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Précautions additionnelles et isolement

InfectiologieFiche révisée · 23 oct. 2026

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En bref : Les pratiques de base (hygiène des mains, ÉPI selon le risque, étiquette respiratoire) s’appliquent à tous les patients. On y ajoute des précautions additionnelles dès la suspicion, sans attendre le résultat : contact (SARM, ERV, EPC, gale), contact renforcé pour C. difficile (eau et savon, désinfection sporicide), gouttelettes (masque médical et protection oculaire), aériennes (chambre à pression négative, N95) pour la TB, la rougeole, la varicelle et le zona disséminé. Le dépistage à l’admission et la levée de l’isolement suivent le protocole de prévention des infections de votre établissement (INSPQ/CINQ). L’isolement a un coût pour le patient (délirium, chutes, moins de visites) : le réévaluer chaque jour.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d’alarme

  • Fièvre + éruption vésiculeuse ou maculopapuleuse (varicelle, zona disséminé, rougeole) : aériennes immédiatement, personnel immun seulement.
  • Toux chronique, perte de poids, hémoptysie, provenance d’un pays à incidence élevée : TB jusqu’à preuve du contraire.
  • Diarrhée nosocomiale (≥ 3 selles non formées/24 h) : C. difficile jusqu’à preuve du contraire.
  • Porteur connu d’EPC, ou hospitalisation hors Québec dans la dernière année.
  • Fièvre + purpura ou méningisme : méningocoque (gouttelettes).
  • Deux cas ou plus reliés sur une même unité : éclosion possible.

✅ À faire maintenant

  • Mettre les précautions dès la suspicion ; afficher à la porte ; chambre individuelle si possible.
  • Aviser la prévention des infections (PCI) selon le protocole de votre établissement.
  • Prélèvements ciblés : TAAN respiratoire multiplex, C. difficile, frottis-culture BAAR, écouvillon de lésion, dépistages BMR.
  • Vérifier au dossier l’alerte de porteur (SARM, ERV, EPC) et la dernière date positive.
  • Réévaluer chaque jour la pertinence de l’isolement, et lever dès que les critères sont remplis.

💊 Premières ordonnances

  • Ordonnance de précautions : type (contact, contact renforcé, gouttelettes, aériennes), motif, date de début.
  • Traiter l’infection selon la fiche concernée (Fiche Influenza, Fiche COVID-19, Fiche Infection à Clostridioides difficile, Fiche Varicelle et zona).
  • Prévention du délirium et des chutes chez le patient isolé : mobilisation, lunettes et appareils auditifs, horloge, visites (voir Fiche Délirium).

📞 Appeler ou orienter si

  • Microbiologie médicale et infectiologie : Infection grave à EPC ou BGNMR ; rougeole, varicelle ou zona disséminé suspectés

Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›

Les catégories de précautions

Précautions Mode de transmission Mesures Exemples
Pratiques de base Tous Hygiène des mains (4 moments), ÉPI selon l’évaluation du risque, étiquette respiratoire, nettoyage du matériel Tous les patients
Contact Contact direct ou indirect Blouse + gants à l’entrée ; matériel dédié ; chambre individuelle prioritaire SARM, ERV, EPC, BGNMR, gale, plaie à drainage abondant
Contact renforcé Spores résistantes à l’alcool Contact + hygiène des mains à l’eau et au savon ; désinfection sporicide (chlorée) ; toilette dédiée C. difficile
Gouttelettes Gouttelettes à ≤ 2 m Masque médical + protection oculaire ; masque au patient hors de la chambre Méningocoque, coqueluche, SGA invasif
Aériennes Particules en suspension Chambre à pression négative, porte fermée ; N95 ajusté ; masque médical au patient hors de la chambre TB, rougeole, varicelle, zona disséminé

💡 Perle clinique : le gel hydroalcoolique reste le premier choix pour l’hygiène des mains, sauf pour C. difficile (et, selon le protocole local, le norovirus) : l’alcool ne détruit pas les spores.

Précautions selon l’agent (combinaisons)

Agent ou situation Précautions Durée usuelle (selon le protocole PCI de l’établissement)
Influenza Gouttelettes-contact ; aériennes pendant les IMGA Environ 5–7 j après le début des symptômes ; plus long si immunosuppression
COVID-19 Gouttelettes-contact + protection oculaire ; N95 pour les IMGA Selon les directives INSPQ et PCI en vigueur
TB pulmonaire ou laryngée Aériennes Voir Fiche Tuberculose : suspicion, isolement et démarche (3 frottis négatifs et diagnostic de rechange)
Varicelle ; zona disséminé ou chez l’immunodéprimé Aériennes + contact Jusqu’à ce que toutes les lésions soient croûtées
Zona localisé, immunocompétent Pratiques de base, lésions couvertes Personnel immun seulement
Rougeole Aériennes ; personnel immun seulement Jusqu’à 4 j après le début de l’éruption ; toute la maladie si immunodéprimé
Méningocoque (suspecté) Gouttelettes 24 h de traitement efficace
Gale Contact ; gale croûtée : contact strict, chambre individuelle, traitement des contacts Jusqu’à 24 h après un traitement efficace (gale croûtée : selon la PCI)
Norovirus (gastroentérite en éclosion) Contact + gouttelettes (vomissements) Jusqu’à 48 h sans symptômes
C. difficile Contact renforcé Au moins 48–72 h sans diarrhée (retour aux selles habituelles), selon le protocole local

Bactéries multirésistantes (BMR)

BMR Précautions habituelles Points clés
SARM Contact Statut de porteur géré par la PCI ; la décolonisation ne lève pas l’isolement (voir Fiche SARM – décolonisation)
ERV Contact Chambre individuelle prioritaire ; hygiène et salubrité renforcées
EPC (entérobactéries productrices de carbapénémases) Contact en chambre individuelle, toilette dédiée Priorité absolue de chambre individuelle ; mesures appliquées en attendant la confirmation du laboratoire de référence
BGNMR (≥ 3 classes ; Acinetobacter, Pseudomonas) Contact (au lit possible selon le groupe) Selon le niveau de résistance et le protocole local
BLSE Selon le protocole local Non classées parmi les BGNMR par l’INSPQ ; pratiques de base ou contact selon le milieu
  • Chambre individuelle : la donner d’abord aux EPC, ERV, C. difficile, SARM et Acinetobacter très résistant.
  • Porteur de BMR qui s’infecte : couvrir le germe connu dans l’antibiothérapie empirique d’une infection grave (guide local d’antibiothérapie).

Dépistage à l’admission

⚠️ Recommandation actuelle (INSPQ, 2024) : dépistage EPC par écouvillon rectal souillé de selles (± autres sites positifs connus) chez : usager hospitalisé ou soigné hors Québec dans la dernière année, ou transféré directement d’un tel milieu (J0, J7, J14 et précautions de contact jusqu’à 3 résultats négatifs) ; séjour ≥ 24 h dans un milieu québécois en éclosion d’EPC (J0, J7, J14 si < 4 mois ; J0 et J7 si 4–12 mois) ; porteur connu (J0) ; contact d’un porteur.

  • SARM et ERV : selon l’épidémiologie et la politique locales. Critères usuels : porteur connu, hospitalisation récente ou transfert d’un autre milieu de soins, séjour hors Québec, dialyse ou plaie chronique.
  • Ne pas dépister au hasard ce que l’établissement ne demande pas : chaque résultat positif engage des précautions.

Levée de l’isolement

  • La décision appartient à la PCI selon des critères écrits ; le médecin la demande quand ils sont remplis.
  • C. difficile : diarrhée résolue depuis au moins 48–72 h ; pas de test de contrôle (la toxine ou le gène persiste).
  • TB : critères détaillés dans la Fiche Tuberculose : suspicion, isolement et démarche ; un TAAN négatif seul ne suffit pas.
  • Influenza et COVID-19 : selon le délai depuis le début des symptômes, l’amélioration et l’immunosuppression (directives en vigueur).
  • EPC, SARM, ERV : statut de porteur souvent conservé plusieurs mois ou plus ; retrait selon une série de dépistages négatifs définie par la PCI.
  • Varicelle, zona disséminé : toutes les lésions croûtées.

Impact de l’isolement sur le patient

  • Moins de visites des soignants et des proches, examens retardés, plus d'événements indésirables évitables (Stelfox, 2003 ; Morgan, 2009).
  • Délirium, chutes, déconditionnement, plaies de pression, anxiété et symptômes dépressifs ; insatisfaction.
  • 🩺 En pratique : entrer quand même (ÉPI), examiner chaque jour ; planifier la physiothérapie et la mobilisation ; ne pas retarder l’imagerie ni le congé à cause de l’isolement ; enlever les précautions dès que possible.

Quand aviser la prévention des infections

  • Toute suspicion de maladie à transmission aérienne (TB, rougeole, varicelle, zona disséminé).
  • Nouveau porteur de BMR ou d’EPC, nouveau cas de C. difficile.
  • ≥ 2 cas reliés (diarrhée, syndrome respiratoire, gale) : éclosion possible.
  • Isolement requis mais impossible (pas de chambre, patient errant ou agité).
  • Exposition non protégée du personnel ou d’autres patients ; maladie à déclaration obligatoire (avec la santé publique).

Algorithme

Oui

Non

Oui

Non

Oui

Non

Oui

Non

Admission ou nouveau symptôme
Pratiques de base pour tous

Éruption fébrile, toux chronique
ou TB possible ?

Aériennes (+ contact si varicelle
ou zona disséminé)
N95, pression négative

Syndrome respiratoire aigu ?

Gouttelettes-contact
N95 si IMGA

Diarrhée ≥ 3 selles/24 h ?

Contact renforcé
eau et savon
test C. difficile

Porteur BMR ou critère
de dépistage EPC ?

Contact
dépistage selon INSPQ/PCI

Pratiques de base

Aviser la PCI
Réévaluer chaque jour
Lever selon les critères

Consulter

Consulter en infectiologie si :

  • UrgentInfection grave à EPC ou BGNMR (choix d’antibiotique) — même jour.
  • UrgentRougeole, varicelle ou zona disséminé suspectés chez un immunodéprimé — garde, même jour.
  • Semi-urgentPorteur de BMR à traiter empiriquement (sepsis, pneumonie nosocomiale) — pendant le séjour.
  • Semi-urgentInfections répétées à bactéries multirésistantes (SARM, ERV) — ≤ 28 jours.

À préparer : statut de porteur et dates, cultures et antibiogrammes antérieurs, séjours hors Québec, antibiotiques récents, précautions en place, avis de la PCI.

Consulter en physiothérapie si :

  • Semi-urgentIsolement prolongé avec déconditionnement (mobilisation, risque de chute) — pendant le séjour.

Consulter en gériatrie si :

  • Semi-urgentDélirium ou chutes sous isolement chez la personne âgée fragile — pendant le séjour.

Suivi et congé

  • Le congé n’attend pas la levée de l’isolement : à domicile, les précautions hospitalières ne s’appliquent pas (sauf TB contagieuse : accord de la santé publique).
  • Transfert vers un autre milieu (CHSLD, réadaptation, RPA) : transmettre le statut (porteur, C. difficile récent, précautions en cours) dans la note de transfert.
  • Porteur de BMR : l’inscrire au sommaire ; utile pour l’antibiothérapie empirique future.
  • Conseils au patient et aux proches : hygiène des mains, linge et vaisselle lavés normalement ; C. difficile : eau et savon, nettoyage de la salle de bain au chlore.

Pièges et perles

  • Attendre le résultat avant d’isoler : les précautions se mettent dès la suspicion.
  • Garder l’isolement « par habitude » après la résolution : coûts pour le patient et perte de chambres individuelles.
  • Faire un test de guérison pour C. difficile : inutile et trompeur.
  • Varicelle ou rougeole : seul le personnel immun entre ; vérifier aussi les patients exposés.
  • Masque médical au lieu du N95 pour la TB ou pendant une IMGA : protection insuffisante.
  • 🩺 En pratique : précautions aériennes pour la tuberculose, la rougeole, la varicelle et le zona disséminé ; pour les autres infections, vérifier le type de précautions dans le protocole de prévention des infections.

Voir aussi

Références

🩺 Situations CHSLD qui renvoient ici

🩺 Situations en soins post-aigus qui renvoient ici