En bref : En CHSLD, la mort survient souvent après un déclin progressif plutôt qu’un événement aigu. Reconnaître que le résident est en train de mourir (heures à jours) permet d’ajuster les soins, d’éviter un transfert inutile et de prévenir la famille à temps. Le diagnostic repose sur un ensemble de signes et sur l’avis de l’équipe ; il reste incertain et se réévalue chaque jour.
🩺 Au chevet
🚩 Signes qui annoncent une mort proche
- Alitement complet, faiblesse profonde, sommeil la plupart du temps, moins de réponse à la voix.
- Apport oral minime, incapacité d’avaler les comprimés, diurèse en baisse.
- Respiration irrégulière (pauses, Cheyne-Stokes), respiration bouche ouverte, râles.
- Extrémités froides et marbrées, cyanose périphérique, pouls radial faible.
- Signes plus tardifs : sillon nasogénien affaissé, absence de réaction aux stimuli verbaux ou visuels.
✅ À faire maintenant
- Exclure une cause réversible si les objectifs le justifient : hypoglycémie, sédation médicamenteuse, rétention, hypercalcémie, infection traitable.
- Confirmer le niveau de soins (AH-744) et les DMA ; revoir les objectifs avec le résident ou son représentant.
- Cesser les médicaments et les interventions qui n’apportent plus de confort (prises de sang, signes vitaux de routine, glycémies, statines…).
- Prescrire les médicaments de confort au besoin par voie SC : douleur ou dyspnée, râles, délirium ou agitation, nausées (voir « Soins de confort et fin de vie »).
- Prévenir la famille et lui offrir d’être présente.
Selon le niveau de soins
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A – B | Chercher une cause réversible ; si l’agonie est confirmée, en discuter avec le résident ou le représentant et proposer de réviser le niveau de soins. |
| C | Traiter sur place une cause simple si elle peut améliorer le confort ; sinon passer aux soins de fin de vie. |
| D | Soins de confort exclusifs ; pas de transfert ni d’examen, sauf si le confort ne peut être assuré sur place. |
Soins des derniers jours
- Voie SC : installer un papillon SC pour les médicaments ; retirer ce qui ne sert plus (soluté, sonde non nécessaire).
- Bouche : soins de bouche fréquents ; c’est le principal soulagement de la sécheresse.
- Peau et position : changements de position selon le confort, matelas adapté.
- Élimination : vérifier le globe vésical et le fécalome si l’agitation augmente.
- Évaluation : douleur avec une échelle adaptée au TNC (PACSLAC, PAINAD) ; ajuster chaque jour.
- Voir aussi « Dyspnée, râles, délirium terminal » et « Protocole de détresse respiratoire ».
Famille
- Nommer clairement que la mort est proche, avec une estimation honnête : « des heures à quelques jours », en reconnaissant l’incertitude.
- Expliquer les changements attendus (respiration, râles, couleur, baisse de l’apport) pour qu’ils ne soient pas vus comme de la souffrance.
- Offrir le soutien spirituel et psychosocial, les rituels souhaités, et un moyen d’être appelé au bon moment.
Pièges et perles
- « Mange moins, dort plus » chez un résident frêle : penser fin de vie, pas seulement infection ou déshydratation.
- Poursuivre les signes vitaux et les prises de sang par habitude dérange sans aider.
- Le transfert d’un résident qui meurt l’expose souvent à mourir aux urgences, loin de ses proches.
- Le pronostic se trompe dans les deux sens : prévenir la famille plus tôt que tard.
Références
- NICE NG31. Care of dying adults in the last days of life (2015).
- Hui D, et al. Clinical signs of impending death in cancer patients. Oncologist 2014;19(6):681-7.
- Pallium Canada. Pallium Palliative Pocketbook, 3e éd. (2026).
- INESSS. Les niveaux de soins : normes et standards de qualité (2016).