En bref : Le protocole de détresse est une mesure d’urgence de dernier recours, propre au Québec, pour une personne en fin de vie qui présente une crise aiguë avec panique. Il associe, par voie SC, une benzodiazépine (midazolam), un opioïde et un anticholinergique (scopolamine), pour une sédation temporaire. Il est souvent utilisé à tort : il ne sert pas à traiter une dyspnée, des râles ou une agitation sans panique.
🩺 Au chevet
📋 Critères (INESSS, 2020)
- État de panique (terreur, agitation, anxiété intense) et au moins un de : détresse respiratoire soudaine et majeure ; douleur soudaine ou qui augmente rapidement et intolérable ; hémorragie massive.
- Personne en fin de vie, chez qui cette mesure est prévue au plan de soins.
🚩 Ne pas utiliser
- Résident inconscient : il ne peut pas être en panique.
- Dyspnée, râles, saignement ou douleur sans panique : utiliser les médicaments au besoin prévus (opioïde, anticholinergique, etc.).
- Délirium terminal ou agitation chronique : traitement propre (voir « Dyspnée, râles, délirium terminal »).
✅ À faire maintenant
- L’infirmière administre le protocole selon l’ordonnance prérédigée de l’établissement et reste au chevet jusqu’à la stabilisation.
- Midazolam en premier ; opioïde et scopolamine le plus vite possible ensuite.
- Réévaluer de près ; si la détresse persiste, répéter selon l’ordonnance et aviser le médecin.
- Après la crise : revoir les médicaments réguliers et au besoin, et envisager une sédation palliative continue si les symptômes sont réfractaires.
Selon le niveau de soins
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A – B | En principe non indiqué : traiter la cause de la détresse (transfert, oxygène, traitement actif). |
| C | Rarement indiqué ; d’abord traiter la cause sur place. À prévoir seulement si la fin de vie est proche et le risque de crise connu. |
| D | Prescrire à l’avance si le risque de crise est réel (cancer pulmonaire ou ORL obstructif, MPOC ou fibrose terminale, risque hémorragique). |
Prescrire et préparer
- Doses : utiliser l’ordonnance individuelle prérédigée de l’établissement (fondée sur le protocole médical national de l’INESSS). La dose de midazolam tient compte du poids et de l’exposition antérieure aux benzodiazépines ; la dose d’opioïde, de la dose déjà reçue.
- Prescrire à l’avance chez les résidents à risque, pour éviter un appel en pleine crise ; préciser le nombre d’administrations permises.
- Prévenir les crises : opioïde régulier pour la dyspnée, traitement de l’anxiété, préparation des serviettes foncées en cas de risque hémorragique.
- Documenter l’indication, l’effet et la surveillance ; ajuster le plan thérapeutique infirmier.
Famille
- Informer à l’avance le résident (s’il le souhaite) et ses proches du risque de crise et de ce qui serait fait.
- Expliquer que le protocole fait dormir quelques heures mais ne provoque pas la mort ; si le décès survient, c’est l’évolution de la maladie.
Pièges et perles
- Dans une étude québécoise, environ la moitié des administrations chez des âgés ne respectaient pas les critères de l’INESSS.
- Un résident qui « respire fort » mais dort paisiblement n’est pas en détresse.
- Des administrations répétées signalent un plan de confort insuffisant : revoir le traitement de fond.
- La scopolamine peut aggraver le délirium et la sécheresse buccale.
Références
- INESSS. Protocole médical national et ordonnance associée : administration de médicaments en cas de détresse chez une personne recevant des soins palliatifs (mise à jour août 2020).
- Tapp D, et al. Le protocole de détresse respiratoire chez les personnes âgées en fin de vie : un choix thérapeutique de dernier recours ? L’infirmière clinicienne 2022;19(1):58-66.
- INESSS. Protocole médical national : administration de la sédation palliative continue chez l’adulte en fin de vie (2022).
- Pallium Canada. Pallium Palliative Pocketbook, 3e éd. (2026).