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Syndrome malin des neuroleptiques

PharmacologieFiche révisée · 21 oct. 2026

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En bref : Urgence rare mais mortelle, qui survient aprĂšs l'exposition Ă  un antagoniste dopaminergique (antipsychotique, mĂ©toclopramide, prochlorpĂ©razine) ou le retrait brusque d’un agoniste dopaminergique ou de la lĂ©vodopa. TĂ©trade : rigiditĂ© « en tuyau de plomb », hyperthermie, dysautonomie et altĂ©ration de l’état de conscience, avec une CK Ă©levĂ©e, installĂ©e en jours. On cesse l’agent en cause (ou on rĂ©introduit la dopa), on refroidit, on hydrate et on donne des benzodiazĂ©pines ; bromocriptine et dantrolĂšne n’ont que des preuves faibles ; l’ECT se discute dans les formes rĂ©fractaires. RĂ©introduire un antipsychotique pas avant 2 semaines aprĂšs la rĂ©solution, prudemment.

đŸ©ș Au chevet

đŸš© Signaux d’alarme

  • T > 40 °C, rigiditĂ© marquĂ©e, instabilitĂ© tensionnelle, dĂ©tresse respiratoire, dysphagie avec risque d’aspiration.
  • Rhabdomyolyse (CK trĂšs Ă©levĂ©e, urines foncĂ©es), IRA, hyperkaliĂ©mie, CIVD.
  • Patient parkinsonien NPO ou dont la lĂ©vodopa a Ă©tĂ© cessĂ©e : syndrome d’hyperthermie-parkinsonisme.

✅ À faire maintenant

  • Revue de la mĂ©dication : antipsychotique ajoutĂ©, augmentĂ© ou donnĂ© IM ; mĂ©toclopramide, prochlorpĂ©razine, dropĂ©ridol ; lĂ©vodopa ou agoniste cessĂ© ; lithium associĂ©.
  • Signes vitaux rapprochĂ©s, tempĂ©rature centrale, rigiditĂ©, Ă©tat de conscience, clonus et rĂ©flexes (syndrome sĂ©rotoninergique ?).
  • CK, crĂ©atinine, ions, Ca, Mg, phosphore, bilan hĂ©patique, FSC, coagulation, gaz et lactate, analyse d’urine (myoglobine), TSH, ECG.
  • Infection du SNC Ă  exclure : hĂ©mocultures, PL (aprĂšs imagerie au besoin) si fiĂšvre sans cause claire.

💊 Premiùres ordonnances

  • Cesser l’antipsychotique et tout antagoniste dopaminergique (antiĂ©mĂ©tiques compris).
  • Parkinson : reprendre la lĂ©vodopa Ă  la dose antĂ©rieure (TNG si NPO).
  • NaCl 0,9 % ou lactate Ringer IV, volume selon la volĂ©mie et la CK ; viser une bonne diurĂšse.
  • LorazĂ©pam 1–2 mg IV/IM q4–6 h (agitation, rigiditĂ©, catatonie), selon la sĂ©dation et la respiration.
  • Refroidissement externe (couvertures refroidissantes, liquides frais) ; acĂ©taminophĂšne peu utile.
  • Prophylaxie de la TEV (immobilitĂ©) ; prĂ©vention de l’aspiration.

📞 Appeler ou orienter si

  • Soins intensifs : SMN sĂ©vĂšre ; atteinte respiratoire ou rhabdomyolyse avec IRA
  • Psychiatrie adulte : SMN chez un patient psychotique ou maniaque
  • Neurologie : Retrait de lĂ©vodopa chez un parkinsonien

DĂ©lais, autres situations et quoi prĂ©parer : section Consulter â€ș

Diagnostic

Le diagnostic reste clinique. Les critĂšres de consensus international (Gurrera, 2011) servent de repĂšres :

CritÚre Détail
Exposition Antagoniste dopaminergique, ou retrait d’un agoniste dopaminergique, dans les 72 h prĂ©cĂ©dentes
Hyperthermie > 38,0 °C, à au moins 2 reprises (température orale)
Rigidité Rigidité musculaire généralisée
État mental AltĂ©ration de l’état de conscience (de la confusion au coma)
CK ≄ 4 × la limite supĂ©rieure de la normale
Dysautonomie TA élevée ou labile, diaphorÚse, incontinence urinaire
HypermĂ©tabolisme Tachycardie (≄ 25 % au-dessus de la valeur de base) et tachypnĂ©e (≄ 50 % au-dessus)
Bilan nĂ©gatif Absence d’autre cause infectieuse, toxique, mĂ©tabolique ou neurologique
  • Installation sur 1 Ă  3 jours, souvent dans les premiĂšres semaines d’un traitement ou aprĂšs une hausse de dose ; peut survenir Ă  tout moment.
  • Facteurs de risque : dĂ©shydratation, agitation, contention, voie IM ou IV, doses Ă©levĂ©es ou titration rapide, antipsychotiques de 1re gĂ©nĂ©ration Ă  haute puissance (halopĂ©ridol), association au lithium, Ă©pisode antĂ©rieur, maladie cĂ©rĂ©brale organique.
  • Les antipsychotiques de 2e gĂ©nĂ©ration (y compris la clozapine) peuvent causer un SMN parfois atypique (rigiditĂ© ou fiĂšvre moins marquĂ©es).
  • Laboratoire : CK Ă©levĂ©e, leucocytose, fer sĂ©rique bas, acidose mĂ©tabolique, IRA par rhabdomyolyse.

Diagnostic différentiel

Diagnostic ÉlĂ©ments distinctifs
Syndrome sérotoninergique Début en heures ; clonus, hyperréflexie, mydriase, diarrhée ; rigidité surtout aux membres inférieurs
Hyperthermie maligne Minutes à heures aprÚs un halogéné ou la succinylcholine ; hypercapnie ; dantrolÚne
Catatonie maligne Psychose ou trouble de l’humeur ; mutisme, posture, nĂ©gativisme, souvent avant l’antipsychotique ; rĂ©pond au lorazĂ©pam et Ă  l’ECT
Infection du SNC (méningite, encéphalite) Raideur méningée, céphalée ; PL
Sevrage (alcool, benzodiazĂ©pines, baclofĂšne intrathĂ©cal) Contexte d’arrĂȘt ; tremblement, convulsions
Toxidrome anticholinergique, sympathomimétiques Peau sÚche, rétention (anticholinergique) ; drogues
Coup de chaleur, tempĂȘte thyroĂŻdienne, sepsis Contexte, TSH, foyer infectieux

Prise en charge

Mesure Détails
ArrĂȘt Cesser tous les antagonistes dopaminergiques ; dans le Parkinson, rĂ©introduire la dopa
Soutien Liquides IV, refroidissement, correction des Ă©lectrolytes, prĂ©vention de l’aspiration et de la TEV ; Ă©viter les contentions
BenzodiazĂ©pines LorazĂ©pam 1–2 mg IV/IM q4–6 h, 1re ligne pharmacologique
Bromocriptine (agoniste dopaminergique) 2,5 mg PO ou par TNG q8h, augmentĂ©e graduellement selon la rĂ©ponse ; peut aggraver une psychose ; Ă  Ă©viter si un syndrome sĂ©rotoninergique n’est pas exclu
DantrolĂšne (relaxant musculaire) RigiditĂ© et hyperthermie sĂ©vĂšres : 1–2,5 mg/kg IV, Ă  rĂ©pĂ©ter (max ≈ 10 mg/kg/j) ; hĂ©patotoxicitĂ© ; aux soins intensifs
ECT Formes réfractaires, catatonie maligne associée ; décision avec la psychiatrie

⚠ Recommandation actuelle (Pileggi et Cook, 2016 ; consensus d’experts) : l'arrĂȘt de l’agent et les soins de soutien sont la base. Les donnĂ©es sur la bromocriptine et le dantrolĂšne proviennent de sĂ©ries de cas ; doses et durĂ©es sont rapportĂ©es de façon inconstante. On les rĂ©serve aux formes modĂ©rĂ©es Ă  sĂ©vĂšres, sur avis des soins intensifs ou du Centre antipoison.

  • Rhabdomyolyse : hydratation, surveillance de la CK, de la crĂ©atinine et du potassium ; voir Fiche Rhabdomyolyse.
  • Hyperthermie sĂ©vĂšre : refroidissement actif ; voir Fiche Hypothermie et coup de chaleur.
  • DurĂ©e : gĂ©nĂ©ralement 1 Ă  2 semaines aprĂšs l’arrĂȘt d’un antipsychotique oral ; plus longue avec un antipsychotique Ă  action prolongĂ©e injectable.
  • Agitation pendant l’épisode : benzodiazĂ©pines, pas d’antipsychotique.

Algorithme

Non

Oui

Oui

Non

Oui

Non

Rigidité + fiÚvre + confusion
± dysautonomie, CK élevée

Antagoniste dopaminergique récent
ou retrait de lévodopa ?

Chercher une autre cause :
infection du SNC, sevrage,
coup de chaleur, toxidrome

Clonus, hyperréflexie,
début en heures ?

Penser au syndrome
sérotoninergique

SMN probable :
cesser l’agent ou reprendre la dopa,
liquides IV, refroidissement, lorazépam

T > 40 °C, rigidité sévÚre,
instabilité ou rhabdomyolyse ?

Soins intensifs :
bromocriptine ou dantrolĂšne,
ECT si réfractaire

Étage avec surveillance rapprochĂ©e
CK et créatinine q12-24 h

Résolution complÚte

Attendre au moins 2 semaines
avant un autre antipsychotique

Consulter

Consulter aux soins intensifs si :

  • UrgentSMN sĂ©vĂšre (T > 40 °C, rigiditĂ© marquĂ©e, instabilitĂ© hĂ©modynamique) — immĂ©diatement.
  • UrgentAtteinte respiratoire ou rhabdomyolyse avec IRA — immĂ©diatement.

À prĂ©parer : agent en cause et date de dĂ©but ou de hausse, voie d’administration, courbe de tempĂ©rature, CK, crĂ©atinine, K, gaz, ECG.

Consulter en psychiatrie si :

  • UrgentSMN chez un patient psychotique ou maniaque (prise en charge de la psychose sans antipsychotique, catatonie, ECT) — mĂȘme jour.
  • Semi-urgentRĂ©introduction d’un antipsychotique aprĂšs rĂ©solution — pendant le sĂ©jour.

Consulter en neurologie si :

  • UrgentRetrait de lĂ©vodopa chez un parkinsonien (syndrome d’hyperthermie-parkinsonisme) — mĂȘme jour.
  • Semi-urgentDoute diagnostique neurologique (encĂ©phalite, Ă©tat de mal non convulsif) — pendant le sĂ©jour.

Consulter le Centre antipoison du Québec si :

  • Semi-urgentSurdose ou diagnostic diffĂ©rentiel toxique (sĂ©rotoninergique, anticholinergique, agents multiples) — par tĂ©lĂ©phone, dĂšs l’évaluation.

Suivi et congé

  • Inscrire le SMN au dossier et dans les allergies et intolĂ©rances, avec l’agent en cause ; aviser le pharmacien communautaire.
  • RĂ©introduction d’un antipsychotique s’il est nĂ©cessaire : au moins 2 semaines aprĂšs la rĂ©solution complĂšte ; choisir un agent de plus faible puissance ou d’une autre classe ; dĂ©buter bas, titrer lentement ; Ă©viter la voie IM et les injectables Ă  action prolongĂ©e ; Ă©viter la dĂ©shydratation ; surveiller la tempĂ©rature, la rigiditĂ© et la CK. Le risque de rĂ©cidive est rĂ©el (jusqu’à environ 50 % dans certaines sĂ©ries).
  • Éviter Ă  l’avenir le mĂ©toclopramide et la prochlorpĂ©razine ; prĂ©fĂ©rer un antiĂ©mĂ©tique non antidopaminergique selon le contexte.
  • Parkinson : ne jamais cesser brusquement la lĂ©vodopa ; prĂ©voir une voie (TNG) si NPO.

PiĂšges et perles

  • 💡 Perle clinique : un antiĂ©mĂ©tique (mĂ©toclopramide, prochlorpĂ©razine) peut Ă  lui seul dĂ©clencher un SMN, surtout chez un patient ĂągĂ© ou dĂ©shydratĂ©.
  • Le Parkinsonien NPO pour une chirurgie dont la lĂ©vodopa n’est pas poursuivie : tableau identique, traitement = reprendre la dopa.
  • HalopĂ©ridol pour l’agitation fĂ©brile d’un patient rigide : risque d’aggraver un SMN non reconnu.
  • FiĂšvre et CK Ă©levĂ©e sous clozapine : penser au SMN, mais aussi Ă  la myocardite (troponine, CRP).
  • La rigiditĂ© peut manquer avec les antipsychotiques de 2e gĂ©nĂ©ration : ne pas exclure le diagnostic pour autant.

Voir aussi

Références

đŸ©ș Situations CHSLD qui renvoient ici