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Alopécie

DermatologieNouvelle fiche SRV · oct. 2026Fiche révisée · 23 oct. 2026

Voir aussi : Dermatologie : généralités · Thyroïde · Anémie · Aménorrhée et SOPK · Infections de l’enfant et exanthèmes · Syphilis

💊 Doses / traitement✉️ Signaler une erreur

En bref : Première question : l’alopécie est-elle cicatricielle (orifices folliculaires absents, peau lisse ou inflammée) ? Si oui, dermatologie rapidement, car la perte est définitive. Sinon, les causes fréquentes sont l’alopécie androgénétique (minoxidil topique en premier ; finastéride chez l’homme ; minoxidil PO à faible dose hors indication), l’effluvium télogène (chute diffuse 2 à 5 mois après un stress, spontanément résolutive), la pelade (plaques lisses, corticostéroïde topique puissant) et l’alopécie de traction. Chez l’enfant, une plaque squameuse avec cheveux cassés est une teigne jusqu’à preuve du contraire : culture, puis orientation en pédiatrie ou en dermatologie pour un antifongique PO. Le bilan est ciblé : FSC, ferritine et TSH selon la clinique.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d’alarme

  • Kérion étendu avec fièvre, cellulite qui s’étend ou enfant d’aspect toxique : urgence ou évaluation le jour même.
  • Chute diffuse brutale avec atteinte de l’état général : fièvre, éruption, ulcères buccaux, arthrites (lupus), ou symptômes digestifs et neurologiques (intoxication : thallium, arsenic, colchicine) : urgence.
  • Minoxidil PO : douleur thoracique, dyspnée, œdème qui progresse vite, syncope, FC au repos > 120 : cesser et urgence (rétention hydrosodée, épanchement péricardique).
  • Signes de virilisation rapide chez la femme (voix grave, clitoromégalie, hirsutisme qui progresse en quelques mois) : bilan androgénique et imagerie en urgence relative (tumeur sécrétante).
  • Trichotillomanie ou détresse importante avec idées suicidaires : évaluation du risque suicidaire le jour même (fiche Risque suicidaire).

✅ À faire maintenant

  • Préciser : début, chute (cheveux qui tombent avec leur bulbe) ou cassure, diffuse ou en plaques, prurit, douleur, brûlure ; stress, accouchement, chirurgie, maladie fébrile, COVID-19, diète ou perte de poids dans les 2 à 5 mois précédents ; coiffures serrées, défrisants ; médicaments (rétinoïdes, anticoagulants, antithyroïdiens, chimiothérapie, arrêt d’un contraceptif oral) ; règles irrégulières, acné, hirsutisme ; antécédents familiaux.
  • Examen : répartition (vertex et golfes chez l’homme, raie médiane élargie chez la femme, plaques), orifices folliculaires présents ou absents, squames, pustules, cheveux en point d’exclamation (pelade), cheveux cassés (teigne, trichotillomanie), ongles (ponctuations de la pelade), adénopathies occipitales (teigne).
  • Test de traction : saisir 40 à 60 cheveux et tirer doucement ; plus de 10 % (4 à 6 cheveux) : effluvium télogène, pelade active ou effluvium anagène.
  • Bilan ciblé (pas systématique) : chute diffuse, FSC, ferritine, TSH ; selon la clinique, VDRL ou sérologie de la syphilis (alopécie « mitée »), ANA (lupus) ; femme avec signes d’hyperandrogénie, testostérone totale, test de grossesse au besoin (fiche Aménorrhée et SOPK).
  • Teigne soupçonnée : culture mycologique de squames et de cheveux arrachés (grattage, brossage ou écouvillon) avant le traitement ; ne pas attendre le résultat si kérion.
  • Photos datées du cuir chevelu, de face, de profil et du vertex, pour suivre la réponse.

💊 Premières ordonnances

  • Alopécie androgénétique, homme : minoxidil 5 % topique (solution 1 mL BID ou mousse ½ bouchon BID, en vente libre) ; et ou finastéride 1 mg PO die. Effets du finastéride : baisse de la libido, dysfonction érectile, humeur dépressive et idées suicidaires (mise en garde de Santé Canada) ; il réduit l’APS d’environ 50 % ; contre-indiqué chez la femme enceinte (ne pas manipuler les comprimés brisés).
  • Alopécie androgénétique, femme : minoxidil 5 % mousse 1 fois par jour, ou 2 % solution 1 mL BID. Hors indication, avec contraception efficace : spironolactone 50 mg PO die, augmentée à 100 mg die après 1–2 mois (max 200 mg/j) ; K et créatinine de base, puis K à 4–6 semaines si âge > 45 ans, IRC ou IECA/ARA.
  • Minoxidil PO à faible dose (hors indication, comprimé de 2,5 mg fractionné) : femme 0,625–1,25 mg PO die (max 2,5 mg) ; homme 1,25–2,5 mg PO die (max 5 mg). Contre-indiqué : grossesse, allaitement, insuffisance cardiaque, péricardite, hypotension, phéochromocytome. Effets : hypertrichose, œdème, tachycardie, étourdissements. TA et FC au départ et au contrôle.
  • Pelade, adulte (plaques peu nombreuses) : propionate de clobétasol 0,05 % lotion ou mousse 1 fois par jour sur les plaques, 5 jours sur 7, × 3 mois. Enfant : furoate de mométhasone 0,1 % lotion 1 fois par jour × 3 mois. Réévaluer à 3 mois.

📞 Appeler ou orienter si

  • Envoyer à l’urgence : Kérion étendu avec fièvre ou cellulite ; chute diffuse brutale avec atteinte de l’état général ; sous minoxidil PO ; idées suicidaires avec danger

Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›

📨 Référer : CRDS Consulter en dermatologie si : · CRDS Consulter en chirurgie plastique si : (priorités A à E) · 🚩 Alertes cliniques : urgence

Causes fréquentes

  • Alopécie androgénétique : la plus fréquente ; homme, golfes temporaux et vertex ; femme, éclaircissement diffus du sommet avec lisière frontale conservée. Progressive ; le diagnostic est clinique.
  • Effluvium télogène : chute diffuse et abondante qui commence 2 à 5 mois après un déclencheur (accouchement, fièvre, chirurgie, COVID-19, diète, stress, médicament) ; se résout en 2 à 6 mois une fois la cause disparue, plus longtemps si elle persiste.
  • Pelade (alopecia areata) : plaques rondes, lisses, sans inflammation ; cheveux en point d’exclamation en bordure ; ponctuations unguéales ; maladie auto-immune, souvent spontanément résolutive pour les petites plaques ; associée aux maladies thyroïdiennes et au vitiligo.
  • Alopécie de traction : lisière frontale et tempes ; tresses, rallonges, chignons serrés. Réversible au début si on réduit la tension ; peut devenir cicatricielle.
  • Teigne du cuir chevelu (tinea capitis) : enfant d’âge préscolaire et scolaire ; plaques squameuses avec cheveux cassés (« points noirs »), adénopathies occipitales ; kérion : masse inflammatoire, molle, pustuleuse, qui peut laisser une cicatrice. T. tonsurans se transmet dans la famille (porteurs sans symptômes).
  • Trichotillomanie : plaques irrégulières aux cheveux cassés à différentes longueurs ; thérapie comportementale.
  • Alopécies cicatricielles : lupus discoïde, lichen plan pilaire, alopécie fibrosante frontale, alopécie cicatricielle centrale centrifuge, folliculite décalvante : toujours en dermatologie.
  • Autres : syphilis secondaire (alopécie « mitée »), carence en fer, hypothyroïdie ou hyperthyroïdie, effluvium anagène (chimiothérapie, toxiques).

Prise en charge

  • Androgénétique : le minoxidil topique est le premier choix chez l’adulte ; le finastéride s’utilise d’emblée ou en ajout chez l’homme. Expliquer : une chute accrue est possible les 2 premiers mois ; l’effet se juge après 6 à 12 mois ; le traitement doit être poursuivi, sinon la perte reprend en quelques mois.
  • Le minoxidil topique et le finastéride ne sont pas couverts par la RAMQ pour l’alopécie : discuter du coût. Le minoxidil PO à faible dose est une option moins chère pour le patient qui tolère mal le topique, hors indication.
  • Effluvium télogène : rassurer (pas de calvitie définitive), traiter la cause, corriger une carence en fer ; pas de traitement spécifique requis.
  • Pelade : petites plaques, l’abstention est possible (repousse spontanée fréquente en moins d’un an). Les infiltrations intralésionnelles de triamcinolone se font en dermatologie. Vérifier la TSH si signes de dysthyroïdie.
  • Traction : coiffures moins serrées, alterner les styles, éviter les défrisants et la chaleur excessive.
  • Teigne : examiner et traiter les contacts du foyer atteints ; laver ou jeter peignes, brosses, chapeaux, taies d’oreiller ; animal suspect chez le vétérinaire (Microsporum). Pas d’exclusion de l’école ou de la garderie une fois le traitement PO et le shampooing commencés.
  • Les antifongiques topiques seuls ne guérissent pas la teigne du cuir chevelu (ils ne pénètrent pas le follicule).

Consulter

Envoyer à l’urgence si :

  • UrgenceKérion étendu avec fièvre ou cellulite, ou enfant d’aspect toxique
  • UrgenceChute diffuse brutale avec atteinte de l’état général (fièvre, éruption, arthrites, ulcères buccaux ; symptômes digestifs ou neurologiques évoquant une intoxication)
  • UrgenceSous minoxidil PO : douleur thoracique, dyspnée, œdème rapide, syncope (épanchement péricardique, rétention hydrosodée)
  • UrgenceIdées suicidaires avec danger (trichotillomanie, détresse importante, finastéride)

Consulter en dermatologie si :

Alopécie androgénétique, effluvium télogène et petites plaques de pelade : prise en charge en première ligne d’abord.

  • RapideAlopécie cicatricielle soupçonnée (orifices folliculaires absents, érythème, squames périfolliculaires, pustules, douleur) — priorité C (≤ 28 j), biopsie
  • RapidePelade de progression rapide, étendue (> 50 % du cuir chevelu), totale ou universelle — priorité C (≤ 28 j)
  • ÉlectifPelade sans repousse après 3 mois de corticostéroïde topique puissant, teigne qui ne guérit pas malgré un traitement PO bien pris, alopécie androgénétique rebelle — priorité D (≤ 3 mois)

À préparer : début, évolution et répartition ; photos datées (face, profil, vertex) ; test de traction ; déclencheurs des 2 à 5 mois précédents ; médicaments ; FSC, ferritine, TSH et autres résultats faits ; culture mycologique si squames ; traitements essayés (molécule, concentration, durée) et réponse ; signes d’hyperandrogénie chez la femme.

Suivi

  • Androgénétique : réévaluer à 6 et 12 mois avec les photos ; minoxidil PO, TA, FC et œdème à 4–8 semaines puis aux 6–12 mois ; finastéride, interroger sur les effets sexuels et l’humeur à chaque visite.
  • Spironolactone : K et créatinine à 4–6 semaines si facteurs de risque, puis selon la clinique ; cesser si grossesse.
  • Effluvium télogène : revoir à 3–6 mois ; si la chute dure plus de 6 mois, chercher une cause persistante ou une alopécie androgénétique démasquée.
  • Carence en fer : traiter selon la fiche Anémie ; ferritine de contrôle à 3 mois.
  • Pelade : réévaluer à 3 mois ; référer si extension ou absence de repousse.

Pièges et perles

  • Chercher les orifices folliculaires : leur absence signe une alopécie cicatricielle, qui ne se traite pas au SRV.
  • Plaque squameuse du cuir chevelu chez l’enfant : teigne avant psoriasis ou dermatite séborrhéique ; faire la culture.
  • Un kérion n’est pas un abcès : ne pas l’inciser ; antifongique PO sans attendre la culture.
  • Effluvium télogène : le déclencheur date de 2 à 5 mois ; il faut le chercher à l’anamnèse.
  • Le finastéride abaisse l’APS de moitié : doubler la valeur pour l’interpréter et le noter au dossier.
  • Spironolactone et finastéride : risque pour un fœtus masculin ; contraception efficace et éviter chez la femme qui veut une grossesse.
  • La détresse liée à la perte de cheveux est réelle : la reconnaître, dépister l’anxiété et la dépression.

Références