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Infection de prothèse articulaire

Musculosquelettique et rhumatologieFiche révisée · 21 oct. 2026

💊 Doses / traitement✉️ Signaler une erreur

En bref : Toute prothèse douloureuse, surtout si la plaie coule ou si la CRP monte, est une infection jusqu’à preuve du contraire. Une fistule qui communique avec la prothèse confirme le diagnostic. Chez le patient stable, on ne donne aucun antibiotique avant la ponction articulaire (leucocytes, % PMN, cultures) faite par l’orthopédiste ou en radiologie ; en sepsis, on prélève les hémocultures et on traite sans attendre. Le traitement associe toujours une chirurgie (DAIR, ou changement en 1 ou 2 temps) décidée par l'orthopédie et une antibiothérapie ciblée décidée avec l'infectiologie : rifampicine si staphylocoque et matériel conservé, 12 semaines au total plutôt que 6 (DATIPO), relais PO possible tôt (OVIVA).

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d’alarme

  • Sepsis, choc : hémocultures puis antibiotique sans délai (ne pas attendre la ponction).
  • Bactériémie à S. aureus chez un porteur de prothèse : chercher l’atteinte de la prothèse et une endocardite.
  • Fistule, plaie qui coule, déhiscence, érythème qui s’étend après une arthroplastie récente.
  • Prothèse instable, luxée ou descellée avec fièvre.

✅ À faire maintenant

  • Patient stable : pas d’antibiotique ; aviser l’orthopédiste de garde pour la ponction avant toute dose.
  • 2 paires d’hémocultures, même sans fièvre.
  • FSC, CRP, VS, créatinine, glycémie ; radiographie de la prothèse (descellement, comparaison avec les anciens clichés).
  • Noter : date et type de la prothèse, chirurgie(s) antérieure(s), antibiotiques reçus dans les 2 dernières semaines (heure), anticoagulant.
  • Liquide de ponction : leucocytes avec % PMN, cristaux, Gram, cultures aérobies et anaérobies (flacons d’hémoculture), culture prolongée selon le laboratoire.

💊 Premières ordonnances

  • Stable : aucun antibiotique empirique avant la ponction ; analgésie, mise en décharge selon l’orthopédie.
  • Sepsis ou antibiotique décidé avec l’orthopédie après les prélèvements : vancomycine IV (dose de charge 20–35 mg/kg selon la gravité, puis dosage selon le protocole du pharmacien et la fonction rénale) plus céfazoline 2 g IV q8h ; ajouter une couverture des BGN (ceftriaxone 2 g IV q24h, ou céfépime / pipéracilline-tazobactam si risque de Pseudomonas) selon le guide local d’antibiothérapie.
  • Aucune rifampicine avant l’avis de l’infectiologie et avant la chirurgie (risque de résistance si charge bactérienne élevée).

📞 Appeler ou orienter si

  • Orthopédie : Prothèse articulaire possiblement infectée ; fistule ou plaie opératoire qui coule
  • Microbiologie médicale et infectiologie : Sepsis ou bactériémie chez un porteur de prothèse

Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›

🔗 Ressources et raisonnement

🧭 Raisonnement clinique Monoarthrite aiguë

Classification

Type Délai depuis la pose Mécanisme habituel Germes fréquents
Précoce < 3 mois Contamination peropératoire S. aureus, BGN, polymicrobien
Différée (retardée) 3 mois à 1–2 ans Contamination peropératoire, germes peu virulents Staphylocoques à coagulase négative, Cutibacterium acnes, entérocoque
Tardive hématogène Souvent > 1–2 ans, début aigu Bactériémie (peau, urine, dent, endocardite) S. aureus, streptocoques, BGN
  • Le délai entre le début des symptômes et la chirurgie compte autant que l’âge de la prothèse : infection aiguë (symptômes depuis < 3–4 semaines) ou chronique. C’est ce qui oriente vers la conservation ou non de l’implant.

Diagnostic

  • Présentation : douleur (souvent le seul signe dans l’infection différée : douleur persistante depuis la pose, descellement précoce), chaleur, épanchement, fièvre inconstante. Fistule = diagnostic.
  • CRP et VS : sensibles mais non spécifiques, surtout en postopératoire (CRP normalement élevée les premières semaines).
  • Ponction articulaire avant l’antibiotique : examen clé. Interrompre tout antibiotique au moins 2 semaines avant une ponction élective si le patient est stable (IDSA).
  • Hémocultures systématiques ; si S. aureus, voir la Fiche Endocardite et bactériémie à S. aureus.
  • Imagerie : radiographie d’emblée ; la scintigraphie et le TEP ne sont pas de routine (orthopédie).
  • Peropératoire : 3 à 6 prélèvements tissulaires et sonication de l’implant retiré (selon le laboratoire).

Critères diagnostiques

ICM 2018 (Parvizi) EBJIS 2021 (McNally)
Confirmée d’emblée Fistule communiquant avec la prothèse ; ou 2 cultures positives au même germe Fistule ; ou ≥ 2 cultures positives au même germe ; ou leucocytes synoviaux > 3 000/µL ; ou PMN > 80 % ; alpha-défensine positive ; histologie positive ; sonication > 50 UFC/mL
Score / probable Score pondéré : CRP > 10 mg/L ou D-dimères élevés, VS > 30 mm/h, leucocytes synoviaux > 3 000/µL ou estérase leucocytaire ++, alpha-défensine, PMN > 80 %, CRP synoviale ; ≥ 6 points = infectée, 2–5 = possible « Probable » si 2 éléments positifs : CRP > 10 mg/L, leucocytes > 1 500/µL, PMN > 65 %, 1 culture positive, histologie ou imagerie évocatrice
  • Les seuils synoviaux sont beaucoup plus bas que pour l’articulation native (Fiche Arthrite septique et monoarthrite aiguë).
  • Infection précoce postopératoire (< 6 semaines) : seuils plus élevés (ICM 2018 : leucocytes > 10 000/µL, PMN > 90 %).

⚖️ Divergence entre lignes directrices (ICM 2018 vs EBJIS 2021) : l’ICM utilise un score pondéré pensé pour confirmer, l’EBJIS un système à 3 niveaux (improbable, probable, confirmée) pensé pour ne pas manquer une infection. Les deux s’accordent sur la fistule et les cultures. On suit le choix de l’orthopédiste et de l’infectiologue ; pour le généraliste, l’enjeu est d’obtenir une ponction et des cultures sans antibiotique préalable.

Prise en charge

Chirurgie (orthopédie)

Stratégie Indications habituelles (IDSA 2013)
DAIR (débridement, antibiotiques, conservation de l’implant, changement des pièces mobiles) Prothèse posée depuis < 30 jours ou symptômes < 3 semaines ; implant stable ; pas de fistule ; germe sensible à un antibiotique PO efficace
Changement en 1 temps Tissus mous de bonne qualité, germe connu et sensible (surtout hanche)
Changement en 2 temps (espaceur, antibiotiques, réimplantation) Fistule, tissus mous pauvres, germe difficile ou résistant, échec de DAIR
Arthrodèse, résection, amputation ; suppression chronique Patient non opérable ou qui refuse ; décision partagée

Antibiothérapie (infectiologie)

⚠️ Recommandation actuelle (IDSA 2013) : antibiothérapie ciblée selon les cultures, débutée après les prélèvements ; rifampicine associée pour les staphylocoques quand le matériel est conservé (DAIR, changement en 1 temps).

Situation Option IV habituelle (adulte) Remarques
S. aureus sensible (SASM) Céfazoline 2 g IV q8h (ou cloxacilline) Ajuster la céfazoline selon la ClCr avec le pharmacien
SARM Vancomycine IV, dose selon le pharmacien (ASC cible) Daptomycine selon l’infectiologie
Staphylocoque + matériel conservé + rifampicine 300–450 mg PO BID Jamais seule ; débuter après la chirurgie et la négativation des hémocultures
Streptocoque Pénicilline G ou ceftriaxone 2 g IV q24h Selon la sensibilité
BGN Selon l’antibiogramme ; ciprofloxacine PO si sensible Lignes directrices variables
  • Rifampicine : puissant inducteur enzymatique. Revoir toute la médication avec le pharmacien (AOD, warfarine, opioïdes, contraceptifs, immunosuppresseurs, antirétroviraux, etc.). Coloration orangée des urines, hépatotoxicité.
  • Relais PO : l’essai OVIVA (NEJM 2019) a montré qu’un relais oral dans les 7 premiers jours n’était pas inférieur à la poursuite IV pour l’échec à 1 an, avec moins de complications de cathéter. Le choix (biodisponibilité, sensibilité, interactions) se fait avec l’infectiologie ; voir la Fiche Relais oral et durée des antibiotiques.
  • Durée : l’essai DATIPO (NEJM 2021) a comparé 6 et 12 semaines au total : l’infection persistante était plus fréquente avec 6 semaines (18,1 % vs 9,4 %) ; la non-infériorité n’a pas été démontrée, l’écart étant surtout marqué après DAIR. On vise 12 semaines en l’absence d’avis contraire de l’infectiologie.

⚖️ Divergence entre lignes directrices (IDSA 2013 vs DATIPO 2021) : après DAIR à staphylocoque, l’IDSA propose 2–6 sem IV + rifampicine, puis un total de 3 mois (hanche) à 6 mois (genou) ; DATIPO soutient 12 semaines comme minimum raisonnable, sans distinguer hanche et genou. On suit l’infectiologue ; 12 semaines par défaut.

Algorithme

Oui

Non

Non

Oui

Oui

Non

Prothèse douloureuse,
plaie qui coule, CRP élevée

Sepsis ou instabilité ?

Hémocultures x 2
puis vancomycine + céfazoline
± couverture BGN
Orthopédie de garde

Aucun antibiotique
Hémocultures, CRP, VS, radiographie
Orthopédie : ponction

Fistule, cultures ou
liquide positifs (ICM / EBJIS) ?

Autre cause : descellement aseptique,
luxation, cristaux
Suivi orthopédique

Infection précoce ou hématogène aiguë,
implant stable, sans fistule ?

DAIR
+ rifampicine si staphylocoque

Changement en 1 ou 2 temps

Antibiotique ciblé avec l’infectiologie
Relais PO précoce possible
Durée totale 12 semaines

Consulter

Consulter en orthopédie si :

Toute infection de prothèse soupçonnée : l’orthopédiste fait ou organise la ponction et décide de la chirurgie.

  • UrgentProthèse articulaire possiblement infectée (ponction avant tout antibiotique si stable) — orthopédiste de garde, même jour.
  • UrgentFistule ou plaie opératoire qui coule sur une prothèse — orthopédiste de garde, même jour.
  • Semi-urgentProthèse douloureuse avec CRP ou VS élevées, sans signe aigu (infection différée possible) — consultation externe en orthopédie.

À préparer : date et type de la prothèse, chirurgies antérieures, antibiotiques reçus (dates, heures), hémocultures, FSC, CRP, VS, créatinine, radiographies récentes et anciennes, anticoagulant.

Consulter en infectiologie si :

  • UrgentSepsis ou bactériémie chez un porteur de prothèse (surtout S. aureus) — microbiologiste-infectiologue de garde.
  • Semi-urgentInfection de prothèse confirmée (choix de l’antibiotique, rifampicine, relais PO, durée) — pendant le séjour.
  • ÉlectifSuppression antibiotique prolongée (patient non opérable, prothèse conservée) — consultation externe en infectiologie.

À préparer : cultures (ponction, peropératoires, hémocultures) avec antibiogrammes, allergies, ClCr, liste complète des médicaments (interactions de la rifampicine).

Consulter le pharmacien si :

  • Semi-urgentRifampicine à amorcer (interactions : anticoagulants, opioïdes, immunosuppresseurs) — pendant le séjour.

Suivi et congé

  • Accès veineux (PICC) si IV prolongé ; suivi en clinique d’antibiothérapie IV à domicile selon l’organisation locale.
  • FSC, créatinine, bilan hépatique chaque semaine sous antibiotique IV prolongé ou rifampicine ; dosages de vancomycine selon le pharmacien.
  • CRP à la baisse attendue en quelques semaines ; une remontée fait penser à l’échec.
  • Date de fin des antibiotiques et rendez-vous en orthopédie et en infectiologie écrits sur la feuille de congé.
  • Prothèse en place : traiter rapidement toute bactériémie ; l’antibioprophylaxie dentaire de routine n’est pas recommandée (voir le protocole de l’orthopédiste).

Pièges et perles

  • Antibiotique « pour une cellulite » avant la ponction : cultures négatives, diagnostic et choix thérapeutique compromis.
  • Superficielle ou profonde ? Une infection de plaie près d’une prothèse récente se discute toujours avec l’orthopédiste.
  • Ne jamais ponctionner une prothèse soi-même (risque de contaminer l’articulation) : orthopédie ou radiologie.
  • Cultures négatives après antibiotique récent : la ponction peut être refaite après une fenêtre de 2 semaines si le patient est stable.
  • Cutibacterium et staphylocoques à coagulase négative : culture prolongée ; un seul prélèvement positif peut être un contaminant.
  • 💡 Perle clinique : une douleur persistante depuis la pose, sans intervalle libre, évoque une infection différée à germe peu virulent.

Voir aussi

Références

🩺 Situations en soins post-aigus qui renvoient ici