En bref : L’infection du site opératoire se manifeste surtout dans les semaines qui suivent la chirurgie, donc souvent pendant le séjour en soins post-aigus. Il faut distinguer une infection superficielle (peau et tissu sous-cutané) d’une infection profonde qui touche le fascia, l’os ou une prothèse. La seconde relève du chirurgien : un antibiotique donné à l’aveugle peut nuire au diagnostic.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Sepsis : hypotension, tachycardie, confusion nouvelle.
- Écoulement purulent, plaie qui s’ouvre (déhiscence), matériel visible.
- Douleur croissante à l’articulation opérée, épanchement, perte de mobilité : infection de prothèse.
- Crépitation, nécrose, douleur hors de proportion : infection nécrosante (urgence chirurgicale).
✅ À faire maintenant
- Signes vitaux ; examiner la plaie avec l’infirmière : étendue de la rougeur (la marquer), chaleur, écoulement, fluctuance, état des sutures ou agrafes.
- Comparer avec la description au transfert et les photos au dossier, si l’établissement en prend.
- Prélever un écoulement profond ou du pus ; pas d’écouvillonnage superficiel d’une plaie sèche.
- FSC et protéine C réactive selon l’accès ; hémocultures si signes systémiques.
- Joindre l’équipe chirurgicale qui a opéré.
En soins post-aigus
- Infection superficielle simple : ouverture et drainage de l’incision, souvent avec le retrait de quelques sutures, selon l’avis du chirurgien. Antibiotique bref seulement si signes systémiques ou cellulite étendue : température > 38,5 °C, FC > 110/min ou rougeur de plus de 5 cm au-delà de l’incision (IDSA 2014).
- Choix de l’antibiotique : couvrir les cocci Gram positif ; tenir compte du type de chirurgie et du portage de SARM. Voir la fiche Infections de la peau et cellulite.
- Prothèse articulaire : si le patient est stable, éviter de débuter un antibiotique avant l’évaluation orthopédique et la ponction (IDSA 2013).
- Soins de plaie : selon l’infirmière ou la stomothérapeute et le protocole de l’établissement.
- Glycémies à contrôler chez le patient diabétique ; état nutritionnel.
Effet sur la réadaptation
- Infection superficielle : la mobilisation continue, avec protection de la plaie.
- Infection profonde ou de prothèse soupçonnée : demander au chirurgien les restrictions (mise en charge, amplitude) jusqu’à son évaluation.
- Physiothérapie : signaler tout recul de l’amplitude ou toute augmentation de la douleur à la mise en charge.
- Nutrition : apports en protéines et en énergie pour la cicatrisation.
- Prévoir que le congé peut être reporté ; ajuster les objectifs avec le patient.
Retour au centre hospitalier ou consultation
- Transfert urgent si sepsis ou infection nécrosante soupçonnée, selon le niveau de soins.
- Consultation rapide du chirurgien si infection profonde, déhiscence, collection ou prothèse en cause : un débridement précoce peut sauver l’implant.
- Avis en infectiologie si bactérie résistante ou bactériémie.
Pièges et perles
- Une rougeur légère autour des points, sans écoulement ni douleur croissante, est souvent une réaction normale.
- Une infection profonde peut se présenter seulement par de la douleur et un recul fonctionnel.
- Un antibiotique oral « pour voir » peut masquer une infection de prothèse et compromettre les cultures.
Références
- Stevens DL, et al. Practice guidelines for the diagnosis and management of skin and soft tissue infections: 2014 update by the IDSA. Clin Infect Dis 2014;59(2):e10-52.
- Osmon DR, et al. Diagnosis and management of prosthetic joint infection: clinical practice guidelines by the IDSA. Clin Infect Dis 2013;56(1):e1-25.
- Berríos-Torres SI, et al. Centers for Disease Control and Prevention guideline for the prevention of surgical site infection, 2017. JAMA Surg 2017;152(8):784-91.