Dr .omni

Soins hospitaliers › GériatrieSoins post-aigus › GériatrieCHSLD et soins palliatifs › Gériatrie

Fracture de hanche : cogestion médicale

GériatrieFiche révisée · 19 oct. 2026

✉️ Signaler une erreur

En bref : La fracture de hanche du patient âgé est une urgence médicale autant que chirurgicale. Le médecin en cogestion (modèle orthogériatrique) optimise rapidement le patient pour que la chirurgie ait lieu le jour même ou le lendemain, au plus tard dans les 48 h. Les problèmes corrigeables ne doivent pas la retarder. On vise une analgésie multimodale avec bloc nerveux, la prévention du délirium, une thromboprophylaxie prolongée, une transfusion restrictive (Hb < 80 g/L après l’opération chez l’asymptomatique), la mise en charge dès le lendemain et un traitement de l’ostéoporose avant le congé.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d’alarme

  • Chirurgie qui glisse au-delà de 48 h : mortalité et complications accrues.
  • Délirium (souvent hypoactif), douleur non contrôlée, rétention urinaire.
  • Hypoxémie ou hypotension après la cimentation ou en postop : EP, IM, saignement.
  • Anticoagulant (warfarine, AOD) non planifié : risque de report.

✅ À faire maintenant

  • Collatéral : état fonctionnel et cognitif de base, niveau de soins, mandataire.
  • ECG, FSC, électrolytes, créatinine, glucose, INR/RNI, groupe et dépistage ; RX pulmonaire selon la clinique.
  • Dépister le délirium (CAM ou 4AT) à l’arrivée, puis chaque jour.
  • Noter l’heure de la dernière dose d’anticoagulant ou d’antiplaquettaire.
  • Évaluer la douleur à l’arrivée, 30 min après l’analgésie, puis régulièrement.
  • Instabilité : aviser le patron.

💊 Premières ordonnances

  • Acétaminophène 650–1000 mg PO q6 h régulier (max 4 g/j ; moins si hépatopathie, alcool ou faible poids) ; opioïde à libération immédiate PRN, faible dose (p. ex. hydromorphone 0,5 mg PO q4h PRN si âgé ou fragile).
  • Bloc fascia iliaca ou PENG (anesthésie ou urgence) ; pas d’AINS.
  • Thromboprophylaxie : HBPM (énoxaparine 40 mg SC die ou daltéparine 5000 UI SC die), 28–35 jours.
  • Transfusion : 1 culot si Hb < 80 g/L (asymptomatique, postop).

📞 Appeler ou orienter si

  • Orthopédie : Motif médical de report de la chirurgie ; anticoagulant ou antiplaquettaire à gérer
  • Cardiologie : SCA, IC décompensée ou FA rapide ; syncope abrupte sans prodrome ; double antiplaquettaire pour tuteur coronarien récent
  • Soins intensifs : Hypotension ou hypoxémie persistante

Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›

Évaluation préopératoire ciblée

  • Pourquoi est-il tombé ? Syncope, arythmie, AVC, infection, hypoglycémie, médicaments (sédatifs, antihypertenseurs), temps passé au sol (rhabdomyolyse, déshydratation, plaies de pression).
  • Cognition de base et dépistage du délirium ; état fonctionnel et lieu de vie.
  • Cardiorespiratoire : symptômes actifs, souffle, IC décompensée.
  • Liste complète des médicaments, dont anticoagulants, antiplaquettaires, hypoglycémiants, psychotropes.
  • Bilan : FSC, électrolytes, créatinine, glucose, INR/RNI, groupe et dépistage, ECG ; Ca, albumine, 25-OH-D pour le volet osseux.

Anticoagulants et antiplaquettaires

  • Warfarine : vitamine K pour corriger le RNI sans retarder indûment l’opération ; viser la valeur exigée par l’anesthésie et l’orthopédie.
  • AOD : délai selon la molécule, la dernière dose et la fonction rénale ; discuter avec l’anesthésie (rachianesthésie ou générale). Voir Anticoagulation périopératoire.
  • Antiplaquettaires : l’AAS seule ne justifie pas de report ; pour le clopidogrel ou le ticagrélor, l’anesthésie choisit la technique. Ne pas cesser la double antiplaquettaire d’un tuteur coronarien récent sans avis de cardiologie.
  • Reprise de l’anticoagulant après l’opération selon l’hémostase, avec l’orthopédiste.

Analgésie

  • Analgésie dès l’arrivée, y compris chez les personnes avec trouble cognitif. Objectif : permettre l’examen, les soins et la mobilisation.
  • Acétaminophène q6 h régulier avant et après l’opération ; opioïde à libération immédiate en appoint (NICE).
  • Bloc nerveux préopératoire (fascia iliaca ou PENG) dans une analgésie multimodale (AAOS, recommandation forte) ; il réduit les opioïdes, mais ne remplace pas une chirurgie rapide.
  • Opioïdes prudents : faible dose, éviter la mépéridine et les formes longue action d’emblée, ajuster à la fonction rénale ; laxatifs systématiques.
  • AINS non recommandés (NICE).
  • Acide tranexamique : recommandé pour réduire les pertes sanguines et les transfusions (AAOS) ; selon l’anesthésie.

Délirium

  • Très fréquent ; dépister à l’arrivée, puis chaque jour. Voir Délirium.
  • Prévention : analgésie adéquate, lunettes et appareils auditifs, orientation, sommeil, hydratation, retrait précoce de la sonde urinaire, surveillance du globe vésical et de la constipation, mobilisation précoce.
  • Éviter les benzodiazépines, les anticholinergiques et les contentions.

TEV : prophylaxie

  • Prophylaxie pharmacologique recommandée chez tous (AAOS, forte), sauf saignement actif. Voir Thromboembolie veineuse.
  • Agent : HBPM de préférence (énoxaparine 40 mg SC die ou daltéparine 5000 UI SC die) ; solutions de rechange : fondaparinux, HNF (insuffisance rénale sévère), warfarine, AAS ou CPI. Pendant le séjour : pharmacologique + CPI.
  • Chirurgie retardée : HNF à faible dose ou HBPM dès l’admission ; HBPM débutée ≥ 12 h avant ou ≥ 12 h après l’opération, selon l’hémostase.
  • Durée : au moins 10–14 jours, prolongation jusqu’à 28–35 jours suggérée (ACCP, NICE), donc à poursuivre après le congé.
  • L'AAS seule reste une solution de rechange, moins préférée que l’HBPM (SIGN la déconseille en monothérapie). Voir la fiche « Prophylaxie de la TEV chez le patient hospitalisé » (Thromboprophylaxie postopératoire).

⚖️ Divergence entre lignes directrices (Lanthier, ACCP vs SIGN) : le Lanthier et l’ACCP acceptent l'AAS parmi les options de thromboprophylaxie après une fracture de hanche, l'HBPM restant préférée ; SIGN déconseille l’AAS en monothérapie. On suit le Lanthier : HBPM de préférence, AAS seulement si l’HBPM ne convient pas.

Transfusion

  • Stratégie restrictive : seuil ≤ 80 g/L chez le patient postopératoire asymptomatique (AAOS) ; transfuser au-dessus si angine, hypotension ou dyspnée. Un culot à la fois. Voir Transfusion sanguine.

Complications postopératoires

Complication Indices et conduite
Délirium CAM ou 4AT ; chercher douleur, rétention, médicaments, infection
Anémie Hb quotidienne au début ; seuil ci-dessus
IM, arythmie, IC Troponine et ECG si symptômes ou instabilité ; diurèse, contrôle de la FC
Pneumonie, aspiration Toux, désaturation ; mobilisation, physiothérapie respiratoire
EP, TVP Dyspnée, tachycardie, désaturation
IRA, hyponatrémie Créatinine et Na ; éviter les solutés hypotoniques
Rétention, constipation, plaies, dénutrition Scan vésical, laxatifs, surface thérapeutique, suppléments oraux

Mobilisation et réadaptation

  • Mise en charge selon la tolérance (sans restriction) et physiothérapie le lendemain de l’opération, puis mobilisation au moins une fois par jour (NICE ; HQO).
  • Fixer tôt des objectifs de réadaptation interdisciplinaire, axés sur le retour à domicile. Les résidents de CHSLD ou de résidence ont aussi droit à la réadaptation.

Prévention des chutes et ostéoporose secondaire

  • La fracture de hanche suffit pour traiter sans attendre la densitométrie (Ostéoporose Canada 2023). Voir Ostéoporose.
  • 1re intention : bisphosphonate (alendronate, risédronate, acide zolédronique) ; dénosumab si contre-indication ou intolérance, sans retard de plus d’un mois entre les doses.
  • Doser Ca, créatinine et 25-OH-D avant de commencer ; corriger une carence en vitamine D. Vitamine D : 800 UI/j après 70 ans ; calcium surtout alimentaire (1200 mg/j).
  • Acide zolédronique IV : idéalement 2 à 12 semaines après la chirurgie (analyse post hoc de HORIZON-RFT).
  • Chutes (voir Chute) : révision des médicaments (sédatifs, hypotension orthostatique), vision, entraînement de l’équilibre et de la force, sécurité du domicile (ergothérapie). Orienter vers un programme de liaison fracture si disponible.
  • Évaluer la marche et l’équilibre : un TUG > 12–15 s signale un risque élevé de chute et justifie une intervention multifactorielle (World Falls Guidelines 2022).
  • À l’étage : éviter les contentions et les ridelles complètes, qui aggravent les blessures ; préférer un lit bas, des toilettes régulières et des chaussures adéquates.

Consulter

Consulter en orthopédie si :

Chirurgie visée le jour même ou le lendemain (≤ 48 h) : on corrige en parallèle, sans retarder.

  • UrgentMotif médical de report de la chirurgie — même jour, avec l’orthopédiste et l’anesthésiste.
  • UrgentAnticoagulant ou antiplaquettaire à gérer (warfarine, AOD, clopidogrel, ticagrélor ; technique d’anesthésie) — même jour, avec l’anesthésie.

À préparer : heure de la dernière dose d’antithrombotique, ClCr, RNI, Hb, ECG, état fonctionnel et cognitif de base, niveau de soins.

Consulter en cardiologie si :

  • UrgentSCA, IC décompensée ou FA rapide (> 110 bpm au repos ou mal tolérée) — garde, même jour.
  • UrgentSyncope abrupte sans prodrome (à l’origine de la chute) — garde, même jour.
  • UrgentDouble antiplaquettaire pour tuteur coronarien récent — avant tout arrêt.

Consulter aux soins intensifs si :

  • UrgentHypotension ou hypoxémie persistante (après la cimentation ou en postop : EP, IM, saignement) — immédiatement.

Consulter en physiothérapie si :

  • Semi-urgentMise en charge et mobilisation postopératoires (mise en charge permise, précautions) — le lendemain de l’opération.

Consulter en soins palliatifs si :

  • ÉlectifFracture en fin de vie (chirurgie palliative pour la douleur, objectifs de soins) — pendant le séjour, avec la discussion du niveau de soins.

Consulter en médecine interne si :

  • Semi-urgentGestion périopératoire d’un anticoagulant ou d’un antiplaquettaire (valve mécanique, TEV ou AVC récents, relais par HBPM, IRC, double antithrombotique, chirurgie urgente) — avant l’intervention.

Rôle du médecin en cogestion

  • Modèle orthogériatrique : prise en charge partagée dès l’admission (orthopédie, médecine ou gériatrie, anesthésie, physiothérapie, ergothérapie, nutrition, travail social). Les soins interdisciplinaires réduisent la mortalité et les complications (AAOS 2021, recommandation forte).
  • Tâches : optimisation rapide, comorbidités et médicaments, complications, objectifs de soins, congé et prévention secondaire.
  • Discuter du niveau de soins tôt. Si la fracture survient en fin de vie, la chirurgie peut encore être offerte dans une approche palliative, pour soulager la douleur.

Chirurgie dans les 48 h

Source Délai visé
NICE CG124 Jour de l’admission ou lendemain
AAOS 2021 24–48 h, « dès que sécuritaire »
Health Quality Ontario (norme de qualité) ≤ 48 h
  • Ne doivent pas retarder la chirurgie, mais être corrigés tout de suite (NICE) : anémie, anticoagulation, hypovolémie, troubles électrolytiques, diabète déséquilibré, IC décompensée, arythmie ou ischémie corrigeable, infection respiratoire aiguë, exacerbation de MPOC.
  • On évite les examens qui ne changent pas la conduite (p. ex. échographie cardiaque « de routine » chez un patient stable) : voir Évaluation et ordonnances préopératoires.
  • Anesthésie rachidienne ou générale : les deux sont acceptables (AAOS, NICE).

Suivi et congé

  • Lettre de congé : diagnostic de fracture de fragilisation, traitement de l’ostéoporose amorcé ou prévu, durée et date de fin de la thromboprophylaxie, analgésie avec plan de sevrage des opioïdes, médicaments cessés, suivi en orthopédie et en 1re ligne.

Pièges et perles

  • Retarder la chirurgie « pour optimiser » nuit souvent plus qu’il n’aide : on corrige en parallèle.
  • L’analgésie fait partie de la prévention du délirium.
  • Toujours chercher la cause de la chute ; une syncope change le bilan.
  • Ne pas oublier de prescrire la thromboprophylaxie au congé jusqu’à 28–35 jours.
  • La fracture de hanche est l’occasion idéale d’amorcer le traitement de l’ostéoporose : c’est souvent maintenant ou jamais.

Références

🩺 Situations CHSLD qui renvoient ici

🩺 Situations en soins post-aigus qui renvoient ici

🔗 Voir aussi