En bref : L’oxygène est un médicament : il se prescrit avec une indication, un débit et une cible de saturation. Il sert à corriger une hypoxémie ; il ne soulage pas la dyspnée d’un résident dont la saturation est normale. Chez le résident à risque d’hypercapnie (MPOC), on vise plus bas. La CPAP arrivée avec le résident se poursuit si elle est tolérée et utile ; son bénéfice se réévalue avec l’évolution du TNC et des objectifs.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Besoin en oxygène qui augmente : pneumonie, IC, EP, aspiration, exacerbation de MPOC (voir la situation Désaturation et dyspnée).
- Somnolence ou confusion nouvelle sous oxygène chez un résident MPOC : hypercapnie (débit trop élevé ou exacerbation).
- Cigarette, briquet ou flamme près de l’oxygène : risque de brûlure et d’incendie.
- Plaie de pression sur le nez ou les oreilles (lunettes nasales, masque de CPAP).
✅ À faire maintenant
- Vérifier l’ordonnance : indication, débit, interface, cible de SpO₂ écrite.
- Cibles habituelles (BTS, 2017) : SpO₂ 94 à 98 % en général ; 88 à 92 % si risque d’hypercapnie (MPOC, obésité morbide, maladie neuromusculaire).
- Mesurer la SpO₂ au repos à l’air ambiant si l’indication de l’oxygène au long cours est incertaine.
- CPAP : vérifier qui l’installe, la tolérance, les fuites, l’état de la peau et le nettoyage.
Selon le niveau de soins
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A – B | Oxygène titré à la cible ; transfert si les besoins dépassent ce que le CHSLD peut offrir ou si une ventilation non invasive est indiquée. |
| C | Oxygène sur place jusqu’au débit disponible dans l’établissement, avec traitement de la cause ; pas de transfert pour l’oxygène seul si le confort est assuré. |
| D | Oxygène seulement s’il soulage ; ne pas viser un chiffre. Opioïde, positionnement et ventilateur pour la dyspnée (voir la situation Dyspnée, râles, délirium terminal). Cesser la CPAP si elle gêne. |
Sur place
Oxygène
- Titrer vers la cible, puis réduire dès que possible ; retirer l’oxygène qui n’a plus d’indication.
- Oxygène au long cours en MPOC : bénéfice démontré en cas d’hypoxémie sévère au repos ; pas de bénéfice en cas de désaturation modérée (essai LOTT, 2016).
- Dyspnée sans hypoxémie : l’oxygène n’apporte pas plus que l’air ; l’air frais (ventilateur) et l’opioïde aident davantage.
- Lunettes nasales en général ; humidification selon le débit et le protocole de l’établissement ; soins du nez et des oreilles.
- Sécurité : interdiction de fumer et de flamme nue près de l’oxygène ; bonbonnes fixées.
CPAP
- Poursuivre si le résident la tolère et qu’elle améliore la vigilance, le sommeil ou les céphalées matinales.
- Refus répété, retrait la nuit, agitation ou plaie du visage : rediscuter avec le résident ou son représentant ; l’arrêt est souvent raisonnable en TNC avancé.
- Nettoyage du masque et du réservoir selon le fabricant ; inscrire au plan de soins qui installe et retire l’appareil.
- Sous CPAP, éviter d’ajouter des sédatifs ; sans CPAP, ils aggravent l’apnée.
Pièges et perles
- Une SpO₂ « normale » à 99 % chez un MPOC sous 4 L/min n’est pas un bon signe : réduire le débit.
- L’oxygène sans cible écrite reste souvent en place des mois sans raison.
- Saturomètre peu fiable si les doigts sont froids, le vernis foncé ou la perfusion mauvaise.
- La CPAP apportée de la maison appartient souvent au résident : la ranger et l’identifier.
Références
- O’Driscoll BR, et al. BTS guideline for oxygen use in adults in healthcare and emergency settings. Thorax 2017;72(Suppl 1):ii1-ii90.
- Long-Term Oxygen Treatment Trial Research Group. A randomized trial of long-term oxygen for COPD with moderate desaturation. N Engl J Med 2016;375(17):1617-27.
- Abernethy AP, et al. Effect of palliative oxygen versus room air in relief of breathlessness in patients with refractory dyspnoea. Lancet 2010;376(9743):784-93.
- Fleetham J, et al. Canadian Thoracic Society 2011 guideline update: diagnosis and treatment of sleep disordered breathing. Can Respir J 2011;18(1):25-47.