Dr .omni

Soins hospitaliers › PneumologiePremière ligne › PneumologieCHSLD et soins palliatifs › Pneumologie

Apnée du sommeil (SAHS)

PneumologieFiche révisée · 18 oct. 2026

💊 Doses / traitement✉️ Signaler une erreur

En bref : Le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil est très fréquent et souvent non diagnostiqué chez les patients hospitalisés (obésité, IC, FA, AVC, HTA résistante, opioïdes). À l’hôpital : dépister (STOP-Bang), poursuivre la PPC du patient, limiter les sédatifs et opioïdes, surveiller la saturation et penser au syndrome obésité-hypoventilation. Le diagnostic et l’ajustement se font en externe (polygraphie à domicile ou polysomnographie).

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d’alarme

  • Désaturations sous opioïdes ou sédatifs, surtout en postopératoire (pire aux nuits 2–3).
  • Syndrome obésité-hypoventilation : IMC ≥ 30, HCO₃ veineux ≥ 27 mmol/L, SpO₂ éveillé < 90 % ; décompensation sous O₂ à haut débit et sédatifs.
  • Apnée centrale (Cheyne-Stokes) : IC, post-AVC, opioïdes.

✅ À faire maintenant

  • STOP-Bang (≥ 5 : risque élevé) si pas de diagnostic.
  • Demander la PPC du patient ; l’utiliser à chaque période de sommeil, siestes comprises.
  • Alerte « SAHS » au dossier ; position semi-assise ou latérale.
  • Saturométrie continue si opioïdes ou sédatifs ; gaz si hypercapnie soupçonnée.

💊 Premières ordonnances

  • PPC (CPAP ou APAP) toute la nuit.
  • Analgésie multimodale : acétaminophène 650–1000 mg PO q6h (max 4 g/j), AINS si permis (p. ex. ibuprofène 400 mg PO q6–8 h, max 1200 mg/j) ; opioïdes à faible dose (Analgésie et douleur aiguë), pas de perfusion continue.
  • Éviter ou réduire BZD, hypnotiques Z, antihistaminiques sédatifs, gabapentinoïdes.
  • O₂ : viser SpO₂ 88–92 % si risque d’hypercapnie ; l’O₂ seul ne traite pas le SAHS.

📞 Appeler ou orienter si

  • Inhalothérapie : Hypercapnie aiguë ou fatigue respiratoire
  • Soins intensifs : Décompensation hypercapnique malgré la VNI

Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›

  • PPC (CPAP ou APAP) toute la nuit.
  • Analgésie multimodale : acétaminophène 650–1000 mg PO q6h (max 4 g/j), AINS si permis (p. ex. ibuprofène 400 mg PO q6–8 h, max 1200 mg/j) ; opioïdes à faible dose (Analgésie et douleur aiguë).
  • Éviter ou réduire BZD, hypnotiques Z, antihistaminiques sédatifs, gabapentinoïdes.
  • O₂ : viser SpO₂ 88–92 % si risque d’hypercapnie ; l’O₂ seul ne traite pas le SAHS.

📞 Appeler ou orienter si

  • Envoyer à l’urgence : Hypercapnie ou décompensation respiratoire

Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›

📨 Référer : CRDS Consulter en pneumologie si : (priorités A à E) · 🚩 Alertes cliniques : urgence

🔗 Ressources et raisonnement

📞 Consulter CRDS — Pneumologie adulte · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

🔗 Ressources et raisonnement

📞 Consulter Consulter en pneumologie si : · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Définition et sévérité

  • Obstructions répétées des voies aériennes supérieures pendant le sommeil : désaturations, micro-éveils, somnolence diurne.
  • Index d’apnées-hypopnées (IAH) par heure de sommeil :
IAH Sévérité
5–14 Légère
15–29 Modérée
≥ 30 Sévère
  • Diagnostic : IAH ≥ 15, ou IAH ≥ 5 avec symptômes (somnolence, ronflement, apnées observées, insomnie) ou comorbidité (HTA, FA, IC, AVC, troubles cognitifs ou de l’humeur).

Dépistage : STOP-Bang

Lettre Critère (1 point chacun)
S Ronflement fort (Snoring)
T Fatigue ou somnolence diurne (Tired)
O Apnées observées
P Pression artérielle élevée ou traitée
B IMC > 35 kg/m²
A Âge > 50 ans
N Tour de cou > 40 cm (Neck)
G Sexe masculin (Gender)
  • 0–2 : risque faible ; 3–4 : intermédiaire ; 5–8 : risque élevé (ou ≥ 2 des 4 premiers items + homme, IMC > 35 ou cou > 40).
  • Chercher activement le SAHS si : antécédents cardiovasculaires ou vasculaires cérébraux, IC, FA, HTA résistante, opioïdes au long cours (risque d’apnée centrale aussi).

Diagnostic (en externe)

  • Polygraphie à domicile (type III) si probabilité élevée et pas de comorbidité importante. Un IAH ≥ 15 confirme un SAHS modéré à sévère.
  • Si polygraphie non diagnostique (technique inadéquate ou IAH < 5) malgré une forte probabilité : répéter ou faire une polysomnographie en laboratoire.
  • Polysomnographie d’emblée si : MPOC ou maladie respiratoire importante, maladie neuromusculaire, IC sévère, opioïdes, suspicion d'hypoventilation, d’apnée centrale ou d’un autre trouble du sommeil.
  • Polygraphie négative, non concluante ou techniquement inadéquate malgré une forte probabilité : polysomnographie en laboratoire plutôt qu’une 2e polygraphie (AASM 2017).
  • Polysomnographie d’emblée si : maladie cardiorespiratoire importante, faiblesse des muscles respiratoires (maladie neuromusculaire), hypoventilation éveillée ou soupçonnée pendant le sommeil, opioïdes au long cours, antécédent d’AVC ou insomnie sévère (AASM 2017).

Le patient hospitalisé

À l’admission

  • Demander si le patient a une PPC (CPAP) et qu’il l’apporte ; l'utiliser à chaque période de sommeil, y compris les siestes.
  • Inscrire « SAHS » dans les alertes : ajustement de l’analgésie et de la sédation, positionnement.
  • Si dépistage positif sans diagnostic : poursuivre l’investigation en externe ; ne pas retarder une chirurgie urgente.

Médicaments et surveillance

  • Opioïdes : privilégier l’analgésie multimodale (acétaminophène, AINS si permis, blocs régionaux), doses faibles, éviter les perfusions continues.
  • Éviter ou réduire benzodiazépines, hypnotiques Z, antihistaminiques sédatifs, gabapentinoïdes, surtout en association.
  • Saturométrie continue si opioïdes ou sédatifs chez un SAHS connu ou soupçonné, particulièrement en postopératoire (pire aux nuits 2–3).
  • Position semi-assise ou latérale plutôt que dorsale.
  • L'oxygène corrige l’hypoxémie mais ne traite pas les obstructions et peut masquer l’hypoventilation : viser SpO₂ 88–92 % si risque d’hypercapnie.

⚠️ Syndrome obésité-hypoventilation : IMC ≥ 30 et PaCO₂ ≥ 45 mmHg à l’éveil, sans autre cause. Y penser devant un HCO₃ veineux ≥ 27 mmol/L, une SpO₂ éveillé < 90 %, de l’œdème ou de l’hypertension pulmonaire. Ces patients se décompensent sous oxygène à haut débit et sédatifs ; la VNI (BiPAP) est souvent nécessaire (voir la fiche Insuffisance respiratoire aiguë, oxygène et VNI).

Favoriser le sommeil à l’hôpital (SEESTA)

Lettre Mesure
S Dépister les troubles du sommeil, surtout le SAHS (STOP-Bang)
E Enseigner l’hygiène du sommeil ; le patient peut défendre son sommeil
E Éliminer les réveils inutiles : signes vitaux et médicaments groupés, éviter les prélèvements à 4 h et les doses q8h ou q12h nocturnes
S Fermer les portes, déplacer les conversations au poste
T Traiter les symptômes : douleur, anxiété
A Alarmes : retirer celles qui sont non essentielles, ajuster les seuils, réduire le bruit

Prise en charge

Option Indication
PPC (CPAP ou APAP) 1re intention si SAHS avec somnolence ou atteinte de la qualité de vie, et si HTA ; à utiliser toute la nuit. La poursuivre même si l’usage est < 4 h/nuit
Interventions d’adhésion Éducation, soutien, suivi télésurveillé ; surtout si anxiété, insomnie, TSPT
Orthèse d’avancée mandibulaire SAHS léger à modéré (IAH < 30) ou intolérance à la PPC ; fabriquée par un dentiste
Perte de poids Pour tous les patients en surpoids ; chirurgie bariatrique au besoin
PPC (CPAP ou APAP) 1re intention si SAHS avec somnolence excessive ; à envisager si atteinte de la qualité de vie ou HTA associée (AASM 2019) ; à utiliser toute la nuit
Interventions d’adhésion Éducation, interventions comportementales, résolution des problèmes et télésurveillance dès le début de la PPC (AASM 2019)
Orthèse d’avancée mandibulaire Intolérance à la PPC ou préférence pour une autre option ; orthèse sur mesure et ajustable, faite par un dentiste qualifié (AASM 2015)
Perte de poids Pour tous les patients en surpoids ; IMC ≥ 35 et intolérance à la PPC : discuter d’une consultation en chirurgie bariatrique (AASM 2021)
Thérapie positionnelle SAHS positionnel (surtout en décubitus dorsal)
Chirurgie nasale Obstruction nasale anatomique qui empêche la PPC
Stimulation du nerf hypoglosse IAH 15–65, IMC < 32, échec de la PPC ; centre spécialisé
Stimulation du nerf hypoglosse SAHS modéré à sévère (IAH 15–100 selon l’homologation de la FDA, 2023), IMC < 40, intolérance à la PPC ; centre spécialisé (AASM 2021)
Avancement maxillo-mandibulaire SAHS sévère réfractaire
  • Oxygène seul : non recommandé comme traitement du SAHS.
  • La BiPAP est réservée aux pressions élevées, à l’hypoventilation et aux intolérances ; elle n’est pas un traitement de routine.

⚠️ Recommandation actuelle (FDA, 2024) : le tirzépatide (10–15 mg SC par semaine) est approuvé aux États-Unis pour le SAHS modéré à sévère chez l’adulte obèse, en complément de la diète et de l’activité physique. Vérifier le statut au Canada et la couverture avant de le prescrire pour cette indication.

⚠️ Recommandation actuelle (FDA, 2024) : le tirzépatide (10–15 mg SC par semaine) est approuvé aux États-Unis pour le SAHS modéré à sévère chez l’adulte obèse, en complément de la diète et de l’activité physique. Vérifier le statut au Canada et la couverture avant de le prescrire pour cette indication.

📋 Algorithme de l’Estrie — Apnée du sommeil (2017)

  • Adulte : amygdales 3-4/4, consultation ORL ; rétrognathie, chirurgie maxillo-faciale.
  • Enfant : amygdales volumineuses ou saturométrie nocturne anormale, clinique d’apnée pédiatrique ou ORL ; essai de 3 mois de corticostéroïde intranasal ± montélukast (aviser du risque de cauchemars).

Résumé dans nos mots. Source : CIUSSS de l’Estrie-CHUS, « Apnée du sommeil », 2017. Algorithme ancien : en cas d’écart, les recommandations plus récentes de cette fiche priment. Les corridors de référence sont ceux de l’Estrie : utiliser ceux de son milieu.

Consulter

Envoyer à l’urgence si :

  • UrgenceHypercapnie ou décompensation respiratoire (somnolence, SpO₂ éveillé < 90 %, obésité-hypoventilation soupçonnée) — VNI (BiPAP), soins intensifs au besoin

Consulter en pneumologie si :

  • Semi-urgentSAHS avec somnolence sévère, métier à risque (somnolence diurne sévère, Epworth ≥ 15 ou IDO ≥ 30/h ; conducteur professionnel, etc.) — ≤ 28 jours ; justifier le métier à risque.
  • Semi-urgentHypercapnie inexpliquée ou obésité-hypoventilation soupçonnée (HCO₃ veineux ≥ 27, SpO₂ éveillé < 90 %) — pendant le séjour si VNI nocturne envisagée ; sinon consultation externe en pneumologie.
  • ÉlectifSAHS avec somnolence sévère, sans métier à risque (mêmes critères) — ≤ 3 mois.
  • ÉlectifSAHS soupçonné ou PPC à réévaluer (STOP-Bang ≥ 5, désaturations nocturnes) — ≤ 12 mois (clinique du sommeil).
  • ÉlectifApnée centrale soupçonnée (Cheyne-Stokes : IC, post-AVC, opioïdes) — consultation externe en pneumologie (clinique du sommeil).

À préparer : STOP-Bang, Epworth, IMC, HCO₃ veineux ou gaz, oxymétrie nocturne si faite, métier et conduite, opioïdes et sédatifs, comorbidités (IC, FA, AVC, HTA résistante).

Consulter en inhalothérapie si :

  • UrgentHypercapnie aiguë ou fatigue respiratoire (VNI et gaz) — immédiatement, en parallèle de l’appel au médecin.
  • Semi-urgentPPC à poursuivre ou VNI à ajuster (SAHS connu, obésité-hypoventilation soupçonnée) — pendant le séjour, avant le congé.

Consulter aux soins intensifs si :

  • UrgentDécompensation hypercapnique malgré la VNI (ou baisse de l’état de conscience) — immédiatement.

Clinique du sommeil : polygraphie à domicile ou polysomnographie selon le profil.

  • RapideSomnolence sévère avec métier à risque (Epworth ≥ 15 ou IDO ≥ 30/h ; SAHS soupçonné ou traité) — priorité C (≤ 28 j)
  • ÉlectifSomnolence sévère sans métier à risque (Epworth ≥ 15 ou IDO ≥ 30/h) — priorité D (≤ 3 mois)
  • ÉlectifSAHS soupçonné ou réévaluation du traitement (STOP-Bang positif, désaturations nocturnes, intolérance à la PPC) — priorité E (≤ 12 mois)
  • ÉlectifApnée centrale ou hypoventilation soupçonnée (Cheyne-Stokes, IC, post-AVC, opioïdes ; hypercapnie inexpliquée) — consultation externe en pneumologie

Consulter en ORL si :

  • ÉlectifHypertrophie amygdalienne avec apnée soupçonnée (adulte : amygdales 3–4/4 ; enfant : amygdales volumineuses, symptômes > 3 mois) — priorité D (≤ 3 mois)
  • ÉlectifObstruction nasale qui empêche la PPC — consultation externe en ORL

À préparer : STOP-Bang, Epworth, IMC, tour de cou, TA ; métier (conduite) ; FA, IC, AVC, HTA résistante ; opioïdes et sédatifs ; HCO₃ veineux ou gaz si hypoventilation soupçonnée ; polygraphie et adhésion à la PPC si connues. Somnolence importante non traitée : aviser de ne pas conduire ; signalement SAAQ possible.

Suivi et congé

  • Dossier : SAHS connu ou soupçonné, score STOP-Bang, utilisation de la PPC, incidents de désaturation.
  • Orientation en clinique du sommeil : voir Consulter.
  • Conduite automobile : un SAHS avec somnolence diurne importante non traitée contre-indique la conduite jusqu’à un traitement efficace. Au Québec, le médecin peut (sans y être obligé) signaler un conducteur inapte à la SAAQ.
  • Revoir les médicaments sédatifs au congé.
  • Revoir les médicaments sédatifs à chaque visite.

Pièges et perles

  • La FA, l’HTA résistante et l’IC « qui ne s’expliquent pas » cachent souvent un SAHS non traité.
  • L'apnée centrale (respiration de Cheyne-Stokes) se voit en IC, après un AVC et sous opioïdes : elle ne se traite pas comme un SAHS obstructif ; orienter en clinique du sommeil.
  • L’insomnie coexiste souvent avec le SAHS (voir la fiche Insomnie) : la TCC-I est la 1re intention ; éviter les hypnotiques sédatifs tant que le SAHS n’est pas traité.

Références

  • Apnée du sommeil — algorithme (CIUSSS de l’Estrie-CHUS, santeestrie.qc.ca, ORL)
  • Clinical Practice Guideline for the Treatment of OSA with Positive Airway Pressure (AASM, 2019)
  • FDA Approves First Medication for Obstructive Sleep Apnea (FDA, 2024)
  • The Management of Chronic Insomnia Disorder and Obstructive Sleep Apnea (VA/DoD, 2019)
  • MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spécialisée (CRDS) — Pneumologie.
  • Kapur VK, et coll. Clinical practice guideline for diagnostic testing for adult obstructive sleep apnea (AASM). J Clin Sleep Med 2017;13(3):479–504.
  • Ramar K, et coll. Clinical practice guideline for the treatment of obstructive sleep apnea and snoring with oral appliance therapy (AASM/AADSM). J Clin Sleep Med 2015;11(7):773–827.
  • Kent D, et coll. Referral of adults with obstructive sleep apnea for surgical consultation (AASM). J Clin Sleep Med 2021;17(12):2499–2505.
  • Chung F, Abdullah HR, Liao P. STOP-Bang questionnaire: a practical approach to screen for obstructive sleep apnea. Chest 2016;149(3):631–638.
  • Fleetham J, et coll. Canadian Thoracic Society 2011 guideline update: diagnosis and treatment of sleep disordered breathing. Can Respir J 2011;18(1):25–47.
  • FDA. Inspire Upper Airway Stimulation – P130008/S090 (indication élargie), 8 juin 2023.
  • MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spécialisée (CRDS) — Pneumologie.
  • MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spécialisée (CRDS) — ORL.

🩺 Situations CHSLD qui renvoient ici

🔗 Voir aussi