En bref : Urgence rare mais mortelle, qui survient aprĂšs l'exposition Ă un antagoniste dopaminergique (antipsychotique, mĂ©toclopramide, prochlorpĂ©razine) ou le retrait brusque dâun agoniste dopaminergique ou de la lĂ©vodopa. TĂ©trade : rigiditĂ© « en tuyau de plomb », hyperthermie, dysautonomie et altĂ©ration de lâĂ©tat de conscience, avec une CK Ă©levĂ©e, installĂ©e en jours. On cesse lâagent en cause (ou on rĂ©introduit la dopa), on refroidit, on hydrate et on donne des benzodiazĂ©pines ; bromocriptine et dantrolĂšne nâont que des preuves faibles ; lâECT se discute dans les formes rĂ©fractaires. RĂ©introduire un antipsychotique pas avant 2 semaines aprĂšs la rĂ©solution, prudemment.
đ©ș Au chevet
đ© Signaux dâalarme
- T > 40 °C, rigiditĂ© marquĂ©e, instabilitĂ© tensionnelle, dĂ©tresse respiratoire, dysphagie avec risque dâaspiration.
- Rhabdomyolyse (CK trÚs élevée, urines foncées), IRA, hyperkaliémie, CIVD.
- Patient parkinsonien NPO ou dont la lĂ©vodopa a Ă©tĂ© cessĂ©e : syndrome dâhyperthermie-parkinsonisme.
â Ă faire maintenant
- Revue de la médication : antipsychotique ajouté, augmenté ou donné IM ; métoclopramide, prochlorpérazine, dropéridol ; lévodopa ou agoniste cessé ; lithium associé.
- Signes vitaux rapprochés, température centrale, rigidité, état de conscience, clonus et réflexes (syndrome sérotoninergique ?).
- CK, crĂ©atinine, ions, Ca, Mg, phosphore, bilan hĂ©patique, FSC, coagulation, gaz et lactate, analyse dâurine (myoglobine), TSH, ECG.
- Infection du SNC à exclure : hémocultures, PL (aprÚs imagerie au besoin) si fiÚvre sans cause claire.
đ PremiĂšres ordonnances
- Cesser lâantipsychotique et tout antagoniste dopaminergique (antiĂ©mĂ©tiques compris).
- Parkinson : reprendre la lévodopa à la dose antérieure (TNG si NPO).
- NaCl 0,9 % ou lactate Ringer IV, volume selon la volémie et la CK ; viser une bonne diurÚse.
- LorazĂ©pam 1â2 mg IV/IM q4â6 h (agitation, rigiditĂ©, catatonie), selon la sĂ©dation et la respiration.
- Refroidissement externe (couvertures refroidissantes, liquides frais) ; acétaminophÚne peu utile.
- Prophylaxie de la TEV (immobilitĂ©) ; prĂ©vention de lâaspiration.
đ Appeler ou orienter si
- Soins intensifs : SMN sévÚre ; atteinte respiratoire ou rhabdomyolyse avec IRA
- Psychiatrie adulte : SMN chez un patient psychotique ou maniaque
- Neurologie : Retrait de lévodopa chez un parkinsonien
DĂ©lais, autres situations et quoi prĂ©parer : section Consulter âș
Diagnostic
Le diagnostic reste clinique. Les critĂšres de consensus international (Gurrera, 2011) servent de repĂšres :
| CritÚre | Détail |
|---|---|
| Exposition | Antagoniste dopaminergique, ou retrait dâun agoniste dopaminergique, dans les 72 h prĂ©cĂ©dentes |
| Hyperthermie | > 38,0 °C, à au moins 2 reprises (température orale) |
| Rigidité | Rigidité musculaire généralisée |
| Ătat mental | AltĂ©ration de lâĂ©tat de conscience (de la confusion au coma) |
| CK | ℠4 à la limite supérieure de la normale |
| Dysautonomie | TA élevée ou labile, diaphorÚse, incontinence urinaire |
| Hypermétabolisme | Tachycardie (℠25 % au-dessus de la valeur de base) et tachypnée (℠50 % au-dessus) |
| Bilan nĂ©gatif | Absence dâautre cause infectieuse, toxique, mĂ©tabolique ou neurologique |
- Installation sur 1 Ă 3 jours, souvent dans les premiĂšres semaines dâun traitement ou aprĂšs une hausse de dose ; peut survenir Ă tout moment.
- Facteurs de risque : déshydratation, agitation, contention, voie IM ou IV, doses élevées ou titration rapide, antipsychotiques de 1re génération à haute puissance (halopéridol), association au lithium, épisode antérieur, maladie cérébrale organique.
- Les antipsychotiques de 2e génération (y compris la clozapine) peuvent causer un SMN parfois atypique (rigidité ou fiÚvre moins marquées).
- Laboratoire : CK élevée, leucocytose, fer sérique bas, acidose métabolique, IRA par rhabdomyolyse.
Diagnostic différentiel
| Diagnostic | ĂlĂ©ments distinctifs |
|---|---|
| Syndrome sérotoninergique | Début en heures ; clonus, hyperréflexie, mydriase, diarrhée ; rigidité surtout aux membres inférieurs |
| Hyperthermie maligne | Minutes à heures aprÚs un halogéné ou la succinylcholine ; hypercapnie ; dantrolÚne |
| Catatonie maligne | Psychose ou trouble de lâhumeur ; mutisme, posture, nĂ©gativisme, souvent avant lâantipsychotique ; rĂ©pond au lorazĂ©pam et Ă lâECT |
| Infection du SNC (méningite, encéphalite) | Raideur méningée, céphalée ; PL |
| Sevrage (alcool, benzodiazĂ©pines, baclofĂšne intrathĂ©cal) | Contexte dâarrĂȘt ; tremblement, convulsions |
| Toxidrome anticholinergique, sympathomimétiques | Peau sÚche, rétention (anticholinergique) ; drogues |
| Coup de chaleur, tempĂȘte thyroĂŻdienne, sepsis | Contexte, TSH, foyer infectieux |
Prise en charge
| Mesure | Détails |
|---|---|
| ArrĂȘt | Cesser tous les antagonistes dopaminergiques ; dans le Parkinson, rĂ©introduire la dopa |
| Soutien | Liquides IV, refroidissement, correction des Ă©lectrolytes, prĂ©vention de lâaspiration et de la TEV ; Ă©viter les contentions |
| BenzodiazĂ©pines | LorazĂ©pam 1â2 mg IV/IM q4â6 h, 1re ligne pharmacologique |
| Bromocriptine (agoniste dopaminergique) | 2,5 mg PO ou par TNG q8h, augmentĂ©e graduellement selon la rĂ©ponse ; peut aggraver une psychose ; Ă Ă©viter si un syndrome sĂ©rotoninergique nâest pas exclu |
| DantrolĂšne (relaxant musculaire) | RigiditĂ© et hyperthermie sĂ©vĂšres : 1â2,5 mg/kg IV, Ă rĂ©pĂ©ter (max â 10 mg/kg/j) ; hĂ©patotoxicitĂ© ; aux soins intensifs |
| ECT | Formes réfractaires, catatonie maligne associée ; décision avec la psychiatrie |
â ïž Recommandation actuelle (Pileggi et Cook, 2016 ; consensus dâexperts) : l'arrĂȘt de lâagent et les soins de soutien sont la base. Les donnĂ©es sur la bromocriptine et le dantrolĂšne proviennent de sĂ©ries de cas ; doses et durĂ©es sont rapportĂ©es de façon inconstante. On les rĂ©serve aux formes modĂ©rĂ©es Ă sĂ©vĂšres, sur avis des soins intensifs ou du Centre antipoison.
- Rhabdomyolyse : hydratation, surveillance de la CK, de la créatinine et du potassium ; voir Fiche Rhabdomyolyse.
- Hyperthermie sévÚre : refroidissement actif ; voir Fiche Hypothermie et coup de chaleur.
- DurĂ©e : gĂ©nĂ©ralement 1 Ă 2 semaines aprĂšs lâarrĂȘt dâun antipsychotique oral ; plus longue avec un antipsychotique Ă action prolongĂ©e injectable.
- Agitation pendant lâĂ©pisode : benzodiazĂ©pines, pas dâantipsychotique.
Algorithme
Consulter
Consulter aux soins intensifs si :
- UrgentSMN sĂ©vĂšre (T > 40 °C, rigiditĂ© marquĂ©e, instabilitĂ© hĂ©modynamique) â immĂ©diatement.
- UrgentAtteinte respiratoire ou rhabdomyolyse avec IRA â immĂ©diatement.
Ă prĂ©parer : agent en cause et date de dĂ©but ou de hausse, voie dâadministration, courbe de tempĂ©rature, CK, crĂ©atinine, K, gaz, ECG.
Consulter en psychiatrie si :
- UrgentSMN chez un patient psychotique ou maniaque (prise en charge de la psychose sans antipsychotique, catatonie, ECT) â mĂȘme jour.
- Semi-urgentRĂ©introduction dâun antipsychotique aprĂšs rĂ©solution â pendant le sĂ©jour.
Consulter en neurologie si :
- UrgentRetrait de lĂ©vodopa chez un parkinsonien (syndrome dâhyperthermie-parkinsonisme) â mĂȘme jour.
- Semi-urgentDoute diagnostique neurologique (encĂ©phalite, Ă©tat de mal non convulsif) â pendant le sĂ©jour.
Consulter le Centre antipoison du Québec si :
- Semi-urgentSurdose ou diagnostic diffĂ©rentiel toxique (sĂ©rotoninergique, anticholinergique, agents multiples) â par tĂ©lĂ©phone, dĂšs lâĂ©valuation.
Suivi et congé
- Inscrire le SMN au dossier et dans les allergies et intolĂ©rances, avec lâagent en cause ; aviser le pharmacien communautaire.
- RĂ©introduction dâun antipsychotique sâil est nĂ©cessaire : au moins 2 semaines aprĂšs la rĂ©solution complĂšte ; choisir un agent de plus faible puissance ou dâune autre classe ; dĂ©buter bas, titrer lentement ; Ă©viter la voie IM et les injectables Ă action prolongĂ©e ; Ă©viter la dĂ©shydratation ; surveiller la tempĂ©rature, la rigiditĂ© et la CK. Le risque de rĂ©cidive est rĂ©el (jusquâĂ environ 50 % dans certaines sĂ©ries).
- Ăviter Ă lâavenir le mĂ©toclopramide et la prochlorpĂ©razine ; prĂ©fĂ©rer un antiĂ©mĂ©tique non antidopaminergique selon le contexte.
- Parkinson : ne jamais cesser brusquement la lévodopa ; prévoir une voie (TNG) si NPO.
PiĂšges et perles
- đĄ Perle clinique : un antiĂ©mĂ©tique (mĂ©toclopramide, prochlorpĂ©razine) peut Ă lui seul dĂ©clencher un SMN, surtout chez un patient ĂągĂ© ou dĂ©shydratĂ©.
- Le Parkinsonien NPO pour une chirurgie dont la lĂ©vodopa nâest pas poursuivie : tableau identique, traitement = reprendre la dopa.
- HalopĂ©ridol pour lâagitation fĂ©brile dâun patient rigide : risque dâaggraver un SMN non reconnu.
- FiÚvre et CK élevée sous clozapine : penser au SMN, mais aussi à la myocardite (troponine, CRP).
- La rigidité peut manquer avec les antipsychotiques de 2e génération : ne pas exclure le diagnostic pour autant.
Voir aussi
- Fiche Syndrome sérotoninergique (diagnostic différentiel, critÚres de Hunter).
- Fiche Antipsychotiques (choix de lâagent, effets indĂ©sirables).
- Fiche Psychose et manie chez le patient hospitalisé.
- Fiche Parkinsonisme et maladie de Parkinson Ă lâhĂŽpital (lĂ©vodopa, patient NPO).
- Fiche Rhabdomyolyse.
- Fiche Hypothermie et coup de chaleur.
- Fiche FiĂšvre dâorigine mĂ©dicamenteuse.
Références
- Gurrera RJ, Caroff SN, Cohen A et coll. An international consensus study of neuroleptic malignant syndrome diagnostic criteria using the Delphi method. J Clin Psychiatry 2011;72(9):1222â1228. doi:10.4088/JCP.10m06438
- Pileggi DJ, Cook AM. Neuroleptic Malignant Syndrome: Focus on Treatment and Rechallenge. Ann Pharmacother 2016;50(11):973â981. doi:10.1177/1060028016657553
- Tan CM, Kumachev A. Neuroleptic malignant syndrome. CMAJ 2023;195(43):E1481.
- Monographies canadiennes des antipsychotiques, du métoclopramide, de la bromocriptine et du dantrolÚne.
- Lanthier L. Référence en médecine interne (application Lanthier), chapitre Toxicologie (syndrome malin des neuroleptiques).
- MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spĂ©cialisĂ©e (CRDS) â Psychiatrie, Neurologie.