En bref : Un résident qui, soudainement, ne peut plus avaler, tousse à chaque gorgée ou s’étouffe a un problème aigu, pas une simple progression de sa dysphagie. Trois questions : obstruction des voies aériennes ou de l’œsophage ? AVC ou autre cause neurologique ? Aspiration déjà survenue ? En attendant l’évaluation, on suspend la voie orale et on protège les voies respiratoires, selon le niveau de soins.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Étouffement avec incapacité de parler ou de respirer : obstruction des voies aériennes (manœuvres de désobstruction selon la formation du personnel).
- Incapacité d’avaler sa salive, hypersalivation, douleur rétrosternale après un repas : bol alimentaire coincé dans l’œsophage.
- Déficit focal nouveau, dysarthrie, asymétrie faciale : AVC.
- Fièvre, toux, désaturation, crépitants après un épisode d’étouffement : pneumonie ou pneumonite d’aspiration.
- Somnolence nouvelle : délirium, médicament sédatif, hypoglycémie.
✅ À faire maintenant
- Arrêter l’alimentation et les liquides PO jusqu’à l’évaluation ; position assise, aspiration buccale au besoin.
- Signes vitaux, SpO₂, glycémie ; examen neurologique et de la bouche (corps étranger, candidose, prothèse).
- Revoir les médicaments récents (antipsychotique, benzodiazépine, opioïde).
- Prévoir la voie des médicaments essentiels (SC, transdermique, intrarectale) et l’hydratation (hypodermoclyse) si le NPO se prolonge.
- Demander une évaluation de la déglutition le plus tôt possible selon le protocole de l’établissement.
Selon le niveau de soins
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A – B | Transfert urgent si AVC récent (selon le protocole régional), bol œsophagien qui ne passe pas, détresse respiratoire ou pneumonie grave. |
| C | Évaluation et traitement sur place (antibiotique PO ou SC, hypodermoclyse, oxygène). Transfert si une obstruction œsophagienne cause de la détresse que l’on ne peut soulager sur place. |
| D | Confort : position, aspiration douce, soins de bouche ; médicaments de confort par voie SC ; alimentation de confort si le résident le souhaite. |
Sur place
- Aspiration : la pneumonite chimique peut s’améliorer seule en 24 à 48 h ; l’antibiotique vise la pneumonie (fièvre persistante, infiltrat, détérioration). Une couverture systématique des anaérobies n’est pas nécessaire sans abcès ni empyème (voir la fiche Pneumonie).
- AVC chez un résident de niveau C ou D : pas de reprise de l’alimentation avant un dépistage de la déglutition ; textures et position adaptées ensuite.
- Médicaments : retirer les non essentiels ; convertir les essentiels avec le pharmacien.
- Reprise : réintroduction progressive selon l’évaluation ; voir « Dysphagie : dépistage et textures ».
Famille et suivi
- Aviser le représentant ; un trouble de déglutition aigu chez un résident frêle est souvent un tournant : revoir les objectifs de soins.
- Étouffement avec conséquences : déclaration AH-223-1 selon la politique de l’établissement.
Pièges et perles
- Le NPO « en attendant » sans plan pour les médicaments et l’hydratation crée d’autres problèmes (sevrage, douleur, déshydratation).
- Une dysphagie aiguë peut être le seul signe d’un AVC chez un résident déjà aphasique.
- Penser à la candidose buccale ou œsophagienne après un antibiotique ou un corticostéroïde inhalé.
Références
- Mandell LA, Niederman MS. Aspiration pneumonia. N Engl J Med 2019;380(7):651-63.
- Metlay JP, et al. Diagnosis and treatment of adults with community-acquired pneumonia (ATS/IDSA). Am J Respir Crit Care Med 2019;200(7):e45-e67.
- Recommandations canadiennes pour les pratiques optimales de soins de l’AVC (Cœur + AVC). Prise en charge de l’AVC en phase aiguë, 7e éd. (2022) : dépistage de la dysphagie avant toute prise orale.
- Volkert D, et al. ESPEN practical guideline: clinical nutrition and hydration in geriatrics. Clin Nutr 2022;41(4):958-89.