En bref : L’hémorragie massive terminale est rare, mais très traumatisante pour le résident, les proches et l’équipe. La mort survient souvent en quelques minutes : la préparation compte plus que le traitement. On repère les résidents à risque, on discute du scénario à l’avance et on prescrit le protocole de détresse d’avance. Pendant la crise, la priorité est la présence et le calme, pas les médicaments.
🩺 Au chevet
🚩 Résidents à risque
- Cancer ORL ou du cou près d’un gros vaisseau (carotide), plaie tumorale ulcérée.
- Cancer pulmonaire central (hémoptysie), cancer digestif, varices œsophagiennes (cirrhose).
- Thrombopénie grave, anticoagulant ou antiplaquettaire, insuffisance hépatique.
- Saignement sentinelle : un petit saignement d’une lésion à risque annonce souvent l’hémorragie majeure.
✅ À faire maintenant (pendant la crise)
- Rester avec le résident. Ne pas le laisser seul pour aller chercher un médicament.
- Serviettes ou draps foncés pour absorber et masquer le sang.
- Pression sur un saignement externe accessible.
- Hémoptysie ou hématémèse : coucher sur le côté, idéalement du côté qui saigne, pour protéger l’autre poumon et éviter l’étouffement.
- Si le résident est conscient et en panique : protocole de détresse selon l’ordonnance prérédigée (voir « Protocole de détresse respiratoire »).
- Après le décès : constat, soutien des proches et de l’équipe.
Selon le niveau de soins
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A – B | Un saignement majeur se traite comme une urgence : appel au 911 et transfert pour réanimation, endoscopie ou embolisation (voir « Vomissements, diarrhée, saignement digestif » et « INR hors cible, saignement sous anticoagulant »). |
| C | Traiter sur place un saignement modéré (pression, pansement hémostatique, arrêt de l’anticoagulant). Une hémorragie massive chez un résident en fin de vie se gère en confort. |
| D | Confort seulement : présence, serviettes foncées, positionnement, protocole de détresse si panique. Pas de transfert. |
Le scénario d’hémorragie massive doit avoir été discuté et inscrit au dossier avant la crise, avec le niveau de soins à jour (AH-744).
Préparer à l’avance
- Plan écrit : risque identifié, conduite attendue, personnes à aviser ; l’équipe de nuit doit le connaître.
- Protocole de détresse prescrit d’avance, avec les seringues prêtes selon la procédure de l’établissement.
- Au chevet : serviettes foncées, gants, piqués, aspiration buccale si disponible.
- Médicaments : réévaluer l’anticoagulant, l’antiplaquettaire et les AINS selon les objectifs. L’acide tranexamique (topique ou PO) peut aider pour un saignement lent d’une plaie ou d’une tumeur ; voir la fiche Acide tranexamique et le pharmacien.
- Saignement lent d’une plaie tumorale : pansement non adhérent et hémostatique, changé doucement (voir la fiche Plaies, ulcères et brûlures).
- Chambre : privilégier une chambre individuelle si possible.
Famille, équipe et suivi
- Avec le résident (s’il le souhaite) et ses proches : nommer le risque avec tact, expliquer que la perte de conscience est souvent rapide et que l’équipe restera présente.
- Laisser les proches choisir d’être présents ou non.
- Après l’événement : rencontre de soutien pour l’équipe (retour sur l’événement) ; offrir du soutien de deuil aux proches.
- Décès attendu dans le contexte de la maladie : constat de décès habituel (voir « Constat de décès et avis au coroner »).
Pièges et perles
- Un médicament SC agit trop lentement pour une mort en quelques minutes : la présence est le soin principal.
- Le protocole de détresse ne s’utilise que si le résident est conscient et en panique.
- Prévoir le scénario évite un transfert en catastrophe contraire aux souhaits du résident.
- L’équipe est souvent marquée : en parler après.
Références
- Harris DG, Noble SI. Management of terminal hemorrhage in patients with advanced cancer: a systematic literature review. J Pain Symptom Manage 2009;38(6):913-27.
- Ubogagu E, Harris DG. Guideline for the management of terminal haemorrhage in palliative care patients with advanced cancer discharged home for end-of-life care. BMJ Support Palliat Care 2012;2(4):294-300.
- INESSS. Protocole médical national et ordonnance associée : administration de médicaments en cas de détresse chez une personne recevant des soins palliatifs (mise à jour août 2020).
- Formulaire AH-744 (niveaux de soins et RCR), MSSS.