En bref : La dysphagie est très fréquente en CHSLD (TNC avancé, AVC, Parkinson, médicaments). Elle mène à la dénutrition, à la déshydratation et à la pneumonie d’aspiration. Le médecin soupçonne, l’équipe évalue (ergothérapeute ou orthophoniste selon le milieu, nutritionniste) et le plan de textures est discuté avec le résident ou son représentant. En démence avancée, on aide à manger : pas de sonde d’alimentation.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Toux, étouffement ou voix mouillée pendant ou après le repas ; aliments gardés en bouche.
- Pneumonies ou fièvres répétées, perte de poids, repas qui s’allongent, refus de manger.
- Dysphagie d’apparition brutale : penser à un AVC ou à une autre cause aiguë (voir « Trouble de la déglutition aigu »).
- Médicaments récents qui sédatent ou ralentissent la déglutition (antipsychotiques, benzodiazépines, opioïdes).
✅ À faire maintenant
- Demander une évaluation de la déglutition selon le protocole de l’établissement (ergothérapie ou orthophonie) et une évaluation nutritionnelle.
- Examiner la bouche : prothèses mal ajustées, candidose, dents, sécheresse.
- Revoir la liste des médicaments : retirer ceux qui ne sont plus utiles, demander au pharmacien les formes à écraser ou les formes liquides.
- Peser le résident et noter l’apport alimentaire et hydrique.
- Vérifier le niveau de soins (AH-744) et ce que le résident ou son représentant souhaite.
Selon le niveau de soins
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A – B | Évaluation complète ; examen spécialisé (vidéofluoroscopie) si le résultat change la conduite. Rechercher une cause traitable (AVC, médicament, lésion œsophagienne). |
| C | Évaluation et adaptation sur place : textures, positionnement, aide au repas, hygiène buccale. Traiter les complications sur place. |
| D | Alimentation de confort : petites quantités de ce que le résident aime, en acceptant le risque d’aspiration. Soins de bouche fréquents. |
L’alimentation « à risque » (manger malgré le risque d’aspiration) est un choix légitime s’il est discuté et documenté.
Sur place
- Textures : utiliser la nomenclature du milieu (cadre IDDSI ou équivalent local) pour les aliments et les liquides épaissis. Le moins restrictif possible : une texture trop modifiée réduit l’appétit et l’apport.
- Repas : assis bien droit, menton légèrement fléchi, petites bouchées, rythme lent, sans distraction, aide d’un préposé formé ; rester assis après le repas.
- Hygiène buccale : soins de bouche quotidiens et après les repas ; elle réduit le risque de pneumonie.
- Médicaments : réduire le nombre de comprimés ; ne pas écraser les formes à libération prolongée ou entérosolubles sans l’avis du pharmacien.
- Réévaluer après une pneumonie, une perte de poids ou un changement de l’état.
Famille et suivi
- Expliquer que la dysphagie fait partie de l’évolution du TNC avancé et qu’elle annonce souvent la fin de vie.
- Expliquer pourquoi la sonde d’alimentation n’est pas recommandée en démence avancée : elle ne prolonge pas la vie, ne prévient pas l’aspiration et retire le plaisir de manger.
- Montrer aux proches comment aider au repas de façon sécuritaire.
Pièges et perles
- Une aspiration peut être silencieuse : l’absence de toux ne rassure pas.
- Les liquides épaissis sont souvent mal acceptés et favorisent la déshydratation : surveiller l’apport.
- Un refus de manger peut venir de la douleur buccale, de la constipation, de la dépression ou d’un médicament.
- Le NPO prolongé « par prudence » chez un résident en fin de vie nuit à son confort.
Références
- Choisir avec soin Canada. Soins de longue durée : recommandations (Canadian Society for Long Term Care Medicine, mise à jour 2025) : pas de sonde d’alimentation en démence avancée.
- American Geriatrics Society Ethics Committee. Feeding tubes in advanced dementia position statement. J Am Geriatr Soc 2014;62(8):1590-3.
- Cichero JAY, et al. Development of international terminology and definitions for texture-modified foods and thickened fluids used in dysphagia management: the IDDSI framework. Dysphagia 2017;32(2):293-314.
- Volkert D, et al. ESPEN practical guideline: clinical nutrition and hydration in geriatrics. Clin Nutr 2022;41(4):958-89.