En bref : Devant une faiblesse ou un engourdissement, trois questions : où est la lésion (cerveau, moelle, racine, plexus, nerf, jonction neuromusculaire, muscle), à quelle vitesse ça évolue (minutes : AVC ; jours : Guillain-Barré, myélite ; mois : polyneuropathie) et quelle distribution (symétrique et distale « en gants et chaussettes », un seul nerf, un dermatome). La polyneuropathie distale symétrique est surtout due au diabète, à l’alcool, au déficit en B12 et aux médicaments ; un bilan sanguin simple suffit au début. Une faiblesse rapidement progressive, des troubles respiratoires ou de déglutition, ou un niveau sensitif sont des urgences.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Faiblesse ascendante en quelques jours, réflexes abolis, paresthésies distales, souvent après une infection : Guillain-Barré → urgence (risque d’insuffisance respiratoire).
- Niveau sensitif, faiblesse des deux jambes, rétention urinaire ou incontinence, hyperréflexie, Babinski : atteinte médullaire → urgence.
- Ptose ou diplopie fluctuantes avec dysphagie, voix nasonnée ou dyspnée : crise myasthénique possible → urgence.
- Déficit focal d’installation brutale (visage, bras, parole) : AVC ou ICT → protocole AVC (voir AVC).
- Pied tombant de moins de 48 h, ou avec douleur lombaire et troubles sphinctériens.
✅ À faire maintenant
- Préciser le début (brutal, jours, mois), la distribution (symétrique ou non, distale ou proximale), les symptômes moteurs, sensitifs et autonomes, la fatigabilité.
- Revoir : diabète, alcool, metformine (B12), chimiothérapie, métronidazole, nitrofurantoïne, isoniazide, amiodarone, colchicine, protoxyde d’azote ; régime végétalien, chirurgie bariatrique ; famille (pied creux, orteils en marteau).
- Examen : force segmentaire, réflexes, Babinski, sensibilité (tact, piqûre, vibration, proprioception), Romberg, démarche, atrophie, fasciculations ; nerfs crâniens ; pieds (plaies).
- Bilan initial de polyneuropathie : FSC, électrolytes, créatinine, bilan hépatique, glycémie à jeun et HbA1c, B12, TSH, électrophorèse des protéines avec immunofixation.
- Mesurer la capacité respiratoire au chevet si faiblesse progressive (compter à voix haute en une expiration ; saturation) et envoyer si elle est diminuée.
📞 Appeler ou orienter si
- Envoyer à l’urgence : Faiblesse ascendante rapidement progressive ; atteinte médullaire soupçonnée ; myasthénie avec atteinte bulbaire ou respiratoire ; déficit focal d’installation brutale ; pied tombant de moins de 48 h
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📨 Référer : CRDS Consulter en neurologie si : · CRDS Consulter en neurochirurgie si : (priorités A à E) · 🚩 Alertes cliniques : urgence
🔗 Ressources et raisonnement
🧭 Raisonnement clinique Faiblesse · Neuropathie périphérique
Central ou périphérique ?
| Site | Faiblesse | Sensibilité | Réflexes et autres indices |
|---|---|---|---|
| Cerveau, tronc | Hémicorps (visage-bras-jambe), maladresse | Hémicorps | Réflexes vifs, Babinski ; aphasie, hémianopsie, nerfs crâniens |
| Moelle | Deux jambes (± bras), spasticité | Niveau sensitif | Hyperréflexie sous la lésion, Babinski, troubles sphinctériens |
| Racine | Myotome | Dermatome, douleur irradiante | Réflexe du niveau diminué ; douleur au cou ou au dos |
| Nerf (mononeuropathie) | Muscles du nerf | Territoire du nerf | Tinel au site de compression |
| Polyneuropathie | Distale (orteils, chevilles), tardive | Gants et chaussettes | Achilléens diminués ou abolis |
| Jonction neuromusculaire | Fluctuante, fatigable : yeux, bulbe, racine des membres | Normale | Réflexes normaux ; ptose qui s’aggrave à la fixation |
| Muscle | Proximale symétrique (se lever, monter les bras) | Normale | Réflexes normaux ; CK élevée (myosite, statine, hypothyroïdie) |
💡 Atrophie, fasciculations et réflexes vifs dans le même membre, sans trouble sensitif : penser à la SLA.
Polyneuropathie : causes et bilan
- Polyneuropathie distale symétrique, sensitive d’abord, lentement progressive : forme habituelle. Causes : diabète et prédiabète (en tête), alcool, déficit en B12 (metformine, IPP, végétalisme, anémie de Biermer, protoxyde d’azote), hypothyroïdie, insuffisance rénale, gammapathie monoclonale, VIH, hépatite C, médicaments et chimiothérapie, héréditaire (Charcot-Marie-Tooth : pied creux, orteils en marteau, mollets grêles). Environ le tiers reste idiopathique.
- Bilan de base : FSC, électrolytes, créatinine, bilan hépatique, glycémie à jeun et HbA1c, B12, TSH, électrophorèse des protéines avec immunofixation. B12 à la limite de la normale : acide méthylmalonique. Si la glycémie et l’HbA1c sont normales et la neuropathie douloureuse inexpliquée : HGOP 75 g (le prédiabète peut causer une neuropathie).
- Selon le contexte : VIH, hépatites B et C, syphilis, CK (faiblesse proximale), bilan d’alcool, folates, cuivre (chirurgie bariatrique).
- Dépistage chez le diabétique : dès le diagnostic du type 2, puis chaque année (monofilament de 10 g ou diapason de 128 Hz au gros orteil) ; dans le type 1, à partir de 5 ans après le diagnostic chez l’adolescent pubère et l’adulte.
- Pas d’imagerie de routine pour une polyneuropathie distale symétrique.
Mononeuropathies fréquentes
- Nerf médian au poignet (canal carpien) et nerf ulnaire au coude : voir Coude, poignet et main.
- Nerf fibulaire (péronier) commun à la tête de la fibula : pied tombant (dorsiflexion et éversion faibles), engourdissement du dos du pied et de la 1re commissure ; facteurs : jambes croisées, accroupissement prolongé, perte de poids rapide, plâtre, alitement. L’inversion est conservée et le réflexe achilléen normal ; si l’inversion et l’abduction de la hanche sont faibles, avec douleur lombaire irradiante : radiculopathie L5 (voir Lombalgie). Traitement : supprimer la compression, orthèse tibiale (releveur), physiothérapie ; EMG si pas d’amélioration.
- Méralgie paresthésique (nerf cutané latéral de la cuisse) : brûlure ou engourdissement de la face antérolatérale de la cuisse, purement sensitive ; obésité, grossesse, ceinture ou vêtements serrés, diabète. Rassurer, desserrer, perdre du poids ; souvent résolutive. Faiblesse du quadriceps ou réflexe rotulien diminué : ce n’est pas une méralgie (radiculopathie L3-L4, plexopathie, neuropathie fémorale).
- Nerf radial (« paralysie du samedi soir », béquilles) : main tombante, extension du poignet et des doigts faible ; récupération habituelle en quelques semaines à quelques mois ; attelle de poignet.
- Mononeuropathies multiples (plusieurs nerfs, asymétriques, souvent douloureuses) : vasculite, diabète, sarcoïdose → neurologie rapidement.
À reconnaître : Guillain-Barré, myasthénie, SEP, SLA
- Guillain-Barré : faiblesse progressive des jambes puis des bras, réflexes diminués ou abolis, paresthésies et douleur (dos, membres), parfois atteinte faciale ou bulbaire ; souvent 1 à 4 semaines après une infection. L’aggravation se fait habituellement en 2 semaines et ne dépasse presque jamais 4 semaines. Risque d’insuffisance respiratoire et de dysautonomie → urgence (surveillance de la capacité vitale, immunothérapie à l’hôpital). Chez l’enfant : refus de marcher, chutes, douleur aux jambes.
- Myasthénie grave : faiblesse fluctuante et fatigable, pire le soir : ptose, diplopie, dysarthrie, dysphagie, faiblesse proximale ; sensibilité et réflexes normaux. Urgence si dysphagie, voix nasonnée ou dyspnée (crise myasthénique). Médicaments qui peuvent l’aggraver : fluoroquinolones, macrolides, aminosides, magnésium, bêtabloquants, hydroxychloroquine, toxine botulique, inhibiteurs de points de contrôle immunitaire.
- Sclérose en plaques : jeune adulte, épisodes neurologiques de plus de 24 h séparés dans le temps et l’espace : névrite optique (baisse de vision douloureuse), myélite (engourdissement d’un niveau, signe de Lhermitte), diplopie, ataxie ; aggravation à la chaleur. Baisse de vision aiguë : ophtalmologie ou urgence le jour même ; tableau résolu : IRM et neurologie.
- SLA : faiblesse progressive asymétrique avec atrophie, fasciculations, réflexes vifs, sans trouble sensitif ; crampes, dysarthrie. Neurologie rapidement.
- Faiblesse aiguë avec hypokaliémie, hypercalcémie ou rhabdomyolyse : électrolytes et CK au besoin ; urgence si sévère.
Premières ordonnances
- Déficit en B12 : cyanocobalamine 1000 à 2000 µg PO die (la voie orale à forte dose normalise les taux aussi bien que les injections). Atteinte neurologique importante ou malabsorption sévère : traitement parentéral initial hors SRV.
- Douleur neuropathique (1re ligne, doses et titration dans Douleur chronique et neuropathique) : prégabaline 75 mg PO bid (25 à 50 mg chez l’aîné ou si IR), titrer jusqu’à 150 à 300 mg bid ; ou gabapentine 100 à 300 mg PO HS, titrer jusqu’à 300 à 1200 mg tid ; ou duloxétine 30 mg PO die puis 60 mg die ; ou nortriptyline ou amitriptyline 10 à 25 mg PO HS (chez l’aîné, préférer un IRSN ou un gabapentinoïde ; si un tricyclique est retenu, nortriptyline plutôt qu’amitriptyline). Ajuster les gabapentinoïdes à la fonction rénale ; éviter de les combiner avec un opioïde.
- Neuropathie alcoolique : arrêt de l’alcool et thiamine (voir Alcool et Wernicke).
- Médicament en cause : cesser ou remplacer si possible (métronidazole, nitrofurantoïne prolongée) ; isoniazide : pyridoxine en prévention.
- Soins des pieds si la sensibilité est diminuée : inspection quotidienne, chaussures adaptées, podiatrie (voir Cheville et pied).
- Orthèse tibiale (pied tombant), attelle de poignet (nerf radial), physiothérapie ; prévention des chutes si la proprioception est atteinte.
Quand demander un EMG ? Quand référer ?
- EMG pas nécessaire pour une polyneuropathie distale symétrique, lentement progressive, avec une cause évidente (diabète) : il change rarement la conduite. Commencer le traitement sans l’attendre.
- EMG indiqué si : début aigu ou rapidement progressif, asymétrie, atteinte motrice ou autonome prédominante, atteinte proximale, bilan initial normal avec symptômes persistants, mononeuropathie qui ne récupère pas ou avant une chirurgie de décompression.
- Atteinte du SNC soupçonnée (troubles de la parole, ataxie, troubles visuels, nerfs crâniens, sphincters) : ce n’est pas une neuropathie ; IRM et neurologie.
- Neurologie : neuropathie atypique ou invalidante, suspicion de SLA, de SEP ou de myasthénie, mononeuropathies multiples. Physiatrie : mononeuropathie (préciser le site) avec demande d’EMG.
Consulter
Envoyer à l’urgence si :
- UrgenceFaiblesse ascendante rapidement progressive (réflexes abolis : Guillain-Barré soupçonné)
- UrgenceAtteinte médullaire soupçonnée (niveau sensitif, faiblesse des deux jambes, troubles sphinctériens)
- UrgenceMyasthénie avec atteinte bulbaire ou respiratoire (dysphagie, voix nasonnée, dyspnée)
- UrgenceDéficit focal d’installation brutale (visage, bras, parole) — protocole AVC
- UrgencePied tombant de moins de 48 h
Consulter en neurologie si :
- RapidePoussée de SEP connue — priorité B (≤ 10 j)
- RapideMaladie du motoneurone soupçonnée (atrophie, fasciculations, réflexes vifs, sans trouble sensitif) — priorité C (≤ 28 j)
- ÉlectifSclérose en plaques soupçonnée (épisode neurologique résolu, névrite optique ancienne) — priorité D (≤ 3 mois)
- ÉlectifNeuropathie avec limitation fonctionnelle importante (asymétrique, motrice, proximale ; EMG) — priorité D (≤ 3 mois)
- ÉlectifNeuropathie peu invalidante, bilan normal (EMG) — priorité E (≤ 12 mois)
- ÉlectifMyasthénie soupçonnée sans atteinte bulbaire (ptose ou diplopie fluctuantes) — consultation externe en neurologie
Consulter en physiatrie si :
- RapideMononeuropathie depuis 4 semaines à 6 mois (préciser le nerf et le site ; cocher EMG) — priorité C (≤ 28 j)
À préparer : mode et date de début, distribution, examen (force, réflexes, sensibilité) ; FSC, électrolytes, créatinine, bilan hépatique, glycémie à jeun et HbA1c (± HGOP), B12 (± acide méthylmalonique), TSH, électrophorèse avec immunofixation ; médicaments, alcool ; IRM si faite.
Pièges et perles
- Guillain-Barré au début : la force peut sembler correcte, mais les réflexes sont abolis ; revoir le patient dans les heures qui suivent s’il ne va pas à l’urgence.
- Pied tombant : tester l’inversion. Conservée = nerf fibulaire ; faible = L5 (ou lésion centrale si réflexes vifs).
- Patient sous metformine depuis longtemps avec neuropathie : doser la B12 avant d’accuser le diabète.
- Faiblesse fluctuante, fatigable, réflexes normaux : penser myasthénie et éviter les fluoroquinolones et macrolides.
- Ne pas oublier le prédiabète et la gammapathie monoclonale dans une neuropathie dite « idiopathique ».
Références
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- England JD et al. Practice parameter: evaluation of distal symmetric polyneuropathy: role of laboratory and genetic testing (AAN, AANEM, AAPM&R). Neurology. 2009;72(2):185-92. https://www.aanem.org/clinical-practice-resources/guidelines/guideline/evaluation-of-distal-symmetric-polyneuropathy-the-role-of-laboratory-and-genetic-testing
- van Doorn PA et al. European Academy of Neurology/Peripheral Nerve Society guideline on diagnosis and treatment of Guillain-Barré syndrome. J Peripher Nerv Syst. 2023;28(4):535-63. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/37814552/
- Mounsey A, Brendle DC, Flowers K. Oral vs. intramuscular vitamin B12 for vitamin B12 deficiency. Am Fam Physician. 2022;105(6):663-4. https://www.aafp.org/pubs/afp/issues/2022/0600/p663.html
- Bril V et al. Neuropathy. Diabetes Canada 2018 Clinical Practice Guidelines (chapitre 31). Can J Diabetes. 2018;42(Suppl 1):S217-21.
- Myasthenia Gravis Foundation of America. Cautionary drugs list, 2024. https://myasthenia.org/wp-content/uploads/2024/09/MGFA-Cautionary-Drug-List.pdf
- MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spécialisée (CRDS) — Neurologie.
- MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spécialisée (CRDS) — Physiatrie.