En bref : Après une fracture de hanche opérée, le but est de remarcher le plus tôt possible et de retrouver l’autonomie d’avant. La plupart des patients ont le droit de mettre du poids selon la tolérance, mais il faut lire la consigne du chirurgien. Le médecin en soins post-aigus gère ce qui freine la marche : douleur, délirium, anémie, hypotension, constipation. Il commence aussi la prévention de la prochaine fracture.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Douleur à la hanche qui augmente, raccourcissement ou rotation nouvelle du membre, incapacité soudaine de mettre du poids : luxation ou perte de fixation.
- Plaie qui coule, rougeur qui s’étend, fièvre (> 37,9 °C ou hausse ≥ 1,5 °C) : infection du site opératoire.
- Mollet ou cuisse enflés, dyspnée, douleur thoracique : TEV.
- Délirium nouveau ou aggravé ; chute sur l’unité.
- Hémoglobine qui baisse avec symptômes (dyspnée, hypotension, fatigue qui empêche la thérapie).
✅ À faire maintenant
- Lire le protocole opératoire : type de chirurgie (fixation ou prothèse), voie d’abord, mise en charge permise, précautions de hanche, date de retrait des agrafes, suivi en orthopédie.
- Analgésie régulière pour permettre la thérapie ; prévenir la constipation.
- Prophylaxie de la TEV : vérifier le médicament, la dose selon le poids et la fonction rénale, et la date de fin.
- Dépister le délirium ; revoir les médicaments sédatifs et anticholinergiques.
En soins post-aigus
- Douleur : acétaminophène régulier ; opioïde à faible dose avant les thérapies au besoin ; éviter les AINS chez la personne âgée fragile (voir Analgésie et douleur aiguë à l’hôpital).
- Anémie : contrôler l’hémoglobine si elle était basse au départ ou si le patient a des symptômes. Seuil selon le contexte : 70 à 80 g/L chez le patient sans symptômes (80 g/L après la chirurgie ou si MCAS, AAOS) ; jusqu’à 90 g/L lors d’un syndrome coronarien aigu ; voir la page Anémie postopératoire.
- TEV : la prophylaxie se poursuit en général environ un mois après une fracture de hanche (NICE). Voir la page Prévention de la TEV après chirurgie orthopédique.
- Os : une fracture de hanche de fragilité place le patient à risque élevé ; un traitement pharmacologique de l’ostéoporose est recommandé (Ostéoporose Canada 2023). Voir la fiche Ostéoporose.
- Nutrition : apport en protéines et en énergie ; avis de la nutritionniste si perte de poids ou apport faible.
- Chutes : chercher la cause de la chute initiale (syncope, orthostatisme, médicaments, vision).
Effet sur la réadaptation
- Physiothérapie : marche avec aide technique, transferts, renforcement, équilibre, escaliers. La mise en charge suit l’ordonnance du chirurgien.
- Ergothérapie : soins personnels, aides techniques (siège de toilette surélevé, pince, enfile-bas), sécurité du domicile ; enseignement des précautions de hanche si elles sont prescrites.
- Soins infirmiers : douleur avant les thérapies, plaie, élimination, peau des talons et du sacrum.
- Restriction de mise en charge : elle ralentit nettement la récupération ; si elle paraît inhabituelle, la faire confirmer.
Retour au centre hospitalier ou consultation
- Luxation de prothèse ou perte de fixation soupçonnée : radiographie si elle est disponible, sinon transfert ; aviser l’orthopédie.
- Écoulement persistant de la plaie ou infection profonde soupçonnée : avis orthopédique rapide (voir Plaie chirurgicale, agrafes et pansements).
- TEV soupçonnée, anémie avec instabilité, délirium sans cause trouvée : transfert selon le niveau de soins.
- Patient niveau C : un transfert peut se justifier pour le confort si une luxation empêche toute mobilisation.
Préparer le congé
- Rendez-vous de suivi en orthopédie et radiographie de contrôle selon la consigne du chirurgien.
- Traitement de l’ostéoporose commencé ou planifié, avec le nom du médecin qui le suivra.
- Durée restante de la prophylaxie de la TEV inscrite sur l’ordonnance.
- Aides techniques, adaptation du domicile et services du SAD en place avant le départ.
Pièges et perles
- Une douleur sous-traitée ressemble à un manque de motivation.
- Oublier le traitement de l’ostéoporose est la règle plutôt que l’exception : le prescrire avant le congé ou le confier clairement.
- Un délirium postopératoire peut durer des semaines ; il ne ferme pas la porte à la réadaptation.
Références
- NICE CG124. Hip fracture: management (mise à jour 2023) ; NICE QS16, énoncé 6 (réadaptation au plus tard le lendemain de la chirurgie).
- American Academy of Orthopaedic Surgeons. Management of hip fractures in older adults: evidence-based clinical practice guideline (2021).
- Morin SN, et al. Clinical practice guideline for management of osteoporosis and fracture prevention in Canada: 2023 update. CMAJ 2023;195(39):E1333-E1348.
- NICE NG89. Venous thromboembolism in over 16s: reducing the risk of hospital-acquired deep vein thrombosis or pulmonary embolism (2018, mise à jour 2019).