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Analgésie et douleur aiguë à l’hôpital

PharmacologieFiche révisée · 16 oct. 2026

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En bref : On évalue la douleur et la fonction plutôt qu’un chiffre isolé, et on cherche la cause avant d’augmenter un opioïde. L’analgésie est multimodale : acétaminophène régulier, AINS si aucune contre-indication, puis un opioïde à libération immédiate, à faible dose, titré, pour la durée la plus courte possible. Chaque opioïde vient avec un laxatif, une surveillance de la sédation et de la naloxone disponible. Au congé : la plus petite quantité utile, souvent 3 jours ou moins.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d’alarme

  • Douleur nouvelle, disproportionnée ou qui change : SCA, ischémie, syndrome des loges, perforation, globe vésical, fracture après chute.
  • Sédation croissante avant la bradypnée ; FR < 8/min, ronflement, myosis.
  • Myoclonies, délirium, hyperalgésie sous opioïde (accumulation, IR).
  • Risque accru : BZD, gabapentinoïdes, âge, apnée, IR, MPOC.

✅ À faire maintenant

  • Échelle numérique ou verbale ; PAINAD si non communicant ; impact sur la toux, la marche, le sommeil.
  • Examen du site, globe vésical, fécalome ; créatinine et DFGe.
  • Opioïdes reçus en 24 h (réguliers + PRN réellement donnés) ; naïf ou tolérant ; TAO (méthadone, buprénorphine).
  • Sédation importante ou naloxone requise : aviser le patron, surveillance rapprochée.

💊 Premières ordonnances

  • Acétaminophène régulier 650–1000 mg PO q6h (max 4 g/24 h ; moins si hépatopathie, alcool, dénutrition ou faible poids).
  • Naïf : morphine 5 mg PO q4h ou hydromorphone 1 mg PO q4h ; âgé, fragile ou défaillance d’organe : moitié (2,5 mg ou 0,5 mg).
  • Entredose : environ la moitié de la dose q4h, q1h PO ou q30 min SC PRN.
  • Laxatif régulier dès le premier jour (p. ex. PEG 3350 17 g PO die) ; antiémétique PRN (p. ex. ondansétron 4 mg PO/IV q8h PRN ; prudence si QT long).
  • Dépression respiratoire : naloxone 0,1–0,2 mg IV q2–3 min, titrée.

📞 Appeler ou orienter si

  • Soins intensifs : Dépression respiratoire récidivante après naloxone
  • Chirurgie générale : Douleur abdominale disproportionnée
  • Chirurgie vasculaire : Ischémie aiguë soupçonnée
  • Orthopédie : Syndrome des loges soupçonné

Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›

🧮 Calculateur

🔗 Ressources et raisonnement

Évaluation

  • Patient communicant : échelle numérique 0–10 ou verbale ; caractère nociceptif ou neuropathique (brûlure, décharges, allodynie).
  • Objectif fonctionnel plutôt que « zéro douleur » : tousser, se mobiliser, dormir.
  • Patient non communicant (TNC avancé, délirium) : PAINAD, 5 items cotés 0–2 (respiration, vocalisation, expression faciale, langage corporel, consolabilité), total sur 10. Comparer au score de base et réévaluer après une dose d’analgésique.
  • Réévaluer après chaque intervention (environ 30 min SC/IV, 60 min PO) en notant douleur ET sédation.

Analgésie multimodale

Palier Options Points clés
Base Acétaminophène régulier (pas seulement PRN) Max usuel 4 g/24 h ; réduire si hépatopathie, alcool, dénutrition ou faible poids (selon le protocole local)
Ajout AINS courte durée Voir contre-indications ci-dessous
Douleur modérée à sévère Opioïde à libération immédiate Le plus faible dose, titré, durée la plus courte
Ciblé Glace, positionnement, blocs régionaux Selon l’anesthésie
  • AINS — éviter ou user de prudence : IRA ou IRC avancée, hypovolémie, association IECA/ARA + diurétique (« triple whammy »), insuffisance cardiaque, ulcère ou saignement digestif, anticoagulation, maladie cardiovasculaire, cirrhose, personne âgée. Ajouter un IPP si risque digestif et utiliser la plus courte durée.
  • Choisir avec soin : optimiser AINS et acétaminophène avant d’ajouter un opioïde.

Opioïdes

Choix et doses de départ (naïf)

Molécule Dose régulière PO Entredose PO Âgé, fragile, défaillance d’organe
Morphine 5 mg q4h 2,5 mg q1h PRN 2,5 mg q4h ; entredose 1,25 mg q1h PRN
Hydromorphone 1 mg q4h 0,5 mg q1h PRN 0,5 mg q4h ; entredose 0,25 mg q1h PRN
  • Doses : BC Centre for Palliative Care (2025), via Northern Health ; SC ≈ moitié de la dose PO (voir Conversions d’opioïdes).
  • Libération immédiate pour la douleur aiguë ; pas de longue action ni de timbre de fentanyl chez le naïf.
  • PRN ou régulier : PRN seul si douleur intermittente ou faible ; régulier + entredoses si douleur continue et prévisible (postopératoire précoce, fracture), avec réévaluation quotidienne et diminution dès que la douleur baisse.
  • Entredose : environ 10–15 % de la dose quotidienne totale ou 50 % de la dose q4h ; 3 entredoses inefficaces consécutives ou ≥ 3/24 h : réévaluer (fiche du CIUSSS de la Capitale-Nationale, 2023).
  • Insuffisance rénale : la morphine et la codéine accumulent des métabolites actifs (sédation, myoclonies) ; préférer l'hydromorphone à faible dose avec intervalles allongés ; en IR sévère, ajustement selon le protocole local et la pharmacie.
  • Éviter codéine (CYP2D6 imprévisible), mépéridine (métabolite neurotoxique ; Choisir avec soin), tramadol chez l’âgé ou si risque convulsif ou sérotoninergique.
  • Voie : PO dès que possible ; SC ou IV si NPO ou vomissements ; éviter l’IM.

Prévention et prise en charge des effets indésirables

Effet Prévention Prise en charge
Constipation Laxatif régulier dès le départ (pas de tolérance) Ajuster ; exclure fécalome. Voir Constipation (garde)
Nausées Antiémétique PRN au départ Souvent transitoires ; voir Nausées et vomissements
Sédation Surveiller la sédation avec la douleur Suspendre ou réduire la prochaine dose ; chercher BZD, IR, infection
Dépression respiratoire Prudence si apnée, MPOC, âge, BZD ; l’oxygène masque l’hypoventilation Stimuler, ventiler au besoin, naloxone
Délirium, myoclonies Plus faible dose, éviter morphine en IR Réduire, rotation (voir Délirium)

⚠️ La sédation précède la dépression respiratoire : un patient difficile à réveiller ne reçoit pas sa prochaine dose d’opioïde, même s’il a mal.

  • Naloxone (monographie canadienne) : dépression respiratoire postopératoire 0,1–0,2 mg IV par paliers q2–3 min, titrée pour rétablir la respiration sans renverser toute l’analgésie ; surdose franche : 0,4–2 mg IV q2–3 min (IM ou SC si pas d’accès IV) ; aucune réponse après 10 mg : remettre le diagnostic en question.
  • Elle agit moins longtemps que plusieurs opioïdes (méthadone, longue action) : surveiller, répéter q1–2 h ; perfusion selon le protocole local.
  • Chez le patient dépendant aux opioïdes, petites doses titrées pour éviter un sevrage brutal ; la réversion de la buprénorphine peut être incomplète.

Douleur neuropathique aiguë et adjuvants

  • Adjuvants possibles : gabapentinoïdes, antidépresseurs (IRSN, tricycliques à faible dose), lidocaïne topique ; choix et doses : voir Douleur chronique et neuropathique et le protocole local.
  • Gabapentinoïdes + opioïdes : risque additif de sédation et de dépression respiratoire ; doses réduites chez l’âgé et en IR.
  • Kétamine à faible dose ou blocs : sur avis de l’anesthésie (voir Consulter).

Patient sous opioïdes chroniques ou TUO

Algorithme

Oui

Non

Oui

Non

Oui

Non

Douleur aiguë
Évaluer : échelle ou PAINAD, fonction

Douleur nouvelle ou qui change ?

Chercher la cause
SCA, ischémie, globe, fracture

Acétaminophène régulier
+ AINS si permis
+ mesures non pharmacologiques

Contrôle suffisant ?

Réévaluer chaque jour
Désescalader

Opioïde à libération immédiate
faible dose, entredoses
laxatif, surveillance sédation

Sédation ou FR basse ?

Suspendre l’opioïde
Naloxone 0,1–0,2 mg IV titrée
Patron

Titrer, puis réduire
dès amélioration

Congé : plus petite quantité,
3 jours ou moins le plus souvent

Consulter

Consulter en anesthésiologie si :

Service de la douleur aiguë, selon la disponibilité locale.

  • Semi-urgentDouleur non contrôlée malgré une titration multimodale (kétamine, bloc, ACP à discuter) — pendant le séjour, même jour si intense.
  • Semi-urgentDouleur aiguë sous TAO ou avec TUO (avec la médecine des toxicomanies si offerte) — pendant le séjour.

À préparer : opioïdes des dernières 24 h (réguliers et entredoses données), dose de méthadone ou de buprénorphine vérifiée, DFGe, sédation et FR, adjuvants en cours.

Consulter aux soins intensifs si :

  • UrgentDépression respiratoire récidivante après naloxone (ou perfusion de naloxone requise) — immédiatement.

Consulter en chirurgie générale si :

  • UrgentDouleur abdominale disproportionnée (perforation, occlusion, abdomen aigu) — garde, même jour.

Consulter en chirurgie vasculaire si :

  • UrgentIschémie aiguë soupçonnée (membre ou mésentérique) — garde, immédiatement.

Consulter en orthopédie si :

  • UrgentSyndrome des loges soupçonné — garde, immédiatement.

Suivi et congé

  • Choisir avec soin (CMFC) : ne pas poursuivre l’opioïde au-delà de la période postopératoire immédiate ou de l’épisode aigu, habituellement 3 jours ou moins, rarement plus de 7 jours ; plus faible dose et plus petit nombre de doses nécessaires.
  • Ordonnance : molécule à libération immédiate, quantité totale écrite, aucun renouvellement ; plan de réduction ; acétaminophène et AINS en premier.
  • Possibilité de fractionner la quantité servie et d’ajouter une date d’expiration (CMAJ, 2025).
  • Enseignement : sédation, conduite, alcool et BZD, entreposage sécuritaire, retour des comprimés inutilisés ; trousse de naloxone si facteur de risque.
  • Communiquer le plan au médecin de famille (voir Congé et transitions de soins).

Pièges et perles

  • Acétaminophène PRN seulement : il est souvent sous-utilisé ; le prescrire régulièrement fait épargner des opioïdes.
  • La SpO2 normale sous O2 n’exclut pas l’hypoventilation : regarder la sédation et la FR.
  • Douleur qui augmente avec la dose, allodynie diffuse : penser à l’hyperalgésie induite par les opioïdes.
  • Ne pas oublier la dose de méthadone ou de buprénorphine à l’admission : son omission provoque un sevrage et une douleur incontrôlable.

Outils publics de l’Estrie

Documents publics de Santé Québec – Estrie-CHUS, résumés dans nos mots. Les corridors, formulaires et délais sont ceux de l’Estrie : utiliser ceux de son milieu.

📄 Outil public de l’Estrie — OPI-AN-002 : Algorithme d’analgésie multimodale (adulte) (2023)

  • Acétaminophène 1 g QID (650 mg si < 50 kg) + AINS (célécoxib 100 mg BID) si pas de contre-indication (saignement, coronaropathie, IC, IR, anticoagulant).
  • Douleur 4 ou plus : morphine ou hydromorphone PO ou SC q3h PRN selon le poids et l’âge (hydromorphone si insuffisance rénale) ; gabapentine si douleur neuropathique (omettre 75 ans et plus ou ClCr < 30).
  • Antiémétique et laxatif prescrits d’emblée ; exclusions : forte dose d’opioïdes déjà prise, insuffisance hépatique sévère, réserve respiratoire réduite.

Résumé dans nos mots. Source : Santé Québec – Estrie-CHUS, OPI-AN-002. Les corridors, formulaires et délais sont ceux de l’Estrie : utiliser ceux de son milieu.

Références

🩺 Situations en soins post-aigus qui renvoient ici

🔗 Voir aussi