En bref : La perte de poids en CHSLD est fréquente et souvent multifactorielle : difficulté à manger, dysphagie, bouche et dents, dépression, douleur, médicaments, maladie aiguë ou progression d’une démence. On cherche d’abord les causes réversibles, puis on mise sur l’aide à l’alimentation et l’enrichissement des repas. En démence avancée, elle annonce souvent la fin de vie : pas de sonde d’alimentation, on aide à manger.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Toux ou étouffement aux repas, pneumonies répétées : dysphagie.
- Perte rapide avec fièvre, douleur, sang dans les selles, masse, vomissements.
- Refus de manger nouveau : délirium, douleur buccale, dépression, effet médicamenteux.
- Reprise d’une alimentation après un jeûne prolongé : risque de syndrome de réalimentation.
✅ À faire maintenant
- Confirmer la perte (même balance, même conditions) et calculer sa vitesse.
- Observer un repas : position, aide nécessaire, durée, textures, appétit.
- Examiner la bouche (prothèses, plaies, candidose, dents), dépister douleur et dépression.
- Revoir les médicaments qui coupent l’appétit ou causent nausées, sécheresse buccale, constipation ou somnolence.
- Demander nutritionniste et, au besoin, orthophonie ou ergothérapie pour la déglutition.
Selon le niveau de soins
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A – B | Investigation ciblée par l’histoire et l’examen (FSC, TSH, électrolytes, créatinine, albumine selon le cas) ; imagerie ou endoscopie seulement si elle change la conduite et que le résident l’accepte. |
| C | Traiter les causes simples sur place (bouche, douleur, constipation, médicaments, dépression) ; investigation minimale. |
| D | Manger pour le plaisir : aliments préférés, petites quantités, pas de pesée ni de restriction alimentaire. Soins de bouche. |
Sur place
- Repas : aide à l’alimentation, environnement calme, horaire souple, collations, aliments préférés et culturellement adaptés.
- Enrichissement : plats enrichis et suppléments oraux entre les repas, avec la nutritionniste.
- Régimes : lever les restrictions (sel, sucre, gras) qui n’ont plus de bénéfice et qui nuisent à l’appétit.
- Textures : adaptées à la déglutition, sans appauvrir l’apport.
- Stimulants de l’appétit : à éviter en général (mégestrol : risque de thrombose et de décès) ; traiter plutôt une dépression ou une nausée.
Famille et suivi
- En démence avancée, expliquer que la perte d’appétit fait partie de l’évolution, et que la sonde ne prolonge pas la vie ni ne prévient l’aspiration.
- Inviter la famille aux repas si elle le souhaite.
- Peser selon le plan ; réévaluer après chaque changement.
Pièges et perles
- Une erreur de pesée est fréquente : recontrôler avant d’investiguer.
- Œdème ou ascite peuvent masquer une perte de masse musculaire.
- L’albumine baisse avec l’inflammation : ce n’est pas un bon marqueur de l’état nutritionnel à lui seul.
Références
- Volkert D, et al. ESPEN practical guideline: clinical nutrition and hydration in geriatrics. Clin Nutr 2022;41(4):958-89.
- Canadian Society for Long Term Care Medicine. Choosing Wisely Canada — Long-Term Care (mise à jour 2025).
- American Geriatrics Society. Feeding tubes in advanced dementia position statement. J Am Geriatr Soc 2014;62(8):1590-3.
- American Geriatrics Society. 2023 Updated AGS Beers Criteria. J Am Geriatr Soc 2023;71(7):2052-81.