg PO die)
- Candida : fluconazole 400 mg PO Ă 1 dose, puis 200â400 mg PO die Ă 14â21 j
- Ne pas écraser les formes LA ou entérosolubles
đ Appeler ou orienter si
- Envoyer Ă lâurgence : Impaction alimentaire ou corps Ă©tranger (pile bouton, objet pointu) ; dysphagie avec hĂ©matĂ©mĂšse ; dysphagie aiguĂ« avec signe neurologique ; fausses routes avec fiĂšvre ou dĂ©shydratation
DĂ©lais, autres situations et quoi prĂ©parer : section Consulter âș
đš RĂ©fĂ©rer : CRDS Consulter en gastro-entĂ©rologie si : · CRDS Consulter en chirurgie gĂ©nĂ©rale si : (prioritĂ©s A Ă E) · đ© Alertes cliniques : urgence
OropharyngĂ©e ou Ćsophagienne ?
| OropharyngĂ©e (transfert) | Ćsophagienne (transport) | |
|---|---|---|
| Moment | DÚs le début de la déglutition | Quelques secondes aprÚs avoir avalé |
| SymptÎmes | Toux, étouffement, fausses routes, régurgitation nasale, voix mouillée, salive qui coule | Sensation de blocage rétrosternal (parfois ressentie au cou), régurgitation |
| Causes motrices | AVC, Parkinson, sclĂ©rose en plaques, SLA, tumeur cĂ©rĂ©brale, myasthĂ©nie, polymyosite, dystrophies musculaires, dystrophie oculopharyngĂ©e, dĂ©mence, mĂ©dicaments | Solides et liquides dâemblĂ©e : spasme et troubles de la motilitĂ© (intermittents) ; achalasie, sclĂ©rodermie, maladie de Chagas (progressives) |
| Causes mĂ©caniques | Diverticule de Zenker (rĂ©gurgitation dâaliments non digĂ©rĂ©s, halitose), hypertonie du cricopharyngien, ostĂ©ophytes cervicaux, goitre, cancer ORL, corps Ă©tranger | Solides plus que liquides : anneau de Schatzki, Ćsophagite Ă Ă©osinophiles (intermittentes) ; stĂ©nose bĂ©nigne peptique ou caustique (lentement progressive) ; cancer (rapidement progressive) |
| Orientation | Ăvaluation de la dĂ©glutition, neurologie, ORL | Gastroscopie (CRDS de gastroentĂ©rologie) |
đĄ Un blocage ressenti au cou nâexclut pas une cause Ćsophagienne distale ; un blocage rĂ©trosternal, lui, vient de lâĆsophage.
Causes Ćsophagiennes
- Mécanique (solides plus que liquides) :
- intermittente : anneau de Schatzki (Ă©pisodes de « steakhouse »), Ćsophagite Ă Ă©osinophiles (homme jeune, atopie, impactions rĂ©pĂ©tĂ©es) ;
- lentement progressive : sténose bénigne, peptique (RGO ancien, brûlures qui diminuent) ou caustique ;
- rapidement progressive : cancer (Ăąge, perte de poids, anĂ©mie, tabac, alcool, Ćsophage de Barrett).
- Motrice (solides et liquides dâemblĂ©e) :
- intermittente : spasme Ćsophagien et autres troubles de la motilitĂ© (douleur thoracique : Ă©liminer dâabord un SCA) ;
- progressive : achalasie (rĂ©gurgitation dâaliments non digĂ©rĂ©s, perte de poids, toux nocturne), sclĂ©rodermie (Raynaud, RGO sĂ©vĂšre), maladie de Chagas (personne venant dâAmĂ©rique du Sud ou centrale).
- Odynophagie (douleur Ă la dĂ©glutition) : Ćsophagite mĂ©dicamenteuse, infectieuse (candida chez lâimmunosupprimĂ© ou sous corticoĂŻdes inhalĂ©s, herpĂšs), caustique ; ulcĂšre ou cancer.
Prise en charge au SRV
- La gastroscopie est lâexamen de 1re intention de la dysphagie Ćsophagienne (biopsies pour lâĆsophagite Ă Ă©osinophiles, mĂȘme si la muqueuse paraĂźt normale) ; le transit barytĂ© aide si lâendoscopie tarde ou si une achalasie est suspectĂ©e.
- Demander la gastroscopie par le formulaire CRDS de gastroentĂ©rologie : rapidement progressive en prioritĂ© B, stable et intermittente en prioritĂ© D. Lâimpaction ne passe pas par le CRDS : urgence.
- En attendant : IPP Ă dose standard si RGO ou stĂ©nose peptique suspectĂ©e ; petites bouchĂ©es, bien mastiquer, Ă©viter la viande et le pain secs ; consignes Ă©crites de se prĂ©senter Ă lâurgence en cas de blocage.
- Ćsophagite mĂ©dicamenteuse : cesser lâagent si possible ; prendre les comprimĂ©s Ă risque avec 250 mL dâeau, en position debout, et rester assis ou debout 30 minutes.
- Candidose Ćsophagienne probable (muguet et odynophagie chez un patient sous corticoĂŻdes inhalĂ©s ou immunosupprimĂ©) : traitement selon le guide antibiotique ; immunosuppression importante ou Ă©chec : gastroentĂ©rologie ou urgence.
- Dysphagie oropharyngĂ©e : rĂ©fĂ©rence en orthophonie ou en ergothĂ©rapie pour lâĂ©valuation de la dĂ©glutition (vidĂ©ofluoroscopie au besoin) et lâadaptation des textures (cadre IDDSI) ; revoir les mĂ©dicaments sĂ©datifs ; chercher la cause neurologique.
Bilan et traitement en spécialité (à connaßtre)
- OropharyngĂ©e : chercher une maladie neuromusculaire ; la cinĂ©-dĂ©glutition (vidĂ©ofluoroscopie) est souvent le premier examen (causes motrices et mĂ©caniques, risque dâaspiration) ; TDM cĂ©rĂ©brale si une atteinte du SNC est soupçonnĂ©e ; examen ORL (nasopharyngolaryngoscopie) si une cause mĂ©canique nâest pas exclue.
- OropharyngĂ©e motrice : traiter la maladie de base, orthophonie et ergothĂ©rapie, prĂ©vention de lâaspiration, soutien nutritionnel (gastrostomie au besoin). Cause mĂ©canique : chirurgie ou traitement selon la cause.
- Ćsophagienne : gastroscopie avec biopsies ; si elle est normale, manomĂ©trie Ćsophagienne ± transit barytĂ© (trouble moteur ou anneau soupçonnĂ©).
- Sténose bénigne : dilatation (prothÚse dans les cas complexes). Anneau de Schatzki : IPP bid, dilatation si réfractaire. Cancer : traitement oncologique ± prothÚse.
- Ćsophagite Ă Ă©osinophiles : IPP Ă forte dose, corticoĂŻde topique avalĂ© ou diĂšte dâĂ©viction, et dilatation des stĂ©noses (gastroentĂ©rologie).
- Achalasie : dilatation pneumatique, myotomie chirurgicale ou endoscopique (POEM), toxine botulique si le patient nâest pas candidat. Spasme : nitrates ou bloqueurs des canaux calciques. SclĂ©rodermie : IPP.
đ Ressources et raisonnement
đ§ Raisonnement Raisonnement diagnostique (VINDICATE, drapeaux rouges)
đ Consulter Quand consulter â GastroentĂ©rologie · Urgente : consultation intrahospitaliĂšre · semi-urgente : intrahospitaliĂšre ou externe · Ă©lective : en externe
Définitions
- Dysphagie oropharyngĂ©e : difficultĂ© Ă initier la dĂ©glutition, toux ou Ă©touffement, rĂ©gurgitation nasale, voix mouillĂ©e, pneumonies dâaspiration.
- Dysphagie Ćsophagienne : sensation de blocage rĂ©trosternal ou cervical quelques secondes aprĂšs la dĂ©glutition, impaction alimentaire.
- Odynophagie : douleur Ă la dĂ©glutition. Elle Ă©voque une Ćsophagite infectieuse (Candida, HSV, CMV), mĂ©dicamenteuse ou caustique.
- La localisation rapportĂ©e par le patient est peu fiable. Une sensation cervicale peut venir dâune lĂ©sion distale.
- Ă distinguer du globus (boule dans la gorge entre les repas, soulagĂ©e en avalant), de la xĂ©rostomie (bouche sĂšche qui gĂȘne la dĂ©glutition) et du RGO (impression de digestion lente) (Lanthier).
AnamnÚse ciblée
| Question | Interprétation |
|---|---|
| DifficultĂ© Ă initier ou blocage aprĂšs quelques secondes ? | OropharyngĂ©e ou Ćsophagienne |
| Toux, étouffement, reflux nasal ? | Aspiration ; dysphagie oropharyngée |
| Solides seulement ? | Obstacle mécanique |
| Solides et liquides dâemblĂ©e (ou liquides > solides) ? | Trouble moteur (achalasie, sclĂ©rodermie) |
| Progressive ? Intermittente ? | Progressive : stĂ©nose peptique ou cancer. Intermittente : anneau de Schatzki, Ćsophagite Ă Ă©osinophiles |
| Perte de poids, anémie, ùge > 50 ans, hématémÚse ? | Drapeaux rouges : cancer |
| Pyrosis chronique ? | Sténose peptique, Barrett, sclérodermie |
| RĂ©gurgitation dâaliments non digĂ©rĂ©s, halitose ? | Diverticule de Zenker, achalasie |
| Antécédents | AVC, Parkinson, SLA, myasthénie, sclérodermie, diabÚte, chirurgie ou radiothérapie cervicale ou thoracique, VIH |
| MĂ©dicaments | KCl, bisphosphonates, fer, doxycycline/tĂ©tracycline, AINS/AAS, vitamine C, quinidine (Ćsophagite mĂ©dicamenteuse) ; neuroleptiques, anticholinergiques, opioĂŻdes (motricitĂ©) |
Causes
| Type | Causes principales |
|---|---|
| Oropharyngée neurologique | AVC, Parkinson, SLA, démence, SEP, tumeur du tronc, Guillain-Barré, encéphalopathie métabolique, dyskinésie tardive |
| Oropharyngée myogÚne | Myasthénie, polymyosite et dermatomyosite, dystrophie oculopharyngée et myotonique, paranéoplasique |
| Oropharyngée structurelle | Zenker, barre cricopharyngée, membrane cervicale, tumeur ORL, ostéophytes, post-chirurgie ou radiothérapie |
| Ćsophagienne mĂ©canique intrinsĂšque | StĂ©nose peptique, cancer, Ćsophagite Ă Ă©osinophiles, anneau de Schatzki, membranes, Ćsophagite caustique, mĂ©dicamenteuse ou radique |
| Ćsophagienne mĂ©canique extrinsĂšque | Masse mĂ©diastinale, oreillette G dilatĂ©e, anĂ©vrisme aortique, artĂšre sous-claviĂšre aberrante, ostĂ©ophytes |
| Ćsophagienne motrice | Achalasie (primaire ou pseudo-achalasie nĂ©oplasique), spasme Ćsophagien diffus, sclĂ©rodermie, RGO avec pĂ©ristaltisme faible, maladie de Chagas |
| Fonctionnelle | Dysphagie fonctionnelle : diagnostic dâexclusion |
Patient hospitalisé : dépistage et aspiration
- AVC : dĂ©pistage de la dĂ©glutition par un professionnel formĂ© avec un outil validĂ©, avant toute prise orale (mĂ©dicaments, aliments, liquides) (Recommandations canadiennes pour les pratiques optimales de soins de lâAVC). Le patient reste NPO jusquâau rĂ©sultat ; rĂ©fĂ©rence en orthophonie si le dĂ©pistage est anormal.
- Chez la personne ùgée hospitalisée (délirium, démence, Parkinson) :
- surveiller la toux au repas, la voix mouillée et les pneumonies à répétition ;
- consulter tĂŽt lâorthophonie ou lâergothĂ©rapie.
- Médicaments :
- revoir les formes : Ă©craser seulement si câest permis (pas les formes LA ou entĂ©rosolubles), ou passer au liquide ;
- limiter les sédatifs et les anticholinergiques.
- Sonde dâalimentation obstruĂ©e : irriguer dâabord Ă lâeau tiĂšde avec une seringue de 60 mL ; si Ă©chec, enzymes pancrĂ©atiques non entĂ©rosolubles (ex. Viokace) + bicarbonate de sodium Ă©crasĂ©s et dissous dans un peu dâeau tiĂšde, injectĂ©s et laissĂ©s agir (clamper), puis irriguer ; aviser le mĂ©decin aprĂšs 2 tentatives infructueuses. Ne pas utiliser de jus ni de boisson gazeuse. PrĂ©vention : rincer avant et aprĂšs chaque mĂ©dicament et aux 4 h en gavage continu (ASPEN, Boullata 2017).
- Fin de vie, dĂ©mence avancĂ©e : « alimentation de confort » avec des risques acceptĂ©s. Ne pas recommander de gastrostomie : lâalimentation manuelle soigneuse est au moins aussi bonne pour la mortalitĂ©, la pneumonie dâaspiration, lâĂ©tat fonctionnel et le confort (Choisir avec soin, SociĂ©tĂ© canadienne de gĂ©riatrie).
Prise en charge
Urgences
â ïž Recommandation actuelle (ESGE, 2016) : obstruction Ćsophagienne complĂšte, pile bouton ou objet pointu dans lâĆsophage = endoscopie en urgence, idĂ©alement < 2 h et au plus tard < 6 h ; autres corps Ă©trangers Ćsophagiens < 24 h.
- Impaction alimentaire (salive non déglutie, hypersalivation) : gastroscopie en urgence (< 2 h idéalement, < 6 h au plus tard) si obstruction complÚte, sinon dans les 24 h.
- Le glucagon a une efficacitĂ© variable (nausĂ©es, vomissements, risque de perforation et dâaspiration) ; aucun traitement mĂ©dical ne doit retarder lâendoscopie.
- Ensuite, rechercher une cause sous-jacente : EoE (biopsies des tiers supérieur, moyen et inférieur), anneau, sténose.
- Pile bouton ou objet pointu dans lâĆsophage : endoscopie en urgence (mĂȘme dĂ©lai).
Bilan selon le type
- OropharyngĂ©e : chercher une maladie neuromusculaire systĂ©mique ; la cinĂ©-dĂ©glutition (vidĂ©ofluoroscopie avec lâorthophonie) est souvent le premier examen (causes motrices et mĂ©caniques, risque dâaspiration) ; TDM cĂ©rĂ©brale si une atteinte du SNC est soupçonnĂ©e ; examen ORL (nasopharyngolaryngoscopie) si une cause mĂ©canique nâest pas exclue.
- Ćsophagienne : gastroscopie avec biopsies ; si elle est normale, manomĂ©trie Ćsophagienne ± transit barytĂ© (trouble moteur ou anneau soupçonnĂ©).
- Priorités de consultation (urgence, †10 jours, †3 mois) : voir Consulter.
Selon la cause
| Cause | Traitement |
|---|---|
| Dysphagie post-AVC ou neurologique | Techniques compensatoires (textures modifiĂ©es IDDSI, posture), rééducation en orthophonie ; dĂ©cision dâalimentation entĂ©rale dans les 3 premiers jours si besoin ; sonde NG, remplacĂ©e par une gastrostomie si alimentation prolongĂ©e, selon les objectifs de soins |
| StĂ©nose peptique, anneau de Schatzki | IPP (bid pour lâanneau de Schatzki) + dilatation endoscopique si rĂ©fractaire ; endoprothĂšse dans les stĂ©noses complexes |
| Ćsophagite Ă Ă©osinophiles | IPP (omĂ©prazole 20 mg bid ou 40 mg die), ou corticostĂ©roĂŻde topique avalĂ© (budĂ©sonide 2â4 mg/j), ou diĂšte dâĂ©limination empirique (1 ou 2 aliments) ; réévaluer par biopsies ; dilatation en parallĂšle si stĂ©nose ; dupilumab si non-rĂ©ponse |
| Ćsophagite mĂ©dicamenteuse | ArrĂȘter la molĂ©cule ; prendre les comprimĂ©s avec un grand verre dâeau, sans sâallonger aprĂšs la prise ; IPP |
| Ćsophagite infectieuse | Candida : fluconazole 400 mg PO Ă 1, puis 200â400 mg PO die Ă 14â21 j ; HSV : acyclovir ; CMV : ganciclovir |
| Achalasie | Gastroscopie dâabord (exclure une pseudo-achalasie), manomĂ©trie haute rĂ©solution ; dilatation pneumatique, myotomie de Heller ou POEM (efficacitĂ© comparable, types I et II ; POEM ou myotomie adaptĂ©e pour le type III) ; toxine botulique si inapte Ă un traitement dĂ©finitif |
| Spasme Ćsophagien, troubles de la motilitĂ© | Ăliminer dâabord un SCA ; nitrates ou bloqueurs des canaux calciques |
| Sclérodermie | IPP ; rechercher les autres atteintes |
| Cancer de lâĆsophage | RĂ©fĂ©rence en oncologie et chirurgie ; endoprothĂšse palliative si dysphagie sĂ©vĂšre |
đĄ Anneau de Schatzki (anneau fibreux de la jonction Ćsogastrique, dysphagie intermittente aux solides, « steakhouse syndrome ») : on le considĂšre de plus en plus comme une consĂ©quence du reflux. Traitement : IPP et dilatation.
Cancer de lâĆsophage
- Se présente typiquement par une dysphagie progressive aux solides puis aux liquides, avec perte de poids : gastroscopie sans délai.
- ĂpidermoĂŻde : alcool et tabac.
- AdĂ©nocarcinome : Ćsophage de Barrett, RGO, obĂ©sitĂ©.
- Pronostic réservé : référence rapide en oncologie et chirurgie.
Algorithme
- La gorgĂ©e barytĂ©e dâabord se justifie si on soupçonne une stĂ©nose complexe (post-radiothĂ©rapie, caustique, chirurgie) ou un Zenker. La sĂ©quence est dĂ©battue.
Consulter
Envoyer Ă lâurgence si :
- UrgenceImpaction alimentaire ou corps Ă©tranger (incapacitĂ© dâavaler la salive, hypersalivation, douleur rĂ©trosternale) â endoscopie ; immĂ©diate si obstruction complĂšte, pile bouton, aimants ou objet pointu
- UrgenceDysphagie aiguĂ« avec signe neurologique (dĂ©ficit dâAVC, voix nasonnĂ©e, ptose ou faiblesse fluctuante)
- UrgenceFausses routes avec fiĂšvre ou dĂ©shydratation (pneumonie dâaspiration, prise PO impossible)
Consulter en gastro-entérologie si :
Aucun traitement mĂ©dical (glucagon) ne doit retarder lâendoscopie.
- UrgentImpaction alimentaire avec obstruction complĂšte (salive non dĂ©glutie, hypersalivation) â garde ; endoscopie idĂ©alement < 2 h, au plus tard < 6 h.
- UrgentPile bouton ou objet pointu Ćsophagien â garde ; endoscopie idĂ©alement < 2 h, au plus tard < 6 h.
- UrgentAutre corps Ă©tranger ou impaction incomplĂšte â garde ; endoscopie < 24 h.
- UrgentDysphagie avec hĂ©matĂ©mĂšse â garde, mĂȘme jour.
- Semi-urgentDysphagie Ćsophagienne rapidement progressive (solides puis liquides, perte de poids : cancer Ă exclure) â gastroscopie pendant le sĂ©jour si hospitalisĂ©, sinon †10 jours.
- ĂlectifDysphagie Ćsophagienne stable et intermittente â †3 mois.
Ă prĂ©parer : haute ou basse, solides ou liquides, Ă©volution, perte de poids, heure et nature de lâaliment ou de lâobjet ingĂ©rĂ©, mĂ©dicaments (Ćsophagite mĂ©dicamenteuse, anticoagulants), FSC, ferritine, antĂ©cĂ©dents de radiothĂ©rapie ou de chirurgie.
Consulter lâĂ©quipe de dysphagie si :
Orthophonie et ergothérapie, tÎt.
- Semi-urgentDĂ©pistage de la dĂ©glutition anormal post-AVC (NPO, mĂ©dicaments compris, dâici lâĂ©valuation) â pendant le sĂ©jour.
- Semi-urgentToux au repas, voix mouillĂ©e ou aspirations (dysphagie oropharyngĂ©e ; vidĂ©ofluoroscopie) â pendant le sĂ©jour.
Consulter en nutrition clinique si :
- Semi-urgentApport oral insuffisant, alimentation entĂ©rale Ă envisager (post-AVC : dĂ©cision dans les 3 premiers jours) â pendant le sĂ©jour, selon les objectifs de soins.
Consulter en oncologie si :
- Semi-urgentCancer de lâĆsophage confirmĂ© (avec la chirurgie) â rĂ©fĂ©rence rapide, pendant le sĂ©jour ou dĂšs le congĂ©.
Dysphagie Ćsophagienne (oropharyngĂ©e et neuromusculaire exclues du formulaire) : gastroscopie par le CRDS.
- RapideDysphagie rapidement progressive (perte de poids, anĂ©mie ferriprive, Ăąge > 50 ans) â prioritĂ© B (†10 j)
- ĂlectifDysphagie stable et intermittente â prioritĂ© D (†3 mois)
- ĂlectifCandidose Ćsophagienne rĂ©fractaire ou immunosuppression importante â consultation externe en gastro-entĂ©rologie (urgence si prise PO impossible)
Consulter en neurologie si :
Dysphagie oropharyngée : évaluation de la déglutition en orthophonie ou en ergothérapie en parallÚle.
- RapideSuspicion de SLA ou de maladie du motoneurone â prioritĂ© C (†28 j)
- RapideParkinsonisme connu mal contrĂŽlĂ© (dysphagie, fausses routes) â prioritĂ© C (†28 j)
Consulter en ORL si :
- RapideMasse cervicale suspecte de nĂ©oplasie (tabac, alcool, croissance rapide) â prioritĂ© B (†10 j)
- RapideChangement de voix rĂ©cent et constant (> 4 semaines) â prioritĂ© C (†28 j)
- ĂlectifOdynophagie persistante ou globus avec signe dâalarme (dysphonie, masse, perte de poids) â consultation externe en ORL
à préparer : siÚge (gorge ou rétrosternal), solides ou liquides, évolution, impactions antérieures ; poids et perte de poids ; FSC, ferritine (TSH si goitre) ; médicaments en cause (doxycycline, AINS, bisphosphonates, KCl, fer) et IPP essayé.
PiĂšges et perles
- Une dysphagie aux liquides autant quâaux solides dâemblĂ©e Ă©voque un trouble moteur (dysphagie « paradoxale »). Diagnostic par manomĂ©trie ; penser Ă la sclĂ©rodermie et Ă lâamyloĂŻdose.
- Pseudo-achalasie : chez un patient ĂągĂ© avec un tableau dâachalasie rĂ©cent et une perte de poids rapide, penser Ă un cancer du cardia.
- Un homme jeune avec des impactions rĂ©pĂ©tĂ©es et de lâatopie : Ćsophagite Ă Ă©osinophiles. Il faut des biopsies, mĂȘme si la muqueuse semble normale.
- La myasthénie peut se présenter par une dysphagie fatigable ou une voix nasonnée, sans ptose évidente.
- Impaction chez un homme jeune atopique : Ćsophagite Ă Ă©osinophiles jusquâĂ preuve du contraire ; demander des biopsies.
- Le globus (boule constante dans la gorge, sans difficultĂ© Ă avaler, soulagĂ©e en mangeant) est bĂ©nin ; ORL sâil sâaccompagne de dysphonie, dâodynophagie, dâune masse ou dâune perte de poids.
- Ne pas tenter de « débloquer » une impaction au SRV (boisson gazeuse, glucagon) : urgence.
- Personne ùgée qui tousse en mangeant ou qui fait des pneumonies à répétition : dépister la dysphagie oropharyngée.
Références
- Boullata JI, Carrera AL, Harvey L, et al. ASPEN Safe Practices for Enteral Nutrition Therapy. JPEN J Parenter Enteral Nutr. 2017;41(1):15-103 (dĂ©sobstruction des sondes dâalimentation).
- Le Lanthier (guide de mĂ©decine interne), section « Dysphagie » : dĂ©finitions, causes oropharyngĂ©es et Ćsophagiennes, bilan et traitement selon la cause (rĂ©sumĂ©e dans nos mots).
- MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spĂ©cialisĂ©e (CRDS) â GastroentĂ©rologie : dysphagie rapidement progressive (†10 jours) ou stable et intermittente (†3 mois) ; impaction alimentaire ou corps Ă©tranger : urgence.
- Birk M, Bauerfeind P, Deprez PH, et al. Removal of foreign bodies in the upper gastrointestinal tract in adults: European Society of Gastrointestinal Endoscopy (ESGE) Clinical Guideline. Endoscopy. 2016;48(5):489-496. doi:10.1055/s-0042-100456.
- Dellon ES, Muir AB, Katzka DA, et al. Diagnosis and Management of Eosinophilic Esophagitis (ACG Clinical Guideline). Am J Gastroenterol. 2025;120(1):31-59. doi:10.14309/ajg.0000000000003194 â rĂ©sumĂ© ACG.
- Vaezi MF, Pandolfino JE, Yadlapati RH, Greer KB, Kavitt RT. ACG Clinical Guidelines: Diagnosis and Management of Achalasia. Am J Gastroenterol. 2020;115(9):1393-1411. doi:10.14309/ajg.0000000000000731.
- CĆur + AVC. Recommandations canadiennes pour les pratiques optimales de soins de lâAVC â Ăvaluation et prise en charge de la dysphagie et de la malnutrition aprĂšs un AVC (6e Ă©d., 2019, mise Ă jour).
- Choisir avec soin Canada / Société canadienne de gériatrie. Gériatrie : douze examens et traitements à remettre en question (mis à jour avril 2025), recommandation 3.
- Guide dâutilisation des antibiotiques de lâHĂŽpital Charles-Le Moyne (CHLM), 7e Ă©d., CISSS de la MontĂ©rĂ©gie-Centre, mai 2023 â Fluconazole, Ćsophagite Ă Candida, p. 53 (document local).
- Formulaire de rĂ©fĂ©rence en gastroentĂ©rologie (CRDS, MSSS) : dysphagie excluant lâorigine oropharyngĂ©e ou neuromusculaire, rapidement progressive (prioritĂ© B) ou stable et intermittente (prioritĂ© D) ; alerte clinique : impaction alimentaire ou corps Ă©tranger (voir Consultations âș GastroentĂ©rologie).
- Le Lanthier (guide de mĂ©decine interne), section « Dysphagie » : dĂ©finitions, causes oropharyngĂ©es et Ćsophagiennes, bilan et traitement selon la cause (rĂ©sumĂ©e dans nos mots).
- Wilkinson JM, Codipilly DC, Wilfahrt RP. Dysphagia: evaluation and collaborative management. Am Fam Physician. 2021;103(2):97-106.
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- International Dysphagia Diet Standardisation Initiative (IDDSI) : cadre des textures modifiées.
- MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spĂ©cialisĂ©e (CRDS) â Neurologie.
- MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spĂ©cialisĂ©e (CRDS) â ORL.