En bref : Au niveau de soins D, on cesse ce qui ne sert pas le confort (signes vitaux de routine, prises de sang, la plupart des mĂ©dicaments). On prescrit dâavance un opioĂŻde rĂ©gulier avec entredoses, un anticholinergique pour les rĂąles, un anxiolytique, un antiĂ©mĂ©tique ou un neuroleptique, et un protocole de dĂ©tresse SC (benzodiazĂ©pine + opioĂŻde + anticholinergique). La sĂ©dation palliative continue suit le protocole national de lâINESSS et doit ĂȘtre dĂ©clarĂ©e.
đ©ș Au chevet
đ© Signaux dâalarme
- DĂ©tresse subite avec panique : dĂ©tresse respiratoire majeure, douleur intolĂ©rable, hĂ©morragie massive â protocole de dĂ©tresse.
- Agitation terminale : chercher globe vésical, fécalome, douleur, sevrage (nicotine, alcool), effet anticholinergique.
- SymptÎme réfractaire malgré le protocole : envisager la sédation palliative continue.
- Délirium hyperactif sévÚre, convulsion > 5 min : urgences (voir sections dédiées).
-
3 entredoses/24 h : traitement de fond insuffisant.
â Ă faire maintenant
- Confirmer le niveau de soins D ; cesser signes vitaux de routine, bilans, glycémies, anticoagulants, statines, antihypertenseurs, télémétrie.
- Prescrire dâavance toutes les ordonnances PRN (Ă©viter les dĂ©lais la nuit).
- Score RDOS si dyspnée ; soins de bouche, repositionnement.
- Expliquer aux proches les rùles, la respiration irréguliÚre, les marbrures.
đ PremiĂšres ordonnances
- NaĂŻf : morphine 2,5â5 mg SC q4h ou hydromorphone 0,5â1 mg SC q4h ; entredose = 10 % de la dose des 24 h SC q30 min PRN.
- RĂąles : glycopyrrolate 0,2â0,4 mg SC q4h PRN (conscient) ; scopolamine 0,4 mg SC q4h PRN (inconscient).
- AnxiĂ©tĂ© : lorazĂ©pam 0,5â1 mg SL/SC q4h PRN ; nausĂ©es : halopĂ©ridol 0,5â1 mg SC q4h PRN.
- DĂ©lirium : halopĂ©ridol 0,5â1 mg SC q1h PRN ou mĂ©thotrimĂ©prazine 6,25â12,5 mg SC q4h PRN.
- DĂ©tresse (INESSS) : midazolam 5 mg (2,5 mg si ĂągĂ©, cachectique ou naĂŻf aux BZD) + morphine 1â1,5 Ă la dose SC q4h (min 5 mg) + scopolamine 0,4 mg SC ; rĂ©pĂ©ter une fois aprĂšs 20 min, puis aviser ; Ă©chec : mĂ©thotrimĂ©prazine 25 mg SC.
đ Appeler ou orienter si
- Soins palliatifs : SymptĂŽme rĂ©fractaire malgrĂ© le protocole ; sĂ©dation palliative continue envisagĂ©e ; agonie avec proches en grande dĂ©tresse ; risque prĂ©visible dâĂ©pisode de dĂ©tresse ; congĂ© pour dĂ©cĂ©der Ă domicile
- Cardiologie : Défibrillateur implantable à désactiver
- Soins spirituels : Détresse spirituelle ou demande de rites
DĂ©lais, autres situations et quoi prĂ©parer : section Consulter âș
đ Ressources et raisonnement
đ Protocoles INESSS â Soins palliatifs â dĂ©tresse aiguĂ«
Détresse respiratoire graduée (score RDOS)
- Exemple adaptĂ© dâun protocole quĂ©bĂ©cois dâĂ©tablissement publiĂ© en 2020 (voir RĂ©fĂ©rences), conçu pour la COVID-19 et applicable Ă toute dyspnĂ©e terminale.
- Points attribués :
- FR 20â29 (1 point) ou â„ 30 (2 points) ;
- pouls 90â109 (1) ou â„ 110 (2) ;
- regard effrayé (2) ;
- respiration paradoxale (2) ;
- battement des ailes du nez (2) ;
- tirage léger (1) ou sévÚre (2) ;
- agitation occasionnelle (1) ou fréquente (2) ;
- grognement expiratoire (2).
| Score | Niveau | Opioïde régulier (naïf) | Entredose | Benzodiazépine | Anticholinergique |
|---|---|---|---|---|---|
| †3 | LégÚre | Morphine 1 mg/h SC (ou fentanyl 25 ”g/h) | Morphine 2,5 mg SC q30 min PRN | Lorazépam 0,5 mg TID + 0,5 mg q4h PRN | Glycopyrrolate 0,4 mg SC TID |
| 4â6 | ModĂ©rĂ©e | Morphine 2 mg/h SC/IV | Morphine 5 mg SC q30 min PRN | LorazĂ©pam 1â2 mg TID + 2 mg q4h PRN | Scopolamine 0,8 mg SC TID |
| â„ 7 | SĂ©vĂšre | Morphine 5 mg/h SC/IV | Morphine 10 mg SC q30 min PRN | LorazĂ©pam 3â4 mg TID + 2 mg q2h PRN | Scopolamine 0,8 mg SC TID |
- Si le patient prend déjà un opioïde, ajouter ces doses à la dose en cours. Une autre option : régler la perfusion horaire à 50 % de la dose totale reçue en protocole de détresse.
- Ces doses sont suggĂ©rĂ©es et ne remplacent pas le jugement clinique. Elles sont Ă©levĂ©es pour une personne ĂągĂ©e fragile : commencer au bas de lâĂ©chelle.
Ordonnance de base
| SymptĂŽme | 1er choix | Alternative ou ajout |
|---|---|---|
| Douleur ou dyspnĂ©e | OpioĂŻde rĂ©gulier : patient naĂŻf, morphine 2,5â5 mg SC q4h ou hydromorphone 0,5â1 mg SC q4h. Entredose = 10 % de la dose totale des 24 h, SC q30 min PRN | Patient dĂ©jĂ sous opioĂŻde : convertir PO â SC (Ă· 2) et poursuivre. Fentanyl timbre seulement si la douleur est stable |
| DyspnĂ©e lĂ©gĂšre | Hydromorphone 0,5 mg SC q2h PRN (ou morphine 2,5 mg) | â |
| DyspnĂ©e modĂ©rĂ©e | OpioĂŻde, plus midazolam 2,5 mg SC q1h PRN | LorazĂ©pam 0,5â1 mg SL ou SC q4h PRN |
| RĂąles (patient conscient) | Glycopyrrolate (Robinul) 0,2â0,4 mg SC q4h PRN ou rĂ©gulier | Ne traverse pas la barriĂšre hĂ©mato-encĂ©phalique, donc ne cause pas de dĂ©lirium |
| RĂąles (patient inconscient) | Scopolamine 0,4 mg SC q4h PRN (jusquâĂ q2h ; 0,4â0,8 mg selon la pharmacie) | Si les rĂąles persistent malgrĂ© un anticholinergique rĂ©gulier : furosĂ©mide 20 mg SC, puis 40 mg SC q30 min Ă 3 au besoin, en cas de surcharge (Ă rĂ©pĂ©ter q8h au besoin) |
| AnxiĂ©tĂ© | LorazĂ©pam 0,5â1 mg SL ou SC q4h PRN | Midazolam 2,5 mg SC q1h PRN |
| NausĂ©es | HalopĂ©ridol 0,5â1 mg SC q4h PRN (INESSS : max 4 mg/j) | Dimenhydrinate 25â50 mg SC q4h PRN (risque de dĂ©lirium) ; mĂ©toclopramide 10 mg SC si gastroparĂ©sie (pas en cas dâocclusion complĂšte) |
| DĂ©lirium ou agitation | HalopĂ©ridol 0,5â1 mg SC q1h PRN | MĂ©thotrimĂ©prazine (Nozinan) 6,25â12,5 mg SC q4h PRN (25 mg chez le patient plus robuste) |
| FiĂšvre inconfortable | AcĂ©taminophĂšne 650 mg PO ou IR q4h PRN (max 4 g/j) (INESSS) | Bains dâĂ©ponge tiĂšdes. Aucune prise de tempĂ©rature nâest requise |
| Convulsions | Midazolam 5 mg SC ou lorazépam 2 mg SC/IV q10 min à 2 | Voir Convulsions en fin de vie (2e agent, entretien) |
| Constipation | PEG ou sennosides en rĂ©gulier tant que le patient mange | Suppositoire ou lavement selon le protocole dâĂ©limination fĂ©cale |
đĄ Perle clinique : pour un opioĂŻde en entredose en fin de vie, prescrire « PRN sans intervalle minimal, max 10 par 24 h » plutĂŽt quâun intervalle rigide. Si le patient a besoin de plus de 3 entredoses par 24 h, augmenter la dose rĂ©guliĂšre (ou le dĂ©bit de perfusion) du total des entredoses.
Dyspnée en fin de vie : principes
- Si les objectifs le permettent, traiter dâabord une cause corrigible : Ă©panchement pleural ou pĂ©ricardique, bronchospasme, surcharge, anĂ©mie, ascite tendue, infection.
- Traitement symptomatique de base : un opioïde (morphine ou hydromorphone), titré comme pour la douleur (Palli-Science 2024 ; la Société canadienne de thoracologie le recommande aussi pour la dyspnée réfractaire de la MPOC avancée).
- Les benzodiazĂ©pines ne soulagent pas la dyspnĂ©e en elle-mĂȘme (revue Cochrane 2016) : on les ajoute Ă lâopioĂŻde quand lâanxiĂ©tĂ© ou la panique accompagne lâessoufflement (lorazĂ©pam SL ou SC, Palli-Science 2024).
- Mesures non pharmacologiques : position assise, air frais ou ventilateur dirigĂ© vers le visage, prĂ©sence rassurante ; lâoxygĂšne seulement si hypoxĂ©mie symptomatique ou sâil soulage.
- PrĂ©voir la dĂ©tresse subite : chez les patients exposĂ©s Ă une hĂ©morragie massive ou Ă une dĂ©tresse respiratoire majeure (p. ex. tumeur qui envahit les voies aĂ©riennes ou un gros vaisseau), prescrire dâavance lâordonnance de dĂ©tresse et en parler au patient et aux proches (INESSS 2020). Elle sert seulement Ă la dĂ©tresse subite avec panique, pas Ă lâaggravation graduelle.
âïž Divergence entre lignes directrices (site et INESSS vs Palli-Science 2024) : pour la dyspnĂ©e chez un patient dĂ©jĂ sous opioĂŻde, le mini-guide propose une entredose de 1/4 de la dose q4h ; on garde 10 % de la dose des 24 h. On suit 10 %.
- SĂ©crĂ©tions Ă©paisses : acĂ©tylcystĂ©ine 600 mg PO BID, ou 3â5 mL de la solution Ă 200 mg/mL en nĂ©bulisation TIDâQID avec un bronchodilatateur.
- Toux sĂšche : dextromĂ©thorphane 10â30 mg PO q4â8h PRN (max 120 mg/j) ; codĂ©ine 30â60 mg PO q4h ; hydrocodone 5 mg PO q4â6h ; patient dĂ©jĂ sous opioĂŻde : augmenter lâopioĂŻde rĂ©gulier.
Conversions utiles
- Morphine PO : morphine SC = 2 : 1.
- Morphine : hydromorphone = 5 : 1. Exemple : hydromorphone 1 mg SC â morphine 5 mg SC.
- DĂ©tails (fentanyl, oxycodone, timbres) : Fiche Conversions dâopioĂŻdes.
Voie sous-cutanée
- Volumes : idéal 0,4 mL (bolus, ou débit horaire) ; bolus †2 mL par site (†1 mL si cachexie) ; perfusion continue †4 mL/h en général, max 10 mL/h selon les tissus. Choisir la concentration (p. ex. hydromorphone HP 10 ou 50 mg/mL) qui donne le plus petit volume.
- Sites : thorax antĂ©rieur mĂ©dian, entre les clavicules et lâĂ©pigastre (absorption en 5â10 min ; 1er choix pour la dĂ©tresse) ; bas de lâabdomen (10â15 min) ; thorax latĂ©ral aux seins (â 20 min) ; membres (> 20 min). Ăviter lâĆdĂšme, les cicatrices, les zones irradiĂ©es, le bras dâun curage ganglionnaire avec lymphĆdĂšme.
- Perfusion SC continue : pompe avec entredose = dose horaire, intervalle minimal 20â30 min, max 2â3 entredoses/h. Perfuseur Ă©lastomĂ©rique (1â2 mL/h, rĂ©servoir â 2 j) : aucune entredose possible, prĂ©voir des entredoses SC ou PO. Au congĂ©, aviser le CLSC et le pharmacien de lâordonnance et de chaque changement.
- Mélanges : vérifier la compatibilité avec la pharmacie avant de mélanger des médicaments dans une seringue ; la dexaméthasone est souvent incompatible : la donner seule.
Voie buccale transmuqueuse (TMB)
- PrĂ©fĂ©rĂ©e Ă la voie SL en fin de vie : gouttiĂšre entre la gencive et la joue, derriĂšre la canine infĂ©rieure ; ne demande pas la collaboration dâun patient somnolent. Enseigner tĂŽt aux proches (soins Ă domicile).
- Volume idĂ©al < 0,5 mL, max 1â2 mL par site. Dissoudre les comprimĂ©s dans 0,5â2 mL dâeau (les solutions injectables irritent souvent la muqueuse).
- Utilisables : halopéridol (solution 2 mg/mL), lorazépam (suspension préparée à partir des comprimés SL), midazolam, méthadone (solution 10 mg/mL), fentanyl, sufentanil, kétamine, furosémide, scopolamine, prochlorpérazine. Glycopyrrolate non recommandé en TMB.
- Voie rectale : morphine, halopĂ©ridol et mĂ©thadone Ă la mĂȘme dose quâen PO ; acide valproĂŻque IR Ă dose Ă©gale (anticonvulsivant le mieux absorbĂ© par cette voie) ; pas de gabapentine IR ; volume †25 mL, lubrifiant hydrosoluble.
Protocole de détresse aiguë (INESSS)
- Indications : Ă©tat de panique et survenue subite dâune dĂ©tresse respiratoire majeure, dâune douleur intolĂ©rable ou dâune hĂ©morragie massive, chez un patient au niveau de soins D.
- Ce nâest pas pour une dĂ©tĂ©rioration progressive (on ajuste alors le traitement de fond).
- Câest contre-indiquĂ© chez le patient inconscient.
- Ordre dâadministration : benzodiazĂ©pine, puis opioĂŻde, puis anticholinergique. Ils peuvent aller dans la mĂȘme seringue en SC.
- Exemple :
| Médicament | Dose |
|---|---|
| Midazolam | 5 mg SC (2,5 mg si > 80 ans, cachexie ou naïf aux BZD ; 10 mg si > 70 kg ou BZD réguliÚre) |
| Morphine | 1 à 1,5 fois la dose SC réguliÚre q4h ; minimum 5 mg (hydromorphone : minimum 1 mg) |
| Scopolamine | 0,4 mg SC (ou 0,6 mg) |
- Répétition : une fois, aprÚs 20 min en SC (10 min en IV) si le protocole est inefficace, puis aviser le médecin.
- Les 3 mĂ©dicaments dans une mĂȘme seringue ne sont stables que 15 min : prĂ©parer juste avant lâadministration.
âïž Divergence entre lignes directrices (INESSS 2020 vs Palli-Science 2024) : le mini-guide permet de rĂ©pĂ©ter q20 min jusquâĂ sĂ©dation, avec un opioĂŻde Ă 10 % de la dose des 24 h et un midazolam de 5 Ă 20 mg ; lâINESSS prĂ©voit un opioĂŻde Ă 1â1,5 Ă la dose q4h, un palier de midazolam Ă 2,5 mg et une seule rĂ©pĂ©tition avant dâaviser. On suit lâINESSS. - La SC dans le thorax ou le haut de lâabdomen agit en environ 10 min ; la durĂ©e dâaction est de 2 Ă 4 h. - Site pratique : thorax en parasternal. - Effet recherchĂ© : sĂ©dation rapide et transitoire avec amnĂ©sie antĂ©rograde (midazolam, scopolamine), dâoĂč lâindication rĂ©servĂ©e au patient conscient en panique (INESSS 2020 ; Palli-Science 2024). - Surtout au niveau de soins D ; au niveau C, Ă discuter au cas par cas (p. ex. hĂ©morragie massive). - Ajuster les doses : benzodiazĂ©pine selon le poids, lâalcool et lâusage chronique de benzodiazĂ©pines ; opioĂŻde = la mĂȘme molĂ©cule que le profil, dose proportionnelle au rĂ©gulier. - Avant lâĂ©vĂ©nement : ordonnance individuelle rĂ©digĂ©e dâavance, mĂ©dicaments disponibles rapidement selon les rĂšgles de la pharmacie de votre Ă©tablissement ; informer le patient, les proches et lâĂ©quipe soignante. - Si le protocole Ă©choue : mĂ©thotrimĂ©prazine 25 mg SC stat, augmenter les doses du protocole et envisager la sĂ©dation palliative. - AprĂšs chaque utilisation : le mĂ©decin est avisĂ© et réévalue le patient (INESSS 2020) ; revoir le traitement de fond (p. ex. augmenter lâopioĂŻde rĂ©gulier ou le dĂ©bit de perfusion, ajouter une benzodiazĂ©pine ou de la mĂ©thotrimĂ©prazine rĂ©guliĂšre) et informer les proches. - Si la dĂ©tresse risque de revenir et que les critĂšres sont rĂ©unis (symptĂŽme rĂ©fractaire, pronostic court), discuter la sĂ©dation palliative continue (protocole INESSS). - Dire aux proches que la sĂ©dation peut durer plusieurs heures et ne prĂ©cipite pas le dĂ©cĂšs.
Annexe administrative : soins thĂ©rapeutiques essentiels (crĂ©dit dâimpĂŽt pour personnes handicapĂ©es, formulaire T2201)
- CritÚres fédéraux :
- soins nécessaires pour maintenir une fonction vitale ;
- au moins 2 fois par semaine ;
- au moins 14 h par semaine en moyenne ;
- durĂ©e prĂ©vue dâau moins 12 mois.
- Exemples : insuline par injections multiples ou pompe, dialyse, oxygÚne, alimentation par sonde, physiothérapie respiratoire.
- Les personnes atteintes de diabÚte de type 1 y sont réputées admissibles depuis 2021.
- Seul le temps dâadministration active compte. Les dĂ©placements, lâexercice et lâobtention des mĂ©dicaments sont exclus.
Algorithme : patient en fin de vie qui sâaggrave
Agitation terminale
- Le dĂ©lirium est trĂšs frĂ©quent en fin de vie : de 59 Ă 88 % des patients en soins palliatifs dans les semaines ou les heures avant le dĂ©cĂšs (revue systĂ©matique, Hosie 2013). Souvent hypoactif ou mixte, il masque lâinconfort et complique lâĂ©valuation des symptĂŽmes.
- Chercher une cause Ă la mesure du niveau de soins et de lâĂ©tat du patient : rĂ©tention urinaire, constipation ou fĂ©calome, douleur, hypercalcĂ©mie.
- Un délirium hyperactif sévÚre est trÚs éprouvant pour les proches : le traiter comme une urgence.
- MĂȘmes mĂ©dicaments quâen soins actifs (halopĂ©ridol, mĂ©thotrimĂ©prazine, lorazĂ©pam, midazolam), mais en toute fin de vie : - lâĂ©quilibre entre calme et Ă©veil nâest pas toujours possible si lâon vise le confort ; une sĂ©dation est souvent nĂ©cessaire, voire souhaitable ; - lâhalopĂ©ridol perd de sa place ; une dose dâun agent plus sĂ©datif (mĂ©thotrimĂ©prazine, midazolam) soulage vite et laisse le temps de planifier la suite ; - en cas dâĂ©chec : sĂ©dation palliative continue.
Convulsions en fin de vie
- à risque : tumeur cérébrale primaire, métastases cérébrales (notamment mélanome, sein, poumon à petites cellules), infection du SNC, trouble métabolique, radionécrose, épilepsie, hypoxie.
- PrĂ©vention (Scottish Palliative Care Guidelines, Seizures) : - patient Ă risque : benzodiazĂ©pine PRN dĂ©jĂ prescrite par une voie non orale (SC, buccale) ; - lâhalopĂ©ridol et la mĂ©thotrimĂ©prazine abaissent le seuil convulsif : en tenir compte dans le choix de lâantipsychotique ; - quand la voie orale se perd, lâantiĂ©pileptique (et la dexamĂ©thasone, sâil y a lieu) doit passer par une autre voie, sinon le risque de crise augmente.
- Crise > 5 min : - 1re ligne : benzodiazépine répétable (lorazépam 2 mg SC/IV, 3 mg SC si > 60 kg ; ou midazolam 5 mg SC ; midazolam aussi par voie buccale ou intranasale) ; des doses cumulatives élevées sont parfois nécessaires ; - crise persistante : ajouter un 2e agent, le plus souvent le phénobarbital (100 mg SC ou IV) ; lévétiracétam en dose de charge si accÚs IV (voir Convulsions) ; au besoin, 3e agent sédatif.
- Entretien aprĂšs une crise gĂ©nĂ©ralisĂ©e ou des crises rĂ©pĂ©tĂ©es ou prolongĂ©es : dĂ©cider avec les proches (idĂ©alement dâavance) si une sĂ©dation est acceptable selon le pronostic et le potentiel de rĂ©cupĂ©ration. - LĂ©vĂ©tiracĂ©tam : non sĂ©datif, 1 Ă 3 g/j (PO BID, ou perfusion SC en conversion 1:1) ; effet aprĂšs 2â3 jours, donc peu utile si le dĂ©cĂšs est imminent ou aprĂšs un Ă©vĂ©nement intracrĂąnien majeur ; rĂ©duire si ClCr < 30. - Midazolam en perfusion SC (dĂ©but 20â30 mg/24 h) ou lorazĂ©pam SC rĂ©gulier. - PhĂ©nobarbital SC : 200â400 mg/24 h ; somnolence aux doses Ă©levĂ©es ; ne pas cesser brusquement. - Acide valproĂŻque IR (capsule percĂ©e ou sirop diluĂ© 1:1 dans lâeau) : 250â1000 mg/24 h, mĂȘme dose quâen PO, si la voie orale est perdue. - Parfois, une mĂ©dication sĂ©dative est la seule façon de contrĂŽler les crises.
- Faire un retour avec les proches et le personnel.
Sédation palliative
Intermittente ou de transition
- Méthotriméprazine 25 mg SC q4h régulier + q4h PRN ;
- lorazépam 1 mg SC q4h régulier + q4h PRN ;
- midazolam 5 mg SC q1h PRN ou en perfusion ;
- poursuivre lâopioĂŻde de base et la scopolamine q2â4h.
- Si tout cela échoue : phénobarbital 60 mg SC.
Sédation palliative continue (protocole médical national INESSS)
- Conditions :
- adulte en fin de vie, avec un pronostic limité (habituellement 2 semaines ou moins) ;
- ℠1 symptÎme réfractaire et intolérable ;
- consentement libre et éclairé documenté.
- LâĂ©quipe de soins palliatifs est recommandĂ©e.
- Cible : RASS â4 Ă â5. Le but est le soulagement, et non le dĂ©cĂšs.
| Agent | Dose |
|---|---|
| Midazolam (1er choix) | Charge 5â10 mg SC/IV, puis perfusion 2â5 mg/h, ajustĂ©e de 1â2 mg/h |
| LorazĂ©pam | 1â2 mg SC/IV q4h (pas de perfusion IV) |
| MĂ©thotrimĂ©prazine | 12,5â25 mg SC q4h ou perfusion 3â6 mg/h |
| PhĂ©nobarbital | 30â60 mg SC q6â8h |
| Propofol | 1â3 mg/kg/h IV, en milieu spĂ©cialisĂ© |
- Surveillance : q30 min jusquâĂ lâatteinte de la cible, puis au moins BID (RASS, confort, FR).
- Déclarer au CMDP (ou au CMQ hors établissement), selon la Loi concernant les soins de fin de vie.
- Désactiver le défibrillateur implantable.
- Poursuivre lâopioĂŻde (qui nâest pas un sĂ©datif) et lâanticholinergique.
Mesures générales
- Cesser : signes vitaux de routine, bilans, glycémies capillaires (sauf symptÎmes), anticoagulants, statines, antihypertenseurs, suppléments, télémétrie.
- Hydratation et alimentation : selon le confort. Les liquides IV ou SC aggravent souvent les rĂąles et lâĆdĂšme.
- Soins de bouche fréquents, matelas thérapeutique, repositionnement, retrait des sondes inutiles. Une sonde urinaire est acceptable pour le confort.
- Proches : expliquer les rùles (peu inconfortables pour le patient), la respiration irréguliÚre et les marbrures. Offrir le soutien spirituel et le travail social. Libérer les heures de visite.
- Si le patient demande l'aide mĂ©dicale Ă mourir, lâorienter selon le processus de lâĂ©tablissement (formulaires et protocole du CMQ).
Consulter
Consulter en soins palliatifs si :
- UrgentSymptĂŽme rĂ©fractaire malgrĂ© le protocole (douleur, dyspnĂ©e, dĂ©lirium ; Ă©chec de la mĂ©thotrimĂ©prazine) â garde, mĂȘme jour ; poursuivre la titration et les entredoses en attendant.
- UrgentSĂ©dation palliative continue envisagĂ©e (protocole INESSS, consentement, dĂ©claration au CMDP) â garde, mĂȘme jour.
- UrgentAgonie avec proches en grande dĂ©tresse (dĂ©lirium terminal, rĂąles, agitation) â mĂȘme jour.
- UrgentRisque prĂ©visible dâĂ©pisode de dĂ©tresse (masse obstructive, hĂ©morragie, trachĂ©otomie) â mĂȘme jour ; ordonnance de dĂ©tresse prĂȘte dâavance.
- UrgentCongĂ© pour dĂ©cĂ©der Ă domicile (souhaitĂ© dans les 24 h) â mĂȘme jour ; arrimer SAD/SIAD et ordonnances de confort.
- Semi-urgentDemande dâaide mĂ©dicale Ă mourir â pendant le sĂ©jour ; GIS et processus de lâĂ©tablissement, soins palliatifs en parallĂšle.
à préparer : niveau de soins D documenté, PPS, symptÎme cible, doses reçues sur 24 h (régulier et entredoses), traitements essayés, souhaits du patient et des proches.
Consulter en cardiologie si :
- UrgentDĂ©fibrillateur implantable Ă dĂ©sactiver (avant la sĂ©dation ou lâagonie) â mĂȘme jour, clinique de cardiostimulation selon le milieu.
Consulter en soins spirituels si :
- UrgentDĂ©tresse spirituelle ou demande de rites (fin de vie imminente) â mĂȘme jour.
PiĂšges et perles
- Les rĂąles sont plus pĂ©nibles pour la famille que pour le patient. Commencer lâanticholinergique tĂŽt : il prĂ©vient les sĂ©crĂ©tions, mais nâassĂšche pas celles dĂ©jĂ prĂ©sentes. Repositionner en dĂ©cubitus latĂ©ral et Ă©viter lâaspiration profonde. - Montrer aux proches les signes de confort (visage dĂ©tendu, absence dâagitation) : la respiration bruyante dâun patient inconscient nâest pas une dĂ©tresse. - Sous anticholinergique : surveiller la rĂ©tention urinaire (Ă©chographie vĂ©sicale ou sonde). - Les rĂąles annoncent en gĂ©nĂ©ral un dĂ©cĂšs proche : prĂ©parer la famille.
- Préférer le glycopyrrolate chez le patient conscient : la scopolamine peut provoquer un délirium.
- Lâagitation terminale peut avoir une cause rĂ©versible : globe vĂ©sical, fĂ©calome, douleur, sevrage (nicotine, alcool), effet anticholinergique.
- En fin de vie, il faut prescrire dâavance toutes les ordonnances PRN pour Ă©viter les dĂ©lais la nuit.
- Le protocole de dĂ©tresse nâest pas une sĂ©dation palliative continue : celle-ci obĂ©it Ă des rĂšgles et Ă une dĂ©claration distinctes.
Références
- Protocole mĂ©dical national : Soins palliatifs â dĂ©tresse (INESSS, 2020)
- Protocole médical national : Sédation palliative continue (INESSS, 2022, mis à jour en 2026)
- Protocole mĂ©dical national : Soins palliatifs â fiĂšvre (INESSS, 2019)
- Protocole mĂ©dical national : Soins palliatifs â nausĂ©es et vomissements (INESSS, 2020)
- Palli-Science. Mini-guide de soins palliatifs (La Maison Victor-Gadbois), 25e éd., 2024.
- APES. Guide pratique des soins palliatifs : gestion de la douleur et autres symptÎmes, 5e éd., 2019 (repris par le mini-guide Palli-Science).
- Marciniuk DD, Goodridge D, Hernandez P, et al. Managing dyspnea in patients with advanced chronic obstructive pulmonary disease: a Canadian Thoracic Society clinical practice guideline. Can Respir J. 2011;18(2):69-78.
- Simon ST, Higginson IJ, Booth S, et al. Benzodiazepines for the relief of breathlessness in advanced malignant and non-malignant diseases in adults. Cochrane Database Syst Rev. 2016;(10):CD007354.
- Hosie A, Davidson PM, Agar M, et al. Delirium prevalence, incidence, and implications for screening in specialist palliative care inpatient settings: a systematic review. Palliat Med. 2013;27(6):486-98.
- Tremblay M., Burelle S., Brazeau N. : protocole de détresse respiratoire et autres inconforts (CISSS de Laval, 2020).
- Seizures â Scottish Palliative Care Guidelines (NHS Scotland, Right Decisions)
- Phenobarbitone â clinical guideline (St Elizabeth Hospice)
- Ordonnance de dĂ©tresse â information (CHU de QuĂ©bec)
- Agence du revenu du Canada : formulaire T2201, section « Soins thérapeutiques essentiels ».