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État de mal épileptique

NeurologieFiche révisée · 18 oct. 2026

💊 Doses / traitement✉️ Signaler une erreur

En bref : Une crise tonico-clonique ≥ 5 min, ou des crises répétées sans retour à l’état de base, est un état de mal épileptique (EME) : on traite comme une urgence chronométrée et on appelle les soins intensifs dès la 1re dose de benzodiazépine. On donne d’abord une benzodiazépine à pleine dose (lorazépam 0,1 mg/kg IV, max 4 mg/dose, ou midazolam 10 mg IM) ; le sous-dosage est l’erreur la plus fréquente. Si la crise persiste, on charge un 2e agent (lévétiracétam, fosphénytoïne ou valproate, d’efficacité équivalente selon ESETT). Si elle persiste encore : intubation, perfusion de midazolam ou propofol, EEG continu. Un patient qui ne se réveille pas fait un EME non convulsif jusqu’à preuve du contraire.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d’alarme

  • Crise ≥ 5 min ou 2 crises sans récupération entre elles = EME, même si elle cède à la benzodiazépine.
  • Pas de retour à l’éveil 15–20 min après la fin des mouvements : EME non convulsif (EEG urgent).
  • Fièvre, méningisme, déficit focal, trauma crânien, anticoagulant, immunosuppression.
  • Grossesse ou ≤ 6 semaines post-partum : éclampsie jusqu’à preuve du contraire.
  • Hypoxémie, hypotension, arythmie pendant la charge de fosphénytoïne/phénytoïne.

✅ À faire maintenant

  • Noter l’heure de début ; chronométrer chaque étape.
  • ABC : position latérale, aspiration, O₂, saturométrie, moniteur cardiaque, 2 voies IV.
  • Glycémie capillaire immédiate.
  • Bilan : FSC, électrolytes, Ca, Mg, PO₄, urée, créatinine, bilan hépatique, CK, gaz, lactate, niveaux d’antiépileptiques, toxicologie, éthanol, β-hCG, hémocultures si fièvre, ECG.
  • TDM cérébrale une fois la crise contrôlée (avant si suspicion d’hémorragie et patient stable) ; EEG urgent si l’éveil ne revient pas.

💊 Premières ordonnances

  • Lorazépam 0,1 mg/kg IV (max 4 mg/dose) à 2 mg/min ; répéter 1 fois après 5 min.
  • Sans voie IV : midazolam 10 mg IM si > 40 kg (dose unique) ; ou midazolam 0,2 mg/kg IN (max 10 mg).
  • Ou diazépam 0,15–0,2 mg/kg IV (max 10 mg/dose), répétable 1 fois.
  • 2e agent (un seul) : lévétiracétam 60 mg/kg IV (max 4 500 mg) en 10–15 min OU fosphénytoïne 20 mg EP/kg IV (max 1 500 mg EP) à ≤ 150 mg EP/min sous monitorage OU valproate 40 mg/kg IV (max 3 000 mg) en 10 min.
  • Alcool, dénutrition ou glycémie basse : thiamine 100 mg IV avant le glucose, puis D50 % 50 mL IV si glycémie basse.
  • Fièvre : antibiotiques à dose méningée + acyclovir 10 mg/kg IV q8h sans attendre TDM ni PL (fiche Infections du SNC).
  • Pas de phénytoïne/fosphénytoïne si crise toxique ou de sevrage d’alcool.

📞 Appeler ou orienter si

  • Soins intensifs : État de mal épileptique ; EME réfractaire après la 2e ligne
  • Neurologie : EEG urgent requis ; EME non convulsif soupçonné
  • Neurochirurgie : Lésion structurelle à la TDM
  • Centre antipoison du Québec : Cause toxique soupçonnée

Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›

Définitions

Type t1 : traiter dès t2 : lésions probables après
EME tonico-clonique 5 min 30 min
EME focal avec altération de la conscience 10 min > 60 min
EME d’absences 10–15 min Inconnu
  • t1 (ILAE 2015) : moment où la crise ne cèdera probablement plus seule ; t2 : moment où des séquelles neuronales deviennent probables.
  • Crises répétées sans retour à l’état de base entre elles = EME, quelle que soit la durée de chacune.
  • EME réfractaire : persiste malgré une benzodiazépine à dose adéquate et un 2e agent.
  • EME super-réfractaire : persiste ou récidive ≥ 24 h après le début d’une anesthésie générale, y compris au sevrage de celle-ci.
  • EME non convulsif (EMENC) : activité épileptique à l’EEG sans mouvements francs ; altération de la conscience, regard dévié, nystagmus, myoclonies discrètes des paupières ou de la face, confusion fluctuante.

Causes et bilan

Catégorie Causes Test clé
Épilepsie connue Sevrage ou sous-dosage d’antiépileptique (NPO, non-observance, interaction, inducteur), privation de sommeil Niveaux sériques, liste des médicaments
Alcool et sédatifs Sevrage d’alcool ou de benzodiazépines, intoxication Histoire, éthanol
Métaboliques Hypoglycémie, hyponatrémie, hypocalcémie, hypomagnésémie, urémie, hyperglycémie non cétosique Glycémie, électrolytes, Ca, Mg
Structurales AVC, hémorragie intracrânienne, tumeur, trauma, thrombose veineuse cérébrale TDM ± angio, IRM
Infectieuses Méningite, encéphalite (HSV), abcès Hémocultures, PL après TDM au besoin
Toxiques Bupropion, tramadol, ATC, isoniazide, théophylline, cocaïne, amphétamines, lithium, céfépime/carbapénèmes en IRC Toxicologie, Centre antipoison
Autres Éclampsie, PRES, encéphalite auto-immune, hypoxie postarrêt TA, β-hCG, IRM, EEG
  • PL si fièvre, méningisme, immunosuppression ou cause non trouvée, une fois la crise contrôlée (TDM d’abord si déficit focal ou altération de la conscience).

Traitement chronométré (doses adultes)

Temps Étape Doses et gestes
0–5 min Stabilisation ABC, O₂, moniteur, 2 voies IV, heure de début ; glycémie capillaire ; thiamine 100 mg IV avant le glucose si alcool ou dénutrition ; D50 % 50 mL IV si glycémie basse ; bilan
5–20 min 1re ligne : benzodiazépine à pleine dose Lorazépam 0,1 mg/kg IV (max 4 mg/dose) à 2 mg/min, répéter 1 fois à 5 min ; sans IV : midazolam 10 mg IM (> 40 kg) ; ou diazépam 0,15–0,2 mg/kg IV (max 10 mg/dose), répéter 1 fois. Maximum 2 doses
20–40 min 2e ligne (un seul agent, préparé dès la 2e dose de benzodiazépine) Lévétiracétam 60 mg/kg IV (max 4 500 mg) en 10–15 min ; OU fosphénytoïne 20 mg EP/kg IV (max 1 500 mg EP) à ≤ 150 mg EP/min ; OU valproate 40 mg/kg IV (max 3 000 mg) en 10 min
> 40 min EME réfractaire (soins intensifs) Intubation ; midazolam 0,2 mg/kg bolus puis 0,05–2 mg/kg/h, ou propofol 1–2 mg/kg puis 20–200 µg/kg/min ; EEG continu ; vasopresseur au besoin

⚠️ Erreur classique : le sous-dosage de la benzodiazépine. 1 à 2 mg de lorazépam chez un adulte de 80 kg ne suffisent pas. Une crise qui se prolonge déprime davantage la respiration qu’une dose adéquate.

⚠️ ESETT (Kapur, NEJM 2019) : lévétiracétam, fosphénytoïne et valproate sont équivalents (arrêt de la crise chez environ la moitié des patients, sécurité comparable). Le choix se fait selon le profil : lévétiracétam simple et sans interactions ; fosphénytoïne sous monitorage (hypotension, bradycardie, BAV) ; valproate à éviter en grossesse, hépatopathie, thrombopénie.

  • Phénytoïne si pas de fosphénytoïne : 20 mg/kg IV dans du NaCl 0,9 % à ≤ 50 mg/min (25 mg/min chez la personne âgée ou cardiaque), sous monitorage.
  • Autres options de 2e ligne ou en attente des soins intensifs : phénobarbital 15–20 mg/kg IV (dépression respiratoire), lacosamide 200–400 mg IV (éviter si BAV).
  • Réfractaire persistant : kétamine 1–2 mg/kg puis 1–5 mg/kg/h, pentobarbital (soins intensifs). Propofol : éviter > 80 µg/kg/min plus de 48 h (syndrome de perfusion du propofol).
  • Crise contrôlée : poursuivre un antiépileptique d’entretien à dose thérapeutique (p. ex. lévétiracétam 500–1 500 mg IV/PO BID, ajusté au rein) et traiter la cause.

EME non convulsif

  • Y penser chez tout patient comateux ou confus sans cause claire : après une crise convulsive (pas d’éveil en 15–20 min), aux soins intensifs, en postarrêt, en sepsis, chez la personne âgée confuse avec antécédent d’AVC ou d’épilepsie.
  • Indices : regard dévié, nystagmus, clignements ou myoclonies discrètes, automatismes, aphasie fluctuante. Souvent aucun signe.
  • Diagnostic : EEG urgent (EEG continu si possible ; critères de Salzbourg interprétés par la neurologie). Un patient curarisé ne peut être évalué cliniquement : EEG.
  • Traitement : benzodiazépine et 2e agent comme ci-dessus, avec la neurologie ; l’escalade vers l’anesthésie se discute au cas par cas (moins urgente que dans l’EME convulsif).

Particularités

Situation Ajustements
Personne âgée Même dose de charge de benzodiazépine (ne pas sous-doser), surveillance respiratoire ; phénytoïne ≤ 25 mg/min ; fosphénytoïne plus lente ; lévétiracétam souvent préféré
Cirrhose Lorazépam utilisable (glucuronidation) ; éviter le valproate ; phénytoïne : niveau libre (hypoalbuminémie) ; lévétiracétam préféré
IRC ou dialyse Charges inchangées (lévétiracétam 60 mg/kg) ; entretien du lévétiracétam réduit : ClCr 30–50 : 250–750 mg BID ; < 30 : 250–500 mg BID ; dialyse : 500–1 000 mg die + supplément après la séance. Phénytoïne : niveau libre. Penser aux bêtalactamines neurotoxiques
Grossesse ou ≤ 6 sem. post-partum Éclampsie : MgSO₄ 4–6 g IV en 15–20 min, puis 1–2 g/h (obstétrique de garde) ; benzodiazépine si la crise persiste ; éviter le valproate ; lévétiracétam en 2e ligne
Sevrage d’alcool ou crise toxique Benzodiazépines, puis phénobarbital ou propofol ; pas de phénytoïne ; isoniazide : pyridoxine 1 g par g ingéré (5 g empirique)
Hyponatrémie symptomatique NaCl 3 % 100–150 mL IV en 10–20 min, répétable (fiche Hyponatrémie)
Hypocalcémie, hypomagnésémie Gluconate de calcium 1–2 g IV en 10 min ; MgSO₄ 2 g IV

Algorithme

Oui

Non

Oui

Non

Oui : EME réfractaire

Non

Non

Oui

0-5 min : crise ≥ 5 min ou crises répétées
ABC, O₂, moniteur, 2 voies IV, heure de début
Glycémie : thiamine 100 mg IV puis D50 % si basse

Appeler les soins intensifs (STAT)

Accès IV ?

5-20 min : lorazépam 0,1 mg/kg IV
max 4 mg/dose, répéter 1 fois à 5 min
(ou diazépam 0,15-0,2 mg/kg, max 10 mg)

Midazolam 10 mg IM si > 40 kg
ou 0,2 mg/kg IN

Crise persiste ?

20-40 min : 2e agent
lévétiracétam 60 mg/kg max 4,5 g
OU fosphénytoïne 20 mg EP/kg max 1,5 g
OU valproate 40 mg/kg max 3 g

Retour à l’éveil
en 15-20 min ?

Crise persiste ?

> 40 min : intubation, soins intensifs
midazolam ou propofol en perfusion
EEG continu

EEG urgent
EME non convulsif ?

Cause, TDM, entretien antiépileptique
Neurologie

Persistance ≥ 24 h : super-réfractaire
kétamine, pentobarbital

Consulter

Consulter aux soins intensifs si :

  • UrgentÉtat de mal épileptique (crise ≥ 5 min ou crises répétées sans récupération, même si elle cède à la benzodiazépine) — consultation STAT (urgente) aux soins intensifs, dès la 1re dose de benzodiazépine.
  • UrgentEME réfractaire après la 2e ligne (intubation, perfusion de midazolam ou propofol, EEG continu) — immédiatement.

À préparer : heure de début, doses et heures de chaque benzodiazépine et du 2e agent, poids, glycémie, signes vitaux, gaz, électrolytes, niveaux d’antiépileptiques, niveau de soins.

Consulter en neurologie si :

  • UrgentEEG urgent requis (pas de retour à l’éveil en 15–20 min, patient curarisé ou intubé) — neurologue de garde.
  • UrgentEME non convulsif soupçonné (coma ou confusion inexpliqués) — neurologue de garde.
  • Semi-urgentChoix de l’antiépileptique de maintien (après le contrôle de l’EME, épilepsie connue mal contrôlée) — pendant le séjour.

À préparer : description par un témoin, type et durée des crises, antiépileptiques habituels et doses omises, niveaux, TDM, médicaments qui abaissent le seuil.

Consulter le pharmacien si :

  • Semi-urgentDoses en IRC, dialyse ou cirrhose (entretien du lévétiracétam, niveau libre de phénytoïne) — pendant le séjour.

Consulter en neurochirurgie si :

  • UrgentLésion structurelle à la TDM (hémorragie, tumeur avec effet de masse, abcès) — neurochirurgien de garde.

Consulter le Centre antipoison du Québec si :

  • UrgentCause toxique soupçonnée (bupropion, isoniazide, ATC, tramadol, théophylline, cocaïne) — immédiatement.

Suivi et congé

  • Surveillance continue (télémétrie, SpO₂, état de conscience) 24 h après le contrôle ; examen neurologique répété (paralysie de Todd : doit régresser en 24–48 h).
  • Antiépileptique d’entretien poursuivi, dose ajustée au rein et au foie ; niveaux si phénytoïne ou valproate.
  • Corriger la cause : reprise des antiépileptiques habituels (voie IV si NPO), prophylaxie du sevrage d’alcool, correction du Na.
  • IRM et EEG si non faits ; suivi en neurologie.
  • Enseignement : observance, déclencheurs (sommeil, alcool), interdiction de conduire documentée au dossier (fiche Convulsions), midazolam intranasal ou buccal de secours si crises prolongées récidivantes.

Pièges et perles

  • Sous-doser la benzodiazépine (1–2 mg de lorazépam) ou répéter de petites doses : retarde le contrôle et favorise la pharmacorésistance.
  • Attendre que « ça passe » : chaque minute réduit l’efficacité des benzodiazépines ; préparer le 2e agent dès la 2e dose.
  • Crise arrêtée mais patient qui ne se réveille pas : ce n’est pas forcément postcritique ; EEG.
  • Oublier la glycémie et la thiamine chez le patient alcoolique ou dénutri.
  • Donner de la phénytoïne dans un sevrage d’alcool ou une crise toxique : inefficace.
  • Curariser pour intuber masque les convulsions sans arrêter l’activité électrique : EEG continu.
  • Penser aux antiépileptiques omis chez le patient hospitalisé NPO.

Voir aussi

Références

🩺 Situations CHSLD qui renvoient ici

🔗 Voir aussi