En bref : Un résident qui cesse de manger ou de boire est soit malade (infection, délirium, douleur, constipation, médicament, problème dentaire ou de déglutition), soit en fin de vie d’un TNC avancé. La soif s’émousse avec l’âge : l'hypernatrémie traduit presque toujours un manque d’eau. On corrige la cause, on hydrate par la bouche ou par hypodermoclyse, et on rediscute des objectifs quand le refus est durable.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Somnolence, confusion nouvelle, convulsion : hypernatrémie ou hyponatrémie importante.
- Hypotension, tachycardie, oligurie : déshydratation sévère ou sepsis.
- Toux ou étouffement aux repas, fièvre, désaturation : dysphagie et pneumonie d’aspiration.
- Refus soudain avec douleur, vomissements ou abdomen sensible : cause aiguë à chercher.
✅ À faire maintenant
- Signes vitaux, poids, état de base ; bouche (candidose, prothèse, dent), abdomen, fécalome, globe.
- Bilan des apports (nourriture et liquides) et de la diurèse sur 24 à 72 h.
- Selon le niveau de soins : sodium, créatinine, urée, glucose, FSC.
- Revoir les médicaments : opioïdes, anticholinergiques, IAChE, digoxine, metformine, fer, diurétiques.
- Délirium ou dépression ? Chercher la cause (voir Délirium).
💊 Premières ordonnances
- Hypodermoclyse : NaCl 0,9 % SC 30–50 mL/h, max 1 à 1,5 L/24 h ; jamais de D5 % seul en SC (voir Patients en CHSLD).
Selon le niveau de soins
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A – B | Transfert si hypernatrémie sévère ou symptomatique, choc, ou si la cause demande l’hôpital. |
| C | Traiter sur place : cause, eau PO ou par gastrostomie, hypodermoclyse, bilan de contrôle. |
| D | Confort : soins de bouche fréquents, petites gorgées si souhaitées. L’hydratation artificielle n’est pas requise et peut aggraver l’encombrement et l’œdème. |
Prise en charge
- Aide aux repas : présence, temps, aliments préférés, textures adaptées ; évaluation de la déglutition et de la nutrition selon le guide local.
- Hypernatrémie : apporter de l’eau libre (PO ou par gastrostomie) ; l’hypodermoclyse au NaCl 0,9 % corrige le volume mais peu l’excès de sodium. Corriger lentement une hypernatrémie chronique (voir la fiche Hypernatrémie et troubles de l’eau) et contrôler le sodium.
- Médicaments : suspendre temporairement diurétiques, IECA ou ARA, metformine si apport nul ; documenter la reprise.
- Refus durable dans un TNC avancé : c’est souvent l’évolution de la maladie. Pas de sonde d’alimentation : offrir une alimentation de confort à la main.
Famille et suivi
- Expliquer que ne plus manger peut faire partie de la fin de vie et que le résident n’en souffre pas si la bouche est bien soignée.
- Revoir le niveau de soins (AH-744) et les directives médicales anticipées ; documenter.
- Réévaluer apports, poids et sodium selon le niveau de soins.
Pièges et perles
- Le pli cutané est peu fiable chez l’âgé ; la bouche sèche et la créatinine aident davantage.
- Un résident qui « ne veut plus manger » peut avoir mal : chercher dents, bouche, constipation.
- Une hypernatrémie signale presque toujours que le résident n’a pas eu accès à l’eau : revoir l’aide à l’hydratation.
- La sonde d’alimentation en démence avancée ne prolonge pas la vie et n’évite pas l’aspiration.
Références
- Volkert D, et al. ESPEN practical guideline: Clinical nutrition and hydration in geriatrics. Clin Nutr 2022;41(4):958-89.
- Adrogué HJ, Madias NE. Hypernatremia. N Engl J Med 2000;342(20):1493-9.
- Choisir avec soin Canada. Soins de longue durée : neuf recommandations (mise à jour sept. 2025).
- INESSS. Les niveaux de soins : normes et standards de qualité (2016).