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Risque suicidaire et urgence psychiatrique

PsychiatrieFiche révisée · 18 oct. 2026

💊 Doses / traitement✉ Signaler une erreur

En bref : Demander directement si la personne pense au suicide : cela n’augmente pas le risque. On estime la dangerositĂ© (planification, tentatives, espoir, substances, contrĂŽle, proches, soins de soi) plutĂŽt que de compter des facteurs de risque. Un danger grave et immĂ©diat justifie une garde prĂ©ventive (≀ 72 h, loi P-38.001) et une Ă©valuation psychiatrique. Chaque patient repart avec un plan de sĂ©curitĂ©, un accĂšs restreint aux moyens et un suivi rapide.

đŸ©ș Au chevet

đŸš© Signaux d’alarme

  • Plan prĂ©cis avec moyen accessible, prĂ©paratifs, passage Ă  l’acte imminent.
  • Tentative rĂ©cente ou lĂ©tale, dĂ©sespoir marquĂ©, intoxication actuelle, impulsivitĂ©, voix impĂ©ratives, isolement.
  • Calme soudain aprĂšs une crise.
  • Organique probable : 1er Ă©pisode > 40 ans, SV anormaux, altĂ©ration de l’état de conscience, hallucinations visuelles, atteinte neurologique.

✅ À faire maintenant

  • Demander directement ; estimer la dangerositĂ© (7 critĂšres GEDPAS), pas SAD PERSONS.
  • SĂ©curitĂ© : surveillance, retrait des objets dangereux ; 1:1 si danger grave et immĂ©diat.
  • Bilan : glycĂ©mie capillaire, FSC, ions, Ca, crĂ©atinine, bilan hĂ©patique, TSH, Ă©thanolĂ©mie, toxicologie, acĂ©taminophĂšne (Ă  4 h) et salicylĂ©s si ingestion, ECG (QTc), ÎČ-hCG.
  • Patient intoxiquĂ© : réévaluer Ă  jeun.
  • Danger grave et immĂ©diat avec refus : garde prĂ©ventive ≀ 72 h (P-38.001).
  • Danger faible : plan de sĂ©curitĂ© Ă©crit, restriction des moyens, suivi ≀ 7 jours ; ressources 9-8-8, 1 866 APPELLE, 811 option 2.

💊 Premiùres ordonnances

  • Agitation : dĂ©sescalade, PO si possible ; olanzapine 5–10 mg PO/IM, ou halopĂ©ridol 2,5–5 mg IM ± lorazĂ©pam 1–2 mg IM/PO.
  • Sevrage d’alcool ou stimulants : lorazĂ©pam 1–2 mg PO/IV/IM.
  • ÂgĂ©, dĂ©lirium : halopĂ©ridol 0,25–1 mg PO/SC ou quĂ©tiapine 12,5–25 mg PO ; Ă©viter l’halopĂ©ridol si Parkinson ou Lewy.
  • CongĂ© : petites quantitĂ©s (pas de 90 jours de tricyclique, d’opioĂŻdes ou de BZD).

📞 Appeler ou orienter si

  • Psychiatrie adulte : Danger grave et immĂ©diat ; danger modĂ©rĂ© de passage Ă  l’acte ; dĂ©sorganisation marquĂ©e du discours ou du comportement
  • Centre antipoison du QuĂ©bec : Tentative par ingestion

DĂ©lais, autres situations et quoi prĂ©parer : section Consulter â€ș

  • Agitation : dĂ©sescalade ; olanzapine 5–10 mg PO ou ODT ± lorazĂ©pam 1–2 mg PO/SL. Agitation non contrĂŽlĂ©e ou danger : 911 / urgence (voie IM).
  • Sevrage d’alcool ou stimulants : lorazĂ©pam 1–2 mg PO/SL ; sevrage sĂ©vĂšre (confusion, convulsions, ATCD de delirium tremens) : urgence.
  • ÂgĂ©, dĂ©lirium : halopĂ©ridol 0,25–1 mg PO ou quĂ©tiapine 12,5–25 mg PO ; Ă©viter l’halopĂ©ridol si Parkinson ou Lewy.
  • CongĂ© : petites quantitĂ©s (pas de 90 jours de tricyclique, d’opioĂŻdes ou de BZD).

📞 Appeler ou orienter si

  • Envoyer Ă  l’urgence : Danger grave et immĂ©diat ; tentative rĂ©cente ou ingestion volontaire ; agitation non contrĂŽlĂ©e ou dangereuse ; dĂ©sorganisation marquĂ©e du langage ou du comportement ; cause organique probable
  • Psychiatrie : Danger modĂ©rĂ©

DĂ©lais, autres situations et quoi prĂ©parer : section Consulter â€ș

📹 RĂ©fĂ©rer : CRDS Consulter en psychiatrie si : (prioritĂ©s A Ă  E) · đŸš© Alertes cliniques : urgence

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📞 Consulter CRDS — Psychiatrie adulte · Urgente : consultation intrahospitaliĂšre · semi-urgente : intrahospitaliĂšre ou externe · Ă©lective : en externe

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Dépistage et entrée en matiÚre

  • Poser la question sans dĂ©tour : « Pensez-vous au suicide ? », « Avez-vous pensĂ© Ă  la façon ? Au moment ? Avez-vous ce qu’il faut ? »
  • Outils de repĂ©rage : C-SSRS (Columbia, version courte) ou ASQ. Ils dĂ©pistent, mais ne remplacent pas l’estimation clinique.
  • Les Ă©chelles de prĂ©diction (p. ex. SAD PERSONS) ne prĂ©disent pas bien le suicide : ne pas s’en servir pour dĂ©cider d’un congĂ©.
  • Signes d’alerte : propos ou Ă©crits suicidaires, recherche de moyens, mise en ordre de ses affaires, retrait, dĂ©sespoir, consommation accrue, changement brusque de l’humeur (calme soudain aprĂšs une crise).

Estimation de la dangerosité (GEDPAS)

La grille québécoise (Suicide Action Montréal et MSSS, mise à jour 2024) explore 7 critÚres sur un continuum de couleurs : vert et jaune (facteurs plutÎt protecteurs), orange et rouge (danger).

CritĂšre PlutĂŽt rassurant Danger
IdĂ©ations et planification IdĂ©es vagues, pas de plan Plan prĂ©cis (oĂč, quand, comment), moyen accessible, prĂ©paratifs, passage Ă  l’acte imminent
Tentatives de suicide Aucune Tentative récente (derniers mois), multiples, létales
CapacitĂ© d’espĂ©rer un changement Raisons de vivre, projets DĂ©sespoir marquĂ©
Usage de substances Peu ou pas Abus grave, intoxication actuelle
Capacité de se contrÎler Se sent en contrÎle Impulsivité forte, agitation, psychose (voix impératives)
Présence de proches Entourage disponible et mobilisé Seul et isolé, rupture récente
Capacité de prendre soin de soi Mange, dort, prend sa médication, suivi actif Se laisse aller
  • Estimation finale : absence d’indice de danger, danger faible Ă  modĂ©rĂ© ou danger grave Ă  court terme. Noter les moments critiques Ă  venir (anniversaire, procĂšs, congĂ©, fin de semaine).
  • L’utilisation formelle de la GEDPAS exige la formation associĂ©e ; le mĂ©decin s’en inspire pour structurer son jugement et sa note.

💡 Facteurs aggravants souvent oubliĂ©s en mĂ©decine hospitaliĂšre : douleur chronique, nouveau diagnostic grave (cancer, dĂ©mence dĂ©butante), perte d’autonomie, homme ĂągĂ© seul, sevrage d’alcool ou de benzodiazĂ©pines, akathisie, sortie rĂ©cente d’une hospitalisation psychiatrique.

Conduite selon le niveau de danger

Danger grave
et immédiat

Danger modéré

Danger faible

Idéations suicidaires
exprimées ou soupçonnées

Sécurité immédiate :
surveillance, retrait des objets
dangereux, évaluer intoxication

Estimer la dangerosité
(7 critĂšres GEDPAS)

Surveillance constante 1:1
Refus de soins ou départ :
garde prĂ©ventive ≀ 72 h

Évaluation psychiatrique
(consultation, transfert
en urgence psychiatrique)

Évaluation psychiatrique
ou Ă©quipe de crise le jour mĂȘme
Plan de sécurité, proches

Plan de sécurité écrit
Restriction des moyens
Suivi ≀ 7 jours

Congé ou admission
selon le psychiatre

Urgence psychiatrique : volet médical

  • Exclure une cause organique avant d’étiqueter un trouble psychiatrique, surtout si : Ăąge > 40 ans au premier Ă©pisode, signes vitaux anormaux, altĂ©ration de l’état de conscience, hallucinations visuelles, atteinte neurologique, abus de substances.
  • Bilan de base : glycĂ©mie capillaire, FSC, ions, Ca, crĂ©atinine, bilan hĂ©patique, TSH, Ă©thanolĂ©mie et dĂ©pistage toxicologique si pertinent, acĂ©taminophĂšne et salicylĂ©s si ingestion possible, ECG (QTc), ÎČ-hCG ; TDM cĂ©rĂ©brale et PL selon la clinique.
  • Tentative par ingestion : dosage d’acĂ©taminophĂšne Ă  4 h, ECG, Centre antipoison du QuĂ©bec 1 800 463-5060.

Agitation aiguë

  • D’abord la dĂ©sescalade verbale ; offrir le mĂ©dicament PO si possible.
Situation Option Dose
Agitation, cause psychiatrique Olanzapine 5–10 mg PO/IM (Ă©viter IM avec benzodiazĂ©pine IV/IM : hypotension, dĂ©pression respiratoire)
HalopĂ©ridol ± lorazĂ©pam 2,5–5 mg IM + 1–2 mg IM/PO
Sevrage d’alcool ou intoxication aux stimulants LorazĂ©pam 1–2 mg PO/IV/IM, rĂ©pĂ©ter selon effet
Agitation, cause psychiatrique Olanzapine 5–10 mg PO ou ODT
HalopĂ©ridol ± lorazĂ©pam Voie IM : Ă  l’urgence (911 si danger)
Sevrage d’alcool ou intoxication aux stimulants LorazĂ©pam 1–2 mg PO/SL, rĂ©pĂ©ter selon effet
Personne ĂągĂ©e, dĂ©lirium HalopĂ©ridol ou quĂ©tiapine 0,25–1 mg ; 12,5–25 mg PO ; dose minimale
Parkinson, dĂ©mence Ă  corps de Lewy Éviter halopĂ©ridol ; quĂ©tiapine faible dose
  • Surveiller signes vitaux, SpO₂, QTc et effets extrapyramidaux aprĂšs la contention chimique. La contention physique est un dernier recours, avec protocole et réévaluation frĂ©quente.

Consulter

Envoyer à l’urgence si :

  • UrgenceDanger grave et immĂ©diat (plan prĂ©cis, moyen accessible, passage Ă  l’acte imminent) — surveillance 1:1 ; garde prĂ©ventive ≀ 72 h (P-38.001) si refus
  • UrgenceTentative rĂ©cente ou ingestion volontaire — Centre antipoison 1 800 463-5060
  • UrgenceAgitation non contrĂŽlĂ©e ou dangereuse — 911
  • UrgenceDĂ©sorganisation marquĂ©e du langage ou du comportement
  • UrgenceCause organique probable (1er Ă©pisode > 40 ans, SV anormaux, conscience altĂ©rĂ©e, hallucinations visuelles, signe neurologique)

Consulter en psychiatrie si :

  • UrgentDanger grave et immĂ©diat (garde prĂ©ventive si refus ou dĂ©part ; surveillance 1:1) — garde, immĂ©diatement.
  • UrgentDanger modĂ©rĂ© de passage Ă  l’acte — psychiatrie ou Ă©quipe de crise le jour mĂȘme ; suivi 24–72 h.
  • UrgentDĂ©sorganisation marquĂ©e du discours ou du comportement (cause organique exclue) — garde, mĂȘme jour.
  • Semi-urgentTrouble grave et instable, dĂ©sorganisation lĂ©gĂšre (risque de dĂ©tĂ©rioration, danger faible) — ≀ 10 jours.
  • Semi-urgentPremier Ă©pisode psychotique ou maniaque (stable, sans danger) — selon l’atteinte fonctionnelle ; dĂ©pistage toxicologique.
  • ÉlectifToxicomanie associĂ©e Ă  un trouble psychiatrique (prĂ©ciser les substances) — consultation externe en psychiatrie.

À prĂ©parer : estimation GEDPAS (planification, tentatives, moyens, substances, proches), statut de garde et heure de dĂ©but, bilan organique et toxicologique, Ă©thanolĂ©mie, ECG (QTc), mĂ©dicaments.

Consulter le Centre antipoison du Québec si :

  • UrgentTentative par ingestion (acĂ©taminophĂšne Ă  4 h, salicylĂ©s, ECG) — immĂ©diatement, 1 800 463-5060.

Consulter en travail social si :

  • Semi-urgentPersonne seule ou isolĂ©e au congĂ© (retour reposant sur des proches ou services non en place) — pendant le sĂ©jour.

Danger faible : plan de sĂ©curitĂ© Ă©crit, restriction des moyens et suivi ≀ 7 jours en 1re ligne.

  • UrgenceDanger modĂ©rĂ© — psychiatre de garde ou Ă©quipe de crise le jour mĂȘme ; suivi 24–72 h
  • RapideTrouble sous-jacent grave et instable (dĂ©sorganisation lĂ©gĂšre, danger faible) — prioritĂ© B (≀ 10 j)
  • RapideRupture fonctionnelle malgrĂ© traitement standard — prioritĂ© C (≀ 28 j)

À prĂ©parer : estimation de la dangerositĂ© (7 critĂšres GEDPAS) et niveau retenu ; plan de sĂ©curitĂ©, moyens retirĂ©s, proches joints ; si ingestion : acĂ©taminophĂšne Ă  4 h, salicylĂ©s, ECG (QTc) ; Ă©thanolĂ©mie, toxicologie ; ressources remises (9-8-8, 1 866 APPELLE, 811 option 2).

Suivi et congé

  • Plan de sĂ©curitĂ© Ă©crit (modĂšle Stanley-Brown), rĂ©digĂ© avec le patient : signes d’alerte personnels, stratĂ©gies d’apaisement, personnes et lieux Ă  joindre, professionnels, lignes de crise, retrait des moyens.
  • Restreindre l’accĂšs aux moyens lĂ©taux : armes Ă  feu entreposĂ©es hors du domicile, mĂ©dicaments en petites quantitĂ©s (pas d’ordonnance de 90 jours d’un antidĂ©presseur tricyclique, d’opioĂŻdes ou de benzodiazĂ©pines) ; impliquer les proches.
  • Suivi dans les 24 Ă  72 h pour un danger modĂ©rĂ© et au plus tard 7 jours aprĂšs un congĂ© ; la pĂ©riode aprĂšs une sortie d’hospitalisation est la plus Ă  risque.
  • Ressources : 9-8-8 (ligne de crise suicide, partout au Canada, appel ou texto), 1 866 APPELLE (277-3553) et suicide.ca au QuĂ©bec, Info-Social 811 option 2, CLSC et intervenants de crise.
  • Informer le mĂ©decin traitant ; transmettre le plan.

PiĂšges et perles

  • Un patient intoxiquĂ© n’est pas Ă©valuable : réévaluer Ă  jeun avant le congĂ©.
  • Le « contrat de non-suicide » n’a aucune valeur protectrice ; le remplacer par le plan de sĂ©curitĂ©.
  • Un calme soudain chez un patient trĂšs souffrant peut signifier qu’une dĂ©cision a Ă©tĂ© prise.
  • Les antidĂ©presseurs peuvent augmenter les idĂ©ations chez les moins de 25 ans en dĂ©but de traitement : suivi rapprochĂ©.
  • Le secret professionnel peut ĂȘtre levĂ© pour prĂ©venir un acte de violence, dont un suicide, en prĂ©sence d’un risque sĂ©rieux de mort ou de blessures graves et d’un danger imminent (Code de dĂ©ontologie des mĂ©decins).

Plan de sécurité et facteurs modifiables (CANMAT 2023)

RĂ©sumĂ© dans nos mots, d’aprĂšs : CANMAT 2023 (adaptĂ© de Hawton et coll., 2022) ; F. NoĂ«l, Troubles concomitants

  • Facteurs de risque modifiables Ă  cibler : idĂ©es suicidaires avec plan ou intention, dĂ©sespoir, anxiĂ©tĂ©, impulsivitĂ©, psychose, stresseurs (finances, victimisation), TSPT, trouble d’usage (surtout l’alcool), trouble de personnalitĂ©, troubles du sommeil, douleur chronique.
  • Les Ă©chelles de risque ont une faible valeur prĂ©dictive : elles complĂštent le jugement clinique, sans le remplacer.
  • Plan de sĂ©curitĂ© en 6 Ă©tapes, Ă©crit avec le patient : 1) reconnaĂźtre ses signaux d’alerte ; 2) ses stratĂ©gies d’adaptation personnelles ; 3) se distraire et voir des gens ; 4) mobiliser ses proches ; 5) contacts professionnels (ligne 9-8-8, 1 866 APPELLE, urgence) ; 6) sĂ©curiser l’environnement (mĂ©dicaments en excĂšs, armes Ă  feu, cordes).
  • Le mois qui suit le dĂ©but ou l’arrĂȘt d’un antidĂ©presseur demande une surveillance accrue.
  • Alcool et drogues : risque suicidaire multipliĂ© ; l’alcool est prĂ©sent dans environ le quart des suicides. Une TCC rĂ©duit de moitiĂ© les tentatives chez les personnes qui ont fait une tentative rĂ©cente.

Références

đŸ©ș Situations CHSLD qui renvoient ici

đŸ©ș Situations en soins post-aigus qui renvoient ici

🔗 Voir aussi