En bref : On stabilise dâabord (ABC, glucose capillaire), puis on reconnaĂźt le toxidrome (Ă©tat mental, pupilles, signes vitaux, peau, pĂ©ristaltisme). Toute ingestion volontaire impose un ECG et des niveaux dâacĂ©taminophĂšne et de salicylates. Il faut appeler tĂŽt le Centre antipoison du QuĂ©bec : 1 800 463-5060 (24/7). Dans lâintoxication aux salicylates : alcaliniser, garder le K > 4â4,5, Ă©viter lâintubation si possible, et dialyser selon les critĂšres EXTRIP.
En bref : On stabilise dâabord (ABC, glycĂ©mie capillaire, ECG avec QRS et QTc), puis on cherche un toxidrome et on calcule le trou anionique et le trou osmolaire. Toute ingestion volontaire reçoit un dosage dâacĂ©taminophĂšne et de salicylĂ©s, mĂȘme si le patient les nie. Le charbon activĂ© nâest utile que tĂŽt (â 1 h), voies aĂ©riennes protĂ©gĂ©es, et pour une substance quâil adsorbe. Appeler le Centre antipoison du QuĂ©bec (1-800-463-5060) tĂŽt : il guide les antidotes, les doses et lâindication de dialyse (EXTRIP).
đ©ș Au chevet
đ© Signaux dâalarme
- Atteinte de lâĂ©tat de conscience, convulsions, hypoventilation, hypotension rĂ©fractaire.
- QRS > 100 ms (bloqueur des canaux sodiques : tricycliques, etc.), QTc > 500 ms, bradycardie avec bloc (bĂȘtabloquant, BCC, digoxine).
- Acidose métabolique à trou anionique élevé, surtout avec trou osmolaire (alcools toxiques) ou alcalose respiratoire associée (salicylés).
- T > 40 °C avec agitation ou rigidité (sympathomimétique, sérotoninergique, anticholinergique, SNM).
- Produit à libération prolongée, ingestion massive, polyintoxication, ingestion tardive mal datée.
- GCS †8, PCO2 > 45 mmHg, TAS †80 mmHg, convulsions, T° > 40 °C, pH †7,2.
- ECG : QRS > 100 ms (bloqueurs Na), QTc > 500 ms, bloc AV, bradycardie.
- Libération prolongée, body packer : « bombe à retardement ».
-
Salicylates : un pH « normal » chez un patient intubĂ© ou Ă©puisĂ© est alarmant ; Ă©viter lâintubation.
â Ă faire maintenant
- ABC, saturométrie, monitorage cardiaque, accÚs IV ; glycémie capillaire chez tout patient confus.
- Histoire : agent, dose (mg/kg), heure, formulation, co-ingestions, contenants, pharmacie, intention (risque suicidaire).
- ECG 12 dérivations (QRS, QTc, R terminal en aVR), à répéter.
- Bilan : ions, urĂ©e, crĂ©atinine, glucose, osmolalitĂ© mesurĂ©e, gaz veineux, lactate, bilan hĂ©patique, INR, CK, ÎČ-hCG (femme en Ăąge de procrĂ©er), Ă©thanol.
- AcĂ©taminophĂšne et salicylĂ©s systĂ©matiques si ingestion volontaire ; dosages ciblĂ©s selon lâhistoire (lithium, digoxine, fer, anticonvulsivants).
- Surveillance constante si ingestion volontaire (fugue, récidive) ; appeler le Centre antipoison.
-
ABC, glucose capillaire, saturation, température, ECG ; identifier le toxidrome (état mental, pupilles, peau, péristaltisme).
- Substance, dose, heure, formulation, co-ingestions, intention.
- Ălectrolytes, trou anionique, osmolalitĂ©, crĂ©atinine, gaz, lactate, CK, bilan hĂ©patique, ÎČ-hCG, Ă©thanol ; acĂ©taminophĂšne et salicylates chez tout geste volontaire.
-
Salicylates : glucose, K, gaz, pH urinaire, niveau q2h.
đ PremiĂšres ordonnances
- Hypoglycémie : dextrose 50 % 25 g IV (thiamine 100 mg IV si alcool ou dénutrition).
- OpioĂŻde avec hypoventilation : naloxone 0,04â0,4 mg IV titrĂ©e q2â3 min (jusquâĂ 2 mg, Ă rĂ©pĂ©ter) ; viser la ventilation, pas lâĂ©veil complet.
- QRS > 100 ms : bicarbonate de sodium 1â2 mmol/kg IV en bolus (50â100 mmol), Ă rĂ©pĂ©ter.
- Agitation, convulsions toxiques : lorazĂ©pam 1â2 mg IV q5â10 min (ou midazolam 5 mg IM) ; pas de phĂ©nytoĂŻne.
- Charbon activé 1 g/kg PO (max 50 g) si indiqué (voir Décontamination).
đ Appeler ou orienter si
- Centre antipoison du Québec : Intoxication grave ou instable ; antidote, dialyse ou hyperbare à discuter
- Soins intensifs : Atteinte de conscience ou ventilation inadéquate ; choc, arythmie ou QRS > 100 ms persistant
- NĂ©phrologie : CritĂšres EXTRIP dâhĂ©modialyse
- Psychiatrie adulte : Ingestion volontaire avec danger pour soi
-
Opioïdes (dépression respiratoire) : 911, ventiler, naloxone intranasale si disponible (viser la respiration) ; aviser le Centre antipoison du Québec ; thiamine avant le glucose.
- QRS > 100 ms : 911 (bicarbonate de sodium IV Ă lâurgence).
- Salicylates : urgence (alcalinisation IV, dosages sériés).
- Méthémoglobinémie : urgence (bleu de méthylÚne IV) ; sérotoninergique : cyproheptadine 12 mg PO, urgence si modéré à sévÚre.
-
Flumazénil généralement à éviter.
đ Appeler ou orienter si
- Envoyer Ă lâurgence : InstabilitĂ© ou critĂšre de soins intensifs ; dĂ©pression respiratoire aux opioĂŻdes ; ECG anormal ; ingestion volontaire ; intoxication aux salicylates ; libĂ©ration prolongĂ©e ou body packer ; mĂ©thĂ©moglobinĂ©mie ou syndrome sĂ©rotoninergique modĂ©rĂ© Ă sĂ©vĂšre
- Psychiatrie : Geste volontaire, avant le congé
- NĂ©phrologie : CritĂšres dâhĂ©modialyse (EXTRIP)
DĂ©lais, autres situations et quoi prĂ©parer : section Consulter âș
đ Ressources et raisonnement
đ§ Raisonnement Raisonnement diagnostique (VINDICATE, drapeaux rouges)
Ăvaluation initiale
- ABC, glucose capillaire, saturation, température, ECG.
- Antidotes dâemblĂ©e selon le contexte : naloxone si dĂ©pression respiratoire avec myosis ; thiamine avant le glucose chez lâalcoolique ou le dĂ©nutri ; dextrose si hypoglycĂ©mie.
- AnamnÚse : substance, dose, heure, formulation (libération prolongée), co-ingestions, intention, flacons et emballages, témoins, pharmacie.
- Bilan de base :
- Ălectrolytes, trou anionique, crĂ©atinine, glucose, gaz, lactate, CK, bilan hĂ©patique, osmolalitĂ© mesurĂ©e (trou osmolaire), ÎČ-hCG.
- AcétaminophÚne et salicylates chez tout patient avec ingestion volontaire (coingestion silencieuse fréquente).
- Ăthanol ; niveaux spĂ©cifiques au besoin (digoxine, lithium, anticonvulsivants, fer).
- ECG : QRS > 100 ms (bloqueurs des canaux sodiques : ATC, diphenhydramine), QTc > 500 ms, bloc AV, bradycardie.
Toxidromes
| Toxidrome | Ătat mental | Pupilles | Signes vitaux | Autres signes | Exemples |
|---|---|---|---|---|---|
| SympathomimĂ©tique | Agitation, hallucinations, paranoĂŻa | Mydriase | â T°, FC, TA, FR | DiaphorĂšse, tremblements, hyperrĂ©flexie, convulsions | CocaĂŻne, amphĂ©tamines, cathinones, cafĂ©ine, thĂ©ophylline, sevrage |
| Anticholinergique | DĂ©lirium, discours marmonnĂ©, picotement | Mydriase | â T°, FC, TA | Peau sĂšche et rouge, muqueuses sĂšches, ilĂ©us, rĂ©tention urinaire | Diphenhydramine, ATC, cyclobenzaprine, antiparkinsoniens, antispasmodiques, phĂ©nothiazines, scopolamine |
| Cholinergique | Confusion, coma | Myosis | â FC, TA variable | DUMBELS : diarrhĂ©e, urine, myosis, bronchorrhĂ©e/bronchospasme/bradycardie, Ă©mĂšse, larmoiement, salivation ; fasciculations | OrganophosphorĂ©s, carbamates, agents neurotoxiques, nicotine |
| OpioĂŻde | DĂ©pression du SNC, coma | Myosis serrĂ© | â FR, FC, TA, T° | HyporĂ©flexie, ĆdĂšme pulmonaire, traces dâinjection | HĂ©roĂŻne, fentanyl, morphine, mĂ©thadone, oxycodone |
| SĂ©datif-hypnotique | DĂ©pression du SNC, ataxie | Variable | â FR (moins quâavec les opioĂŻdes) | HyporĂ©flexie, nystagmus | BenzodiazĂ©pines, barbituriques, alcools, zolpidem, GHB |
| HallucinogĂšne | Hallucinations, distorsions, dĂ©personnalisation | Mydriase | â T°, FC, TA | Nystagmus (PCP, kĂ©tamine) | LSD, psilocybine, mescaline, MDMA, PCP |
| SĂ©rotoninergique | Agitation, confusion | Mydriase | â T°, FC, TA | Clonus (inductible, oculaire), hyperrĂ©flexie, tremblements, diarrhĂ©e, diaphorĂšse | ISRS, IMAO, tramadol, mĂ©pĂ©ridine, dextromĂ©thorphane, linĂ©zolide, fentanyl |
| Extrapyramidal | Variable | â | â | Dystonie, akathisie, rigiditĂ©, crise oculogyre, trismus | Antipsychotiques, mĂ©toclopramide |
| HĂ©moglobine anormale | â conscience, convulsions | â | â FR | Cyanose rĂ©fractaire Ă lâO2, acidose lactique | CO (carboxyHb), dapsone, nitrites, benzocaĂŻne (mĂ©thĂ©moglobine) |
đ§ MnĂ©mo anticholinergique : « chaud comme un liĂšvre, aveugle comme une chauve-souris, sec comme un os, rouge comme une betterave, fou comme un chapelier ». La sueur distingue le sympathomimĂ©tique (moite) de l'anticholinergique (sec). Le clonus distingue le syndrome sĂ©rotoninergique du syndrome neuroleptique malin (rigiditĂ©, bradyrĂ©flexie, installation lente).
Pupilles et nystagmus
| Signe | Causes |
|---|---|
| Mydriase | Sympathomimétiques, anticholinergiques, hallucinogÚnes, sérotoninergique, sevrages |
| Myosis | Opioïdes, cholinergiques, clonidine, antipsychotiques, sédatifs (coma profond), PCP |
| Nystagmus | Phénytoïne, carbamazépine, lithium, éthanol, alcools toxiques, barbituriques, PCP, kétamine, IMAO, sérotoninergique |
â ïž Le sevrage aux opioĂŻdes donne mydriase, bĂąillements, larmoiement, rhinorrhĂ©e, piloĂ©rection, diarrhĂ©e, crampes : il ne menace pas la vie (contrairement au sevrage dâalcool ou de benzodiazĂ©pines). Lâintoxication aux salicylates et l'hypoglycĂ©mie peuvent mimer un toxidrome sympathomimĂ©tique.
CritĂšres dâadmission aux soins intensifs
- Dépression du SNC importante (GCS †8, ou †6 selon les sources), agitation exigeant contention.
- Dépression respiratoire (PCO2 > 45 mmHg), hypoxémie, intubation.
- TAS †80 mmHg, bloc AV du 2e ou 3e degré, rythme non sinusal, QRS > 120 ms ou QTc > 500 ms, douleur thoracique ischémique (cocaïne, CO).
- Convulsions prolongées ou récidivantes ; pH †7,2 ; anomalies métaboliques exigeant une correction agressive ; T° > 40 °C.
- « Bombe Ă retardement » : sachets ingĂ©rĂ©s (body packer), libĂ©ration prolongĂ©e, niveau prĂ©dictif dâĂ©volution dĂ©favorable.
- Besoin dâantidote sous surveillance Ă©troite (perfusion de naloxone, physostigmine, Fab), dâirrigation intestinale ou dâhĂ©modialyse urgente.
Antidotes et traitements ciblés (aperçu)
| Toxique | Traitement | Remarques |
|---|---|---|
| OpioĂŻdes | Naloxone intranasale (si disponible) en attendant le 911 ; titration IV par les paramĂ©dics / Ă lâurgence | Viser la respiration, pas lâĂ©veil ; surveillance prolongĂ©e Ă lâurgence si longue action (mĂ©thadone) |
| AcĂ©taminophĂšne | N-acĂ©tylcystĂ©ine IV Ă lâurgence selon nomogramme et protocole local | Toute ingestion potentiellement toxique â urgence ; NAC dĂ©butĂ©e si niveau inconnu aprĂšs 8 h ou ingestion importante |
| ATC, bloqueurs Na (QRS > 100 ms) | 911 ; bicarbonate de sodium IV Ă lâurgence | Convulsions : BZD (midazolam intranasal ou buccal si disponible) en attendant lâambulance |
| BĂȘtabloquants, bloqueurs calciques | Calcium, glucagon, insuline Ă haute dose (euglycĂ©mie), vasopresseurs | Discuter tĂŽt avec le Centre antipoison |
| Sulfonylurées | Dextrose + octréotide | Hypoglycémie récidivante prolongée |
| BenzodiazĂ©pines | Soutien ; flumazĂ©nil gĂ©nĂ©ralement Ă Ă©viter (convulsions chez lâusager chronique) | â |
| Alcools toxiques (méthanol, éthylÚne glycol) | Fomépizole, hémodialyse | Trou osmolaire puis trou anionique |
| OrganophosphorĂ©s | Atropine titrĂ©e jusquâĂ assĂšchement des sĂ©crĂ©tions bronchiques, pralidoxime | DĂ©contamination |
| MĂ©thĂ©moglobinĂ©mie | Bleu de mĂ©thylĂšne IV Ă lâurgence | Contre-indiquĂ© si dĂ©ficit en G6PD |
| Digoxine | Fragments Fab (DigiFab) | HyperK = marqueur de gravité |
| Syndrome sĂ©rotoninergique | ArrĂȘt, benzodiazĂ©pines, cyproheptadine 12 mg PO puis 2 mg q2h PRN | Refroidir ; T° > 41 °C : soins intensifs |
| Anticholinergique | BenzodiazĂ©pines ; physostigmine (avis toxicologique) | Ăviter si QRS large |
| CardiotoxicitĂ© lipophile rĂ©fractaire | Ămulsion lipidique 20 % | Dernier recours, avis du Centre antipoison |
Intoxication aux salicylates
đĄ Conversion : mg/dL Ă 0,0724 = mmol/L. 40 mg/dL â 2,9 mmol/L ; 80 â 5,8 ; 90 â 6,5 ; 100 â 7,2 mmol/L.
- Clinique : acouphĂšnes, vomissements, tachypnĂ©e (alcalose respiratoire prĂ©coce), puis acidose mĂ©tabolique Ă trou anionique, hyperthermie, confusion, ĆdĂšme pulmonaire non cardiogĂ©nique. Lâintoxication chronique chez la personne ĂągĂ©e ressemble Ă un sepsis ou un dĂ©lirium.
- Cycle q2h jusquâĂ rĂ©solution : glucose, K, gaz (pH sĂ©rique), pH urinaire, niveau de salicylates (jusquâĂ < 2,9 mmol/L et en baisse sur 2 dosages).
| ĂlĂ©ment | Cible ou conduite |
|---|---|
| Glucose | Dextrose empirique si Ă©tat mental altĂ©rĂ©, mĂȘme si la glycĂ©mie est normale (hypoglycĂ©mie cĂ©rĂ©brale) |
| Volume | Souvent dĂ©shydratĂ© : urgence (solutĂ©s et alcalinisation IV ; pas de NaCl 0,9 %, qui aggrave lâacidose) |
| Potassium | > 4â4,5 mmol/L : lâalcalinisation urinaire Ă©choue en hypokaliĂ©mie |
| Cibles | pH sĂ©rique 7,50â7,55 ; pH urinaire â„ 7,5 |
Hémodialyse (EXTRIP)
- Ătat mental altĂ©rĂ© ou ĆdĂšme cĂ©rĂ©bral, ĆdĂšme pulmonaire ou hypoxĂ©mie nouvelle.
- pH †7,20 malgré le traitement.
- Niveau > 7,2 mmol/L (100 mg/dL).
- Niveau > 6,5 mmol/L (90 mg/dL) avec dysfonction rénale ou malgré le traitement de soutien.
- Niveau > 5,8 mmol/L (80 mg/dL) avec dysfonction rĂ©nale et malgrĂ© le traitement de soutien (et seuil plus bas dans lâintoxication chronique).
- La mise en place prend des heures : appeler la néphrologie tÎt. Redoser aprÚs la dialyse (rebond).
â ïž Ăviter lâintubation si possible : la perte de lâhyperventilation compensatrice entraĂźne une chute brutale du pH et un arrĂȘt cardiaque. Si elle est inĂ©vitable : NaHCO3 â 2 mmol/kg 5â10 min avant la paralysie, intubation rapide par lâopĂ©rateur le plus expĂ©rimentĂ©, puis ventilation minute maximale dâemblĂ©e. Ăviter lâacĂ©tazolamide.
đ Ressources et raisonnement
đ§ Raisonnement clinique Atteinte hĂ©patique aiguĂ« sĂ©vĂšre
Ăvaluation
- Trou anionique = Na â (Cl + HCOâ) ; Ă©levĂ© (> 12) : penser MUDPILES revisitĂ© â mĂ©thanol, Ă©thylĂšne glycol, salicylĂ©s, metformine, fer, isoniazide, acidocĂ©tose, lactate, urĂ©mie.
- Trou osmolaire = osmolalitĂ© mesurĂ©e â (2 Na + glucose + urĂ©e + 1,25 Ă Ă©thanol), en mmol/L ; > 10 : alcool toxique possible. Un trou normal nâexclut pas une ingestion tardive (alcool dĂ©jĂ mĂ©tabolisĂ©, acidose installĂ©e).
- ECG : QRS > 100 ms (risque de convulsions), > 160 ms (arythmie ventriculaire) ; R terminal > 3 mm en aVR ; QTc allongé (voir fiche Médicaments prolongeant le QT).
- Dépistage urinaire : peu utile en aigu (faux positifs, ne détecte ni le fentanyl ni plusieurs drogues de synthÚse).
Toxidromes
| Toxidrome | Signes | Agents | Conduite |
|---|---|---|---|
| Anticholinergique | Délirium, mydriase, peau sÚche et chaude, rétention urinaire, iléus, tachycardie | Antihistaminiques (diphénhydramine), tricycliques, antipsychotiques, scopolamine | Benzodiazépines, sonde vésicale ; physostigmine seulement avec le Centre antipoison et QRS normal |
| SympathomimĂ©tique | Agitation, mydriase, diaphorĂšse, HTA, tachycardie, hyperthermie | CocaĂŻne, amphĂ©tamines, cathinones | BenzodiazĂ©pines gĂ©nĂ©reuses, refroidissement ; Ă©viter le bĂȘtabloquant seul |
| Sérotoninergique | Clonus (chevilles, oculaire), hyperréflexie, diarrhée, hyperthermie | ISRS, IRSN, tramadol, fentanyl, linézolide, IMAO | Voir fiche Syndrome sérotoninergique |
| Cholinergique | Bradycardie, myosis, bronchorrhĂ©e, salivation, diarrhĂ©e, fasciculations | OrganophosphorĂ©s, carbamates, inhibiteurs de cholinestĂ©rase | Atropine 1â2 mg IV, doubler q5 min jusquâĂ assĂšchement bronchique ; pralidoxime selon le CAPQ |
| Opioïde | Bradypnée, myosis, somnolence | Opioïdes, fentanyl, méthadone | Ventilation, naloxone titrée |
| Sédatif-hypnotique | Somnolence, signes vitaux souvent normaux, ataxie | Benzodiazépines, z-drogues, GHB, barbituriques, alcool | Soutien ventilatoire ; flumazénil rarement |
Décontamination
- Charbon activĂ© 1 g/kg PO ou par TNG (max 50 g), idĂ©alement †1 h aprĂšs lâingestion (plus tard si libĂ©ration prolongĂ©e, anticholinergique ou ingestion massive, selon le CAPQ).
- Seulement si voies aériennes intactes ou protégées et agent adsorbé.
- Inefficace : alcools, lithium, fer et métaux, caustiques, hydrocarbures. Contre-indiqué : état de conscience altéré non protégé, iléus, perforation.
- Doses répétées (25 g q4h) : quelques agents (carbamazépine, phénobarbital, dapsone, quinine, théophylline) sur avis du CAPQ.
- Irrigation intestinale (PEG) : libération prolongée, lithium, fer, « body packers » ; avis du CAPQ.
- Pas de lavage gastrique ni de sirop dâipĂ©ca de routine.
Agents fréquents et antidotes
| Agent | Clés | Antidote et dose (adulte) |
|---|---|---|
| AcĂ©taminophĂšne | Dosage Ă 4 h ou plus ; nomogramme : ligne de traitement Ă â 1 000 ”mol/L Ă 4 h (150 mg/L) ; heure inconnue, ingestions rĂ©pĂ©tĂ©es ou libĂ©ration prolongĂ©e : nomogramme non applicable | N-acĂ©tylcystĂ©ine IV : protocole Ă 2 sacs, 200 mg/kg sur 4 h puis 100 mg/kg sur 16 h (ou 3 sacs 150/50/100 mg/kg) ; dĂ©buter sans attendre si > 8 h, heure inconnue ou ALT Ă©levĂ©e ; ingestion massive : dose accrue selon le CAPQ |
| SalicylĂ©s | Alcalose respiratoire + acidose mĂ©tabolique, acouphĂšnes, vomissements ; dosages q2h jusquâĂ la baisse | Bicarbonate : bolus 1â2 mmol/kg, puis perfusion (150 mmol dans 1 L de D5 %) pour un pH urinaire 7,5â8,0 ; maintenir K â„ 4 ; hĂ©modialyse selon EXTRIP |
| Lithium | Aigu : digestif puis neuro tardif ; chronique : neuro (tremblement, confusion, ataxie) à des taux plus bas, souvent IRA ou interaction (thiazide, IECA/ARA, AINS) | NS IV, cesser les agents en cause ; irrigation intestinale si libération prolongée ; hémodialyse selon EXTRIP |
| Digoxine | Vomissements, troubles visuels, bradyarythmies, TV bidirectionnelle ; K > 5 en aigu = gravitĂ© | Fragments Fab : arythmie menaçante ou ingestion aiguĂ« grave, 5â10 fioles empiriques (aigu), 3â6 fioles (chronique) ; corriger hypoK et hypoMg ; pas de calcium IV en hyperK digitalique sans avis |
| BĂȘtabloquants / BCC | Bradycardie, choc ; hyperglycĂ©mie avec les BCC (gravitĂ©) | Gluconate de calcium 3 g IV (ou chlorure 1 g IV central), Ă rĂ©pĂ©ter ; insuline Ă haute dose 1 U/kg IV puis 1 U/kg/h (titrĂ©e jusquâĂ 10 U/kg/h) avec dextrose et K ; norĂ©pinĂ©phrine ; glucagon 5 mg IV (surtout bĂȘtabloquant), puis 2â5 mg/h ; atropine souvent inefficace |
| AntidĂ©presseurs tricycliques | Anticholinergique + convulsions + QRS large, hypotension | Bicarbonate 1â2 mmol/kg IV si QRS > 100 ms, rĂ©pĂ©tĂ© (pH sanguin 7,45â7,55) ; benzodiazĂ©pines ; Ă©viter les antiarythmiques IA/IC et la physostigmine |
| Monoxyde de carbone | CĂ©phalĂ©e, nausĂ©es, syncope ; saturomĂ©trie faussement normale ; COHb sur gaz | Oâ 100 % au masque sans rĂ©inspiration jusquâĂ disparition des symptĂŽmes et COHb < 3 % (â„ 6 h) ; hyperbare Ă discuter (syncope, coma, dĂ©ficit neuro, ischĂ©mie, COHb > 25 %, grossesse) ; incendie : penser cyanure (hydroxocobalamine 5 g IV) |
| Alcools toxiques (mĂ©thanol, Ă©thylĂšne glycol) | Trou osmolaire puis acidose Ă trou anionique ; troubles visuels (mĂ©thanol), IRA et cristaux dâoxalate (Ă©thylĂšne glycol) | FomĂ©pizole 15 mg/kg IV, puis 10 mg/kg q12h Ă 4 doses, puis 15 mg/kg q12h (q4h pendant la dialyse) ; acide folique (mĂ©thanol), thiamine et pyridoxine (Ă©thylĂšne glycol) ; hĂ©modialyse si acidose grave, atteinte visuelle ou IRA |
| OpioĂŻdes | BradypnĂ©e, myosis ; mĂ©thadone et fentanyl : rĂ©cidive possible | Naloxone titrĂ©e ; perfusion â 2/3 de la dose dâĂ©veil par heure si opioĂŻde Ă longue action ; observer â„ 4â6 h aprĂšs la derniĂšre dose (plus pour la mĂ©thadone) |
| Benzodiazépines | Coma calme, rarement grave seules | Soutien ventilatoire ; flumazénil 0,2 mg IV (max 1 mg) seulement si patient naïf, sans co-ingestion pro-convulsivante ni QRS large ; risque de convulsions et de sevrage |
Seuils de dialyse (EXTRIP, à confirmer avec le CAPQ et la néphrologie)
- Lithium : recommandée si lithémie > 4,0 mmol/L avec atteinte rénale, ou atteinte de conscience, convulsions ou arythmie menaçante quel que soit le taux ; suggérée si > 5,0 mmol/L, confusion importante ou délai prévu > 36 h pour atteindre < 1,0 mmol/L. Doser au retour (rebond).
- SalicylĂ©s : recommandĂ©e si salicylĂ©mie > 7,2 mmol/L, > 6,5 mmol/L avec atteinte rĂ©nale, atteinte de lâĂ©tat mental, hypoxĂ©mie nouvelle ou pH †7,20 malgrĂ© le traitement.
- Méthanol : coma, convulsions, atteinte visuelle nouvelle, pH †7,15, acidose persistante malgré le traitement ou trou anionique > 24.
Algorithme
Consulter
Consulter le Centre antipoison du Québec si :
Ligne 24/7 : 1-800-463-5060.
- UrgentIntoxication grave ou instable (coma, convulsions, choc, QRS large, acidose) â par tĂ©lĂ©phone, immĂ©diatement.
- UrgentAntidote, dialyse ou hyperbare Ă discuter (NAC en ingestion massive, Fab, fomĂ©pizole, insuline Ă haute dose) â par tĂ©lĂ©phone, dĂšs lâĂ©valuation.
- Semi-urgentAgent inconnu, polyintoxication ou libĂ©ration prolongĂ©e â par tĂ©lĂ©phone, dĂšs lâĂ©valuation.
à préparer : agents, dose estimée (mg/kg), heure et formulation, poids, signes vitaux, ECG (QRS, QTc), gaz, TA, trou osmolaire, dosages et heures de prélÚvement.
Consulter aux soins intensifs si :
- UrgentAtteinte de conscience ou ventilation inadĂ©quate (GCS †8, convulsions rĂ©pĂ©tĂ©es) â immĂ©diatement.
- UrgentChoc, arythmie ou QRS > 100 ms persistant (bĂȘtabloquant, BCC, tricycliques) â immĂ©diatement.
Envoyer Ă lâurgence si :
Appeler tÎt le Centre antipoison du Québec : 1 800 463-5060 (24/7).
- UrgenceInstabilitĂ© ou critĂšre de soins intensifs (GCS †8, PCO2 > 45, TAS †80, convulsions, T° > 40 °C, pH †7,2) â 911
- UrgenceDĂ©pression respiratoire aux opioĂŻdes â 911, ventiler, naloxone intranasale
- UrgenceECG anormal (QRS > 100 ms, QTc > 500 ms, bloc AV, bradycardie) â 911
- UrgenceIngestion volontaire (ECG, acétaminophÚne et salicylates chez tous)
- UrgenceIntoxication aux salicylates (alcalinisation IV, dosages sériés)
- UrgenceLibération prolongée ou body packer (surveillance prolongée)
- UrgenceMéthémoglobinémie ou syndrome sérotoninergique modéré à sévÚre
Consulter en psychiatrie si :
- UrgenceGeste volontaire, avant le congĂ© (Ă©valuation du risque suicidaire) â psychiatre de garde
Consulter en néphrologie si :
- UrgentCritĂšres EXTRIP dâhĂ©modialyse (lithium, salicylĂ©s, mĂ©thanol, Ă©thylĂšne glycol) â nĂ©phrologue de garde, sans attendre.
à préparer : taux sériques et heures, créatinine, gaz, trou anionique et osmolaire, recommandation du CAPQ.
Consulter en psychiatrie si :
- UrgentIngestion volontaire avec danger pour soi (aprĂšs stabilisation mĂ©dicale) â psychiatre de garde, mĂȘme jour.
- ĂlectifTrouble liĂ© aux substances avec trouble psychiatrique (prĂ©ciser les substances) â consultation externe en psychiatrie.
- UrgenceCritĂšres dâhĂ©modialyse (EXTRIP) (p. ex. salicylates : pH †7,20, atteinte neurologique, niveau Ă©levĂ©) â nĂ©phrologue de garde, tĂŽt
Ă prĂ©parer : substance, dose, heure, formulation, co-ingestions, intention, flacons ; ECG ; Ă©lectrolytes, trou anionique, osmolalitĂ©, gaz, lactate, crĂ©atinine, CK, bilan hĂ©patique, Ă©thanol, ÎČ-hCG, acĂ©taminophĂšne, salicylates ; au congĂ© : naloxone et TAO si usage de substances.
Suivi et congé
- CongĂ© mĂ©dical seulement si asymptomatique, ECG normal, dosages en baisse ou non toxiques, et aprĂšs la pĂ©riode dâobservation propre Ă lâagent (libĂ©ration prolongĂ©e : plus longue).
- NAC : réévaluer à la fin du protocole ; cesser si acétaminophÚne < 66 ”mol/L, INR < 2,0, ALT normale ou en baisse nette et patient bien ; sinon poursuivre au rythme du 2e sac.
- Ingestion volontaire : Ă©valuation du risque suicidaire avant tout congĂ© ; limiter lâaccĂšs aux moyens (quantitĂ©s remises, pilulier).
- Opioïdes : trousse de naloxone au congé ; offrir un traitement du TUO.
- Lithium chronique : rechercher la cause (IRA, interaction), lithémie de contrÎle, aviser le prescripteur.
- DurĂ©e dâobservation selon la substance (souvent â„ 6 h asymptomatique ; â„ 12â24 h si libĂ©ration prolongĂ©e ou agent Ă action longue).
- Geste volontaire : évaluation du risque suicidaire et consultation psychiatrique avant le congé.
- Usage de substances : trousse de naloxone, réduction des méfaits, orientation vers un traitement (agonistes opioïdes).
PiĂšges et perles
- Une acétaminophénémie indétectable à moins de 4 h ne rassure pas : redoser à 4 h.
- Intubation dâune intoxication aux salicylĂ©s : danger dâarrĂȘt si la ventilation minute chute ; maintenir lâhyperventilation et bicarbonate.
- Lithium : la lithĂ©mie sous-estime lâatteinte chronique ; câest la clinique neurologique qui guide.
- SaturomĂ©trie normale nâexclut pas le CO (ni la mĂ©thĂ©moglobinĂ©mie) : demander la COHb.
- DiaphorÚse : sympathomimétique ; peau sÚche : anticholinergique.
- Le flumazénil peut déclencher des convulsions réfractaires ; la naloxone, un sevrage brutal et un OAP.
- MĂ©thadone, fentanyl transdermique, opioĂŻde Ă libĂ©ration prolongĂ©e : resĂ©dation aprĂšs la fin dâeffet de la naloxone.
- LâacĂ©taminophĂšne est souvent asymptomatique au dĂ©but : toujours le doser.
- Une acidose à trou anionique et trou osmolaire élevés : penser aux alcools toxiques.
- Le charbon activĂ© ne se donne que si les voies aĂ©riennes sont protĂ©gĂ©es et lâingestion rĂ©cente (en gĂ©nĂ©ral < 1â2 h) ; inutile pour lâalcool, le fer et le lithium.
- Salicylates : un pH « normal » chez un patient intubĂ© ou Ă©puisĂ© est un signe dâalarme.
Voir aussi
- Fiche Syndrome sérotoninergique.
- Fiche Abus de substances.
- Fiche Alcool : sevrage et encéphalopathie de Wernicke.
- Fiche Opioïdes, méthadone et TUO.
- Fiche Risque suicidaire et urgence psychiatrique.
- Fiche Médicaments prolongeant le QT.
- Fiche Acidose métabolique et hyperlactatémie.
Références
- Centre antipoison du QuĂ©bec (ligne dâurgence 24/7 : 1-800-463-5060).
- Dart RC, Mullins ME, Matoushek T et coll. Management of Acetaminophen Poisoning in the US and Canada: A Consensus Statement. JAMA Netw Open 2023;6(8):e2327739. doi:10.1001/jamanetworkopen.2023.27739
- Decker BS, Goldfarb DS, Dargan PI et coll. Extracorporeal Treatment for Lithium Poisoning: Systematic Review and Recommendations from the EXTRIP Workgroup. Clin J Am Soc Nephrol 2015;10(5):875â887.
- Juurlink DN, Gosselin S, Kielstein JT et coll. Extracorporeal Treatment for Salicylate Poisoning: Systematic Review and Recommendations From the EXTRIP Workgroup. Ann Emerg Med 2015;66(2):165â181.
- INSPQ. RĂ©sumĂ© des recommandations dâEXTRIP 2014-2015. Bulletin dâinformation toxicologique.
- St-Onge M, Anseeuw K, Cantrell FL et coll. Experts Consensus Recommendations for the Management of Calcium Channel Blocker Poisoning in Adults. Crit Care Med 2017;45(3):e306âe315. doi:10.1097/CCM.0000000000002087
- Chyka PA, Seger D, Krenzelok EP, Vale JA ; American Academy of Clinical Toxicology, European Association of Poisons Centres and Clinical Toxicologists. Position paper: Single-dose activated charcoal. Clin Toxicol 2005;43(2):61â87.
- MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spĂ©cialisĂ©e (CRDS) â Psychiatrie, NĂ©phrologie.
- Salicylate intoxication (IBCC, EMCrit, 2025)
- Salicylate toxicity â EXTRIP recommendations (WikEM)
- Centre antipoison du QuĂ©bec â Nous joindre (CIUSSS de la Capitale-Nationale)
- « Salicylate intoxication checklist » (IBCC), tableaux de toxidromes, pupilles et nystagmus, critĂšres dâadmission aux soins intensifs , tableau « Specific toxidromes ».