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Deuil

PsychiatrieFiche révisée · 18 oct. 2026

💊 Doses / traitement✉ Signaler une erreur

En bref : Le deuil est une rĂ©action normale Ă  une perte significative. Son intensitĂ© et sa durĂ©e varient selon la personne et la culture. En 1re ligne, on offre soutien, normalisation et attente vigilante, sans antidĂ©presseur. On reste attentif Ă  2 diagnostics : la dĂ©pression majeure, qui se diagnostique mĂȘme en contexte de deuil, et le trouble du deuil prolongĂ© (DSM-5-TR : ≄ 12 mois). La psychothĂ©rapie spĂ©cifique au deuil prolongĂ© est plus efficace que les antidĂ©presseurs.

đŸ©ș Au chevet

đŸš© Signaux d’alarme

  • IdĂ©es suicidaires liĂ©es Ă  la dĂ©valorisation : toujours demander.
  • Dysphorie envahissante, perte de rĂ©activitĂ©, culpabilitĂ© globale, ralentissement psychomoteur marquĂ© : dĂ©pression majeure.
  • Ennui intense ou prĂ©occupation quotidienne ≄ 12 mois aprĂšs le dĂ©cĂšs : trouble du deuil prolongĂ©.
  • Hausse de l’alcool, des drogues ou des sĂ©datifs ; isolement, dĂ©nutrition, abandon de la mĂ©dication chez la personne ĂągĂ©e.

✅ À faire maintenant

  • Relation avec le dĂ©funt, circonstances du dĂ©cĂšs (soudain, traumatique, dĂ©cĂšs d’un enfant), soutien social.
  • PHQ-9, risque suicidaire, consommation, TSPT si dĂ©cĂšs traumatique.
  • Brief Grief Questionnaire (≄ 5 : Ă©valuer plus) ; PG-13-R (≄ 30 : compatible avec deuil prolongĂ©).
  • SantĂ© du survivant : sommeil, observance, maladies chroniques.
  • DĂ©cĂšs Ă  l’USI ou traumatique : appel ou rendez-vous de suivi Ă  la famille.

💊 Premiùres ordonnances

  • Deuil normal : soutien, normalisation, attente vigilante ; pas d’antidĂ©presseur ni de benzodiazĂ©pine.
  • DĂ©pression majeure : ISRS + psychothĂ©rapie (voir fiche DĂ©pression).
  • Deuil prolongĂ© : psychothĂ©rapie spĂ©cifique (le citalopram n’amĂ©liore pas le deuil).
  • Ressources : Info-Social 811 (option 2), groupes d’endeuillĂ©s, PAE ; suivi dans 4–8 semaines.

📞 Appeler ou orienter si

  • Psychiatrie adulte : IdĂ©es suicidaires chez l’endeuillĂ©
  • Soins spirituels : DĂ©cĂšs inattendu ou traumatique, famille en dĂ©tresse

DĂ©lais, autres situations et quoi prĂ©parer : section Consulter â€ș

  • Deuil normal : soutien, normalisation, attente vigilante ; pas d’antidĂ©presseur ni de benzodiazĂ©pine.
  • DĂ©pression majeure : ISRS + psychothĂ©rapie (voir fiche DĂ©pression).
  • Deuil prolongĂ© : psychothĂ©rapie spĂ©cifique (le citalopram n’amĂ©liore pas le deuil).
  • Ressources : Info-Social 811 (option 2), groupes d’endeuillĂ©s, PAE ; suivi dans 4–8 semaines.
📝 Gabarits d’ordonnance (1 · Ă  adapter au patient)

Cochez les lignes voulues, remplissez l’en-tĂȘte, puis Copier (texte pour le DMÉ) ou Imprimer. Doses reprises de la fiche ; gabarit Ă  valider avant usage.

🔒 Les informations inscrites restent sur votre appareil : rien n’est enregistrĂ© ni envoyĂ©.

đŸ€ OrientationRecommandation de soins : psychothĂ©rapie

Diagnostic : Trouble du deuil prolongé

Objectif : Diminuer la détresse et reprendre le fonctionnement

FrĂ©quence suggĂ©rĂ©e : Selon le plan du thĂ©rapeute ; réévaluation mĂ©dicale Ă  8–12 semaines.

Précautions : Risque suicidaire évalué. Urgence ou 911 si idées suicidaires avec plan ; ligne de crise 9-8-8 ou 1 866 APPELLE.

PsychothĂ©rapie : au public, guichet d’accĂšs en santĂ© mentale de l’établissement (PQPTM) ; au privĂ©, assurance ou programme d’aide aux employĂ©s.

📞 Appeler ou orienter si

  • Envoyer Ă  l’urgence : IdĂ©es suicidaires avec plan ou intention

DĂ©lais, autres situations et quoi prĂ©parer : section Consulter â€ș

📹 RĂ©fĂ©rer : CRDS Consulter en psychiatrie si : (prioritĂ©s A Ă  E) · đŸš© Alertes cliniques : urgence

🔗 Ressources et raisonnement

Deuil normal

  • Évolution habituelle, non linĂ©aire, en vagues dĂ©clenchĂ©es par des rappels (anniversaires, fĂȘtes) :
    • Choc, protestation et incrĂ©dulitĂ©.
    • Recherche du dĂ©funt et dĂ©tresse aiguĂ«.
    • DĂ©sespoir et dĂ©tachement.
    • RĂ©organisation.
  • Manifestations normales :
    • Tristesse, pleurs, ennui intense du dĂ©funt, culpabilitĂ© centrĂ©e sur ce qui a Ă©tĂ© fait ou non au moment du dĂ©cĂšs.
    • Troubles du sommeil et de l’appĂ©tit.
    • BrĂšves impressions d’entendre ou de voir le dĂ©funt.
  • La solitude est le symptĂŽme le plus persistant d’un deuil normal ; elle peut durer des annĂ©es.
  • Le deuil s’accompagne d’une hausse de la morbiditĂ© et de la mortalitĂ© pendant la 1re annĂ©e, surtout chez le conjoint survivant (Ă©vĂ©nements cardiovasculaires, suicide, consommation).

Facteurs de risque de deuil compliqué

  • Mort soudaine, violente, traumatique (suicide, homicide, COVID-19 Ă  l’USI) ou non anticipĂ©e.
  • DĂ©cĂšs d’un enfant.
  • Relation trĂšs dĂ©pendante avec le dĂ©funt, dĂ©tresse initiale Ă©levĂ©e.
  • Faible soutien social, autres pertes ou stress concomitants.
  • AntĂ©cĂ©dents psychiatriques, surtout de dĂ©pression ou d'anxiĂ©tĂ© de sĂ©paration.

Distinguer : deuil normal, dépression, deuil prolongé

ÉlĂ©ment Deuil normal DĂ©pression majeure Trouble du deuil prolongĂ©
Émotion dominante Ennui et nostalgie en vagues, liĂ©s aux rappels du dĂ©funt Dysphorie envahissante, indĂ©pendante des rappels, perte de rĂ©activitĂ© de l’humeur Ennui intense du dĂ©funt ou prĂ©occupation quotidienne envers lui
Estime de soi PrĂ©servĂ©e DĂ©valorisation, sentiment d’inutilitĂ© IdentitĂ© Ă©branlĂ©e (« une partie de moi est morte »)
Culpabilité Centrée sur le décÚs Globale Centrée sur le décÚs
PensĂ©es de mort DĂ©sir de « rejoindre » le dĂ©funt IdĂ©es suicidaires liĂ©es Ă  la dĂ©valorisation Sentiment que la vie n’a plus de sens
Perceptions Voir ou entendre briĂšvement le dĂ©funt Hallucinations d’autre nature (dĂ©pression psychotique) Évitement des rappels
Fonctionnement Retour progressif Ralentissement psychomoteur marquĂ©, atteinte prolongĂ©e Atteinte significative ≄ 12 mois aprĂšs le dĂ©cĂšs
Traitement Soutien Antidépresseur ± psychothérapie Psychothérapie spécifique

⚠ Recommandation actuelle (DSM-5-TR, 2022) : le diagnostic officiel est le trouble du deuil prolongĂ©. Il remplace le « deuil complexe persistant », qui n’était qu’une condition Ă  l’étude dans le DSM-5. CritĂšres : - DĂ©cĂšs d’un proche il y a au moins 12 mois (CIM-11 : 6 mois). - Ennui intense du dĂ©funt ou prĂ©occupation envers lui, presque tous les jours depuis au moins 1 mois. - ≄ 3 symptĂŽmes sur 8 : sentiment qu’une partie de soi est morte, incrĂ©dulitĂ©, Ă©vitement des rappels, douleur Ă©motionnelle intense, difficultĂ© Ă  reprendre sa vie, engourdissement Ă©motionnel, sentiment que la vie n’a plus de sens, solitude intense. - DĂ©tresse ou atteinte fonctionnelle significative, au-delĂ  des normes culturelles. - PrĂ©valence : environ 10 % des endeuillĂ©s.

⚠ Recommandation actuelle (DSM-5-TR, 2022) : le diagnostic officiel est le trouble du deuil prolongĂ©. Il remplace le « deuil complexe persistant », qui n’était qu’une condition Ă  l’étude dans le DSM-5. CritĂšres : - DĂ©cĂšs d’un proche il y a au moins 12 mois (6 mois chez l’enfant ; CIM-11 : 6 mois). - Ennui intense du dĂ©funt ou prĂ©occupation envers lui, presque tous les jours depuis au moins 1 mois. - ≄ 3 symptĂŽmes sur 8 : sentiment qu’une partie de soi est morte, incrĂ©dulitĂ©, Ă©vitement des rappels, douleur Ă©motionnelle intense, difficultĂ© Ă  reprendre sa vie, engourdissement Ă©motionnel, sentiment que la vie n’a plus de sens, solitude intense. - DĂ©tresse ou atteinte fonctionnelle significative, au-delĂ  des normes culturelles. - PrĂ©valence : environ 10 % des endeuillĂ©s.

Évaluation

  • Relation avec le dĂ©funt et circonstances du dĂ©cĂšs (soudain, traumatique, Ă  l’hĂŽpital).
  • Soutien social, rĂŽles perdus (proche aidant), enjeux financiers.
  • DĂ©pister :
    • DĂ©pression (PHQ-9).
    • Risque suicidaire : toujours le demander.
    • Hausse de la consommation d’alcool, de tabac, de drogues ou de sĂ©datifs.
    • TSPT si le dĂ©cĂšs a Ă©tĂ© traumatique.
  • Outils :
    • Brief Grief Questionnaire (5 items ; un score ≄ 5 justifie une Ă©valuation plus poussĂ©e).
    • PG-13-R (un score ≄ 30 est compatible avec un deuil prolongĂ©).
  • SantĂ© physique du survivant : sommeil, observance de ses propres traitements, suivi des maladies chroniques.

Prise en charge

Deuil normal

  • Soutien, Ă©ducation et normalisation du processus. On explique que les vagues et la solitude sont attendues.
  • Ne pas traiter un deuil normal avec des antidĂ©presseurs ou des anxiolytiques : il faut laisser la personne vivre son deuil. On Ă©vite les benzodiazĂ©pines, qui peuvent nuire au travail de deuil et entraĂźner une dĂ©pendance.
  • HygiĂšne du sommeil, activitĂ© physique, maintien des routines et des liens sociaux.
  • Ressources : groupes d’endeuillĂ©s, maisons de soins palliatifs (suivi de deuil), organismes communautaires, Info-Social 811 (option 2), programme d’aide aux employĂ©s.
  • Rendez-vous de suivi dans 4 Ă  8 semaines, puis autour des dates significatives.

Dépression majeure en contexte de deuil

  • Si les critĂšres de dĂ©pression majeure sont remplis, on pose le diagnostic de dĂ©pression, mĂȘme dans un contexte de deuil. Le DSM-5 a retirĂ© l'« exclusion de deuil ».
  • On traite selon la fiche DĂ©pression : ISRS et psychothĂ©rapie, surtout en prĂ©sence d’antĂ©cĂ©dents de troubles de l’humeur, de symptĂŽmes sĂ©vĂšres ou autonomes, ou d’idĂ©es suicidaires.

Trouble du deuil prolongé

  • PsychothĂ©rapie spĂ©cifique :
    • Prolonged Grief Disorder Therapy (16 sĂ©ances) ou TCC centrĂ©e sur le deuil, en individuel ou en groupe.
    • Dans les essais du NIMH, 71 % des patients Ă©taient rĂ©pondeurs, contre 44 % avec un traitement de la dĂ©pression.
  • PharmacothĂ©rapie : le citalopram n’amĂ©liore pas les symptĂŽmes de deuil (essai HEAL), mais il aide en cas de dĂ©pression associĂ©e. La naltrexone est Ă  l’étude.
  • Orienter vers la psychologie, la psychiatrie ou un programme spĂ©cialisĂ© en deuil (voir Consulter).

En milieu hospitalier

  • Annonce d’un dĂ©cĂšs :
    • Choisir un lieu calme, s’asseoir.
    • Utiliser le mot « dĂ©cĂ©dĂ© » sans euphĂ©misme.
    • Laisser du silence, offrir la prĂ©sence de l’intervenant en soins spirituels et du travailleur social.
  • Le deuil anticipĂ© commence avant le dĂ©cĂšs (soins palliatifs, CHSLD). PrĂ©parer la famille rĂ©duit le risque de deuil compliquĂ©.
  • AprĂšs un dĂ©cĂšs Ă  l’USI ou un dĂ©cĂšs traumatique, offrir Ă  la famille un rendez-vous ou un appel de suivi et lui remettre les ressources.
  • Chez le soignant : reconnaĂźtre son propre deuil professionnel (CHSLD, soins palliatifs) et prendre des temps de bilan d’équipe.

Consulter

Envoyer à l’urgence si :

  • UrgenceIdĂ©es suicidaires avec plan ou intention (accĂšs Ă  des moyens) — Ă©valuation urgente ; 911 si danger immĂ©diat

Consulter en psychiatrie si :

  • UrgentIdĂ©es suicidaires chez l’endeuillĂ© — Ă©valuation urgente, psychiatre de garde.
  • Semi-urgentDĂ©pression majeure grave et instable en contexte de deuil — ≀ 10 jours.
  • ÉlectifTrouble du deuil prolongĂ©, dĂ©tresse malgrĂ© le suivi — ≀ 3 mois.

Consulter en psychologie si :

  • ÉlectifTrouble du deuil prolongĂ© (psychothĂ©rapie spĂ©cifique) — suivi externe : CLSC, GMF ou programme spĂ©cialisĂ© en deuil.

Consulter en soins spirituels si :

  • UrgentDĂ©cĂšs inattendu ou traumatique, famille en dĂ©tresse — lors de l’annonce.
  • ÉlectifProches endeuillĂ©s Ă  orienter (ressources de deuil) — avant le dĂ©part de la famille.

Consulter en travail social si :

  • ÉlectifEndeuillĂ© isolĂ©, proche aidant ou enjeux financiers — CLSC ou GMF au congĂ©.

Trouble du deuil prolongĂ© : psychothĂ©rapie spĂ©cifique d’abord (psychologie, programme spĂ©cialisĂ© en deuil, groupes d’endeuillĂ©s, Info-Social 811).

  • RapideDĂ©pression majeure avec rupture fonctionnelle (ne rĂ©pond pas au traitement standard) — prioritĂ© C (≀ 28 j)
  • ÉlectifTrouble du deuil prolongĂ© avec dĂ©tresse persistante (≄ 12 mois, fonctionnement stable, Ă©chec de l’approche de 1re ligne) — prioritĂ© D (≀ 3 mois)
  • ÉlectifComorbiditĂ© psychiatrique ou toxicomanie Ă  optimiser (TSPT aprĂšs dĂ©cĂšs traumatique, alcool, sĂ©datifs) — prioritĂ© E (≀ 12 mois)

À prĂ©parer : circonstances du dĂ©cĂšs et dĂ©lai ; PHQ-9, PG-13-R ou Brief Grief Questionnaire ; Ă©valuation du risque suicidaire ; consommation ; traitements et psychothĂ©rapie dĂ©jĂ  essayĂ©s ; soutien social.

PiĂšges et perles

  • Les impressions de voir ou d’entendre le dĂ©funt sont normales. Des hallucinations d’une autre nature, une culpabilitĂ© globale ou une dĂ©valorisation orientent vers une dĂ©pression.
  • Chez la personne ĂągĂ©e endeuillĂ©e, on surveille l'isolement, la dĂ©nutrition, l’abandon de la mĂ©dication et l'alcool.
  • Le deuil est aussi culturel : les rites, la durĂ©e et l’expression varient. On Ă©value la souffrance et l’atteinte fonctionnelle plutĂŽt que la « conformitĂ© » Ă  un modĂšle.

Références

đŸ©ș Situations CHSLD qui renvoient ici