En bref : Après un AVC, le patient arrive en URFI ou en UTRF dès qu’il est stable sur le plan médical et neurologique et capable de participer. Le rôle du médecin est de garder le patient en état de faire sa thérapie : prévenir et traiter les complications (dysphagie, pneumonie, TEV, douleur à l’épaule, dépression, chutes) et mettre en place la prévention secondaire. Les recommandations canadiennes visent 3 h par jour de thérapie ciblée sur les tâches, 5 jours par semaine, selon la tolérance. Le congé se prépare dès l’admission.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Déficit nouveau ou qui s’aggrave, baisse de l’état de conscience, céphalée intense : récidive, transformation hémorragique ou hydrocéphalie. Voir la page de garde Déficit neurologique aigu.
- Toux au repas, fièvre (critères de Loeb : > 37,9 °C ou hausse ≥ 1,5 °C), désaturation : aspiration ou pneumonie.
- Mollet enflé ou douloureux, dyspnée soudaine : TEV.
- Convulsion, confusion nouvelle, chute.
✅ À faire maintenant (admission)
- Lire la note de congé : type d’AVC, étiologie retenue, traitement reçu, résultats du dépistage de la déglutition, niveau de soins.
- Examen neurologique de base documenté (sert de référence pour la suite).
- Conciliation : antithrombotique, statine, antihypertenseurs ; revoir ce qui a été suspendu à l’hôpital.
- Vérifier que la déglutition a été évaluée avant toute prise orale, y compris les médicaments.
- Prophylaxie de la TEV si le patient reste peu mobile, selon le protocole de l’établissement (voir la fiche Prophylaxie de la TEV).
En soins post-aigus
- Objectifs : fixés avec le patient et ses proches, en décision partagée, et revus en rencontre interdisciplinaire.
- Complications à dépister chaque semaine : dysphagie et dénutrition, épaule douloureuse, spasticité, incontinence et rétention, constipation, plaies de pression, humeur, sommeil, douleur centrale.
- Dépistage : humeur et cognition à faire tôt, puis à refaire aux transitions de soins, dont le congé (recommandations canadiennes).
- Médicaments : éviter ce qui sédate et nuit à la récupération (benzodiazépines, antipsychotiques, anticholinergiques).
- Prévention secondaire : la mettre en place pendant le séjour (voir Prévention secondaire de l’AVC).
Effet sur la réadaptation
- Physiothérapie : transferts, équilibre, marche, entraînement aérobique ; prévention des chutes.
- Ergothérapie : membre supérieur, AVQ, cognition fonctionnelle, aides techniques, positionnement au fauteuil, sécurité à domicile.
- Orthophonie : aphasie, dysarthrie ; déglutition selon le milieu.
- Soins infirmiers : positionnement de l’épaule, horaire mictionnel, soins de bouche, peau.
- Nutrition, travail social, pharmacie : textures et apport, préparation du retour, conciliation et observance.
- Une mobilisation très précoce et intense dans les 24 premières heures n’est pas recommandée ; en SPA, le patient a passé ce stade et l’intensité doit suivre sa tolérance.
Retour au centre hospitalier ou consultation
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A – B | Transfert si nouveau déficit, baisse de l’état de conscience, convulsion prolongée ou détérioration non expliquée. |
| C | Traiter sur place ce qui peut l’être (pneumonie, infection urinaire) ; transfert si le confort ou le traitement l’exige. |
| D | Confort ; pas de transfert sauf si le confort ne peut être assuré sur place. |
Avis spécialisé : physiatrie (spasticité, plateau inattendu), neurologie (étiologie non précisée), selon le corridor de l’établissement.
Préparer le congé
- Plan de prévention secondaire écrit, avec cibles et suivi prévu.
- Conduite automobile : aborder la question avant le congé et documenter les consignes (voir la fiche Conduite automobile).
- Réadaptation externe ou à domicile, aides techniques, enseignement aux proches, signes d’AVC à reconnaître.
Pièges et perles
- Un plateau précoce cache souvent une cause réversible : dépression, douleur, délirium, sommeil, médicament sédatif.
- Le patient qui « ne collabore pas » peut avoir une négligence spatiale, une aphasie de compréhension ou une apraxie.
- Les patients avec un AVC grave peuvent progresser lentement : ne pas juger le potentiel trop tôt.
Références
- Cœur + AVC. Recommandations canadiennes pour les pratiques optimales de soins de l’AVC : Réadaptation, rétablissement et participation communautaire, partie 1 (planification de la réadaptation) et partie 2 (prestation), 7e édition, 2025.
- Teasell R, et al. Canadian Stroke Best Practice Recommendations: Rehabilitation, Recovery, and Community Participation following Stroke. Part One. Int J Stroke 2020;15(7):763-88.
- NICE NG236. Stroke rehabilitation in adults (2023).