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Arthrite septique et monoarthrite aiguë

Musculosquelettique et rhumatologieFiche révisée · 17 oct. 2026

💊 Doses / traitement✉️ Signaler une erreur

En bref : Toute monoarthrite aiguë est septique jusqu’à preuve du contraire, même chez un patient goutteux. On ponctionne avant le premier antibiotique (leucocytes, PMN, cristaux, Gram, culture) et on prélève 2 paires d’hémocultures. Un liquide à > 50 000 GB/mm³ ou > 90 % de PMN est fortement évocateur, mais un compte plus bas ne l’exclut pas. L’antibiothérapie empirique couvre S. aureus et les streptocoques (céfazoline ; vancomycine si risque de SARM ; ceftriaxone si gonocoque ou BGN), et le drainage articulaire (orthopédie) est aussi urgent que l’antibiotique. Devant une prothèse articulaire douloureuse chez un patient stable, aucun antibiotique avant la ponction par l’orthopédiste.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d’alarme

  • Monoarthrite chaude, douloureuse à la mobilisation passive, ± fièvre : arthrite septique jusqu’à preuve du contraire (la fièvre manque dans près de la moitié des cas).
  • Sepsis, choc, bactériémie : antibiotiques dans l’heure, après hémocultures, sans attendre la ponction si elle est retardée.
  • Prothèse articulaire douloureuse, plaie qui coule, fistule : infection de prothèse jusqu’à preuve du contraire.
  • Terrain à risque : > 80 ans, diabète, PAR, immunosuppression, UDI, articulation déjà lésée ou opérée, infiltration récente, infection cutanée.
  • Plusieurs articulations + ténosynovite + pustules cutanées chez un adulte sexuellement actif : gonococcie disséminée.
  • Cristaux au liquide : n’excluent pas une infection concomitante.

✅ À faire maintenant

  • Ponction articulaire avant tout antibiotique (si le patient est stable) : décompte cellulaire et formule, cristaux, Gram, culture (flacons d’hémoculture en plus du tube stérile si possible).
  • Hémocultures × 2, FSC, CRP, VS, créatinine, acide urique (peu utile en crise), bilan hépatique.
  • Radiographie de l’articulation (fracture, chondrocalcinose, ostéomyélite, corps étranger, prothèse).
  • Hanche, articulation profonde ou prothèse : ponction guidée (radiologie) ou par l’orthopédiste.
  • Gonocoque possible : TAAN gonocoque et chlamydia (urine ou endocol, gorge, rectum), dépistage VIH et syphilis.
  • Aviser l’orthopédiste de garde dès que le liquide est purulent ou le Gram positif.

💊 Premières ordonnances

  • Arthrite septique native, Gram + ou non fait, sans risque de SARM : céfazoline 2 g IV q8h.
  • Risque de SARM ou cocci Gram + en amas avec colonisation connue : vancomycine IV, charge 25–30 mg/kg (max 3 g), puis selon nomogramme (cible ASC 400–600, pharmacien).
  • BGN au Gram, âgé, immunosupprimé, gonocoque possible : ceftriaxone 2 g IV q24h (1 g IV q24h si gonococcie disséminée confirmée), + vancomycine si Gram non contributif et risque de SARM.
  • Ajustement rénal : céfazoline 2 g IV q12h si ClCr 10–30 mL/min, 1 g IV q24h si < 10 ; ceftriaxone sans ajustement ; vancomycine selon les taux.
  • Analgésie (acétaminophène 1 g PO q6h, opioïde au besoin) ; pas de corticostéroïde intra-articulaire tant que l’infection n’est pas exclue.

📞 Appeler ou orienter si

  • Orthopédie : Arthrite septique soupçonnée ou confirmée ; prothèse articulaire possiblement infectée
  • Rhumatologie : Arthrite fébrile
  • Microbiologie médicale et infectiologie : Arthrite septique avec bactériémie

Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›

🔗 Ressources et raisonnement

🧭 Raisonnement clinique Monoarthrite aiguë · Douleur articulaire

Diagnostic

Causes de monoarthrite aiguë

Cause Indices Confirmation
Septique (S. aureus surtout, streptocoques, BGN chez l’âgé ou l’immunosupprimé) Genou > hanche, épaule, poignet ; fièvre inconstante ; porte d’entrée cutanée, bactériémie Gram, culture du liquide, hémocultures
Gonococcique Jeune adulte ; polyarthralgies migratrices, ténosynovite, pustules ; ou monoarthrite purulente TAAN des sites muqueux ; culture du liquide souvent négative
Microcristalline : goutte, CPPD (pseudogoutte) Goutte : 1re MTP, cheville, genou ; CPPD : genou, poignet, sujet âgé, chondrocalcinose ; déclencheur (chirurgie, maladie aiguë) Cristaux : aiguilles à biréfringence négative (urate) ; rhomboïdes à faible biréfringence positive (CPPD)
Traumatique / hémarthrose Trauma, anticoagulant, hémophilie ou autre coagulopathie, arthroplastie récente Liquide sanglant ; graisse en surface (lipohémarthrose) = fracture intra-articulaire
Réactive Diarrhée ou urétrite 1–4 semaines avant ; oligoarthrite asymétrique des MI, enthésite, conjonctivite Diagnostic d’exclusion ; liquide inflammatoire stérile
Lyme Exposition aux tiques (zones endémiques du sud du Québec) ; genou très gonflé, peu douloureux, peu fébrile ; semaines à mois après la piqûre Sérologie en deux temps (habituellement positive à ce stade) ; liquide inflammatoire
Autres Arthrose en poussée, ostéonécrose, tumeur, TB ou champignon (évolution lente), poussée de PAR ou de spondylarthrite Selon le contexte

Analyse du liquide synovial

Non inflammatoire Inflammatoire Septique
Aspect Clair, jaune Translucide à trouble Trouble, purulent
GB / mm³ 200–2 000 2 000–50 000 > 50 000 (RV ≈ 8) ; > 100 000 (RV ≈ 28)
% PMN < 25 > 50 > 90
Exemples Arthrose, trauma Cristaux, PAR, réactive, Lyme S. aureus, streptocoques, BGN, gonocoque
  • Le seuil de 50 000 GB n’a qu’une sensibilité d’environ 60 % : une arthrite septique peut être sous ce seuil (gonocoque, immunosuppression, antibiotique déjà reçu, infection précoce).
  • Gram positif dans environ la moitié des cas seulement ; culture positive dans la majorité des arthrites non gonococciques (moins si antibiotique préalable). Hémocultures positives dans environ le tiers des cas.
  • Prothèse articulaire : seuils beaucoup plus bas. Infection chronique probable si > 3 000 GB/mm³ ou > 80 % de PMN (critères MSIS 2018) ; seuils plus élevés dans les 6 semaines post-opératoires.
  • CRP et VS : sensibles mais non spécifiques ; utiles au suivi. Ni la CRP ni la procalcitonine n’excluent l’infection.
  • Envoyer les cristaux rapidement (lecture fiable dans les heures qui suivent).

Traitement de l’arthrite septique de l’adulte

Situation Empirique (après ponction et hémocultures) Remarques
Native, cocci Gram + ou Gram non contributif, sans risque de SARM Céfazoline 2 g IV q8h Couvre S. aureus sensible et streptocoques
Risque de SARM (colonisation ou infection antérieure, UDI, hémodialyse, CHSLD, prévalence locale) Vancomycine charge 25–30 mg/kg IV (max 3 g), puis selon nomogramme, cible ASC 400–600 Passer à la céfazoline si SASM à la culture
BGN au Gram, sujet âgé, immunosupprimé, infection urinaire concomitante Ceftriaxone 2 g IV q24h (+ vancomycine si Gram non contributif et risque de SARM) Risque de Pseudomonas (UDI, nosocomial) : céfépime 2 g IV q8h (q12h si ClCr 30–60, q24h si 11–29)
Gonococcie disséminée Ceftriaxone 1 g IV q24h Relais PO selon l’antibiogramme après amélioration ; traiter le chlamydia selon les lignes directrices canadiennes ; MADO, partenaires
Allergie grave aux bêta-lactamines Vancomycine ; + ciprofloxacine 400 mg IV q12h si BGN possible Allergie non grave : la céfazoline reste généralement utilisable
Arthrite de Lyme Doxycycline 100 mg PO BID × 28 j Pas d’urgence chirurgicale ; infectiologie si persistance
  • Ajustements rénaux : céfazoline 2 g IV q12h si ClCr 10–30, 1 g IV q24h si < 10 (hémodialyse : selon le pharmacien) ; ceftriaxone : aucun ; vancomycine et céfépime : selon ClCr et taux, avec le pharmacien. Âgé : ClCr de Cockcroft-Gault, risque de neurotoxicité du céfépime.
  • Désescalader selon la culture et l’antibiogramme (céfazoline pour le SASM, pénicilline G ou ceftriaxone pour le streptocoque).
  • Durée : un essai randomisé a montré que 2 semaines après un drainage chirurgical étaient non inférieures à 4 semaines pour l’arthrite native de l’adulte ; prolonger (souvent ≥ 4 semaines) si bactériémie à S. aureus, ostéomyélite contiguë, immunosuppression ou drainage incomplet. Décision avec l’infectiologie.
  • Relais oral possible une fois le patient stable et le germe connu (essai OVIVA : non inférieur à l’IV pour les infections ostéo-articulaires), selon l’infectiologie.

Drainage

  • Toute arthrite septique se draine : arthroscopie ou arthrotomie (orthopédie), ou ponctions-évacuations répétées dans certains cas choisis (petite articulation accessible, patient non opérable). La hanche et l’épaule se drainent chirurgicalement.
  • Réponse attendue en 48–72 h (fièvre, douleur, CRP) ; sinon, nouveau drainage, recherche d’abcès ou d’ostéomyélite, germe résistant.

Prothèse articulaire infectée

  • Patient stable : ne pas débuter d’antibiotique avant la ponction, faite idéalement par l’orthopédiste (rendement des cultures, choix chirurgical).
  • Sepsis : hémocultures puis antibiotique empirique (vancomycine + ceftriaxone ou céfépime selon le risque), en avisant l’orthopédie.
  • Prise en charge chirurgicale selon l’ancienneté de la prothèse et la durée des symptômes (débridement avec conservation de l’implant si infection précoce ou hématogène aiguë, sinon changement en un ou deux temps) : décision de l’orthopédiste et de l’infectiologue.

Algorithme

Oui

Non

Oui

Non

Oui

Non

Oui

Non

Monoarthrite aiguë

Instable ou sepsis ?

Hémocultures × 2
Antibiotique IV dans l’heure
Ponction dès que possible
Orthopédie de garde

Prothèse articulaire ?

Pas d’antibiotique
Ponction par l’orthopédiste
Hémocultures

Ponction avant antibiotique :
GB, PMN, cristaux, Gram, culture
+ hémocultures × 2

GB > 50 000, PMN > 90 %,
Gram + ou forte suspicion ?

Arthrite septique :
céfazoline IV
vancomycine si SARM
ceftriaxone si BGN ou gonocoque
Drainage par l’orthopédie

Cristaux ?

Goutte ou CPPD
Infection exclue si culture négative
Traiter la crise

Réactive, Lyme, hémarthrose,
autre : sérologies, contexte
Réévaluer, culture à 48 h

Réévaluer à 48-72 h
Désescalader selon culture

Consulter

Consulter en orthopédie si :

  • UrgentArthrite septique soupçonnée ou confirmée (liquide purulent, Gram ou culture positifs ; drainage) — garde, même jour.
  • UrgentProthèse articulaire possiblement infectée (ponction par l’orthopédiste avant tout antibiotique si stable) — garde, même jour.

À préparer : résultat de la ponction (aspect, GB, PMN, cristaux, Gram), hémocultures, CRP, radiographie, antibiotiques déjà reçus (heure), date et type de la prothèse, anticoagulant.

Consulter en rhumatologie si :

  • UrgentArthrite fébrile (ponction avant tout antibiotique) — garde, même jour.
  • ÉlectifGoutte récidivante ou tophacée, ou CPPD — ≤ 3 mois.
  • ÉlectifMonoarthrite inflammatoire stérile persistante (cultures négatives, sans cristaux) — consultation externe en rhumatologie.

Consulter en infectiologie si :

  • UrgentArthrite septique avec bactériémie (surtout à S. aureus) — garde, même jour.
  • Semi-urgentGerme résistant, allergie grave ou échec à 48–72 h — pendant le séjour.
  • Semi-urgentGonococcie disséminée (relais oral, partenaires, MADO) — pendant le séjour.

Consulter le pharmacien si :

  • Semi-urgentVancomycine ou céfépime en insuffisance rénale (dosage, taux) — pendant le séjour.

Suivi et congé

  • Réévaluer à 48–72 h : fièvre, douleur, épanchement, CRP ; nouvelle ponction ou drainage si non-amélioration.
  • Mobilisation passive précoce dès que la douleur le permet (physiothérapie) pour limiter l’enraidissement.
  • Au congé : antibiotique (molécule, dose, date de fin), suivi CRP, FSC, créatinine (et taux de vancomycine si traitement IV à domicile), rendez-vous en orthopédie et en infectiologie.
  • Goutte ou CPPD confirmée : suivi selon la fiche Goutte. Lyme : sérologie et suivi clinique.
  • Gonococcie : test de contrôle selon les lignes directrices canadiennes, dépistage et traitement des partenaires (MADO).

Pièges et perles

  • Ne pas présumer une goutte chez un patient goutteux : ponctionner. Les deux peuvent coexister.
  • Un antibiotique donné « en attendant » chez un patient stable stérilise souvent les cultures et prive de l’antibiogramme.
  • Hémarthrose spontanée sous anticoagulant : penser aussi à l’infection et à la fracture ; vérifier l’INR ou le niveau d’anticoagulation.
  • Hanche douloureuse et fébrile, examen pauvre : échographie ou TDM pour l’épanchement, ponction guidée.
  • Le Gram négatif ou un compte < 50 000 GB n’excluent pas l’infection : la clinique prime, surtout chez l’immunosupprimé.
  • Pas d’infiltration de corticostéroïde dans une articulation chaude avant d’avoir exclu l’infection.

Voir aussi

Références

🩺 Situations CHSLD qui renvoient ici

🔗 Voir aussi