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Première ligne › Cardiologie

Palpitations : démarche

CardiologieNouvelle fiche SRV · oct. 2026Fiche révisée · 23 oct. 2026

Voir aussi : ECG · Fibrillation auriculaire et arythmies · Syncope · Médicaments prolongeant le QT · Anxiété et TSPT · Thyroïde

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En bref : Motif très fréquent ; la cause est le plus souvent bénigne (extrasystoles, tachycardie sinusale, anxiété), mais environ 4 cas sur 10 ont une cause cardiaque (fibrillation auriculaire, TSV, plus rarement tachycardie ventriculaire). Un ECG à 12 dérivations est fait à tous. Les patients avec syncope, douleur thoracique, instabilité, signes d’insuffisance cardiaque ou ECG ischémique vont à l’urgence. Sinon, on choisit le moniteur selon la fréquence des symptômes (Holter 24–48 h si quotidiens ; moniteur de 2 semaines ou d’événements si moins fréquents), avec FSC, électrolytes, créatinine et TSH.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d’alarme

  • Palpitations en cours avec instabilité : TA systolique < 90 mmHg, altération de l’état de conscience, douleur thoracique ischémique, dyspnée ou œdème pulmonaire : ambulance (911).
  • Syncope ou quasi-syncope associée aux palpitations, surtout à l’effort : urgence.
  • FC soutenue ≥ 150/min ou < 40/min au cabinet, ou tachycardie à complexes larges (TV jusqu’à preuve du contraire) : urgence.
  • FA ou flutter nouveaux avec symptômes importants, FC > 110/min malgré le repos, ou début < 48 h chez un patient qui pourrait bénéficier d’une cardioversion : urgence.
  • ECG : sus-décalage ou sous-décalage du ST, BAV du 2e degré Mobitz II ou du 3e degré, QTc ≥ 500 ms, préexcitation (WPW) avec palpitations, aspect de Brugada de type 1 : urgence ou cardiologue de garde le jour même.
  • Palpitations avec intoxication (cocaïne, amphétamines), surdose de médicaments ou hyperkaliémie (K ≥ 6,5 mmol/L) : urgence.

✅ À faire maintenant

  • Faire décrire : début et fin brusques (TSV) ou progressifs (sinusal) ; régulier ou irrégulier (faire taper le rythme sur la table) ; « coup manqué » ou pause (extrasystoles) ; durée, fréquence, déclencheurs (effort, position, repas, alcool), manœuvres qui arrêtent l’épisode.
  • Symptômes associés : syncope, douleur, dyspnée ; antécédents cardiaques ; histoire familiale de mort subite avant 50 ans ou de cardiomyopathie.
  • Substances : caféine, boissons énergisantes, alcool, nicotine, cannabis, cocaïne, stimulants ; médicaments (décongestionnants, salbutamol, lévothyroxine en excès, stimulants du TDAH, médicaments qui prolongent le QT) ; produits naturels.
  • Examen : FC et TA (couchée-debout), souffle, signes d’IC, thyroïde ; regarder les données d’une montre intelligente si le patient en a (la FA y est fiable, le reste beaucoup moins).
  • ECG à 12 dérivations à tous, idéalement pendant les symptômes : rythme, PR court et onde delta (WPW), QTc, HVG, ondes Q, aspect de Brugada, extrasystoles.
  • Labos : FSC, électrolytes (K, Mg selon le contexte), créatinine, TSH ; glucose ; β-hCG si possible grossesse.
  • Moniteur ambulatoire si l’ECG est non diagnostique et les symptômes récidivent : Holter 24 à 48 h si quotidiens ; moniteur de 2 semaines (patch) ou d’événements jusqu’à 30 jours si hebdomadaires ou moins.

💊 Premières ordonnances

  • Cesser ou réduire caféine, boissons énergisantes, alcool, nicotine, décongestionnants et stimulants ; revoir la dose de lévothyroxine si la TSH est supprimée.
  • Extrasystoles bénignes (cœur normal) : rassurer d’abord ; si symptômes gênants malgré cela : métoprolol 25 mg PO bid (max 100 mg bid) ou bisoprolol 2,5 mg PO die (max 10 mg), en l’absence d’asthme grave, de bradycardie ou de BAV. Alternative : diltiazem à libération prolongée 120 mg PO die.
  • TSV documentée sans préexcitation : enseigner la manœuvre de Valsalva modifiée (souffler 15 s dans une seringue de 10 mL en position semi-assise, puis se coucher jambes levées) ; référer en cardiologie (ablation souvent curative).
  • FA stable : voir la fiche Fibrillation auriculaire et arythmies (contrôle de la fréquence, score CHADS-65 et anticoagulation).
  • Palpitations liées à l’anxiété ou au trouble panique, cœur normal et monitorage négatif : voir Anxiété et TSPT ; pas de bêtabloquant au long cours par défaut.
  • Ne jamais donner de bêtabloquant ni de bloqueur calcique en cas de préexcitation (WPW) avec FA, ni de bêtabloquant dans un QT long congénital sans avis.

📞 Appeler ou orienter si

  • Envoyer à l’urgence : Instabilité ; syncope ou quasi-syncope avec palpitations ; FC soutenue ≥ 150/min ou < 40/min ; FA ou flutter nouveaux mal tolérés ; ECG à risque ; intoxication aux stimulants ou K ≥ 6,5 mmol/L

Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›

📨 Référer : CRDS Consulter en cardiologie si : · CRDS Consulter en chirurgie vasculaire si : (priorités A à E) · 🚩 Alertes cliniques : urgence

🔗 Ressources et raisonnement

🧭 Raisonnement clinique Tachycardie à complexes fins

Causes

  • Cardiaques (environ 40 %) : extrasystoles auriculaires et ventriculaires, FA et flutter, TSV (réentrée nodale, voie accessoire), TV (surtout si cardiopathie), bradyarythmies, valvulopathie, cardiomyopathie.
  • Psychiatriques (environ 30 %) : trouble panique, anxiété généralisée, somatisation ; diagnostic d’exclusion, après l’ECG et au besoin le monitorage.
  • Substances et médicaments : caféine, alcool (« holiday heart »), nicotine, cocaïne, amphétamines, cannabis, décongestionnants, bronchodilatateurs, hormones thyroïdiennes, stimulants du TDAH ; sevrage de bêtabloquant ou d’alcool.
  • Systémiques : hyperthyroïdie, anémie, fièvre, hypovolémie, hypoglycémie, grossesse, ménopause, phéochromocytome (rare), hypokaliémie ou hypomagnésémie.
  • Tachycardie sinusale inappropriée et POTS (tachycardie orthostatique posturale : hausse de FC ≥ 30/min en position debout sans hypotension) : surtout chez la jeune femme, parfois après une infection virale.

ECG et monitorage : choisir l’examen

  • Fréquence des symptômesExamen
    QuotidiensHolter 24 à 48 h
    HebdomadairesMoniteur continu de 2 semaines (patch) ou moniteur d’événements
    Mensuels ou plus raresMoniteur d’événements jusqu’à 30 jours ; montre ou ECG de téléphone validé ; enregistreur implantable si syncope (en cardiologie)
  • Le moniteur de 2 semaines a le meilleur rapport rendement-coût pour des palpitations inexpliquées.
  • Demander au patient de noter l’heure et les symptômes : la corrélation symptôme-rythme est l’objectif (un Holter « normal » sans symptôme pendant l’enregistrement ne règle pas la question).
  • Montre intelligente : bonne détection de la FA, faux positifs fréquents ; une alerte de FA se confirme par un ECG à 12 dérivations ou un moniteur médical.
  • Extrasystoles ventriculaires : demander le fardeau (% des battements) ; > 10 % justifie une échocardiographie (risque de cardiomyopathie).

Consulter

Envoyer à l’urgence si :

  • UrgenceInstabilité : TA systolique < 90 mmHg, altération de l’état de conscience, douleur thoracique ischémique, œdème pulmonaire — ambulance (911)
  • UrgenceSyncope ou quasi-syncope avec palpitations, surtout à l’effort
  • UrgenceFC soutenue ≥ 150/min ou < 40/min, ou tachycardie à complexes larges
  • UrgenceFA ou flutter nouveaux mal tolérés, FC > 110/min au repos, ou début < 48 h (cardioversion possible)
  • UrgenceECG à risque : ischémie, BAV Mobitz II ou complet, QTc ≥ 500 ms, préexcitation avec palpitations, Brugada de type 1
  • UrgenceIntoxication aux stimulants ou K ≥ 6,5 mmol/L

Consulter en cardiologie si :

  • RapidePréexcitation (WPW) à l’ECG, QT long ou aspect de Brugada sans critère d’urgence — consultation rapide (cardiologue de garde) ou priorité B
  • RapideHistoire familiale de mort subite avant 50 ans ou de cardiomyopathie avec palpitations ; palpitations à l’effort chez un sportif — priorité B ou C
  • RapideTSV documentée récidivante (ablation à discuter) ; extrasystoles ventriculaires > 10 % ou TV non soutenue au Holter — priorité C (≤ 28 j)
  • ÉlectifExtrasystoles bénignes symptomatiques malgré réassurance et bêtabloquant, cœur normal — priorité D (≤ 3 mois)
  • ÉlectifPalpitations récidivantes non expliquées après Holter et moniteur de 2 semaines, ECG normal — priorité D ou E

À préparer : description des épisodes (début et fin, régularité, durée, fréquence, déclencheurs, manœuvres efficaces) ; ECG de base et ECG pendant un épisode si disponible ; résultats du Holter ou du moniteur (fardeau d’extrasystoles, corrélation symptômes-rythme) ; données de montre intelligente ; FSC, électrolytes, créatinine, TSH ; échocardiographie si faite ; médicaments et substances (caféine, stimulants) ; histoire familiale de mort subite.

Suivi

  • Revoir avec le résultat du moniteur en 2 à 4 semaines.
  • Monitorage négatif avec symptômes pendant l’enregistrement (rythme sinusal) : rassurer ; pas de nouvel examen sauf changement du tableau.
  • Bêtabloquant pour extrasystoles : réévaluer en 4 à 6 semaines (FC de repos, TA, symptômes) ; tenter l’arrêt graduel (sur 1 à 2 semaines) après 3 à 6 mois si les symptômes sont contrôlés.
  • Extrasystoles ventriculaires fréquentes (> 10 %) avec échocardiographie normale : Holter et échocardiographie de contrôle aux 12 mois environ, ou selon le cardiologue.
  • Hyperthyroïdie, anémie ou carence électrolytique corrigée : TSH en 6 à 8 semaines, FSC en 6 à 8 semaines, électrolytes en 1 à 2 semaines.
  • Expliquer au patient quand revenir ou aller à l’urgence (syncope, douleur, épisode prolongé > 15 à 30 min malgré la manœuvre de Valsalva).

Pièges et perles

  • Ne pas conclure à l’anxiété avant l’ECG et, si les symptômes récidivent, le monitorage : la TSV est souvent étiquetée « crise de panique » pendant des années.
  • Début et fin brusques, arrêt par une manœuvre vagale, polyurie après l’épisode : évoquent une TSV.
  • Une tachycardie régulière à 150/min peut être un flutter 2:1.
  • Tachycardie à complexes larges chez une personne avec une cardiopathie : TV jusqu’à preuve du contraire, même si elle est bien tolérée.
  • Palpitations à l’effort ou syncope à l’effort chez un jeune sportif : pas de retour au sport avant l’avis en cardiologie (cardiomyopathie, canalopathie).
  • Grossesse : palpitations et tachycardie sinusale fréquentes ; vérifier Hb et TSH ; la FA ou la TSV en grossesse se discute avec la cardiologie et l’obstétrique.
  • Le QTc doit être revu avant d’ajouter un médicament qui prolonge le QT (voir la fiche dédiée).

Références