En bref : Les pratiques de base (hygiène des mains, ÉPI selon le risque, étiquette respiratoire) s’appliquent à tous les patients. On y ajoute des précautions additionnelles dès la suspicion, sans attendre le résultat : contact (SARM, ERV, EPC, gale), contact renforcé pour C. difficile (eau et savon, désinfection sporicide), gouttelettes (masque médical et protection oculaire), aériennes (chambre à pression négative, N95) pour la TB, la rougeole, la varicelle et le zona disséminé. Le dépistage à l’admission et la levée de l’isolement suivent le protocole de prévention des infections de votre établissement (INSPQ/CINQ). L’isolement a un coût pour le patient (délirium, chutes, moins de visites) : le réévaluer chaque jour.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Fièvre + éruption vésiculeuse ou maculopapuleuse (varicelle, zona disséminé, rougeole) : aériennes immédiatement, personnel immun seulement.
- Toux chronique, perte de poids, hémoptysie, provenance d’un pays à incidence élevée : TB jusqu’à preuve du contraire.
- Diarrhée nosocomiale (≥ 3 selles non formées/24 h) : C. difficile jusqu’à preuve du contraire.
- Porteur connu d’EPC, ou hospitalisation hors Québec dans la dernière année.
- Fièvre + purpura ou méningisme : méningocoque (gouttelettes).
- Deux cas ou plus reliés sur une même unité : éclosion possible.
✅ À faire maintenant
- Mettre les précautions dès la suspicion ; afficher à la porte ; chambre individuelle si possible.
- Aviser la prévention des infections (PCI) selon le protocole de votre établissement.
- Prélèvements ciblés : TAAN respiratoire multiplex, C. difficile, frottis-culture BAAR, écouvillon de lésion, dépistages BMR.
- Vérifier au dossier l’alerte de porteur (SARM, ERV, EPC) et la dernière date positive.
- Réévaluer chaque jour la pertinence de l’isolement, et lever dès que les critères sont remplis.
💊 Premières ordonnances
- Ordonnance de précautions : type (contact, contact renforcé, gouttelettes, aériennes), motif, date de début.
- Traiter l’infection selon la fiche concernée (Fiche Influenza, Fiche COVID-19, Fiche Infection à Clostridioides difficile, Fiche Varicelle et zona).
- Prévention du délirium et des chutes chez le patient isolé : mobilisation, lunettes et appareils auditifs, horloge, visites (voir Fiche Délirium).
📞 Appeler ou orienter si
- Microbiologie médicale et infectiologie : Infection grave à EPC ou BGNMR ; rougeole, varicelle ou zona disséminé suspectés
Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›
Les catégories de précautions
| Précautions | Mode de transmission | Mesures | Exemples |
|---|---|---|---|
| Pratiques de base | Tous | Hygiène des mains (4 moments), ÉPI selon l’évaluation du risque, étiquette respiratoire, nettoyage du matériel | Tous les patients |
| Contact | Contact direct ou indirect | Blouse + gants à l’entrée ; matériel dédié ; chambre individuelle prioritaire | SARM, ERV, EPC, BGNMR, gale, plaie à drainage abondant |
| Contact renforcé | Spores résistantes à l’alcool | Contact + hygiène des mains à l’eau et au savon ; désinfection sporicide (chlorée) ; toilette dédiée | C. difficile |
| Gouttelettes | Gouttelettes à ≤ 2 m | Masque médical + protection oculaire ; masque au patient hors de la chambre | Méningocoque, coqueluche, SGA invasif |
| Aériennes | Particules en suspension | Chambre à pression négative, porte fermée ; N95 ajusté ; masque médical au patient hors de la chambre | TB, rougeole, varicelle, zona disséminé |
💡 Perle clinique : le gel hydroalcoolique reste le premier choix pour l’hygiène des mains, sauf pour C. difficile (et, selon le protocole local, le norovirus) : l’alcool ne détruit pas les spores.
Précautions selon l’agent (combinaisons)
| Agent ou situation | Précautions | Durée usuelle (selon le protocole PCI de l’établissement) |
|---|---|---|
| Influenza | Gouttelettes-contact ; aériennes pendant les IMGA | Environ 5–7 j après le début des symptômes ; plus long si immunosuppression |
| COVID-19 | Gouttelettes-contact + protection oculaire ; N95 pour les IMGA | Selon les directives INSPQ et PCI en vigueur |
| TB pulmonaire ou laryngée | Aériennes | Voir Fiche Tuberculose : suspicion, isolement et démarche (3 frottis négatifs et diagnostic de rechange) |
| Varicelle ; zona disséminé ou chez l’immunodéprimé | Aériennes + contact | Jusqu’à ce que toutes les lésions soient croûtées |
| Zona localisé, immunocompétent | Pratiques de base, lésions couvertes | Personnel immun seulement |
| Rougeole | Aériennes ; personnel immun seulement | Jusqu’à 4 j après le début de l’éruption ; toute la maladie si immunodéprimé |
| Méningocoque (suspecté) | Gouttelettes | 24 h de traitement efficace |
| Gale | Contact ; gale croûtée : contact strict, chambre individuelle, traitement des contacts | Jusqu’à 24 h après un traitement efficace (gale croûtée : selon la PCI) |
| Norovirus (gastroentérite en éclosion) | Contact + gouttelettes (vomissements) | Jusqu’à 48 h sans symptômes |
| C. difficile | Contact renforcé | Au moins 48–72 h sans diarrhée (retour aux selles habituelles), selon le protocole local |
Bactéries multirésistantes (BMR)
| BMR | Précautions habituelles | Points clés |
|---|---|---|
| SARM | Contact | Statut de porteur géré par la PCI ; la décolonisation ne lève pas l’isolement (voir Fiche SARM – décolonisation) |
| ERV | Contact | Chambre individuelle prioritaire ; hygiène et salubrité renforcées |
| EPC (entérobactéries productrices de carbapénémases) | Contact en chambre individuelle, toilette dédiée | Priorité absolue de chambre individuelle ; mesures appliquées en attendant la confirmation du laboratoire de référence |
| BGNMR (≥ 3 classes ; Acinetobacter, Pseudomonas) | Contact (au lit possible selon le groupe) | Selon le niveau de résistance et le protocole local |
| BLSE | Selon le protocole local | Non classées parmi les BGNMR par l’INSPQ ; pratiques de base ou contact selon le milieu |
- Chambre individuelle : la donner d’abord aux EPC, ERV, C. difficile, SARM et Acinetobacter très résistant.
- Porteur de BMR qui s’infecte : couvrir le germe connu dans l’antibiothérapie empirique d’une infection grave (guide local d’antibiothérapie).
Dépistage à l’admission
⚠️ Recommandation actuelle (INSPQ, 2024) : dépistage EPC par écouvillon rectal souillé de selles (± autres sites positifs connus) chez : usager hospitalisé ou soigné hors Québec dans la dernière année, ou transféré directement d’un tel milieu (J0, J7, J14 et précautions de contact jusqu’à 3 résultats négatifs) ; séjour ≥ 24 h dans un milieu québécois en éclosion d’EPC (J0, J7, J14 si < 4 mois ; J0 et J7 si 4–12 mois) ; porteur connu (J0) ; contact d’un porteur.
- SARM et ERV : selon l’épidémiologie et la politique locales. Critères usuels : porteur connu, hospitalisation récente ou transfert d’un autre milieu de soins, séjour hors Québec, dialyse ou plaie chronique.
- Ne pas dépister au hasard ce que l’établissement ne demande pas : chaque résultat positif engage des précautions.
Levée de l’isolement
- La décision appartient à la PCI selon des critères écrits ; le médecin la demande quand ils sont remplis.
- C. difficile : diarrhée résolue depuis au moins 48–72 h ; pas de test de contrôle (la toxine ou le gène persiste).
- TB : critères détaillés dans la Fiche Tuberculose : suspicion, isolement et démarche ; un TAAN négatif seul ne suffit pas.
- Influenza et COVID-19 : selon le délai depuis le début des symptômes, l’amélioration et l’immunosuppression (directives en vigueur).
- EPC, SARM, ERV : statut de porteur souvent conservé plusieurs mois ou plus ; retrait selon une série de dépistages négatifs définie par la PCI.
- Varicelle, zona disséminé : toutes les lésions croûtées.
Impact de l’isolement sur le patient
- Moins de visites des soignants et des proches, examens retardés, plus d'événements indésirables évitables (Stelfox, 2003 ; Morgan, 2009).
- Délirium, chutes, déconditionnement, plaies de pression, anxiété et symptômes dépressifs ; insatisfaction.
- 🩺 En pratique : entrer quand même (ÉPI), examiner chaque jour ; planifier la physiothérapie et la mobilisation ; ne pas retarder l’imagerie ni le congé à cause de l’isolement ; enlever les précautions dès que possible.
Quand aviser la prévention des infections
- Toute suspicion de maladie à transmission aérienne (TB, rougeole, varicelle, zona disséminé).
- Nouveau porteur de BMR ou d’EPC, nouveau cas de C. difficile.
- ≥ 2 cas reliés (diarrhée, syndrome respiratoire, gale) : éclosion possible.
- Isolement requis mais impossible (pas de chambre, patient errant ou agité).
- Exposition non protégée du personnel ou d’autres patients ; maladie à déclaration obligatoire (avec la santé publique).
Algorithme
Consulter
Consulter en infectiologie si :
- UrgentInfection grave à EPC ou BGNMR (choix d’antibiotique) — même jour.
- UrgentRougeole, varicelle ou zona disséminé suspectés chez un immunodéprimé — garde, même jour.
- Semi-urgentPorteur de BMR à traiter empiriquement (sepsis, pneumonie nosocomiale) — pendant le séjour.
- Semi-urgentInfections répétées à bactéries multirésistantes (SARM, ERV) — ≤ 28 jours.
À préparer : statut de porteur et dates, cultures et antibiogrammes antérieurs, séjours hors Québec, antibiotiques récents, précautions en place, avis de la PCI.
Consulter en physiothérapie si :
- Semi-urgentIsolement prolongé avec déconditionnement (mobilisation, risque de chute) — pendant le séjour.
Consulter en gériatrie si :
- Semi-urgentDélirium ou chutes sous isolement chez la personne âgée fragile — pendant le séjour.
Suivi et congé
- Le congé n’attend pas la levée de l’isolement : à domicile, les précautions hospitalières ne s’appliquent pas (sauf TB contagieuse : accord de la santé publique).
- Transfert vers un autre milieu (CHSLD, réadaptation, RPA) : transmettre le statut (porteur, C. difficile récent, précautions en cours) dans la note de transfert.
- Porteur de BMR : l’inscrire au sommaire ; utile pour l’antibiothérapie empirique future.
- Conseils au patient et aux proches : hygiène des mains, linge et vaisselle lavés normalement ; C. difficile : eau et savon, nettoyage de la salle de bain au chlore.
Pièges et perles
- Attendre le résultat avant d’isoler : les précautions se mettent dès la suspicion.
- Garder l’isolement « par habitude » après la résolution : coûts pour le patient et perte de chambres individuelles.
- Faire un test de guérison pour C. difficile : inutile et trompeur.
- Varicelle ou rougeole : seul le personnel immun entre ; vérifier aussi les patients exposés.
- Masque médical au lieu du N95 pour la TB ou pendant une IMGA : protection insuffisante.
- 🩺 En pratique : précautions aériennes pour la tuberculose, la rougeole, la varicelle et le zona disséminé ; pour les autres infections, vérifier le type de précautions dans le protocole de prévention des infections.
Voir aussi
- Fiche Tuberculose : suspicion, isolement et démarche.
- Fiche Infection à Clostridioides difficile.
- Fiche SARM – décolonisation.
- Fiche Influenza ; Fiche COVID-19 ; Fiche Varicelle et zona.
- Fiche Délirium ; Fiche Chutes, fragilité et perte d’autonomie.
Références
- Agence de la santé publique du Canada. Pratiques de base et précautions additionnelles visant à prévenir la transmission des infections dans les milieux de soins. ASPC, 2016.
- INSPQ (CINQ). Mesures de prévention et de contrôle des entérobactéries productrices de carbapénémases : indications de dépistage pour les centres hospitaliers de soins généraux et spécialisés. INSPQ, 2024.
- INSPQ (CINQ). Mesures de prévention et de contrôle des entérobactéries productrices de carbapénémases dans les milieux de soins aigus. INSPQ.
- Siegel JD, Rhinehart E, Jackson M, Chiarello L; HICPAC. 2007 Guideline for Isolation Precautions: Preventing Transmission of Infectious Agents in Healthcare Settings. CDC, 2007.
- Stelfox HT, Bates DW, Redelmeier DA. Safety of patients isolated for infection control. JAMA 2003;290(14):1899–1905.
- Morgan DJ, Diekema DJ, Sepkowitz K, Perencevich EN. Adverse outcomes associated with Contact Precautions: a review of the literature. Am J Infect Control 2009;37(2):85–93.
- MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spécialisée (CRDS) — Microbiologie-infectiologie.