En bref : La question « Quand pourrai-je conduire ? » doit être abordée avant le congé, et la réponse notée au dossier. Après un AVC, les recommandations canadiennes conseillent de ne pas conduire pendant au moins un mois, puis d’évaluer les séquelles (vision, champ visuel, négligence, motricité, cognition). Après une fracture ou une chirurgie orthopédique, la reprise dépend de la capacité réelle à contrôler le véhicule et des médicaments. Le médecin peut déclarer à la SAAQ un patient qu’il juge inapte (art. 603 CSR) ; la SAAQ décide.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Hémianopsie, quadranopsie ou héminégligence : en principe incompatibles avec la conduite, sauf si la personne démontre qu’elle compense.
- Aphasie, trouble des fonctions exécutives, anosognosie (le patient ne voit pas ses déficits).
- Faiblesse ou spasticité du membre inférieur droit, plâtre ou botte de marche à droite.
- Opioïdes, sédatifs ou somnolence ; convulsion après l’AVC.
- Patient qui dit qu’il conduira quand même, malgré le conseil contraire.
✅ À faire maintenant
- Demander au patient s’il conduit et s’il compte reprendre le volant.
- Conseiller clairement de ne pas conduire pour l’instant, et dire pendant combien de temps ou jusqu’à quelle évaluation.
- Documenter le conseil donné, la réponse du patient et la présence d’un proche.
- Rappeler au patient qu’il doit lui-même informer la SAAQ d’un changement de son état de santé dans les 30 jours (art. 95 CSR).
En soins post-aigus
| Situation | Conduite |
|---|---|
| AVC | Pas de conduite pendant au moins un mois. Ensuite, évaluation des séquelles ; si des déficits persistent, évaluation fonctionnelle de la conduite par un ergothérapeute (test sur route). |
| ICT | Pas de conduite jusqu’à une évaluation neurologique complète. |
| Fracture ou chirurgie orthopédique | Pas de règle fixe. Reprise quand le patient peut freiner d’urgence, tourner le volant et se retourner, sans opioïde ni sédatif qui altère la vigilance, et selon les consignes du chirurgien. |
| Incapacité temporaire | Une incapacité prévue de moins de six mois n’a en général pas à être déclarée à la SAAQ : le médecin conseille et documente. |
Effet sur la réadaptation
- Ergothérapeute : dépistage (vision, attention, fonctions exécutives) ; il peut orienter vers une évaluation de la conduite et recommander une adaptation du véhicule ou une condition au permis.
- Physiothérapeute : force, amplitude, temps de réaction du membre inférieur ; transferts dans la voiture.
- Optométrie : champ visuel formel si un déficit est soupçonné.
- Inclure la mobilité dans la communauté dans les objectifs : transport adapté, transport en commun, proches.
Retour au centre hospitalier ou consultation
- Neurologie ou clinique d’AVC si une ICT n’a pas été évaluée, ou si une convulsion est survenue.
- Orthopédie pour préciser la mise en charge et le moment où le membre peut contrôler une pédale.
- Aucun transfert n’est requis pour cette question seule.
Préparer le congé
- Écrire dans le résumé de congé la consigne de conduite et la condition de reprise, pour le médecin de famille.
- Déclaration à la SAAQ (art. 603 CSR) : à envisager si le patient a été avisé, s’il indique qu’il conduira quand même et si sa conduite constitue un danger. La déclaration faite de bonne foi est protégée contre les poursuites (art. 605 CSR).
- Informer le patient de la démarche ; transmettre seulement les renseignements utiles à la conduite ; garder une copie au dossier.
- Le rapport médical demandé par la SAAQ doit décrire l'effet fonctionnel des déficits, pas seulement les diagnostics.
Patient et famille
- Perdre le permis, c’est perdre de l’autonomie : en parler avec tact et proposer des solutions de transport.
- Avec l’accord du patient, informer le proche qui a les clés.
Pièges et perles
- « Il ne conduit plus » : le vérifier ; beaucoup reprennent le volant sans en parler.
- Un AVC « léger » peut laisser un déficit d’attention ou de champ visuel qui ne se voit pas à l’examen sommaire.
- Le médecin donne une opinion ; seule la SAAQ suspend ou modifie un permis.
- Ne pas conseiller ni documenter est le vrai risque médico-légal.
Références
- Cœur + AVC. Recommandations canadiennes pour les pratiques optimales de soins de l’AVC, partie 3 : Optimiser l’activité et la participation après un AVC, 7e éd. (2025), section 4.5 (conduite).
- SAAQ. Guide explicatif du Règlement relatif à la santé des conducteurs (mise à jour sept. 2021). https://saaq.gouv.qc.ca/blob/saaq/documents/extranet_sante/sante-conducteur/guide_eval_medical.pdf
- Code de la sécurité routière (RLRQ, c. C-24.2), art. 95, 603 et 605.
- Collège des médecins du Québec et SAAQ. L’évaluation médicale de l’aptitude à conduire un véhicule automobile (guide, 2007).