Dr .omni

Soins hospitaliers â€ș Urgence et soins critiquesPremiĂšre ligne â€ș Urgence et soins critiquesCHSLD et soins palliatifs â€ș Urgence et soins critiques

Intoxications et toxidromes

Urgence et soins critiquesFiche révisée · 17 oct. 2026

Urgence et soins critiquesFiche révisée · oct. 2026

💊 Doses / traitement✉ Signaler une erreur

En bref : On stabilise d’abord (ABC, glucose capillaire), puis on reconnaĂźt le toxidrome (Ă©tat mental, pupilles, signes vitaux, peau, pĂ©ristaltisme). Toute ingestion volontaire impose un ECG et des niveaux d’acĂ©taminophĂšne et de salicylates. Il faut appeler tĂŽt le Centre antipoison du QuĂ©bec : 1 800 463-5060 (24/7). Dans l’intoxication aux salicylates : alcaliniser, garder le K > 4–4,5, Ă©viter l’intubation si possible, et dialyser selon les critĂšres EXTRIP.

En bref : On stabilise d’abord (ABC, glycĂ©mie capillaire, ECG avec QRS et QTc), puis on cherche un toxidrome et on calcule le trou anionique et le trou osmolaire. Toute ingestion volontaire reçoit un dosage d’acĂ©taminophĂšne et de salicylĂ©s, mĂȘme si le patient les nie. Le charbon activĂ© n’est utile que tĂŽt (≈ 1 h), voies aĂ©riennes protĂ©gĂ©es, et pour une substance qu’il adsorbe. Appeler le Centre antipoison du QuĂ©bec (1-800-463-5060) tĂŽt : il guide les antidotes, les doses et l’indication de dialyse (EXTRIP).

đŸ©ș Au chevet

đŸš© Signaux d’alarme

  • Atteinte de l’état de conscience, convulsions, hypoventilation, hypotension rĂ©fractaire.
  • QRS > 100 ms (bloqueur des canaux sodiques : tricycliques, etc.), QTc > 500 ms, bradycardie avec bloc (bĂȘtabloquant, BCC, digoxine).
  • Acidose mĂ©tabolique Ă  trou anionique Ă©levĂ©, surtout avec trou osmolaire (alcools toxiques) ou alcalose respiratoire associĂ©e (salicylĂ©s).
  • T > 40 °C avec agitation ou rigiditĂ© (sympathomimĂ©tique, sĂ©rotoninergique, anticholinergique, SNM).
  • Produit Ă  libĂ©ration prolongĂ©e, ingestion massive, polyintoxication, ingestion tardive mal datĂ©e.
  • GCS ≀ 8, PCO2 > 45 mmHg, TAS ≀ 80 mmHg, convulsions, T° > 40 °C, pH ≀ 7,2.
  • ECG : QRS > 100 ms (bloqueurs Na), QTc > 500 ms, bloc AV, bradycardie.
  • LibĂ©ration prolongĂ©e, body packer : « bombe Ă  retardement ».
  • Salicylates : un pH « normal » chez un patient intubĂ© ou Ă©puisĂ© est alarmant ; Ă©viter l’intubation.

✅ À faire maintenant

  • ABC, saturomĂ©trie, monitorage cardiaque, accĂšs IV ; glycĂ©mie capillaire chez tout patient confus.
  • Histoire : agent, dose (mg/kg), heure, formulation, co-ingestions, contenants, pharmacie, intention (risque suicidaire).
  • ECG 12 dĂ©rivations (QRS, QTc, R terminal en aVR), Ă  rĂ©pĂ©ter.
  • Bilan : ions, urĂ©e, crĂ©atinine, glucose, osmolalitĂ© mesurĂ©e, gaz veineux, lactate, bilan hĂ©patique, INR, CK, ÎČ-hCG (femme en Ăąge de procrĂ©er), Ă©thanol.
  • AcĂ©taminophĂšne et salicylĂ©s systĂ©matiques si ingestion volontaire ; dosages ciblĂ©s selon l’histoire (lithium, digoxine, fer, anticonvulsivants).
  • Surveillance constante si ingestion volontaire (fugue, rĂ©cidive) ; appeler le Centre antipoison.
  • ABC, glucose capillaire, saturation, tempĂ©rature, ECG ; identifier le toxidrome (Ă©tat mental, pupilles, peau, pĂ©ristaltisme).

  • Substance, dose, heure, formulation, co-ingestions, intention.
  • Électrolytes, trou anionique, osmolalitĂ©, crĂ©atinine, gaz, lactate, CK, bilan hĂ©patique, ÎČ-hCG, Ă©thanol ; acĂ©taminophĂšne et salicylates chez tout geste volontaire.
  • Salicylates : glucose, K, gaz, pH urinaire, niveau q2h.

💊 Premiùres ordonnances

  • HypoglycĂ©mie : dextrose 50 % 25 g IV (thiamine 100 mg IV si alcool ou dĂ©nutrition).
  • OpioĂŻde avec hypoventilation : naloxone 0,04–0,4 mg IV titrĂ©e q2–3 min (jusqu’à 2 mg, Ă  rĂ©pĂ©ter) ; viser la ventilation, pas l’éveil complet.
  • QRS > 100 ms : bicarbonate de sodium 1–2 mmol/kg IV en bolus (50–100 mmol), Ă  rĂ©pĂ©ter.
  • Agitation, convulsions toxiques : lorazĂ©pam 1–2 mg IV q5–10 min (ou midazolam 5 mg IM) ; pas de phĂ©nytoĂŻne.
  • Charbon activĂ© 1 g/kg PO (max 50 g) si indiquĂ© (voir DĂ©contamination).

📞 Appeler ou orienter si

  • Centre antipoison du QuĂ©bec : Intoxication grave ou instable ; antidote, dialyse ou hyperbare Ă  discuter
  • Soins intensifs : Atteinte de conscience ou ventilation inadĂ©quate ; choc, arythmie ou QRS > 100 ms persistant
  • NĂ©phrologie : CritĂšres EXTRIP d’hĂ©modialyse
  • Psychiatrie adulte : Ingestion volontaire avec danger pour soi
  • OpioĂŻdes (dĂ©pression respiratoire) : 911, ventiler, naloxone intranasale si disponible (viser la respiration) ; aviser le Centre antipoison du QuĂ©bec ; thiamine avant le glucose.

  • QRS > 100 ms : 911 (bicarbonate de sodium IV Ă  l’urgence).
  • Salicylates : urgence (alcalinisation IV, dosages sĂ©riĂ©s).
  • MĂ©thĂ©moglobinĂ©mie : urgence (bleu de mĂ©thylĂšne IV) ; sĂ©rotoninergique : cyproheptadine 12 mg PO, urgence si modĂ©rĂ© Ă  sĂ©vĂšre.
  • FlumazĂ©nil gĂ©nĂ©ralement Ă  Ă©viter.

📞 Appeler ou orienter si

  • Envoyer Ă  l’urgence : InstabilitĂ© ou critĂšre de soins intensifs ; dĂ©pression respiratoire aux opioĂŻdes ; ECG anormal ; ingestion volontaire ; intoxication aux salicylates ; libĂ©ration prolongĂ©e ou body packer ; mĂ©thĂ©moglobinĂ©mie ou syndrome sĂ©rotoninergique modĂ©rĂ© Ă  sĂ©vĂšre
  • Psychiatrie : Geste volontaire, avant le congĂ©
  • NĂ©phrologie : CritĂšres d’hĂ©modialyse (EXTRIP)

DĂ©lais, autres situations et quoi prĂ©parer : section Consulter â€ș

🔗 Ressources et raisonnement

🧠 Raisonnement Raisonnement diagnostique (VINDICATE, drapeaux rouges)

Évaluation initiale

  • ABC, glucose capillaire, saturation, tempĂ©rature, ECG.
  • Antidotes d’emblĂ©e selon le contexte : naloxone si dĂ©pression respiratoire avec myosis ; thiamine avant le glucose chez l’alcoolique ou le dĂ©nutri ; dextrose si hypoglycĂ©mie.
  • AnamnĂšse : substance, dose, heure, formulation (libĂ©ration prolongĂ©e), co-ingestions, intention, flacons et emballages, tĂ©moins, pharmacie.
  • Bilan de base :
    • Électrolytes, trou anionique, crĂ©atinine, glucose, gaz, lactate, CK, bilan hĂ©patique, osmolalitĂ© mesurĂ©e (trou osmolaire), ÎČ-hCG.
    • AcĂ©taminophĂšne et salicylates chez tout patient avec ingestion volontaire (coingestion silencieuse frĂ©quente).
    • Éthanol ; niveaux spĂ©cifiques au besoin (digoxine, lithium, anticonvulsivants, fer).
    • ECG : QRS > 100 ms (bloqueurs des canaux sodiques : ATC, diphenhydramine), QTc > 500 ms, bloc AV, bradycardie.

Toxidromes

Toxidrome État mental Pupilles Signes vitaux Autres signes Exemples
SympathomimĂ©tique Agitation, hallucinations, paranoĂŻa Mydriase ↑ T°, FC, TA, FR DiaphorĂšse, tremblements, hyperrĂ©flexie, convulsions CocaĂŻne, amphĂ©tamines, cathinones, cafĂ©ine, thĂ©ophylline, sevrage
Anticholinergique DĂ©lirium, discours marmonnĂ©, picotement Mydriase ↑ T°, FC, TA Peau sĂšche et rouge, muqueuses sĂšches, ilĂ©us, rĂ©tention urinaire Diphenhydramine, ATC, cyclobenzaprine, antiparkinsoniens, antispasmodiques, phĂ©nothiazines, scopolamine
Cholinergique Confusion, coma Myosis ↓ FC, TA variable DUMBELS : diarrhĂ©e, urine, myosis, bronchorrhĂ©e/bronchospasme/bradycardie, Ă©mĂšse, larmoiement, salivation ; fasciculations OrganophosphorĂ©s, carbamates, agents neurotoxiques, nicotine
OpioĂŻde DĂ©pression du SNC, coma Myosis serrĂ© ↓ FR, FC, TA, T° HyporĂ©flexie, ƓdĂšme pulmonaire, traces d’injection HĂ©roĂŻne, fentanyl, morphine, mĂ©thadone, oxycodone
SĂ©datif-hypnotique DĂ©pression du SNC, ataxie Variable ↓ FR (moins qu’avec les opioĂŻdes) HyporĂ©flexie, nystagmus BenzodiazĂ©pines, barbituriques, alcools, zolpidem, GHB
HallucinogĂšne Hallucinations, distorsions, dĂ©personnalisation Mydriase ↑ T°, FC, TA Nystagmus (PCP, kĂ©tamine) LSD, psilocybine, mescaline, MDMA, PCP
SĂ©rotoninergique Agitation, confusion Mydriase ↑ T°, FC, TA Clonus (inductible, oculaire), hyperrĂ©flexie, tremblements, diarrhĂ©e, diaphorĂšse ISRS, IMAO, tramadol, mĂ©pĂ©ridine, dextromĂ©thorphane, linĂ©zolide, fentanyl
Extrapyramidal Variable — — Dystonie, akathisie, rigiditĂ©, crise oculogyre, trismus Antipsychotiques, mĂ©toclopramide
HĂ©moglobine anormale ↓ conscience, convulsions — ↑ FR Cyanose rĂ©fractaire Ă  l’O2, acidose lactique CO (carboxyHb), dapsone, nitrites, benzocaĂŻne (mĂ©thĂ©moglobine)

🧠 MnĂ©mo anticholinergique : « chaud comme un liĂšvre, aveugle comme une chauve-souris, sec comme un os, rouge comme une betterave, fou comme un chapelier ». La sueur distingue le sympathomimĂ©tique (moite) de l'anticholinergique (sec). Le clonus distingue le syndrome sĂ©rotoninergique du syndrome neuroleptique malin (rigiditĂ©, bradyrĂ©flexie, installation lente).

Pupilles et nystagmus

Signe Causes
Mydriase Sympathomimétiques, anticholinergiques, hallucinogÚnes, sérotoninergique, sevrages
Myosis Opioïdes, cholinergiques, clonidine, antipsychotiques, sédatifs (coma profond), PCP
Nystagmus Phénytoïne, carbamazépine, lithium, éthanol, alcools toxiques, barbituriques, PCP, kétamine, IMAO, sérotoninergique

⚠ Le sevrage aux opioĂŻdes donne mydriase, bĂąillements, larmoiement, rhinorrhĂ©e, piloĂ©rection, diarrhĂ©e, crampes : il ne menace pas la vie (contrairement au sevrage d’alcool ou de benzodiazĂ©pines). L’intoxication aux salicylates et l'hypoglycĂ©mie peuvent mimer un toxidrome sympathomimĂ©tique.

Critùres d’admission aux soins intensifs

  • DĂ©pression du SNC importante (GCS ≀ 8, ou ≀ 6 selon les sources), agitation exigeant contention.
  • DĂ©pression respiratoire (PCO2 > 45 mmHg), hypoxĂ©mie, intubation.
  • TAS ≀ 80 mmHg, bloc AV du 2e ou 3e degrĂ©, rythme non sinusal, QRS > 120 ms ou QTc > 500 ms, douleur thoracique ischĂ©mique (cocaĂŻne, CO).
  • Convulsions prolongĂ©es ou rĂ©cidivantes ; pH ≀ 7,2 ; anomalies mĂ©taboliques exigeant une correction agressive ; T° > 40 °C.
  • « Bombe Ă  retardement » : sachets ingĂ©rĂ©s (body packer), libĂ©ration prolongĂ©e, niveau prĂ©dictif d’évolution dĂ©favorable.
  • Besoin d’antidote sous surveillance Ă©troite (perfusion de naloxone, physostigmine, Fab), d’irrigation intestinale ou d’hĂ©modialyse urgente.

Antidotes et traitements ciblés (aperçu)

Toxique Traitement Remarques
OpioĂŻdes Naloxone intranasale (si disponible) en attendant le 911 ; titration IV par les paramĂ©dics / Ă  l’urgence Viser la respiration, pas l’éveil ; surveillance prolongĂ©e Ă  l’urgence si longue action (mĂ©thadone)
AcĂ©taminophĂšne N-acĂ©tylcystĂ©ine IV Ă  l’urgence selon nomogramme et protocole local Toute ingestion potentiellement toxique → urgence ; NAC dĂ©butĂ©e si niveau inconnu aprĂšs 8 h ou ingestion importante
ATC, bloqueurs Na (QRS > 100 ms) 911 ; bicarbonate de sodium IV à l’urgence Convulsions : BZD (midazolam intranasal ou buccal si disponible) en attendant l’ambulance
BĂȘtabloquants, bloqueurs calciques Calcium, glucagon, insuline Ă  haute dose (euglycĂ©mie), vasopresseurs Discuter tĂŽt avec le Centre antipoison
Sulfonylurées Dextrose + octréotide Hypoglycémie récidivante prolongée
BenzodiazĂ©pines Soutien ; flumazĂ©nil gĂ©nĂ©ralement Ă  Ă©viter (convulsions chez l’usager chronique) —
Alcools toxiques (méthanol, éthylÚne glycol) Fomépizole, hémodialyse Trou osmolaire puis trou anionique
OrganophosphorĂ©s Atropine titrĂ©e jusqu’à assĂšchement des sĂ©crĂ©tions bronchiques, pralidoxime DĂ©contamination
MĂ©thĂ©moglobinĂ©mie Bleu de mĂ©thylĂšne IV Ă  l’urgence Contre-indiquĂ© si dĂ©ficit en G6PD
Digoxine Fragments Fab (DigiFab) HyperK = marqueur de gravité
Syndrome sĂ©rotoninergique ArrĂȘt, benzodiazĂ©pines, cyproheptadine 12 mg PO puis 2 mg q2h PRN Refroidir ; T° > 41 °C : soins intensifs
Anticholinergique BenzodiazĂ©pines ; physostigmine (avis toxicologique) Éviter si QRS large
CardiotoxicitĂ© lipophile rĂ©fractaire Émulsion lipidique 20 % Dernier recours, avis du Centre antipoison

Intoxication aux salicylates

💡 Conversion : mg/dL × 0,0724 = mmol/L. 40 mg/dL ≈ 2,9 mmol/L ; 80 ≈ 5,8 ; 90 ≈ 6,5 ; 100 ≈ 7,2 mmol/L.

  • Clinique : acouphĂšnes, vomissements, tachypnĂ©e (alcalose respiratoire prĂ©coce), puis acidose mĂ©tabolique Ă  trou anionique, hyperthermie, confusion, ƓdĂšme pulmonaire non cardiogĂ©nique. L’intoxication chronique chez la personne ĂągĂ©e ressemble Ă  un sepsis ou un dĂ©lirium.
  • Cycle q2h jusqu’à rĂ©solution : glucose, K, gaz (pH sĂ©rique), pH urinaire, niveau de salicylates (jusqu’à < 2,9 mmol/L et en baisse sur 2 dosages).
ÉlĂ©ment Cible ou conduite
Glucose Dextrose empirique si Ă©tat mental altĂ©rĂ©, mĂȘme si la glycĂ©mie est normale (hypoglycĂ©mie cĂ©rĂ©brale)
Volume Souvent dĂ©shydratĂ© : urgence (solutĂ©s et alcalinisation IV ; pas de NaCl 0,9 %, qui aggrave l’acidose)
Potassium > 4–4,5 mmol/L : l’alcalinisation urinaire Ă©choue en hypokaliĂ©mie
Cibles pH sĂ©rique 7,50–7,55 ; pH urinaire ≄ 7,5

Hémodialyse (EXTRIP)

  • État mental altĂ©rĂ© ou ƓdĂšme cĂ©rĂ©bral, ƓdĂšme pulmonaire ou hypoxĂ©mie nouvelle.
  • pH ≀ 7,20 malgrĂ© le traitement.
  • Niveau > 7,2 mmol/L (100 mg/dL).
  • Niveau > 6,5 mmol/L (90 mg/dL) avec dysfonction rĂ©nale ou malgrĂ© le traitement de soutien.
  • Niveau > 5,8 mmol/L (80 mg/dL) avec dysfonction rĂ©nale et malgrĂ© le traitement de soutien (et seuil plus bas dans l’intoxication chronique).
  • La mise en place prend des heures : appeler la nĂ©phrologie tĂŽt. Redoser aprĂšs la dialyse (rebond).

⚠ Éviter l’intubation si possible : la perte de l’hyperventilation compensatrice entraĂźne une chute brutale du pH et un arrĂȘt cardiaque. Si elle est inĂ©vitable : NaHCO3 ≈ 2 mmol/kg 5–10 min avant la paralysie, intubation rapide par l’opĂ©rateur le plus expĂ©rimentĂ©, puis ventilation minute maximale d’emblĂ©e. Éviter l’acĂ©tazolamide.

🔗 Ressources et raisonnement

🧭 Raisonnement clinique Atteinte hĂ©patique aiguĂ« sĂ©vĂšre

Évaluation

  • Trou anionique = Na − (Cl + HCO₃) ; Ă©levĂ© (> 12) : penser MUDPILES revisitĂ© — mĂ©thanol, Ă©thylĂšne glycol, salicylĂ©s, metformine, fer, isoniazide, acidocĂ©tose, lactate, urĂ©mie.
  • Trou osmolaire = osmolalitĂ© mesurĂ©e − (2 Na + glucose + urĂ©e + 1,25 × Ă©thanol), en mmol/L ; > 10 : alcool toxique possible. Un trou normal n’exclut pas une ingestion tardive (alcool dĂ©jĂ  mĂ©tabolisĂ©, acidose installĂ©e).
  • ECG : QRS > 100 ms (risque de convulsions), > 160 ms (arythmie ventriculaire) ; R terminal > 3 mm en aVR ; QTc allongĂ© (voir fiche MĂ©dicaments prolongeant le QT).
  • DĂ©pistage urinaire : peu utile en aigu (faux positifs, ne dĂ©tecte ni le fentanyl ni plusieurs drogues de synthĂšse).

Toxidromes

Toxidrome Signes Agents Conduite
Anticholinergique Délirium, mydriase, peau sÚche et chaude, rétention urinaire, iléus, tachycardie Antihistaminiques (diphénhydramine), tricycliques, antipsychotiques, scopolamine Benzodiazépines, sonde vésicale ; physostigmine seulement avec le Centre antipoison et QRS normal
SympathomimĂ©tique Agitation, mydriase, diaphorĂšse, HTA, tachycardie, hyperthermie CocaĂŻne, amphĂ©tamines, cathinones BenzodiazĂ©pines gĂ©nĂ©reuses, refroidissement ; Ă©viter le bĂȘtabloquant seul
Sérotoninergique Clonus (chevilles, oculaire), hyperréflexie, diarrhée, hyperthermie ISRS, IRSN, tramadol, fentanyl, linézolide, IMAO Voir fiche Syndrome sérotoninergique
Cholinergique Bradycardie, myosis, bronchorrhĂ©e, salivation, diarrhĂ©e, fasciculations OrganophosphorĂ©s, carbamates, inhibiteurs de cholinestĂ©rase Atropine 1–2 mg IV, doubler q5 min jusqu’à assĂšchement bronchique ; pralidoxime selon le CAPQ
Opioïde Bradypnée, myosis, somnolence Opioïdes, fentanyl, méthadone Ventilation, naloxone titrée
Sédatif-hypnotique Somnolence, signes vitaux souvent normaux, ataxie Benzodiazépines, z-drogues, GHB, barbituriques, alcool Soutien ventilatoire ; flumazénil rarement

Décontamination

  • Charbon activĂ© 1 g/kg PO ou par TNG (max 50 g), idĂ©alement ≀ 1 h aprĂšs l’ingestion (plus tard si libĂ©ration prolongĂ©e, anticholinergique ou ingestion massive, selon le CAPQ).
  • Seulement si voies aĂ©riennes intactes ou protĂ©gĂ©es et agent adsorbĂ©.
  • Inefficace : alcools, lithium, fer et mĂ©taux, caustiques, hydrocarbures. Contre-indiquĂ© : Ă©tat de conscience altĂ©rĂ© non protĂ©gĂ©, ilĂ©us, perforation.
  • Doses rĂ©pĂ©tĂ©es (25 g q4h) : quelques agents (carbamazĂ©pine, phĂ©nobarbital, dapsone, quinine, thĂ©ophylline) sur avis du CAPQ.
  • Irrigation intestinale (PEG) : libĂ©ration prolongĂ©e, lithium, fer, « body packers » ; avis du CAPQ.
  • Pas de lavage gastrique ni de sirop d’ipĂ©ca de routine.

Agents fréquents et antidotes

Agent Clés Antidote et dose (adulte)
AcĂ©taminophĂšne Dosage Ă  4 h ou plus ; nomogramme : ligne de traitement Ă  ≈ 1 000 ”mol/L Ă  4 h (150 mg/L) ; heure inconnue, ingestions rĂ©pĂ©tĂ©es ou libĂ©ration prolongĂ©e : nomogramme non applicable N-acĂ©tylcystĂ©ine IV : protocole Ă  2 sacs, 200 mg/kg sur 4 h puis 100 mg/kg sur 16 h (ou 3 sacs 150/50/100 mg/kg) ; dĂ©buter sans attendre si > 8 h, heure inconnue ou ALT Ă©levĂ©e ; ingestion massive : dose accrue selon le CAPQ
SalicylĂ©s Alcalose respiratoire + acidose mĂ©tabolique, acouphĂšnes, vomissements ; dosages q2h jusqu’à la baisse Bicarbonate : bolus 1–2 mmol/kg, puis perfusion (150 mmol dans 1 L de D5 %) pour un pH urinaire 7,5–8,0 ; maintenir K ≄ 4 ; hĂ©modialyse selon EXTRIP
Lithium Aigu : digestif puis neuro tardif ; chronique : neuro (tremblement, confusion, ataxie) à des taux plus bas, souvent IRA ou interaction (thiazide, IECA/ARA, AINS) NS IV, cesser les agents en cause ; irrigation intestinale si libération prolongée ; hémodialyse selon EXTRIP
Digoxine Vomissements, troubles visuels, bradyarythmies, TV bidirectionnelle ; K > 5 en aigu = gravitĂ© Fragments Fab : arythmie menaçante ou ingestion aiguĂ« grave, 5–10 fioles empiriques (aigu), 3–6 fioles (chronique) ; corriger hypoK et hypoMg ; pas de calcium IV en hyperK digitalique sans avis
BĂȘtabloquants / BCC Bradycardie, choc ; hyperglycĂ©mie avec les BCC (gravitĂ©) Gluconate de calcium 3 g IV (ou chlorure 1 g IV central), Ă  rĂ©pĂ©ter ; insuline Ă  haute dose 1 U/kg IV puis 1 U/kg/h (titrĂ©e jusqu’à 10 U/kg/h) avec dextrose et K ; norĂ©pinĂ©phrine ; glucagon 5 mg IV (surtout bĂȘtabloquant), puis 2–5 mg/h ; atropine souvent inefficace
AntidĂ©presseurs tricycliques Anticholinergique + convulsions + QRS large, hypotension Bicarbonate 1–2 mmol/kg IV si QRS > 100 ms, rĂ©pĂ©tĂ© (pH sanguin 7,45–7,55) ; benzodiazĂ©pines ; Ă©viter les antiarythmiques IA/IC et la physostigmine
Monoxyde de carbone CĂ©phalĂ©e, nausĂ©es, syncope ; saturomĂ©trie faussement normale ; COHb sur gaz O₂ 100 % au masque sans rĂ©inspiration jusqu’à disparition des symptĂŽmes et COHb < 3 % (≄ 6 h) ; hyperbare Ă  discuter (syncope, coma, dĂ©ficit neuro, ischĂ©mie, COHb > 25 %, grossesse) ; incendie : penser cyanure (hydroxocobalamine 5 g IV)
Alcools toxiques (mĂ©thanol, Ă©thylĂšne glycol) Trou osmolaire puis acidose Ă  trou anionique ; troubles visuels (mĂ©thanol), IRA et cristaux d’oxalate (Ă©thylĂšne glycol) FomĂ©pizole 15 mg/kg IV, puis 10 mg/kg q12h × 4 doses, puis 15 mg/kg q12h (q4h pendant la dialyse) ; acide folique (mĂ©thanol), thiamine et pyridoxine (Ă©thylĂšne glycol) ; hĂ©modialyse si acidose grave, atteinte visuelle ou IRA
OpioĂŻdes BradypnĂ©e, myosis ; mĂ©thadone et fentanyl : rĂ©cidive possible Naloxone titrĂ©e ; perfusion ≈ 2/3 de la dose d’éveil par heure si opioĂŻde Ă  longue action ; observer ≄ 4–6 h aprĂšs la derniĂšre dose (plus pour la mĂ©thadone)
Benzodiazépines Coma calme, rarement grave seules Soutien ventilatoire ; flumazénil 0,2 mg IV (max 1 mg) seulement si patient naïf, sans co-ingestion pro-convulsivante ni QRS large ; risque de convulsions et de sevrage

Seuils de dialyse (EXTRIP, à confirmer avec le CAPQ et la néphrologie)

  • Lithium : recommandĂ©e si lithĂ©mie > 4,0 mmol/L avec atteinte rĂ©nale, ou atteinte de conscience, convulsions ou arythmie menaçante quel que soit le taux ; suggĂ©rĂ©e si > 5,0 mmol/L, confusion importante ou dĂ©lai prĂ©vu > 36 h pour atteindre < 1,0 mmol/L. Doser au retour (rebond).
  • SalicylĂ©s : recommandĂ©e si salicylĂ©mie > 7,2 mmol/L, > 6,5 mmol/L avec atteinte rĂ©nale, atteinte de l’état mental, hypoxĂ©mie nouvelle ou pH ≀ 7,20 malgrĂ© le traitement.
  • MĂ©thanol : coma, convulsions, atteinte visuelle nouvelle, pH ≀ 7,15, acidose persistante malgrĂ© le traitement ou trou anionique > 24.

Algorithme

Oui

Non

Oui

Non

Intoxication suspectée

ABC, glycémie capillaire,
monitorage, ECG

Instable ?
coma, convulsions, choc,
QRS > 100 ms

Antidote ciblé
naloxone, bicarbonate,
benzodiazépines
Soins intensifs

Toxidrome, histoire,
dose et heure

Appeler le Centre antipoison
1-800-463-5060

Bilan : TA, trou osmolaire,
acétaminophÚne, salicylés,
dosages ciblés

Ingestion ≀ 1 h,
agent adsorbé,
voies aériennes protégées ?

Charbon activé
1 g/kg, max 50 g

Pas de charbon

Antidote ou dialyse
selon l’agent (EXTRIP)

Observation, ECG et dosages répétés
Évaluation psychiatrique
si ingestion volontaire

Oui

Non

Oui

Non

Patient intoxiqué

ABC, glucose capillaire,
signes vitaux, ECG

Instable ? Airway, choc,
convulsions, arythmie

Réanimation
naloxone, dextrose, thiamine,
benzodiazépines, NaHCO3 si QRS large

Identifier le toxidrome
état mental, pupilles, peau,
signes vitaux, péristaltisme

Bilan : lytes, TA, osm, gaz,
CK, acétaminophÚne, salicylates,
Ă©thanol, ÎČ-hCG

Centre antipoison
1 800 463-5060

Antidote spécifique,
décontamination si indiquée,
élimination accrue

CritĂšres de soins intensifs ?

Soins intensifs

Surveillance prolongée si
libération prolongée
Évaluation psychiatrique
si geste volontaire

Consulter

Consulter le Centre antipoison du Québec si :

Ligne 24/7 : 1-800-463-5060.

  • UrgentIntoxication grave ou instable (coma, convulsions, choc, QRS large, acidose) — par tĂ©lĂ©phone, immĂ©diatement.
  • UrgentAntidote, dialyse ou hyperbare Ă  discuter (NAC en ingestion massive, Fab, fomĂ©pizole, insuline Ă  haute dose) — par tĂ©lĂ©phone, dĂšs l’évaluation.
  • Semi-urgentAgent inconnu, polyintoxication ou libĂ©ration prolongĂ©e — par tĂ©lĂ©phone, dĂšs l’évaluation.

À prĂ©parer : agents, dose estimĂ©e (mg/kg), heure et formulation, poids, signes vitaux, ECG (QRS, QTc), gaz, TA, trou osmolaire, dosages et heures de prĂ©lĂšvement.

Consulter aux soins intensifs si :

  • UrgentAtteinte de conscience ou ventilation inadĂ©quate (GCS ≀ 8, convulsions rĂ©pĂ©tĂ©es) — immĂ©diatement.
  • UrgentChoc, arythmie ou QRS > 100 ms persistant (bĂȘtabloquant, BCC, tricycliques) — immĂ©diatement.

Envoyer à l’urgence si :

Appeler tÎt le Centre antipoison du Québec : 1 800 463-5060 (24/7).

  • UrgenceInstabilitĂ© ou critĂšre de soins intensifs (GCS ≀ 8, PCO2 > 45, TAS ≀ 80, convulsions, T° > 40 °C, pH ≀ 7,2) — 911
  • UrgenceDĂ©pression respiratoire aux opioĂŻdes — 911, ventiler, naloxone intranasale
  • UrgenceECG anormal (QRS > 100 ms, QTc > 500 ms, bloc AV, bradycardie) — 911
  • UrgenceIngestion volontaire (ECG, acĂ©taminophĂšne et salicylates chez tous)
  • UrgenceIntoxication aux salicylates (alcalinisation IV, dosages sĂ©riĂ©s)
  • UrgenceLibĂ©ration prolongĂ©e ou body packer (surveillance prolongĂ©e)
  • UrgenceMĂ©thĂ©moglobinĂ©mie ou syndrome sĂ©rotoninergique modĂ©rĂ© Ă  sĂ©vĂšre

Consulter en psychiatrie si :

  • UrgenceGeste volontaire, avant le congĂ© (Ă©valuation du risque suicidaire) — psychiatre de garde

Consulter en néphrologie si :

  • UrgentCritĂšres EXTRIP d’hĂ©modialyse (lithium, salicylĂ©s, mĂ©thanol, Ă©thylĂšne glycol) — nĂ©phrologue de garde, sans attendre.

À prĂ©parer : taux sĂ©riques et heures, crĂ©atinine, gaz, trou anionique et osmolaire, recommandation du CAPQ.

Consulter en psychiatrie si :

  • UrgentIngestion volontaire avec danger pour soi (aprĂšs stabilisation mĂ©dicale) — psychiatre de garde, mĂȘme jour.
  • ÉlectifTrouble liĂ© aux substances avec trouble psychiatrique (prĂ©ciser les substances) — consultation externe en psychiatrie.
  • UrgenceCritĂšres d’hĂ©modialyse (EXTRIP) (p. ex. salicylates : pH ≀ 7,20, atteinte neurologique, niveau Ă©levĂ©) — nĂ©phrologue de garde, tĂŽt

À prĂ©parer : substance, dose, heure, formulation, co-ingestions, intention, flacons ; ECG ; Ă©lectrolytes, trou anionique, osmolalitĂ©, gaz, lactate, crĂ©atinine, CK, bilan hĂ©patique, Ă©thanol, ÎČ-hCG, acĂ©taminophĂšne, salicylates ; au congĂ© : naloxone et TAO si usage de substances.

Suivi et congé

  • CongĂ© mĂ©dical seulement si asymptomatique, ECG normal, dosages en baisse ou non toxiques, et aprĂšs la pĂ©riode d’observation propre Ă  l’agent (libĂ©ration prolongĂ©e : plus longue).
  • NAC : réévaluer Ă  la fin du protocole ; cesser si acĂ©taminophĂšne < 66 ”mol/L, INR < 2,0, ALT normale ou en baisse nette et patient bien ; sinon poursuivre au rythme du 2e sac.
  • Ingestion volontaire : Ă©valuation du risque suicidaire avant tout congĂ© ; limiter l’accĂšs aux moyens (quantitĂ©s remises, pilulier).
  • OpioĂŻdes : trousse de naloxone au congĂ© ; offrir un traitement du TUO.
  • Lithium chronique : rechercher la cause (IRA, interaction), lithĂ©mie de contrĂŽle, aviser le prescripteur.
  • DurĂ©e d’observation selon la substance (souvent ≄ 6 h asymptomatique ; ≄ 12–24 h si libĂ©ration prolongĂ©e ou agent Ă  action longue).
  • Geste volontaire : Ă©valuation du risque suicidaire et consultation psychiatrique avant le congĂ©.
  • Usage de substances : trousse de naloxone, rĂ©duction des mĂ©faits, orientation vers un traitement (agonistes opioĂŻdes).

PiĂšges et perles

  • Une acĂ©taminophĂ©nĂ©mie indĂ©tectable Ă  moins de 4 h ne rassure pas : redoser Ă  4 h.
  • Intubation d’une intoxication aux salicylĂ©s : danger d’arrĂȘt si la ventilation minute chute ; maintenir l’hyperventilation et bicarbonate.
  • Lithium : la lithĂ©mie sous-estime l’atteinte chronique ; c’est la clinique neurologique qui guide.
  • SaturomĂ©trie normale n’exclut pas le CO (ni la mĂ©thĂ©moglobinĂ©mie) : demander la COHb.
  • DiaphorĂšse : sympathomimĂ©tique ; peau sĂšche : anticholinergique.
  • Le flumazĂ©nil peut dĂ©clencher des convulsions rĂ©fractaires ; la naloxone, un sevrage brutal et un OAP.
  • MĂ©thadone, fentanyl transdermique, opioĂŻde Ă  libĂ©ration prolongĂ©e : resĂ©dation aprĂšs la fin d’effet de la naloxone.
  • L’acĂ©taminophĂšne est souvent asymptomatique au dĂ©but : toujours le doser.
  • Une acidose Ă  trou anionique et trou osmolaire Ă©levĂ©s : penser aux alcools toxiques.
  • Le charbon activĂ© ne se donne que si les voies aĂ©riennes sont protĂ©gĂ©es et l’ingestion rĂ©cente (en gĂ©nĂ©ral < 1–2 h) ; inutile pour l’alcool, le fer et le lithium.
  • Salicylates : un pH « normal » chez un patient intubĂ© ou Ă©puisĂ© est un signe d’alarme.

Voir aussi

Références

đŸ©ș Situations CHSLD qui renvoient ici

🔗 Voir aussi