En bref : Le deuil est une rĂ©action normale Ă une perte significative. Son intensitĂ© et sa durĂ©e varient selon la personne et la culture. En 1re ligne, on offre soutien, normalisation et attente vigilante, sans antidĂ©presseur. On reste attentif Ă 2 diagnostics : la dĂ©pression majeure, qui se diagnostique mĂȘme en contexte de deuil, et le trouble du deuil prolongĂ© (DSM-5-TR : â„ 12 mois). La psychothĂ©rapie spĂ©cifique au deuil prolongĂ© est plus efficace que les antidĂ©presseurs.
đ©ș Au chevet
đ© Signaux dâalarme
- Idées suicidaires liées à la dévalorisation : toujours demander.
- Dysphorie envahissante, perte de réactivité, culpabilité globale, ralentissement psychomoteur marqué : dépression majeure.
- Ennui intense ou préoccupation quotidienne ℠12 mois aprÚs le décÚs : trouble du deuil prolongé.
- Hausse de lâalcool, des drogues ou des sĂ©datifs ; isolement, dĂ©nutrition, abandon de la mĂ©dication chez la personne ĂągĂ©e.
â Ă faire maintenant
- Relation avec le dĂ©funt, circonstances du dĂ©cĂšs (soudain, traumatique, dĂ©cĂšs dâun enfant), soutien social.
- PHQ-9, risque suicidaire, consommation, TSPT si décÚs traumatique.
- Brief Grief Questionnaire (℠5 : évaluer plus) ; PG-13-R (℠30 : compatible avec deuil prolongé).
- Santé du survivant : sommeil, observance, maladies chroniques.
- DĂ©cĂšs Ă lâUSI ou traumatique : appel ou rendez-vous de suivi Ă la famille.
đ PremiĂšres ordonnances
- Deuil normal : soutien, normalisation, attente vigilante ; pas dâantidĂ©presseur ni de benzodiazĂ©pine.
- Dépression majeure : ISRS + psychothérapie (voir fiche Dépression).
- Deuil prolongĂ© : psychothĂ©rapie spĂ©cifique (le citalopram nâamĂ©liore pas le deuil).
- Ressources : Info-Social 811 (option 2), groupes dâendeuillĂ©s, PAE ; suivi dans 4â8 semaines.
đ Appeler ou orienter si
- Psychiatrie adulte : IdĂ©es suicidaires chez lâendeuillĂ©
- Soins spirituels : DécÚs inattendu ou traumatique, famille en détresse
DĂ©lais, autres situations et quoi prĂ©parer : section Consulter âș
- Deuil normal : soutien, normalisation, attente vigilante ; pas dâantidĂ©presseur ni de benzodiazĂ©pine.
- Dépression majeure : ISRS + psychothérapie (voir fiche Dépression).
- Deuil prolongĂ© : psychothĂ©rapie spĂ©cifique (le citalopram nâamĂ©liore pas le deuil).
- Ressources : Info-Social 811 (option 2), groupes dâendeuillĂ©s, PAE ; suivi dans 4â8 semaines.
đ Gabarits dâordonnance (1 · Ă adapter au patient)
Cochez les lignes voulues, remplissez lâen-tĂȘte, puis Copier (texte pour le DMĂ) ou Imprimer. Doses reprises de la fiche ; gabarit Ă valider avant usage.
đ Les informations inscrites restent sur votre appareil : rien nâest enregistrĂ© ni envoyĂ©.
Diagnostic : Trouble du deuil prolongé
Objectif : Diminuer la détresse et reprendre le fonctionnement
FrĂ©quence suggĂ©rĂ©e : Selon le plan du thĂ©rapeute ; réévaluation mĂ©dicale Ă 8â12 semaines.
Précautions : Risque suicidaire évalué. Urgence ou 911 si idées suicidaires avec plan ; ligne de crise 9-8-8 ou 1 866 APPELLE.
PsychothĂ©rapie : au public, guichet dâaccĂšs en santĂ© mentale de lâĂ©tablissement (PQPTM) ; au privĂ©, assurance ou programme dâaide aux employĂ©s.
đ Appeler ou orienter si
- Envoyer Ă lâurgence : IdĂ©es suicidaires avec plan ou intention
DĂ©lais, autres situations et quoi prĂ©parer : section Consulter âș
đš RĂ©fĂ©rer : CRDS Consulter en psychiatrie si : (prioritĂ©s A Ă E) · đ© Alertes cliniques : urgence
đ Ressources et raisonnement
Deuil normal
- Ăvolution habituelle, non linĂ©aire, en vagues dĂ©clenchĂ©es par des rappels (anniversaires, fĂȘtes) :
- Choc, protestation et incrédulité.
- Recherche du défunt et détresse aiguë.
- Désespoir et détachement.
- Réorganisation.
- Manifestations normales :
- Tristesse, pleurs, ennui intense du défunt, culpabilité centrée sur ce qui a été fait ou non au moment du décÚs.
- Troubles du sommeil et de lâappĂ©tit.
- BrĂšves impressions dâentendre ou de voir le dĂ©funt.
- La solitude est le symptĂŽme le plus persistant dâun deuil normal ; elle peut durer des annĂ©es.
- Le deuil sâaccompagne dâune hausse de la morbiditĂ© et de la mortalitĂ© pendant la 1re annĂ©e, surtout chez le conjoint survivant (Ă©vĂ©nements cardiovasculaires, suicide, consommation).
Facteurs de risque de deuil compliqué
- Mort soudaine, violente, traumatique (suicide, homicide, COVID-19 Ă lâUSI) ou non anticipĂ©e.
- DĂ©cĂšs dâun enfant.
- Relation trÚs dépendante avec le défunt, détresse initiale élevée.
- Faible soutien social, autres pertes ou stress concomitants.
- Antécédents psychiatriques, surtout de dépression ou d'anxiété de séparation.
Distinguer : deuil normal, dépression, deuil prolongé
| ĂlĂ©ment | Deuil normal | DĂ©pression majeure | Trouble du deuil prolongĂ© |
|---|---|---|---|
| Ămotion dominante | Ennui et nostalgie en vagues, liĂ©s aux rappels du dĂ©funt | Dysphorie envahissante, indĂ©pendante des rappels, perte de rĂ©activitĂ© de lâhumeur | Ennui intense du dĂ©funt ou prĂ©occupation quotidienne envers lui |
| Estime de soi | PrĂ©servĂ©e | DĂ©valorisation, sentiment dâinutilitĂ© | IdentitĂ© Ă©branlĂ©e (« une partie de moi est morte ») |
| Culpabilité | Centrée sur le décÚs | Globale | Centrée sur le décÚs |
| PensĂ©es de mort | DĂ©sir de « rejoindre » le dĂ©funt | IdĂ©es suicidaires liĂ©es Ă la dĂ©valorisation | Sentiment que la vie nâa plus de sens |
| Perceptions | Voir ou entendre briĂšvement le dĂ©funt | Hallucinations dâautre nature (dĂ©pression psychotique) | Ăvitement des rappels |
| Fonctionnement | Retour progressif | Ralentissement psychomoteur marqué, atteinte prolongée | Atteinte significative ℠12 mois aprÚs le décÚs |
| Traitement | Soutien | Antidépresseur ± psychothérapie | Psychothérapie spécifique |
â ïž Recommandation actuelle (DSM-5-TR, 2022) : le diagnostic officiel est le trouble du deuil prolongĂ©. Il remplace le « deuil complexe persistant », qui nâĂ©tait quâune condition Ă lâĂ©tude dans le DSM-5. CritĂšres : - DĂ©cĂšs dâun proche il y a au moins 12 mois (CIM-11 : 6 mois). - Ennui intense du dĂ©funt ou prĂ©occupation envers lui, presque tous les jours depuis au moins 1 mois. - â„ 3 symptĂŽmes sur 8 : sentiment quâune partie de soi est morte, incrĂ©dulitĂ©, Ă©vitement des rappels, douleur Ă©motionnelle intense, difficultĂ© Ă reprendre sa vie, engourdissement Ă©motionnel, sentiment que la vie nâa plus de sens, solitude intense. - DĂ©tresse ou atteinte fonctionnelle significative, au-delĂ des normes culturelles. - PrĂ©valence : environ 10 % des endeuillĂ©s.
â ïž Recommandation actuelle (DSM-5-TR, 2022) : le diagnostic officiel est le trouble du deuil prolongĂ©. Il remplace le « deuil complexe persistant », qui nâĂ©tait quâune condition Ă lâĂ©tude dans le DSM-5. CritĂšres : - DĂ©cĂšs dâun proche il y a au moins 12 mois (6 mois chez lâenfant ; CIM-11 : 6 mois). - Ennui intense du dĂ©funt ou prĂ©occupation envers lui, presque tous les jours depuis au moins 1 mois. - â„ 3 symptĂŽmes sur 8 : sentiment quâune partie de soi est morte, incrĂ©dulitĂ©, Ă©vitement des rappels, douleur Ă©motionnelle intense, difficultĂ© Ă reprendre sa vie, engourdissement Ă©motionnel, sentiment que la vie nâa plus de sens, solitude intense. - DĂ©tresse ou atteinte fonctionnelle significative, au-delĂ des normes culturelles. - PrĂ©valence : environ 10 % des endeuillĂ©s.
Ăvaluation
- Relation avec le dĂ©funt et circonstances du dĂ©cĂšs (soudain, traumatique, Ă lâhĂŽpital).
- Soutien social, rĂŽles perdus (proche aidant), enjeux financiers.
- Dépister :
- Dépression (PHQ-9).
- Risque suicidaire : toujours le demander.
- Hausse de la consommation dâalcool, de tabac, de drogues ou de sĂ©datifs.
- TSPT si le décÚs a été traumatique.
- Outils :
- Brief Grief Questionnaire (5 items ; un score ℠5 justifie une évaluation plus poussée).
- PG-13-R (un score ℠30 est compatible avec un deuil prolongé).
- Santé physique du survivant : sommeil, observance de ses propres traitements, suivi des maladies chroniques.
Prise en charge
Deuil normal
- Soutien, éducation et normalisation du processus. On explique que les vagues et la solitude sont attendues.
- Ne pas traiter un deuil normal avec des antidépresseurs ou des anxiolytiques : il faut laisser la personne vivre son deuil. On évite les benzodiazépines, qui peuvent nuire au travail de deuil et entraßner une dépendance.
- HygiÚne du sommeil, activité physique, maintien des routines et des liens sociaux.
- Ressources : groupes dâendeuillĂ©s, maisons de soins palliatifs (suivi de deuil), organismes communautaires, Info-Social 811 (option 2), programme dâaide aux employĂ©s.
- Rendez-vous de suivi dans 4 Ă 8 semaines, puis autour des dates significatives.
Dépression majeure en contexte de deuil
- Si les critĂšres de dĂ©pression majeure sont remplis, on pose le diagnostic de dĂ©pression, mĂȘme dans un contexte de deuil. Le DSM-5 a retirĂ© l'« exclusion de deuil ».
- On traite selon la fiche DĂ©pression : ISRS et psychothĂ©rapie, surtout en prĂ©sence dâantĂ©cĂ©dents de troubles de lâhumeur, de symptĂŽmes sĂ©vĂšres ou autonomes, ou dâidĂ©es suicidaires.
Trouble du deuil prolongé
- Psychothérapie spécifique :
- Prolonged Grief Disorder Therapy (16 séances) ou TCC centrée sur le deuil, en individuel ou en groupe.
- Dans les essais du NIMH, 71 % des patients étaient répondeurs, contre 44 % avec un traitement de la dépression.
- PharmacothĂ©rapie : le citalopram nâamĂ©liore pas les symptĂŽmes de deuil (essai HEAL), mais il aide en cas de dĂ©pression associĂ©e. La naltrexone est Ă lâĂ©tude.
- Orienter vers la psychologie, la psychiatrie ou un programme spécialisé en deuil (voir Consulter).
En milieu hospitalier
- Annonce dâun dĂ©cĂšs :
- Choisir un lieu calme, sâasseoir.
- Utiliser le mot « décédé » sans euphémisme.
- Laisser du silence, offrir la prĂ©sence de lâintervenant en soins spirituels et du travailleur social.
- Le deuil anticipé commence avant le décÚs (soins palliatifs, CHSLD). Préparer la famille réduit le risque de deuil compliqué.
- AprĂšs un dĂ©cĂšs Ă lâUSI ou un dĂ©cĂšs traumatique, offrir Ă la famille un rendez-vous ou un appel de suivi et lui remettre les ressources.
- Chez le soignant : reconnaĂźtre son propre deuil professionnel (CHSLD, soins palliatifs) et prendre des temps de bilan dâĂ©quipe.
Consulter
Envoyer Ă lâurgence si :
- UrgenceIdĂ©es suicidaires avec plan ou intention (accĂšs Ă des moyens) â Ă©valuation urgente ; 911 si danger immĂ©diat
Consulter en psychiatrie si :
- UrgentIdĂ©es suicidaires chez lâendeuillĂ© â Ă©valuation urgente, psychiatre de garde.
- Semi-urgentDépression majeure grave et instable en contexte de deuil ⠆10 jours.
- ĂlectifTrouble du deuil prolongĂ©, dĂ©tresse malgrĂ© le suivi â †3 mois.
Consulter en psychologie si :
- ĂlectifTrouble du deuil prolongĂ© (psychothĂ©rapie spĂ©cifique) â suivi externe : CLSC, GMF ou programme spĂ©cialisĂ© en deuil.
Consulter en soins spirituels si :
- UrgentDĂ©cĂšs inattendu ou traumatique, famille en dĂ©tresse â lors de lâannonce.
- ĂlectifProches endeuillĂ©s Ă orienter (ressources de deuil) â avant le dĂ©part de la famille.
Consulter en travail social si :
- ĂlectifEndeuillĂ© isolĂ©, proche aidant ou enjeux financiers â CLSC ou GMF au congĂ©.
Trouble du deuil prolongĂ© : psychothĂ©rapie spĂ©cifique dâabord (psychologie, programme spĂ©cialisĂ© en deuil, groupes dâendeuillĂ©s, Info-Social 811).
- RapideDĂ©pression majeure avec rupture fonctionnelle (ne rĂ©pond pas au traitement standard) â prioritĂ© C (†28 j)
- ĂlectifTrouble du deuil prolongĂ© avec dĂ©tresse persistante (â„ 12 mois, fonctionnement stable, Ă©chec de lâapproche de 1re ligne) â prioritĂ© D (†3 mois)
- ĂlectifComorbiditĂ© psychiatrique ou toxicomanie Ă optimiser (TSPT aprĂšs dĂ©cĂšs traumatique, alcool, sĂ©datifs) â prioritĂ© E (†12 mois)
à préparer : circonstances du décÚs et délai ; PHQ-9, PG-13-R ou Brief Grief Questionnaire ; évaluation du risque suicidaire ; consommation ; traitements et psychothérapie déjà essayés ; soutien social.
PiĂšges et perles
- Les impressions de voir ou dâentendre le dĂ©funt sont normales. Des hallucinations dâune autre nature, une culpabilitĂ© globale ou une dĂ©valorisation orientent vers une dĂ©pression.
- Chez la personne ĂągĂ©e endeuillĂ©e, on surveille l'isolement, la dĂ©nutrition, lâabandon de la mĂ©dication et l'alcool.
- Le deuil est aussi culturel : les rites, la durĂ©e et lâexpression varient. On Ă©value la souffrance et lâatteinte fonctionnelle plutĂŽt que la « conformitĂ© » Ă un modĂšle.
Références
- Special Report: Prolonged Grief Disorder â What You Need to Know (Psychiatric News, APA, 2023)
- Citalopram may offer limited benefit for complicated grief â essai HEAL, Shear et coll. (Psychiatric News Alert, 2016)
- MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spĂ©cialisĂ©e (CRDS) â Psychiatrie adulte.