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Maltraitance et négligence envers une personne âgée

GériatrieFiche révisée · 20 oct. 2026

💊 Doses / traitement✉️ Signaler une erreur

En bref : La maltraitance est un geste, une parole ou un manque d’action approprié dans une relation de confiance, qui cause du tort ou de la détresse, volontairement ou non. Elle est fréquente et sous-détectée : y penser devant des lésions inexpliquées, une déshydratation, des plaies de pression, un retard de consultation ou un récit incohérent. Rencontrer la personne seule, documenter avec rigueur, évaluer son aptitude et impliquer le travail social dès l’admission. Au Québec, le signalement est obligatoire (même sous secret professionnel) pour une personne en CHSLD, sous tutelle ou mandat homologué, inapte selon une évaluation médicale, en RI-RTF ou vulnérable en RPA. Aucun retour vers le milieu à risque avant une évaluation.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d’alarme

  • Danger immédiat pour la vie ou blessures graves : 911, sécuriser la personne.
  • Fractures, brûlures ou ecchymoses inexpliquées ou d’âges différents ; lésions génitales ou IST.
  • Plaies de pression avancées, déshydratation, dénutrition, hygiène très négligée à l’arrivée.
  • Personne craintive, en retrait, qui regarde l’aidant avant de répondre.
  • Congé prévu vers le milieu soupçonné, ou aidant qui exige le départ.

✅ À faire maintenant

  • Entretien seul avec la personne (sans l’aidant, sans proche comme interprète).
  • Examen complet, peau déshabillée ; schéma corporel, mesures, photos selon la politique de l’établissement et avec consentement.
  • Évaluation cognitive et de l'aptitude à consentir aux soins et à décider de son retour.
  • Aviser le travail social dès l’admission ; suivre la politique de lutte contre la maltraitance de l’établissement.
  • Signalement au commissaire local aux plaintes et à la qualité des services si la personne fait partie des catégories visées.

💊 Premières ordonnances

  • FSC, ions, urée, créatinine (déshydratation), glycémie, albumine, CK si séjour au sol, bilan hépatique.
  • Dosages des médicaments selon le profil : digoxine, anticonvulsivants, lithium, INR sous warfarine (non prise ou surdosage).
  • Dépistage toxicologique si sédation inexpliquée (benzodiazépines, opioïdes non prescrits).
  • Radiographies selon les lésions ; squelette ciblé si fractures multiples ; TDM cérébrale si chute, anticoagulant ou atteinte de l’état mental.
  • Bilan nutritionnel, soins de plaies, réhydratation.

📞 Appeler ou orienter si

  • Travail social : Maltraitance soupçonnée avec retour au milieu à risque ; inaptitude probable sans représentant et exploitation apparente

Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›

Formes de maltraitance

Typologie du gouvernement du Québec (sept types). Chacune peut prendre la forme de violence (malmener, contraindre) ou de négligence (ne pas se soucier, ne pas agir), volontaire ou non.

Type Exemples
Psychologique Menaces, chantage affectif, humiliation, isolement, infantilisation, indifférence
Physique Coups, bousculades, contention ou surmédication inappropriée ; négligence : hydratation, alimentation, hygiène, aide à la mobilité insuffisantes
Sexuelle Gestes ou propos sexuels non consentis, exhibitionnisme ; négligence de l’intimité ou de l’identité sexuelle
Matérielle ou financière Vol, fraude, procuration abusive, pression pour modifier un testament, privation d’argent ; mauvaise gestion des biens
Organisationnelle Soins ou services mal adaptés aux besoins, procédures rigides, délais, personnel insuffisant ou non formé
Âgisme Préjugés, discrimination, propos dévalorisants liés à l’âge ; ne pas offrir un traitement « à cause de l’âge »
Violation des droits Atteinte à l’autonomie, au consentement, à la vie privée ; imposer un milieu de vie ou un traitement
  • Auto-négligence : distincte de la maltraitance (pas de tiers), mais souvent associée à un TNC, une dépression ou un trouble d’usage ; même démarche d’aptitude et de protection.
  • Facteurs de risque : TNC, dépendance pour les AVQ, isolement social, aidant épuisé ou ayant un trouble d’usage ou de santé mentale, dépendance financière de l’aidant envers la personne, antécédents de violence conjugale.

Évaluation

Indices cliniques

  • Ecchymoses à des endroits inhabituels : visage, cou, oreilles, face latérale du bras, dos, abdomen, plantes ; marques en forme d’objet ou de doigts ; grande taille (> 5 cm). Les ecchymoses accidentelles siègent surtout aux extrémités.
  • Lésions aux poignets ou aux chevilles (contention), brûlures en forme ou en « chaussette ».
  • Lésions de pression, déshydratation, perte de poids, hygiène et vêtements négligés.
  • Médicaments non pris (taux indétectables, maladie mal contrôlée) ou surdosés (sédation, chutes, hypoglycémie).
  • Absence des aides : lunettes, prothèses auditives ou dentaires, aide à la marche.
  • Retard de consultation inexpliqué, visites répétées à l’urgence, changement fréquent de médecin.
  • Récit incohérent ou changeant, explication incompatible avec la lésion, versions différentes entre la personne et l’aidant.
  • Aidant qui répond à la place, refuse de laisser la personne seule, est hostile ou indifférent.
  • Indices financiers : factures impayées, procuration ou testament récents, ressources disparues, achats inhabituels.

Entretien

  • Seul avec la personne, dans un lieu privé ; interprète professionnel si besoin.
  • Questions ouvertes, puis directes : « Vous sentez-vous en sécurité chez vous ? », « Quelqu’un vous a-t-il fait mal, menacé, pris de l’argent ou des biens sans votre accord ? », « Manquez-vous de quelque chose (repas, médicaments, aide) ? ».
  • Outil possible : EASI (Elder Abuse Suspicion Index), outil canadien de 6 questions pour le médecin, chez la personne dont le MMSE est ≥ 24.
  • Rencontrer l’aidant séparément : charge, épuisement, compréhension des besoins, stress financier.

Documentation rigoureuse

  • Propos cités entre guillemets, de la personne et de l’aidant, avec l’heure.
  • Description objective : siège, taille, couleur, forme ; schéma corporel ; photos selon la politique.
  • Chronologie : délai entre l’événement et la consultation.
  • Conclure par « lésions compatibles ou non avec l’explication donnée » ; éviter les conclusions juridiques.
  • Noter les démarches faites (signalement, travail social, information remise).

Aptitude

  • Aptitude à consentir aux soins et à décider de son milieu de vie ; dépister délirium et dépression, qui faussent l’évaluation.
  • Personne apte : respecter ses choix (elle peut refuser une intervention), offrir information et ressources, plan de sécurité ; le signalement reste obligatoire si elle fait partie des catégories visées.
  • Personne inapte : vérifier l’existence d’un mandat de protection ou d’une tutelle ; si l’aidant soupçonné est le représentant, aviser le Curateur public ; voir Fiche Aptitude et régimes de protection.

Prise en charge

Cadre québécois

  • Loi visant à lutter contre la maltraitance envers les aînés et toute autre personne majeure en situation de vulnérabilité (RLRQ, c. L-6.3).
  • Signalement obligatoire et sans délai par tout prestataire de services de santé et de services sociaux ou professionnel ayant un motif raisonnable de croire à de la maltraitance chez :
    • un usager hébergé en CHSLD ;
    • un usager majeur d’une ressource intermédiaire ou de type familial (RI-RTF) ;
    • un résident en situation de vulnérabilité en RPA ;
    • une personne sous tutelle (curatelle antérieure à 2022 comprise) ou dont le mandat de protection est homologué ;
    • une personne dont l'inaptitude a été constatée par une évaluation médicale, sans mesure de protection.
  • L’obligation s’applique même aux personnes liées par le secret professionnel (sauf avocats et notaires).
  • À qui : commissaire local aux plaintes et à la qualité des services (CLPQS) si la personne reçoit des services du réseau ; sinon, un partenaire de l’entente-cadre nationale : police, Curateur public, CDPDJ ou AMF (fraude financière).
  • Hors catégories obligatoires : signalement avec le consentement de la personne ; secret levé sans consentement s’il y a un risque sérieux de mort ou de blessures graves.
  • Protection contre les représailles pour qui signale de bonne foi ; sanctions pénales pour l’absence de signalement obligatoire et pour la maltraitance commise par un intervenant.
  • Les établissements appliquent un processus d’intervention concerté avec la police et les partenaires lorsque les faits peuvent constituer une infraction.

Ressources

Ressource Rôle
Ligne Aide Maltraitance Adultes Aînés (LAMAA) — 1 888 489-2287 (7 j/7, 8 h à 20 h) Écoute, information, consultation professionnelle pour les intervenants
Commissaire local aux plaintes et à la qualité des services Réception des signalements et des plaintes ; maltraitance organisationnelle
Curateur public du Québec Personne inapte ; représentant soupçonné ; mesures de protection
Police (911 si danger immédiat) Infraction criminelle, danger, fraude
CLSC, travailleur social Évaluation psychosociale, services à domicile, répit, hébergement

Plan de sécurité

  • Milieu sécuritaire au congé : autre proche, hébergement temporaire, RPA ou ressource d’hébergement d’urgence.
  • Numéros à garder (911, LAMAA), documents importants, médicaments, accès à un téléphone.
  • Services à domicile réduisant la dépendance à l’aidant ; répit et soutien pour l’aidant épuisé.
  • Volet financier : protéger les comptes (institution financière, procuration à révoquer si apte), AMF en cas de fraude.

Algorithme

Oui

Non

Oui

Non

Oui

Non

Oui

Non

Maltraitance soupçonnée
ou dévoilée

Danger immédiat ?

Sécuriser, 911
Hospitaliser au besoin

Entretien seul
Examen et documentation
Travail social

Catégorie visée :
CHSLD, RI-RTF, RPA vulnérable,
tutelle, mandat homologué,
inaptitude constatée ?

Signalement obligatoire
sans délai au CLPQS
(ou police, Curateur public)

Personne apte ?

Information, ressources (LAMAA)
Plan de sécurité
Signalement avec son accord

Évaluer l’aptitude formellement
Mandat ou tutelle ?
Signalement obligatoire

Risque sérieux de mort
ou de blessures graves ?

Lever le secret :
police ou CLPQS

Congé sécuritaire
Suivi CLSC

Consulter

Consulter en travail social si :

Toute suspicion de maltraitance : aviser dès l’admission ; le signalement n’attend pas la consultation.

  • UrgentMaltraitance soupçonnée avec retour au milieu à risque (pas de congé avant l’évaluation) — dès l’admission.
  • UrgentInaptitude probable sans représentant et exploitation apparente (refus de soins, départ, abus financier) — même jour.
  • Semi-urgentDoute sur l’aptitude à gérer sa personne ou ses biens (mandat, tutelle, représentation temporaire) — pendant le séjour.
  • Semi-urgentÉpuisement ou refus du proche aidant — pendant le séjour.
  • ÉlectifRessources communautaires et suivi au CLSC — au congé.

À préparer : propos cités, examen et photos, évaluation cognitive, milieu de vie, représentant légal connu, démarches de signalement faites.

Consulter en gériatrie si :

  • Semi-urgentMaltraitance soupçonnée chez un aîné vulnérable (évaluation globale cognitive et fonctionnelle) — pendant le séjour.
  • ÉlectifMaltraitance soupçonnée, suivi après le congé — ≤ 28 jours.

À préparer : évaluation psychosociale, imagerie cérébrale (à prescrire si non faite), nom et téléphone du travailleur social.

Consulter en psychiatrie si :

  • Semi-urgentÉvaluation de l’aptitude complexe (trouble psychiatrique, dépression, refus persistant) — pendant le séjour.

Suivi et congé

  • Aucun retour vers le milieu à risque avant l’évaluation psychosociale et un plan de sécurité.
  • Résumé de congé : faits objectifs, signalement fait (sans détails inutiles au destinataire), services mis en place.
  • Transmettre au médecin traitant et au CLSC ; suivi rapproché ; revoir la médication (pilulier, distribution par la pharmacie).
  • Personne apte qui retourne malgré le risque : respecter son choix, documenter l’information donnée, laisser les numéros, prévoir un suivi.

Pièges et perles

  • Attribuer les ecchymoses à l’anticoagulant ou au vieillissement sans regarder le siège et le récit.
  • Laisser l’aidant soupçonné servir d'interprète ou rester pendant l’entretien.
  • Penser que le secret professionnel empêche de signaler : la loi l’emporte pour les catégories visées.
  • La maltraitance organisationnelle existe aussi à l’hôpital : contention, couche au lieu de l’aide à la toilette, attente prolongée, surmédication.
  • L’aidant épuisé n’est pas un « coupable » : le soutenir réduit le risque de négligence.
  • Déshydratation et plaies qui reviennent à chaque admission depuis un même milieu de vie : signal à explorer.

Voir aussi

Références

🩺 Situations CHSLD qui renvoient ici

🩺 Situations en soins post-aigus qui renvoient ici

🔗 Voir aussi