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Fatigue et asthénie : approche

Symptômes générauxFiche révisée · 17 oct. 2026

💊 Doses / traitement✉️ Signaler une erreur

En bref : On commence par préciser la plainte : fatigue (manque d’énergie), faiblesse objective (déficit moteur), somnolence (sommeil) ou dyspnée d’effort. Les causes les plus fréquentes sont psychologiques (dépression, anxiété), le sommeil (SAHS, insomnie) et les médicaments. On cherche les drapeaux rouges (perte de poids, fièvre, sueurs, adénopathies, saignement, faiblesse ou déficit focal). Le bilan initial est limité et ciblé (FSC, électrolytes, créatinine, glycémie, TSH, ferritine, etc.) ; les bilans répétés sans nouvel indice ne rapportent presque rien. Pour l'EM/SFC, on enseigne la gestion de l’énergie et pas de thérapie d’exercice gradué (NICE 2021).

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d’alarme

  • Perte de poids involontaire (> 5 % en 6–12 mois), fièvre, sueurs nocturnes, adénopathies, hépatosplénomégalie.
  • Saignement (digestif, gynécologique, hématurie), anémie importante.
  • Faiblesse objective (proximale, progressive, bulbaire) ou déficit focal : ce n’est pas de la fatigue (myopathie, myasthénie, SLA, AVC, compression médullaire).
  • Dyspnée, orthopnée, syncope, douleur thoracique d’effort : cause cardiaque ou pulmonaire.
  • Idées suicidaires, désespoir, intoxication.
  • Patient âgé : céphalée nouvelle, claudication de la mâchoire, douleur des ceintures (artérite à cellules géantes, PPR).
  • Hypotension, hyperpigmentation, hyponatrémie et hyperkaliémie : insuffisance surrénalienne.

✅ À faire maintenant

  • Préciser : début, durée, horaire, impact fonctionnel, malaise après l’effort, qualité du sommeil, ronflement et apnées, humeur (PHQ-2 ou PHQ-9, GAD-7), alcool et drogues.
  • Revoir tous les médicaments (y compris produits naturels et sevrage).
  • Examen complet : poids, TA couchée-debout, pâleur, thyroïde, adénopathies, foie et rate, examen neurologique (force).
  • Grossesse possible : test de grossesse.
  • Bilan initial ciblé (voir plus bas) ; revoir au bout de 4–6 semaines plutôt que d’élargir le bilan d’emblée.

💊 Premières ordonnances

  • Pas de traitement « empirique » de la fatigue (pas de fer, B12, thyroxine ni psychostimulant sans indication documentée).
  • Carence martiale confirmée : sulfate ferreux 300 mg PO die ou 1 jour sur 2.
  • Carence en B12 : cyanocobalamine 1000–2000 µg PO die (IM si atteinte neurologique ou malabsorption sévère).
  • Médicament en cause : réduire, cesser ou changer d’heure de prise (sédatifs au coucher).

📞 Appeler ou orienter si

  • Médecine interne : Anémie sévère
  • Psychiatrie adulte : Idées suicidaires avec danger pour soi

Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›

🔗 Ressources et raisonnement

🧭 Raisonnement clinique Faiblesse

Évaluation

Préciser la plainte

Plainte Ce que le patient décrit Orientation
Fatigue / asthénie Manque d’énergie, épuisement, récupération lente Approche de cette fiche
Faiblesse Incapable de monter l’escalier, se lever, lever les bras ; force diminuée à l’examen Neuromusculaire, électrolytes (K, Ca, phosphore), CK
Somnolence S’endort en lisant, au volant ; Epworth élevé SAHS, narcolepsie, médicaments, hypercapnie
Dyspnée Essoufflement à l’effort Cardiaque, pulmonaire, anémie, déconditionnement

Durée

  • Récente (< 1 mois) : souvent infection ou cause aiguë, résolution spontanée fréquente.
  • Prolongée (1–6 mois).
  • Chronique (> 6 mois) : penser dépression, sommeil, maladie chronique, EM/SFC.

Causes

Catégorie Exemples
Psychiatrique Dépression, anxiété, TSPT, épuisement professionnel, deuil, troubles liés aux substances
Sommeil SAHS, insomnie, travail de nuit, jambes sans repos, privation de sommeil
Médicaments Benzodiazépines, opioïdes, antihistaminiques, antidépresseurs sédatifs, antipsychotiques, bêtabloquants, anticonvulsivants, myorelaxants ; sevrage (caféine, stimulants)
Hématologique Anémie, carence en fer (même sans anémie), en B12 ou en folates
Endocrinienne et métabolique Hypothyroïdie, diabète, hypercalcémie, hyponatrémie, Addison, hypogonadisme, carence en vitamine D (rôle modeste)
Organique IRC, hépatopathie, insuffisance cardiaque, MPOC
Infectieuse Mononucléose, VIH, hépatites B et C, tuberculose, endocardite, Lyme selon l’exposition
Post-viral Après COVID-19 (affection post-COVID), mononucléose, influenza
Néoplasique Cancer solide, lymphome, myélome
Inflammatoire Polyarthrite rhumatoïde, lupus, PPR, artérite à cellules géantes, MII, maladie cœliaque
Autres Grossesse, déconditionnement, fibromyalgie, EM/SFC

Bilan initial limité et ciblé

  • Pour tous (si non récent) : FSC, électrolytes, créatinine, glycémie ou HbA1c, TSH, ferritine, bilan hépatique (ALT, phosphatase alcaline, bilirubine), calcium (albumine), CRP (ou VS).
  • Selon le contexte : test de grossesse, VIH, hépatites B et C (facteurs de risque, origine d’un pays endémique), B12 (âge, metformine, IPP, végétarisme, signes neurologiques), cortisol à 8 h (soupçon d’Addison), CK (faiblesse, statine), sérologie cœliaque, analyse d’urine, radiographie pulmonaire (tabac, toux), dépistage du cancer selon l’âge s’il n’est pas à jour.
  • Éviter les bilans en cascade : sans indice clinique, les examens changent la conduite chez une petite minorité (environ 5 %) et produisent des faux positifs. Pas de panel « fatigue » systématique (vitamine D, auto-anticorps, sérologies virales multiples).
  • Revoir après le bilan : la plupart des fatigues sans drapeau rouge s’améliorent ; une cause s’impose souvent avec le temps.

EM/SFC (encéphalomyélite myalgique / syndrome de fatigue chronique)

  • Diagnostic clinique, aucun test diagnostique ; exclure d’abord les autres causes.
  • IOM/NAM 2015 : depuis ≥ 6 mois, présents au moins la moitié du temps, d’intensité modérée à grave :
    • baisse importante des activités avec fatigue nouvelle non soulagée par le repos ;
    • malaise post-effort (aggravation retardée après un effort physique ou mental) ;
    • sommeil non réparateur ;
    • plus difficultés cognitives ou intolérance orthostatique.
  • NICE 2021 (NG206) : soupçonner devant ces 4 symptômes (fatigue invalidante aggravée par l’activité, malaise post-effort, sommeil non réparateur, difficultés cognitives) persistant ≥ 6 semaines ; diagnostiquer après 3 mois. Dès la suspicion : conseiller de ne pas pousser au-delà de ses limites.

Prise en charge

  • Traiter la cause trouvée (dépression, SAHS, anémie, hypothyroïdie, médicament).
  • Sommeil : hygiène du sommeil, horaire régulier, limiter caféine et alcool, écrans ; TCC-I pour l’insomnie chronique (voir fiche Insomnie).
  • Activité physique adaptée : utile dans la fatigue liée à la dépression, au cancer, aux maladies inflammatoires, à la fibromyalgie, au déconditionnement.
  • EM/SFC et fatigue post-COVID avec malaise post-effort : gestion de l’énergie (« pacing » : rester dans ses limites, alterner activité et repos) ; pas de thérapie d’exercice gradué (NICE 2021), car l’effort peut aggraver les symptômes. TCC seulement comme soutien, non comme traitement curatif.
  • Psychothérapie (TCC) ou antidépresseur si dépression ou anxiété confirmée.
  • Revoir la médication : déprescrire les sédatifs, réduire les doses, changer l’horaire.
  • Travail : arrêt ou retour progressif selon la fonction ; adaptation des tâches.
  • Fer : corriger une ferritine basse (< 30 µg/L) même sans anémie si fatigue, et chercher la cause (pertes menstruelles, digestives).
  • Vitamine D : supplémenter selon les recommandations générales (p. ex. 1000–2000 UI PO die) ; elle ne traite pas la fatigue par elle-même.

Algorithme

Oui

Non

Oui

Non

Anormal

Normal

Oui

Non

Plainte de fatigue

Faiblesse objective, somnolence
ou dyspnée au premier plan ?

Approche spécifique :
neuromusculaire, sommeil,
cardiopulmonaire

Drapeaux rouges ?
perte de poids, fièvre, sueurs,
adénopathies, saignement

Bilan dirigé rapide
voir Perte de poids involontaire
médecine interne au besoin

Humeur, sommeil, médicaments,
substances, grossesse

Bilan initial ciblé :
FSC, électrolytes, créatinine, glycémie,
TSH, ferritine, foie, calcium, CRP

Traiter la cause

Revoir dans 4-6 semaines
sans élargir d’emblée

> 6 mois, malaise post-effort,
sommeil non réparateur ?

EM/SFC probable :
gestion de l’énergie,
pas d’exercice gradué

Réévaluer dépression, SAHS ;
suivi longitudinal

Consulter

Consulter en médecine interne si :

  • UrgentAnémie sévère (Hb < 70 g/L) — urgence ou spécialiste de garde.
  • Semi-urgentHypercalcémie de 3,0 à 3,5 mmol/L (peu ou pas symptomatique ; > 3,5 : urgence) — ≤ 10 jours.
  • Semi-urgentAnémie non ferriprive avec autre cytopénie (Hb < 85 g/L) — ≤ 10 jours.
  • ÉlectifFatigue inexpliquée après bilan ciblé (perte de poids > 10 %, sueurs nocturnes, fièvre prolongée) — selon le tableau clinique.

À préparer : chronologie, poids et tendance, médicaments, résultats du bilan initial, examen (adénopathies, foie, rate), imagerie faite.

Consulter en psychiatrie si :

  • UrgentIdées suicidaires avec danger pour soi — urgence ou psychiatre de garde.
  • ÉlectifDépression récidivante ou résistante (traitement à dose optimale) — selon l’atteinte fonctionnelle.

Consulter en pneumologie si :

  • Semi-urgentSAHS soupçonné chez un travailleur à risque (somnolence sévère, Epworth ≥ 15, conducteur) — ≤ 28 jours.
  • ÉlectifSAHS soupçonné avec somnolence sévère (Epworth ≥ 15, sans métier à risque) — ≤ 3 mois.
  • ÉlectifSAHS soupçonné, sans somnolence sévère (ou traitement à réévaluer) — ≤ 12 mois.

Suivi et congé

  • Revoir après 4–6 semaines avec les résultats ; noter l’évolution de la fonction (travail, activités).
  • Fatigue persistante sans cause : suivi régulier par le même médecin, réévaluer les drapeaux rouges à chaque visite plutôt que de multiplier les examens.
  • Patient hospitalisé : fatigue au congé fréquente (déconditionnement, anémie, sommeil perturbé) ; planifier un retour progressif aux activités et revoir l’Hb, la créatinine ou le bilan anormal au suivi.
  • Expliquer : la fatigue est réelle ; une cause grave est peu probable avec un bilan normal et sans drapeau rouge.
  • Conduite automobile : discuter si somnolence diurne importante.

Pièges et perles

  • Demander « fatigué ou endormi ? » : la somnolence oriente vers le sommeil (SAHS) ; la faiblesse, vers le neurologique.
  • La dépression se présente souvent par la fatigue : PHQ-9 systématique ; la fatigue peut aussi être un effet indésirable de l’antidépresseur.
  • Une ferritine « normale » peut cacher une carence martiale en présence d’inflammation (ferritine < 100 µg/L avec CRP élevée).
  • Hypothyroïdie infraclinique légère (TSH < 10 mUI/L) : la lévothyroxine améliore rarement la fatigue.
  • Ne pas étiqueter « EM/SFC » ou « psychologique » avant d’avoir exclu les causes traitables, mais ne pas répéter indéfiniment les bilans négatifs.
  • Exercice gradué imposé à un patient avec malaise post-effort : risque d’aggravation.
  • Patient âgé fatigué avec raideur des ceintures et CRP élevée : PPR.

Voir aussi

Références