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Fractures du bassin et du sacrum

GériatrieFiche révisée · 24 oct. 2026

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En bref : Chez la personne ĂągĂ©e, la fracture du bassin survient le plus souvent aprĂšs une chute banale (fracture de fragilitĂ©) : branches pubiennes, souvent avec une fracture du sacrum que la radiographie ne montre pas. Le traitement est presque toujours non chirurgical : analgĂ©sie rĂ©guliĂšre, mise en charge selon la tolĂ©rance dĂšs les premiers jours et prĂ©vention des complications de l’immobilitĂ©. Si la douleur empĂȘche encore la marche aprĂšs quelques jours, on refait l’imagerie (TDM ou IRM) et on demande l’avis de l’orthopĂ©die : la fixation ou la sacroplastie peut alors aider. C’est une fracture ostĂ©oporotique majeure : la mortalitĂ© Ă  1 an se rapproche de celle de la fracture de hanche, et un traitement de l’ostĂ©oporose s’impose. La fracture Ă  haute Ă©nergie est une autre maladie : choc hĂ©morragique, ceinture pelvienne, Ă©quipe de traumatologie.

đŸ©ș Au chevet

đŸš© Signaux d’alarme

  • Hypotension, tachycardie, hĂ©moglobine qui baisse, hĂ©matome qui s’étend (aine, pĂ©rinĂ©e, flanc), surtout sous anticoagulant : saignement pelvien.
  • Traumatisme Ă  haute Ă©nergie (accident de la route, chute de hauteur) : Ă©quipe de traumatologie, ceinture pelvienne si instable.
  • Faiblesse ou engourdissement d’une jambe, rĂ©tention urinaire, incontinence nouvelle, anesthĂ©sie en selle : atteinte des racines sacrĂ©es.
  • HĂ©maturie, sang au mĂ©at urĂ©tral (homme), saignement vaginal ou rectal aprĂšs un trauma : lĂ©sion urologique, fracture ouverte.
  • Douleur de hanche avec radiographie « normale » et marche impossible : fracture de hanche ou du sacrum manquĂ©e.

✅ À faire maintenant

  • PrĂ©ciser le mĂ©canisme (chute de sa hauteur ou haute Ă©nergie) et chercher la cause de la chute (syncope, mĂ©dicaments, hypotension orthostatique).
  • Imagerie : radiographie du bassin et des hanches ; TDM du bassin si la douleur est postĂ©rieure (sacrum, fesse), si la marche reste impossible ou avant de dĂ©cider d’une chirurgie ; IRM si TDM nĂ©gative et forte suspicion.
  • Examen neurologique des membres infĂ©rieurs et pĂ©rinĂ©al, globe vĂ©sical, plaies de pression.
  • FSC (Ă  refaire Ă  24 h si anticoagulant ou fracture dĂ©placĂ©e), crĂ©atinine, calcium, albumine, 25-OH vitamine D.
  • Lever et mise en charge selon la tolĂ©rance dans les 24 Ă  48 h, avec physiothĂ©rapie, sauf consigne contraire de l’orthopĂ©die.

💊 PremiĂšres ordonnances (personne ĂągĂ©e, fonction rĂ©nale Ă  vĂ©rifier)

  • AcĂ©taminophĂšne 650 Ă  1 000 mg PO q6h rĂ©gulier (max 3 g/j chez la personne ĂągĂ©e ou fragile).
  • OpioĂŻde Ă  petite dose, donnĂ© 30 Ă  60 min avant les transferts et la physiothĂ©rapie : hydromorphone 0,5 Ă  1 mg PO q4h PRN ou oxycodone 2,5 Ă  5 mg PO q4h PRN.
  • AINS : Ă  Ă©viter chez la plupart des aĂźnĂ©s (rein, saignement, IC) ; cure trĂšs courte possible si aucune contre-indication.
  • PEG 3350 17 g PO die ± sennosides 8,6 Ă  17,2 mg PO hs dĂšs le premier opioĂŻde.
  • TEV : enoxaparine 40 mg SC die (30 mg si ClCr < 30) tant que la mobilitĂ© est rĂ©duite, sauf saignement actif.
  • Vitamine D3 1 000 Ă  2 000 UI PO die ; apport en calcium surtout alimentaire.

📞 Appeler ou orienter si

  • OrthopĂ©die : fracture du sacrum ou de l’anneau postĂ©rieur dĂ©placĂ©e ou bilatĂ©rale, fracture de l’acĂ©tabulum, marche impossible aprĂšs 3 Ă  7 jours malgrĂ© une bonne analgĂ©sie, douleur qui augmente.
  • Traumatologie, soins intensifs, radiologie d’intervention : haute Ă©nergie, instabilitĂ© hĂ©modynamique.
  • GĂ©riatrie : dĂ©lirium, chutes rĂ©pĂ©tĂ©es, polypharmacie, orientation aprĂšs l’hospitalisation.

Types de fractures et imagerie

TypeMécanisme et imageConduite habituelle
Fragilité, anneau antérieur seul (FFP I)Chute de sa hauteur ; branches pubiennes ; TDM sans atteinte postérieureNon chirurgicale : analgésie, mise en charge selon la tolérance
FragilitĂ© avec atteinte postĂ©rieure non dĂ©placĂ©e (FFP II)Branches pubiennes + fracture du sacrum ou de l’aile iliaque non dĂ©placĂ©e ; le cas le plus frĂ©quentNon chirurgicale en premier ; fixation (vis sacro-iliaques) ou sacroplastie si la marche reste impossible aprĂšs quelques jours
FragilitĂ© avec atteinte postĂ©rieure dĂ©placĂ©e (FFP III, IV)DĂ©placement unilatĂ©ral ou atteinte bilatĂ©rale du sacrum (fracture en « H » ou en « U »)Avis de l’orthopĂ©die ; fixation le plus souvent
Haute énergieAccident, chute de hauteur, écrasement ; adulte de tout ùgeProtocole de traumatologie : ceinture pelvienne, transfusion, angiographie ou packing, fixation
AcétabulumChute sur le cÎté ou trauma ; douleur de hancheOrthopédie : traitement selon le déplacement

Classification FFP de Rommens et Hofmann (2013). Plus de la moitiĂ© des fractures des branches pubiennes chez l’aĂźnĂ© ont une atteinte du sacrum visible seulement Ă  la TDM ; l’IRM est la plus sensible pour la fracture d’insuffisance du sacrum.

Fracture à haute énergie : premiÚres heures

  • RĂ©animation selon l’ATLS : voies aĂ©riennes, ventilation, circulation ; FAST ; groupe et compatibilitĂ©, protocole de transfusion massive au besoin.
  • Ceinture pelvienne centrĂ©e sur les grands trochanters si choc ou bassin instable ; pas de manipulation rĂ©pĂ©tĂ©e du bassin.
  • Acide tranexamique 1 g IV en 10 min, dans les 3 heures du traumatisme, puis 1 g IV sur 8 h (CRASH-2).
  • HĂ©morragie persistante : angioembolisation ou packing prĂ©pĂ©ritonĂ©al, selon le centre.
  • Chercher les lĂ©sions associĂ©es : urĂštre (pas de sonde si sang au mĂ©at), vessie, rectum, vagin, rachis, abdomen.
  • Transfert vers le centre de traumatologie dĂ©signĂ© si le milieu ne peut pas traiter.

À l’hĂŽpital : fracture de fragilitĂ©

VoletConduite
MobilisationMise en charge selon la tolĂ©rance dĂšs les 24 Ă  48 premiĂšres heures, avec physiothĂ©rapie et aide technique (ambulateur). L’alitement prolongĂ© aggrave le pronostic.
AnalgĂ©sieAcĂ©taminophĂšne rĂ©gulier ; opioĂŻde Ă  petite dose avant les activitĂ©s ; réévaluer chaque jour. Viser une douleur qui permet les transferts et la marche. Voir AnalgĂ©sie et douleur aiguĂ« Ă  l’hĂŽpital.
Échec de mobilisationMarche impossible aprĂšs 3 Ă  7 jours malgrĂ© une bonne analgĂ©sie : TDM (ou IRM) pour chercher une atteinte postĂ©rieure ou un dĂ©placement, puis avis de l’orthopĂ©die (fixation percutanĂ©e, sacroplastie).
TEVProphylaxie pharmacologique pendant l’immobilitĂ© ; voir Prophylaxie de la TEV chez le patient hospitalisĂ©.
Anticoagulant habituelLe poursuivre ou le reprendre si l’hĂ©moglobine est stable et sans hĂ©matome qui s’étend ; FSC Ă  24 h. Saignement important : voir Saignement sous anticoagulant et rĂ©version.
DéliriumDépister chaque quart (CAM) ; prévention non pharmacologique. Voir Délirium.
Vessie, intestin, peauRétention (opioïdes, douleur), constipation, plaies de pression au sacrum et aux talons : surface adaptée, repositionnement.
Cause de la chuteMĂ©dicaments, hypotension orthostatique, vision, cognition, arythmie ; voir Chutes, fragilitĂ© et perte d’autonomie.
OrientationDomicile avec soutien, URFI, UTRF ou convalescence selon la marche, la cognition et le soutien ; demande précoce.

Ostéoporose aprÚs la fracture

  • Une fracture du bassin de fragilitĂ© est une fracture ostĂ©oporotique majeure : un traitement pharmacologique est recommandĂ© sans attendre la densitomĂ©trie (OstĂ©oporose Canada, 2023).
  • Avant de commencer : crĂ©atinine, calcium, 25-OH vitamine D ; santĂ© dentaire si bisphosphonate ou dĂ©nosumab.
  • Acide zolĂ©dronique 5 mg IV une fois par annĂ©e (souvent donnĂ© 2 semaines ou plus aprĂšs la fracture, vitamine D corrigĂ©e, ClCr ≄ 35) ou alendronate 70 mg PO 1 fois par semaine ; dĂ©nosumab 60 mg SC q6 mois si insuffisance rĂ©nale (ne jamais l’arrĂȘter sans relais).
  • Risque trĂšs Ă©levĂ© (fractures multiples, T-score trĂšs bas) : traitement anabolisant (tĂ©riparatide, romosozumab) Ă  discuter ; le tĂ©riparatide pourrait aussi favoriser la consolidation des fractures du bassin.
  • Exercice, prĂ©vention des chutes, apport en protĂ©ines. Voir OstĂ©oporose.

En soins post-aigus (URFI, UTRF, convalescence)

  • Objectif : marche sĂ©curitaire, transferts autonomes et retour dans le milieu de vie ; la consolidation prend 6 Ă  12 semaines, la douleur diminue en gĂ©nĂ©ral en 2 Ă  6 semaines.
  • À l’admission : vĂ©rifier le diagnostic exact (TDM ? atteinte du sacrum ?), la consigne de mise en charge et le plan d’analgĂ©sie, d’anticoagulation et d’ostĂ©oporose ; examen neurologique de base documentĂ©.
  • AnalgĂ©sie avant les thĂ©rapies ; sevrer les opioĂŻdes Ă  mesure que la marche progresse. Voir Douleur qui limite la rĂ©adaptation et AnalgĂ©sie multimodale et sevrage des opioĂŻdes.
  • PhysiothĂ©rapie et ergothĂ©rapie : marche avec ambulateur, transferts, escaliers, aides techniques Ă  domicile ; travailler la peur de tomber (Peur de tomber).
  • Plateau ou recul de la marche, douleur qui augmente : refaire l’imagerie (dĂ©placement secondaire, fracture du sacrum mĂ©connue) et reparler Ă  l’orthopĂ©die.
  • TEV : prophylaxie jusqu’à ce que la marche soit bien reprise (PrĂ©vention de la TEV).
  • OstĂ©oporose : s’assurer qu’un traitement est commencĂ© ou planifiĂ© avant le congĂ© (OstĂ©oporose aprĂšs une fracture de fragilitĂ©).
  • Situation dĂ©taillĂ©e : Fracture du bassin ou du sacrum ; voir aussi Restrictions de mise en charge et Chute en rĂ©adaptation.
  • Retour au centre hospitalier : nouveau dĂ©ficit, rĂ©tention avec anesthĂ©sie en selle, hĂ©moglobine qui chute ou hĂ©matome, douleur qui empĂȘche toute mobilisation, nouvelle chute avec douleur. Voir DĂ©tĂ©rioration : quand retourner au CH.

PiĂšges et perles

  • Une radiographie du bassin « normale » n’exclut pas une fracture du sacrum : TDM si la marche est impossible.
  • « Seulement une fracture des branches pubiennes » : la mortalitĂ© Ă  1 an et la perte d’autonomie ressemblent Ă  celles de la fracture de hanche.
  • Ne pas prescrire l’alitement : la mise en charge selon la tolĂ©rance est sĂ©curitaire pour la fracture de fragilitĂ© non dĂ©placĂ©e.
  • Une fracture de fragilitĂ© peut saigner, surtout sous anticoagulant : FSC Ă  24 h.
  • Le traitement de l’ostĂ©oporose est souvent oubliĂ© au congĂ© : l’écrire dans les ordonnances ou la lettre au mĂ©decin de famille.
  • OpioĂŻde la nuit chez l’aĂźnĂ© : dĂ©lirium, rĂ©tention, chute ; le donner plutĂŽt avant les thĂ©rapies.

Références

  • Rommens PM, Hofmann A. Comprehensive classification of fragility fractures of the pelvic ring: recommendations for surgical treatment (Injury 2013;44(12):1733-1744).
  • Rommens PM, Arand C, Hofmann A, Wagner D. When and how to operate fragility fractures of the pelvis? (Indian J Orthop 2019;53(1):128-137).
  • Morin SN et coll. Clinical practice guideline for management of osteoporosis and fracture prevention in Canada: 2023 update (CMAJ 2023;195(39):E1333-E1348).
  • CRASH-2 trial collaborators. Effects of tranexamic acid on death, vascular occlusive events, and blood transfusion in trauma patients with significant haemorrhage (Lancet 2010;376:23-32).
  • American College of Surgeons. ATLS : Advanced Trauma Life Support, 10e Ă©dition (2018) : ceinture pelvienne et hĂ©morragie pelvienne.
  • Peichl P et coll. Parathyroid hormone 1-84 accelerates fracture-healing in pubic bones of elderly osteoporotic women (J Bone Joint Surg Am 2011;93(17):1583-1587).
  • Lyles KW et coll. Zoledronic acid and clinical fractures and mortality after hip fracture (HORIZON-RFT) (N Engl J Med 2007;357:1799-1809).

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