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Intoxication au lithium

Urgence et soins critiquesFiche révisée · 21 oct. 2026

💊 Doses / traitement✉ Signaler une erreur

En bref : On distingue l’intoxication aiguĂ« (ingestion massive, patient naĂŻf : surtout digestive au dĂ©but, neurologique plus tard), chronique (patient traitĂ© qui se dĂ©shydrate, fait une IRA ou reçoit un AINS, un IECA/ARA ou un thiazide : surtout neurologique, mĂȘme avec une lithĂ©mie modestement Ă©levĂ©e) et aiguĂ« sur chronique (la plus dangereuse). On cesse le lithium, on corrige l’hypovolĂ©mie au NaCl 0,9 %, on rĂ©pĂšte la lithĂ©mie et on discute tĂŽt de l'hĂ©modialyse selon les critĂšres EXTRIP 2015 avec le Centre antipoison et la nĂ©phrologie. Le charbon activĂ© est inutile ; l’irrigation intestinale se discute pour une forme Ă  libĂ©ration prolongĂ©e. La clinique prime sur le chiffre.

đŸ©ș Au chevet

đŸš© Signaux d’alarme

  • AltĂ©ration de l’état de conscience, convulsions, myoclonies, arythmie grave : hĂ©modialyse recommandĂ©e, quelle que soit la lithĂ©mie.
  • LithĂ©mie > 4,0 mmol/L avec fonction rĂ©nale altĂ©rĂ©e, ou > 5,0 mmol/L.
  • LithĂ©mie qui monte sur des dosages rĂ©pĂ©tĂ©s (forme LP, bĂ©zoard, IRA qui s’aggrave).
  • HypernatrĂ©mie avec polyurie diluĂ©e : diabĂšte insipide nĂ©phrogĂ©nique (le NaCl 0,9 % peut aggraver la natrĂ©mie).

✅ À faire maintenant

  • Heure et quantitĂ© de la derniĂšre dose, formulation (libĂ©ration prolongĂ©e ?), dose habituelle, anciennetĂ© du traitement, co-ingestions.
  • LithĂ©mie dĂšs l’arrivĂ©e, puis q4–6 h jusqu’à une baisse franche sous 1,0 mmol/L sans remontĂ©e.
  • CrĂ©atinine, ions (Na, K), calcium, glycĂ©mie, osmolalitĂ©s, analyse d’urine et densitĂ©, TSH ; diurĂšse horaire (sonde au besoin).
  • ECG et monitorage cardiaque ; acĂ©taminophĂšne et salicylĂ©s si ingestion volontaire.
  • Appeler le Centre antipoison du QuĂ©bec (1 800 463-5060).

💊 Premiùres ordonnances

  • Cesser le lithium et les mĂ©dicaments qui le retiennent : AINS, IECA/ARA, diurĂ©tiques thiazidiques (aussi les autres diurĂ©tiques).
  • HypovolĂ©mie : NaCl 0,9 % en bolus (p. ex. 1 L), puis environ 1,5–2 × l’entretien, viser l’euvolĂ©mie, une diurĂšse d’environ 1,5–2 mL/kg/h et une natrĂ©mie normale ; prudence en IC ou en IRC oligurique.
  • Pas de charbon activĂ© (ne lie pas le lithium) ; pas de polystyrĂšne sulfonate de sodium (hypokaliĂ©mie).
  • Forme LP, ingestion aiguĂ« importante, patient Ă©veillĂ© qui protĂšge ses voies aĂ©riennes : irrigation intestinale au PEG Ă  discuter avec le Centre antipoison.
  • Convulsions : benzodiazĂ©pine (voir Fiche Convulsions) et hĂ©modialyse.

📞 Appeler ou orienter si

  • Centre antipoison du QuĂ©bec : Toute intoxication au lithium symptomatique
  • NĂ©phrologie : CritĂšre EXTRIP d’hĂ©modialyse ; hypernatrĂ©mie par diabĂšte insipide nĂ©phrogĂ©nique
  • Soins intensifs : Coma, convulsions ou arythmie grave
  • Psychiatrie adulte : Ingestion volontaire ou risque suicidaire

DĂ©lais, autres situations et quoi prĂ©parer : section Consulter â€ș

🔗 Ressources et raisonnement

🧭 Raisonnement clinique Polyurie et diabùte insipide

Facteurs précipitants (intoxication chronique)

  • DĂ©shydratation : vomissements, diarrhĂ©e, fiĂšvre, chaleur, apport rĂ©duit, rĂ©gime pauvre en sel, patient NPO.
  • IRA de toute cause ; IRC qui progresse ; Ăąge avancĂ©.
  • MĂ©dicaments qui ↑ la lithĂ©mie : AINS (y compris les inhibiteurs de la COX-2), IECA, ARA, diurĂ©tiques thiazidiques (effet le plus marquĂ©) ; diurĂ©tiques de l’anse et spironolactone dans une moindre mesure.
  • Insuffisance cardiaque, cirrhose, sepsis (baisse de la perfusion rĂ©nale).

Types d’intoxication et prĂ©sentation

Type Contexte Présentation dominante Lithémie et gravité
AiguĂ« (patient naĂŻf) Ingestion volontaire ou accidentelle Digestive d’abord (nausĂ©es, vomissements, diarrhĂ©e) ; neurologique retardĂ©e LithĂ©mie Ă©levĂ©e tĂŽt, mais le lithium entre lentement dans le cerveau : peu corrĂ©lĂ©e aux signes au dĂ©but
Chronique Patient traitĂ© ; dĂ©shydratation, IRA, interaction, Ăąge Neurologique : tremblement grossier, confusion, ataxie, dysarthrie, myoclonies, hyperrĂ©flexie, convulsions, coma ToxicitĂ© mĂȘme Ă  une lithĂ©mie modestement Ă©levĂ©e ; tissus dĂ©jĂ  saturĂ©s
Aiguë sur chronique Surdose chez un patient traité Digestive et neurologique Forme la plus grave
  • LithĂ©mie thĂ©rapeutique habituelle : environ 0,6–1,2 mmol/L, mesurĂ©e 12 h aprĂšs la derniĂšre dose ; une cible plus basse convient souvent Ă  la personne ĂągĂ©e.
  • ECG : ondes T aplaties ou inversĂ©es, bradycardie sinusale, dysfonction sinusale, blocs, allongement du QT.
  • Autres effets : diabĂšte insipide nĂ©phrogĂ©nique (polyurie, polydipsie, hypernatrĂ©mie), IRC tubulo-interstitielle, hypothyroĂŻdie, hyperparathyroĂŻdie avec hypercalcĂ©mie, leucocytose.

Évaluation

  • La lithĂ©mie isolĂ©e ne suffit pas : la juger avec le type d’intoxication, la clinique, la fonction rĂ©nale et la tendance sur des dosages rĂ©pĂ©tĂ©s.
  • Un tube hĂ©parinisĂ© au lithium donne une lithĂ©mie faussement Ă©levĂ©e : utiliser un tube adĂ©quat.
  • Ingestion d’une forme LP : pic retardĂ© et prolongĂ© ; rĂ©pĂ©ter la lithĂ©mie mĂȘme si le premier dosage est rassurant.
  • Chercher les causes : bilan de l’IRA (voir Fiche Insuffisance rĂ©nale aiguĂ« et crĂ©atinine), revue des ajouts rĂ©cents (AINS, IECA, thiazide).
  • Diagnostic diffĂ©rentiel des signes neurologiques : syndrome sĂ©rotoninergique (lithium + ISRS), syndrome neuroleptique malin (lithium + antipsychotique), sepsis, AVC, Ă©tat de mal non convulsif, sevrage.

Prise en charge

Mesure Détails
ArrĂȘt Cesser le lithium et les agents qui le retiennent ; ne pas le reprendre sans avis de la psychiatrie
Volume NaCl 0,9 % si hypovolémie ; corriger, ne pas « forcer » la diurÚse chez un patient euvolémique ; surveiller la natrémie (DI néphrogénique)
Décontamination Pas de charbon ; irrigation intestinale (PEG) à discuter pour une forme LP, sur avis du Centre antipoison
Éviter Thiazides et autres diurĂ©tiques, AINS, IECA/ARA, polystyrĂšne sulfonate de sodium
HĂ©modialyse Selon EXTRIP (ci-dessous) ; hĂ©modialyse intermittente prĂ©fĂ©rĂ©e ; continue acceptable si l’intermittente n’est pas disponible
AprÚs la dialyse Rebond fréquent (redistribution tissulaire) : lithémie de contrÎle environ 6 h aprÚs la séance ; nouvelle séance au besoin

⚠ Recommandation actuelle (EXTRIP, Decker 2015) : - HĂ©modialyse recommandĂ©e si lithĂ©mie > 4,0 mmol/L avec fonction rĂ©nale altĂ©rĂ©e, ou en prĂ©sence d’une baisse de l’état de conscience, de convulsions ou d'arythmies menaçant la vie, quelle que soit la lithĂ©mie. - HĂ©modialyse suggĂ©rĂ©e si lithĂ©mie > 5,0 mmol/L, confusion, ou dĂ©lai prĂ©vu pour atteindre < 1,0 mmol/L de plus de 36 h avec un traitement optimal. - Poursuivre jusqu’à une lithĂ©mie < 1,0 mmol/L ou une amĂ©lioration clinique ; si la lithĂ©mie n’est pas disponible rapidement, au moins 6 h de traitement.

  • DiabĂšte insipide nĂ©phrogĂ©nique : la polyurie peut persister des semaines ou devenir permanente. Remplacer l’eau libre (D5 %) selon la natrĂ©mie et la diurĂšse ; Ă©viter de « suivre » une polyurie avec du NaCl 0,9 % seul. Voir Fiche HypernatrĂ©mie et troubles de l’eau.
  • SILENT (Syndrome of Irreversible Lithium-Effectuated NeuroToxicity) : sĂ©quelles cĂ©rĂ©belleuses (ataxie, dysarthrie), extrapyramidales ou cognitives qui persistent > 2 mois aprĂšs l’épisode. Risque plus Ă©levĂ© avec une exposition prolongĂ©e, et l’hyperthermie. L’expliquer au patient et Ă  la famille.

Algorithme

Oui

Non

Oui

Non

Oui

Non

Oui

Non

Toxicité au lithium suspectée
Cesser le lithium, AINS, IECA/ARA, thiazides

Lithémie, créatinine, Na, ECG
Centre antipoison

Baisse de l’état de conscience,
convulsions ou arythmie grave ?

Hémodialyse recommandée
Soins intensifs + néphrologie

Lithémie > 4,0 mmol/L
avec fonction rénale altérée ?

Lithémie > 5,0 mmol/L, confusion
ou < 1,0 mmol/L prévu dans > 36 h ?

Hémodialyse suggérée :
discuter avec la néphrologie

NaCl 0,9 % si hypovolémie
Irrigation intestinale si LP
Lithémie q4-6 h

Lithémie en hausse
ou clinique qui s’aggrave ?

Poursuivre jusqu’à < 1,0 mmol/L
sans remontée ; réévaluer la psychiatrie

Lithémie 6 h aprÚs la séance :
rebond ?

Consulter

Consulter le Centre antipoison du Québec si :

  • UrgentToute intoxication au lithium symptomatique (ou ingestion aiguĂ«, forme LP, co-ingestion) — par tĂ©lĂ©phone, dĂšs l’évaluation.

À prĂ©parer : heure et dose ingĂ©rĂ©es, formulation, dose habituelle, lithĂ©mies avec l’heure du prĂ©lĂšvement, crĂ©atinine, Na, ECG, Ă©tat neurologique.

Consulter en néphrologie si :

  • UrgentCritĂšre EXTRIP d’hĂ©modialyse (recommandĂ©e ou suggĂ©rĂ©e) — nĂ©phrologue de garde, immĂ©diatement.
  • UrgentHypernatrĂ©mie par diabĂšte insipide nĂ©phrogĂ©nique (trouble Ă©lectrolytique sĂ©vĂšre) — mĂȘme jour.
  • ÉlectifIRC ou DI persistant sous lithium au long cours — consultation externe en nĂ©phrologie.

Consulter aux soins intensifs si :

  • UrgentComa, convulsions ou arythmie grave — immĂ©diatement.

Consulter en psychiatrie si :

  • UrgentIngestion volontaire ou risque suicidaire — pendant le sĂ©jour, avant le congĂ©.
  • Semi-urgentReprise ou remplacement du lithium (stabilisateur de l’humeur) — pendant le sĂ©jour.

Suivi et congé

  • Ne pas reprendre le lithium d’office : dĂ©cision avec la psychiatrie (risque de rechute maniaque Ă  l’arrĂȘt brusque, choix d’un autre agent).
  • Si reprise : dose rĂ©duite, lithĂ©mie 12 h aprĂšs la dose environ 5–7 jours aprĂšs la reprise ou un changement, puis selon le suivi habituel ; crĂ©atinine, TSH et calcium pĂ©riodiques.
  • Enseignement : boire suffisamment, retenir le lithium en cas de vomissements, de diarrhĂ©e ou de fiĂšvre (et appeler), Ă©viter les AINS en vente libre ; signaler au pharmacien tout ajout d’IECA, d’ARA ou de thiazide.
  • Lettre au mĂ©decin traitant : type d’intoxication, cause, lithĂ©mies, sĂ©quelles neurologiques, DI.

PiĂšges et perles

  • 💡 Perle clinique : une lithĂ©mie « presque normale » n’exclut pas une toxicitĂ© chronique grave ; Ă  l’inverse, une lithĂ©mie trĂšs Ă©levĂ©e tĂŽt aprĂšs une ingestion aiguĂ« chez un patient naĂŻf peut s’accompagner de peu de signes.
  • Le patient ĂągĂ© sous lithium, NPO pour un examen ou une chirurgie, ou qui reçoit un AINS en postopĂ©ratoire : intoxication frĂ©quente et Ă©vitable.
  • Le charbon activĂ© ne sert qu’aux co-ingestions.
  • AprĂšs la dialyse, le rebond est la rĂšgle : un seul dosage normal ne suffit pas.
  • La correction rapide d’une hypernatrĂ©mie chronique est aussi dangereuse que l’hypernatrĂ©mie elle-mĂȘme.

Voir aussi

Références

  • Decker BS, Goldfarb DS, Dargan PI et coll. Extracorporeal Treatment for Lithium Poisoning: Systematic Review and Recommendations from the EXTRIP Workgroup. Clin J Am Soc Nephrol 2015;10(5):875–887. doi:10.2215/CJN.10021014
  • Gosselin S. Intoxications par le lithium. Bulletin d’information toxicologique (Centre antipoison du QuĂ©bec, INSPQ) 2004;20(1):3–9.
  • Lithium Toxicity — clinical summary (solutĂ©s, critĂšres d’hĂ©modialyse, rebond, SILENT). Emergency Care BC, 2020.
  • Syndrome of Irreversible Lithium-Effectuated Neurotoxicity (SILENT): A Review. Revue, PubMed Central.
  • Monographie canadienne du carbonate de lithium (lithĂ©mie thĂ©rapeutique, interactions).
  • Lanthier L. RĂ©fĂ©rence en mĂ©decine interne (application Lanthier), chapitre Toxicologie (lithium).
  • MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spĂ©cialisĂ©e (CRDS) — NĂ©phrologie, Psychiatrie.

đŸ©ș Situations CHSLD qui renvoient ici

🔗 Voir aussi