En bref : Les difficultĂ©s sexuelles sont frĂ©quentes ; on parle de trouble quand elles persistent et causent de la dĂ©tresse. Chez la femme : troubles du dĂ©sir et de lâexcitation, de lâorgasme, et douleur gĂ©nito-pelvienne (dyspareunie, vaginisme). Les causes sont presque toujours mixtes : biologiques (mĂ©nopause, mĂ©dicaments comme les ISRS, maladies chroniques), psychologiques, relationnelles et culturelles. Il faut poser la question, examiner (la dyspareunie exige un examen gynĂ©cologique doux), traiter les causes rĂ©versibles (syndrome gĂ©nito-urinaire de la mĂ©nopause, vaginite, ISRS) et orienter en sexologie ou en physiothĂ©rapie pĂ©rinĂ©ale.
đ©ș Au chevet
đ© Signaux dâalarme
- Dyspareunie nouvelle avec saignement post-coïtal, lésion vulvaire ou vaginale, masse : cancer à exclure.
- Douleur pelvienne aiguë avec fiÚvre ou pertes purulentes (infection pelvienne).
- AntĂ©cĂ©dent ou rĂ©vĂ©lation dâagression sexuelle, violence conjugale ou contrainte.
- Baisse du désir avec dépression, idées suicidaires ou détresse importante.
â Ă faire maintenant
- Demander ouvertement : « Avez-vous des préoccupations sur votre vie sexuelle ? » ; préciser le type (désir, excitation, orgasme, douleur), début, situationnel ou généralisé, détresse, partenaire.
- Revoir les mĂ©dicaments : ISRS et IRSN, antipsychotiques, contraceptifs hormonaux, antiandrogĂšnes, inhibiteurs de lâaromatase, opioĂŻdes, bĂȘtabloquants ; alcool et drogues.
- Dyspareunie : localiser (entrée ou profonde), examen vulvaire et au spéculum fin, test au coton-tige du vestibule ; prélÚvements (vaginite, ITSS).
- Ménopause, post-partum, allaitement : chercher le syndrome génito-urinaire et le traiter.
- Dépister dépression, anxiété, violence ; approche PLISSIT.
đ Gabarits dâordonnance (1 · Ă adapter au patient)
Cochez les lignes voulues, remplissez lâen-tĂȘte, puis Copier (texte pour le DMĂ) ou Imprimer. Doses reprises de la fiche ; gabarit Ă valider avant usage.
đ Les informations inscrites restent sur votre appareil : rien nâest enregistrĂ© ni envoyĂ©.
Diagnostic : Dysfonction sexuelle ou dyspareunie (préciser)
Objectif : Diminuer la douleur et la détresse, améliorer la sexualité
FrĂ©quence suggĂ©rĂ©e : Selon le plan du thĂ©rapeute ; réévaluation mĂ©dicale Ă 8â12 semaines.
Précautions : Causes réversibles traitées (syndrome génito-urinaire, vaginite, médicaments).
PsychothĂ©rapie : guichet dâaccĂšs en santĂ© mentale de lâĂ©tablissement (PQPTM) ou privĂ©. PhysiothĂ©rapie et autres services : non couverts par la RAMQ en clinique privĂ©e (assurance privĂ©e, CNESST ou SAAQ selon le cas).
đ Appeler ou orienter si
- Envoyer Ă lâurgence : Infection pelvienne aiguĂ« soupçonnĂ©e ; agression sexuelle datant de 5 jours ou moins ; idĂ©es suicidaires ou dĂ©tresse aiguĂ«
DĂ©lais, autres situations et quoi prĂ©parer : section Consulter âș
đš RĂ©fĂ©rer : CRDS Consulter en gynĂ©cologie si : (prioritĂ©s A Ă E) · đ© Alertes cliniques : urgence
Classification et causes
| Trouble | Caractéristiques | Causes à chercher |
|---|---|---|
| DĂ©sir et excitation (intĂ©rĂȘt sexuel) | Peu ou pas dâintĂ©rĂȘt, de pensĂ©es ou dâinitiative ; peu dâexcitation ou de lubrification | ISRS, dĂ©pression, fatigue, conflit conjugal, douleur, mĂ©nopause chirurgicale, contraception hormonale, hyperprolactinĂ©mie, hypothyroĂŻdie |
| Orgasme | Orgasme retardé, rare ou absent malgré une stimulation adéquate | ISRS-IRSN (fréquent), manque de connaissances ou de stimulation, anxiété, neuropathie (diabÚte, SEP) |
| Douleur génito-pelvienne | Dyspareunie superficielle ou profonde ; vaginisme (peur, contraction involontaire, évitement) | Syndrome génito-urinaire, vestibulodynie, vaginite, lichen scléreux, cicatrice obstétricale, endométriose, peur aprÚs une douleur ou un trauma |
đĄ Chez la femme, le dĂ©sir est souvent rĂ©actif (il suit lâexcitation) plutĂŽt que spontanĂ© : ce nâest pas un trouble. Les dosages hormonaux ne sont pas corrĂ©lĂ©s Ă la dysfonction : ne pas doser la testostĂ©rone pour poser le diagnostic.
Approche en premiĂšre ligne (PLISSIT)
- Permission : ouvrir la discussion, normaliser ; poser la question Ă lâexamen pĂ©riodique, Ă la mĂ©nopause, en post-partum, sous antidĂ©presseur et dans les maladies chroniques.
- LI (information limitĂ©e) : anatomie, rĂ©ponse sexuelle, effets de lâĂąge, des mĂ©dicaments et de la fatigue ; lubrifiants ; temps et stimulation suffisants.
- SS (suggestions spécifiques) : traiter le syndrome génito-urinaire, ajuster les médicaments, exercices de focalisation sensorielle, dilatateurs, positions moins douloureuses.
- IT (thérapie intensive) : sexologie, thérapie de couple, psychothérapie (TCC, pleine conscience), physiothérapie périnéale.
- Questionnaires utiles : FSFI (fonction) et FSDS-R (détresse).
- Inclure le ou la partenaire au besoin ; vĂ©rifier la dysfonction Ă©rectile ou lâĂ©jaculation prĂ©coce chez un partenaire masculin (voir Dysfonction Ă©rectile).
Dyspareunie et vaginisme
- Superficielle (Ă lâentrĂ©e) : syndrome gĂ©nito-urinaire, vaginite (candidose, vaginose), dermatoses (lichen sclĂ©reux, lichen plan), vestibulodynie provoquĂ©e (douleur au toucher du vestibule, test au coton-tige positif, examen sinon normal), cicatrice dâĂ©pisiotomie, allaitement.
- Profonde : endométriose, infection pelvienne, masse annexielle, adhérences, cÎlon irritable, cystite interstitielle.
- Vaginisme : peur anticipée, contraction involontaire des muscles du plancher pelvien, évitement ; examen gynécologique trÚs progressif ou différé, avec le contrÎle de la patiente.
- Vestibulodynie et vaginisme : physiothérapie périnéale (1re ligne), sexologie ou TCC, lubrifiant, lidocaïne 5 % onguent au vestibule avant les relations ; douleur neuropathique : amitriptyline à faible dose ou gabapentinoïde (voir Douleur chronique et neuropathique) ; avis en gynécologie si réfractaire.
- Lichen sclĂ©reux soupçonnĂ© (blanchiment, fissures, perte dâarchitecture) : traiter ou orienter (biopsie au besoin) ; voir Dermatologie.
Traitement : premiĂšres ordonnances
- Syndrome gĂ©nito-urinaire de la mĂ©nopause : hydratant vaginal 2 Ă 3 fois/sem et lubrifiant pendant les relations ; ĆstrogĂšne vaginal Ă faible dose, p. ex. comprimĂ© vaginal dâestradiol 10 ”g die Ă 2 semaines puis 2 fois/sem, crĂšme dâĆstrogĂšnes conjuguĂ©s ou anneau dâestradiol (q3 mois) ; absorption minime, pas de progestatif. Cancer du sein : hydratants dâabord, discuter avec lâoncologie (voir MĂ©nopause).
- Autres options vaginales du SGM : prastérone (DHEA) intravaginale ; sur avis.
- Dysfonction liĂ©e aux ISRS : attendre quelques semaines (amĂ©lioration possible), rĂ©duire la dose si la dĂ©pression est stable, changer pour un antidĂ©presseur moins en cause (bupropion, mirtazapine), ou ajouter bupropion (p. ex. 150 mg PO die le matin, puis 150 mg PO bid si tolĂ©rĂ© ; Ă©viter si Ă©pilepsie ou trouble alimentaire). Ne pas cesser lâISRS brusquement.
- Désir et excitation : TCC, thérapie sexuelle ou de couple et approches de pleine conscience en premier ; traiter fatigue, dépression, douleur, conflit.
- Femme postmĂ©nopausĂ©e avec trouble du dĂ©sir persistant malgrĂ© ces mesures : testostĂ©rone transdermique hors indication, Ă court terme (environ 6 mois), avec surveillance des signes dâandrogĂ©nisation ; le timbre fĂ©minin Ă©tudiĂ© nâest plus commercialisĂ© : sur avis (gynĂ©cologie ou clinique de mĂ©nopause). La flibansĂ©rine a un bĂ©nĂ©fice modeste et un coĂ»t Ă©levĂ©.
- Contraception hormonale soupçonnĂ©e : essai dâune autre mĂ©thode (stĂ©rilet au cuivre ou hormonal) sur 3 mois.
Quand orienter
- Sexologie ou psychothĂ©rapie : trouble du dĂ©sir, de lâexcitation ou de lâorgasme sans cause mĂ©dicale corrigible, vaginisme, difficultĂ©s de couple, antĂ©cĂ©dent de trauma sexuel.
- Physiothérapie périnéale : vestibulodynie, vaginisme, dyspareunie post-partum, hypertonie du plancher pelvien.
- Gynécologie : lésion vulvaire suspecte (priorité C), dyspareunie ou vaginisme réfractaire, vulvovaginites récidivantes réfractaires, douleur pelvienne chronique ou endométriose, ménopause complexe (priorité E).
- Personnes trans et non binaires (hormonothĂ©rapie, chirurgie dâaffirmation) : voir SantĂ© sexuelle, soins trans et LGBTQ+.
Consulter
Envoyer Ă lâurgence si :
- UrgenceInfection pelvienne aiguë soupçonnée (douleur pelvienne, fiÚvre, pertes purulentes ; abcÚs possible)
- UrgenceAgression sexuelle datant de 5 jours ou moins (rĂ©vĂ©lĂ©e en consultation) â centre dĂ©signĂ©
- UrgenceIdées suicidaires ou détresse aiguë
Consulter en gynécologie si :
Physiothérapie périnéale (vestibulodynie, vaginisme, hypertonie du plancher pelvien) et sexologie ou psychothérapie (désir, excitation, orgasme, vaginisme) : en 1re intention, en parallÚle.
- RapideLĂ©sion vulvaire ou vaginale suspecte (saignement post-coĂŻtal, masse, ulcĂšre, lichen Ă biopsier) â prioritĂ© C (†28 j)
- ĂlectifDyspareunie ou vaginisme persistant (malgrĂ© traitement du SGM, physiothĂ©rapie et sexologie) â prioritĂ© E (†12 mois)
- ĂlectifVulvovaginites rĂ©cidivantes et rĂ©fractaires â prioritĂ© E (†12 mois)
- ĂlectifDyspareunie profonde, endomĂ©triose soupçonnĂ©e (douleur pelvienne chronique > 6 mois) â prioritĂ© E (†12 mois)
- ĂlectifMĂ©nopause complexe (SGM rĂ©fractaire, cancer du sein, trouble du dĂ©sir Ă traiter par testostĂ©rone) â prioritĂ© E (†12 mois)
Ă prĂ©parer : type de dysfonction, durĂ©e, dĂ©tresse ; mĂ©dicaments en cause (ISRS, contraception, inhibiteurs de lâaromatase) et changements essayĂ©s ; examen vulvaire et test au coton-tige ; prĂ©lĂšvements vaginaux et ITSS ; traitements essayĂ©s (hydratant, ĆstrogĂšne vaginal, lidocaĂŻne, physiothĂ©rapie, sexologie) ; Ă©chographie pelvienne si douleur profonde.
PiĂšges et perles
- Ne pas attendre que la patiente en parle : la plupart souhaitent que le médecin pose la question.
- Dyspareunie : toujours examiner (vulve, vestibule, vagin, examen bimanuel doux) ; ne pas conclure Ă une cause psychologique sans examen.
- SĂ©cheresse vaginale chez une femme qui allaite ou sous inhibiteur de lâaromatase : mĂȘme mĂ©canisme hypoestrogĂ©nique que la mĂ©nopause.
- La baisse du désir sous ISRS est souvent attribuée à la dépression : demander avant et pendant le traitement.
- Douleur sexuelle avec antécédent de violence : approche tenant compte des traumatismes, examen sous contrÎle de la patiente, rythme lent.
Références
- Dalrymple SN, Hoeg L, Thacker H. Female Sexual Dysfunction: Common Questions and Answers. Am Fam Physician. 2025;111(5):433-442. aafp.org
- Faubion SS, Rullo JE. Sexual Dysfunction in Women: A Practical Approach. Am Fam Physician. 2015;92(4):281-8. aafp.org
- SOGC. Guideline No. 422d: Menopause and Sexuality. J Obstet Gynaecol Can. 2021. sogc.org
- Haefner HK, et al. The vulvodynia guideline (ASCCP). J Low Genit Tract Dis. 2005;9(1):40-51. résumé
- MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spĂ©cialisĂ©e (CRDS) â GynĂ©cologie (dyspareunie ou vaginisme, prioritĂ© E ; lĂ©sion vulvaire ou vaginale suspecte, prioritĂ© C).