En bref : Trois problèmes fréquents du pourtour de l’ongle. L’ongle incarné (gros orteil surtout) se traite d’abord par des soins locaux ; s’il récidive ou s’il y a du tissu de granulation, l’avulsion partielle avec phénolisation au cabinet prévient la récidive. La paronychie aiguë répond aux trempages tièdes ; s’il y a une collection, on la draine, et l’antibiotique PO est réservé à la cellulite, à l’immunosuppression ou à l’atteinte sévère. Le panaris de la pulpe (felon) avec collection se draine ; le panaris herpétique ne s’incise jamais. Les signes de ténosynovite infectieuse (Kanavel) ou une cellulite avec signes systémiques imposent l’urgence.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Signes de Kanavel : doigt en légère flexion, œdème fusiforme, douleur le long de la gaine des fléchisseurs, douleur à l’extension passive : urgence (chirurgie de la main).
- Cellulite avec signes systémiques : T ≥ 38,3 °C avec atteinte de l’état général, FC ≥ 110, FR ≥ 25, TAS ≤ 90, ou lymphangite qui progresse rapidement : urgence.
- Douleur disproportionnée, bulles hémorragiques, nécrose, crépitants (fasciite nécrosante) : urgence.
- Panaris profond, collection de la paume, arthrite septique d’une interphalangienne, ostéite de la phalange distale : urgence ou chirurgie le jour même.
- Pied diabétique ou artériopathie : orteil infecté avec ulcère, nécrose, ischémie (pouls absents, pâleur, douleur de repos) ou fièvre : urgence.
- Échec du traitement PO après 48–72 h avec progression : urgence.
✅ À faire maintenant
- Préciser le début, le métier (mains mouillées, coiffure, plonge, soins), la succion des doigts ou le rongement des ongles, la manucure, le diabète, l’immunosuppression, les médicaments (isotrétinoïne, inhibiteurs de l’EGFR, inhibiteurs de protéase).
- Examen : localisation (repli latéral, repli proximal, pulpe), fluctuance, granulation, vésicules groupées (herpès), extension à la gaine, pouls et sensibilité du pied chez le diabétique.
- Collection douteuse : test de pression digitale (blanchiment net de la collection) ou échographie au lit si disponible.
- Culture seulement d’un pus drainé chez un patient à risque (récidive, SARM, immunosuppression) ; PCR VHS d’une vésicule si doute.
- Radiographie si panaris de la pulpe évolué, corps étranger, ou infection persistante (ostéite).
- Vérifier le tétanos s’il y a une plaie ou une piqûre (fiche Vaccination).
💊 Premières ordonnances
- Paronychie aiguë sans collection : trempages tièdes 10–15 min, 3–4 fois par jour ; mupirocine 2 % ou acide fusidique 2 % en crème TID × 5–7 j.
- Cellulite associée (antibiotique PO) : céphalexine 500 mg PO QID × 5 j (jusqu’à 1000 mg QID selon le poids ; jusqu’à 10 j si l’amélioration est lente) ; ClCr 15–29 : 250–500 mg q8–12h.
- Allergie aux pénicillines ou SARM soupçonné : clindamycine 300–600 mg PO TID, ou TMP-SMX 1–2 DS PO BID, ou doxycycline 100 mg PO BID × 5 j.
- Flore buccale (succion des doigts, rongement des ongles) : amoxicilline-clavulanate 875/125 mg PO BID × 5–7 j.
- Panaris herpétique : pansement sec, pas d’incision ; valacyclovir 1 g PO BID × 7 j si début < 48–72 h, récidive ou immunosuppression (hors indication) ; ClCr < 30 : 1 g PO die.
- Paronychie chronique (≥ 6 semaines) : éviter l’eau et les irritants ; corticostéroïde topique puissant (valérate de bétaméthasone 0,1 % ou furoate de mométhasone 0,1 %) BID × 2–4 semaines ; pas d’antifongique d’emblée.
- Ongle incarné non infecté : pas d’antibiotique ; antibiotique PO seulement s’il y a une cellulite franche.
📞 Appeler ou orienter si
- Envoyer à l’urgence : Signes de Kanavel ; cellulite avec signes systémiques ; fasciite nécrosante soupçonnée ; collection de la paume, arthrite septique ou ostéite de la phalange ; orteil infecté chez le diabétique ou l’artériopathe
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📨 Référer : CRDS Consulter en dermatologie si : · CRDS Consulter en chirurgie plastique si : (priorités A à E) · 🚩 Alertes cliniques : urgence
Reconnaître le problème
- Ongle incarné : le bord latéral de la tablette pénètre le repli ; stade 1 rougeur et douleur, stade 2 écoulement ou infection, stade 3 tissu de granulation et hypertrophie du repli. Facteurs : ongles coupés en arrondi, chaussures étroites, hyperhidrose, adolescence.
- Paronychie aiguë (périonyxis) : rougeur douloureuse du repli latéral ou proximal en 1 à 3 jours, souvent après un traumatisme mineur (envie arrachée, manucure) ; S. aureus et streptocoques surtout.
- Paronychie chronique : ≥ 6 semaines, plusieurs doigts, repli gonflé, perte de la cuticule, onychodystrophie ; c’est une dermite d’irritation chez les gens aux mains souvent mouillées, pas d’abord une infection.
- Panaris de la pulpe (felon) : douleur pulsatile et tension de la pulpe distale, souvent après une piqûre ; les cloisons fibreuses créent un syndrome de compartiment.
- Panaris herpétique : vésicules groupées sur fond rouge, douleur ou brûlure parfois avant les lésions ; contact avec un herpès oral ou génital, travailleurs de la santé, enfants qui sucent leurs doigts.
- Diagnostic différentiel : eczéma, psoriasis, ongle incarné, mucocèle, granulome pyogénique, et, si un seul doigt est atteint de façon chronique, carcinome épidermoïde ou mélanome.
Prise en charge
- Ongle incarné léger à modéré : trempage tiède savonneux 10–20 min, puis soulever le bord avec une mèche de coton ou de la soie dentaire ; taping du repli ; gouttière (tube de plastique fendu glissé sur le bord) ; corticostéroïde topique sur la granulation ; souliers à bout large. Poursuivre jusqu’à ce que l’ongle dépasse le repli (2 à 12 semaines).
- Avulsion partielle (modéré à grave, récidive, granulation) : bloc digital à la lidocaïne 1–2 %, l’épinéphrine est sûre au doigt chez le patient sans artériopathie ; soulever et couper au moins le tiers latéral de la tablette jusqu’à la matrice ; retirer tout le fragment et les spicules.
- Phénolisation de la matrice : phénol 80–88 % au coton-tige, 2 à 3 applications de 30–60 s, puis rinçage (alcool isopropylique 70 % ou NaCl 0,9 %) ; récidive d’environ 1 à 4 %, contre 30 % et plus sans phénol. Contre-indiqué pendant la grossesse ; prudence (relative) en artériopathie ou diabète mal contrôlé.
- Après l’avulsion : pansement vaseliné, élévation 12–24 h, trempages 2 à 3 fois par jour pendant 1 à 3 semaines ; un écoulement stérile pendant 2–3 semaines est attendu.
- Paronychie avec collection : soulever le repli avec une lame 11 ou une aiguille, à plat sur la tablette, ou inciser le point de fluctuance ; anesthésie locale ou bloc digital ; trempages 2 à 3 fois par jour × 2–3 jours. Une collection sous l’ongle peut exiger une avulsion partielle. Pas d’antibiotique PO si drainage complet et pas de cellulite.
- Panaris de la pulpe sans collection : trempages, élévation, antibiotique PO 7–10 jours (céphalexine). Avec collection : incision longitudinale volaire (collection superficielle) ou latérale haute (collection profonde) par un clinicien habitué ; éviter les incisions transversales ou « en bouche de poisson ».
- Panaris herpétique : jamais d’incision (surinfection, dissémination) ; antiviral si < 48–72 h ; garder couvert jusqu’à la guérison (2 à 3 semaines) ; travailleurs de la santé : pas de soins directs avec une lésion non couverte.
Consulter
Envoyer à l’urgence si :
- UrgenceSignes de Kanavel (doigt en flexion, œdème fusiforme, douleur le long de la gaine, douleur à l’extension passive) — ténosynovite infectieuse, chirurgie de la main
- UrgenceCellulite avec signes systémiques (T ≥ 38,3 °C avec atteinte de l’état général, FC ≥ 110, FR ≥ 25, TAS ≤ 90) ou échec du traitement PO à 48–72 h avec progression
- UrgenceFasciite nécrosante soupçonnée (douleur disproportionnée, bulles hémorragiques, nécrose) — ambulance
- UrgenceCollection de la paume, arthrite septique ou ostéite de la phalange
- UrgenceOrteil infecté chez le diabétique ou l’artériopathe avec ulcère, nécrose, ischémie ou fièvre
Consulter en chirurgie générale si :
Selon le milieu, la chirurgie plastique ou un podiatre (non couvert par la RAMQ) font aussi les avulsions.
- RapidePanaris de la pulpe avec collection non drainé sur place — chirurgie plastique ou urgence, le jour même (consultation rapide)
- ÉlectifOngle incarné récidivant malgré les soins locaux, avulsion avec phénolisation non offerte en clinique — priorité D (≤ 3 mois)
Consulter en dermatologie si :
- RapideBande pigmentée unguéale qui s’élargit ou signe de Hutchinson (mélanome acral possible) — priorité B (≤ 10 j)
- ÉlectifParonychie chronique rebelle après 6–8 semaines de corticostéroïde topique et d’éviction des irritants, ou lésion d’un seul doigt (carcinome épidermoïde à éliminer) — priorité D (≤ 3 mois)
À préparer : début et évolution ; photos datées ; diabète, artériopathie, immunosuppression ; examen vasculaire du pied ; antibiotiques reçus (molécule, dose, durée) ; culture du pus si faite ; radiographie si faite ; traitements locaux et procédures déjà essayés.
Suivi
- Paronychie ou panaris drainé : revoir en 48 h si douleur ou rougeur persistante ; à 24 h si immunosuppression ou diabète.
- Cellulite sous antibiotique PO : amélioration attendue en 48–72 h ; tracer les contours ; échec à 72 h : chercher une collection, un SARM, une atteinte profonde, ou orienter.
- Avulsion partielle : contrôle en 1 à 2 semaines ; douleur croissante, rougeur ou pus : chercher un fragment restant ; céphalexine 500 mg PO QID × 5 j si infection.
- Paronychie chronique : réévaluer à 4–6 semaines ; la guérison prend des semaines à des mois. Un seul doigt qui ne guérit pas : biopsie.
- Panaris herpétique récidivant (≥ 6 épisodes par an) : discuter d’une suppression (fiche Herpès et antiviraux).
- Diabétique : examen des pieds et enseignement des soins des ongles à chaque visite.
Pièges et perles
- Vésicules groupées sur un doigt : penser herpès avant d’inciser.
- Douleur à l’extension passive du doigt : ténosynovite, pas une paronychie ; urgence.
- Les antibiotiques PO ou topiques avant ou après l’avulsion n’améliorent pas les résultats d’un ongle incarné sans cellulite.
- Couper les ongles d’orteil droits, pas trop courts ; ne pas creuser les coins.
- La paronychie chronique est une dermite d’irritation : gants avec doublure de coton, ongles courts, ne pas repousser les cuticules, hydrater après le lavage des mains.
- Ongle incarné chez un diabétique ou un artériopathe : pas de phénol si l’ischémie est importante ; évaluer la perfusion avant toute procédure.
- Granulome pyogénique récidivant ou lésion pigmentée sous l’ongle : biopsie, ne pas cautériser à répétition.
Références
- Mayeaux EJ Jr, Carter C, Murphy TE. Ingrown toenail management. Am Fam Physician 2019;100(3):158-164.
- Leggit JC. Acute and chronic paronychia. Am Fam Physician 2017;96(1):44-51.
- Rerucha CM et coll. Acute hand infections. Am Fam Physician 2019;99(4):228-236.
- Clark DC. Common acute hand infections. Am Fam Physician 2003;68(11):2167-2176.
- INESSS. Guide d’usage optimal : Cellulite infectieuse chez l’adulte (publié en juillet 2026, révisé en octobre 2026).
- Monographie de la céphalexine : posologie en insuffisance rénale.
- MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spécialisée (CRDS) — Chirurgie générale.
- MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spécialisée (CRDS) — Dermatologie.