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Première ligne › Pédiatrie

TSA, retard de développement, difficultés scolaires et tics

PédiatrieNouvelle fiche SRV · oct. 2026Fiche révisée · 23 oct. 2026

Voir aussi : Croissance, puberté et développement · TDAH · Perte auditive · Examen de l’enfant et HEADSS · Anxiété et TSPT · Maltraitance

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En bref : Une inquiétude parentale sur le développement justifie toujours une évaluation : on ne se contente pas de rassurer ou d’attendre. Une régression (perte d’acquis), à tout âge, est un signal d’alerte. Devant un retard de langage ou un soupçon de trouble du spectre de l’autisme (TSA) : audiologie, M-CHAT-R/F (16 à 30 mois) et orientation vers le CLSC (programme Agir tôt avant l’entrée scolaire) sans attendre le diagnostic. Devant des difficultés scolaires, on vérifie d’abord la vision, l’audition, le sommeil, l’humeur et le milieu, puis on pense au TDAH et aux troubles d’apprentissage. Les tics sont fréquents et souvent transitoires ; la plupart ne demandent que de l’information.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d’alarme

  • Régression neurologique aiguë (perte de la marche, du langage ou de la propreté en quelques jours à semaines), ataxie, faiblesse focale : urgence.
  • Hypertension intracrânienne soupçonnée : céphalée matinale avec vomissements, périmètre crânien qui croise les percentiles vers le haut, fontanelle bombée, œdème papillaire : urgence.
  • Épisodes de fixité du regard avec perte de contact, mouvements anormaux avec perte de conscience, ou premier épisode convulsif : urgence si en cours ou récent (voir la fiche Convulsions).
  • Idées suicidaires avec plan, automutilation grave ou détresse aiguë chez l’enfant ou l’adolescent en difficulté : urgence (voir la fiche Risque suicidaire).
  • Maltraitance soupçonnée avec danger immédiat : urgence pédiatrique et signalement à la DPJ (voir la fiche Maltraitance).
  • Début brutal (en 24 à 72 h) de tics, de TOC graves ou de restriction alimentaire avec perte de poids : pédiatrie le jour même ou urgence.

✅ À faire maintenant

  • Écouter l’inquiétude des parents ; obtenir le carnet de santé, le relevé Rourke ou l’ABCdaire, et les rapports du service de garde ou de l’école.
  • Situer chaque domaine (motricité globale et fine, langage, social, autonomie) selon l’âge, en âge corrigé jusqu’à 2 ans chez le prématuré (voir la fiche Croissance).
  • M-CHAT-R/F de 16 à 30 mois si soupçon de TSA : score 0–2 faible risque (refaire après 2 ans si moins de 24 mois) ; 3–7 risque moyen, faire l’entrevue de suivi (positive si ≥ 2) ; 8–20 risque élevé, orienter sans attendre.
  • Examen : périmètre crânien, croissance, dysmorphie, taches café au lait ou achromiques, tonus et réflexes, examen des tympans ; observer le contact visuel, le pointage, la réponse au nom et le jeu.
  • Demander l’évaluation audiologique pour tout retard de langage ou soupçon de TSA, et un examen de la vue (optométriste) au besoin.
  • Difficultés scolaires : bulletins, rapport de l’enseignant, plan d’intervention, évaluations faites à l’école ; questionnaires TDAH parent et enseignant (voir la fiche TDAH) ; sommeil, ronflement, humeur, anxiété, intimidation, événements familiaux.
  • Tics : description, âge de début, durée, gêne fonctionnelle, comorbidités (TDAH, TOC, anxiété) ; examen neurologique normal attendu.

💊 Premières ordonnances

  • Aucun médicament à amorcer au sans rendez-vous pour un TSA, un retard de développement ou des difficultés scolaires : orienter vers le médecin traitant, le pédiatre ou le CLSC.
  • Tics légers ou peu gênants : aucun médicament ; information et soutien. Tics gênants : la clonidine et la guanfacine (recommandation forte chez l’enfant) se décident après évaluation par le médecin traitant, le pédiatre ou le neurologue.
  • Enfant TDAH sous psychostimulant qui présente des tics : ne pas cesser d’emblée ; réévaluer avec le prescripteur (les tics sont souvent indépendants du traitement).
  • Réviser les médicaments qui nuisent à l’attention ou au sommeil (antihistaminiques sédatifs, décongestionnants) et les cesser si possible.

📞 Appeler ou orienter si

  • Envoyer à l’urgence : Régression neurologique aiguë ; hypertension intracrânienne soupçonnée ; convulsion ou épisodes de perte de contact ; idées suicidaires avec plan ou danger

Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›

📨 Référer : CRDS Consulter en pédiatrie si : (priorités A à E) · 🚩 Alertes cliniques : urgence

Retard de développement : signaux d’alerte

  • Pas de sourire social à 3 mois ; pas de babillage ni de gestes à 12 mois ; ne pointe pas à 15–18 mois ; moins de 3 mots à 18 mois ; pas de phrases de 2 mots à 2 ans ; ne marche pas à 18 mois ; préférence manuelle avant 12 mois.
  • Toute régression du langage, du social ou de la motricité, quel que soit l’âge.
  • Le Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs (2016) déconseille le dépistage systématique par outil standardisé chez l’enfant de 1 à 4 ans sans signe ni inquiétude ; la surveillance à chaque visite et l’ABCdaire de 18 mois restent la norme.
  • Retard global (au moins 2 domaines) chez l’enfant de moins de 5 ans : pédiatrie ; bilan selon le spécialiste (microréseau chromosomique, X fragile, TSH, plomb ou ferritine selon le contexte).
  • Retard isolé du langage : audiologie et orthophonie ; dépister le TSA ; un bilinguisme n’explique pas un retard réel dans les deux langues.

Trouble du spectre de l’autisme

  • Signes précoces (Agence de la santé publique du Canada, d’après la Société canadienne de pédiatrie) : 6–12 mois, peu de sourires adressés et peu de réaction au nom ; 9–12 mois, comportements répétitifs (aligner, faire tourner) ; 12–18 mois, aucun mot, peu de pointage, peu d’attention conjointe ou de jeu symbolique ; 15–24 mois, peu de phrases de 2 mots.
  • Diagnostic clinique (DSM-5) : déficit de la communication et des interactions sociales, et comportements, intérêts ou activités restreints et répétitifs, présents tôt et nuisant au fonctionnement.
  • Au Québec, le médecin et le psychologue ayant l’expertise peuvent conclure à un TSA, dans une démarche multidisciplinaire (Collège des médecins et Ordre des psychologues).
  • Investigations proposées par le spécialiste : audition et vision ; génétique (microréseau, X fragile) surtout s’il y a déficience intellectuelle, dysmorphie ou plusieurs cas dans la famille ; EEG si régression ou épisodes évocateurs.
  • Problèmes associés fréquents à rechercher et à traiter en première ligne : troubles du sommeil, constipation, sélectivité alimentaire (carences), anxiété, TDAH, épilepsie, douleur dentaire exprimée par un changement de comportement.

Difficultés scolaires

  • Éliminer d’abord : déficit visuel (examen de la vue chez l’optométriste, couvert par la RAMQ avant 18 ans), déficit auditif, manque de sommeil ou apnée (ronflement), absences répétées, douleur chronique.
  • Causes fréquentes : TDAH, trouble spécifique des apprentissages (lecture, écriture, calcul), trouble développemental du langage, déficience intellectuelle légère, anxiété, dépression, intimidation, difficultés familiales ou maltraitance.
  • Épilepsie-absences : brèves fixités du regard, nombreuses par jour, provoquées par l’hyperventilation ; orienter pour un EEG.
  • Le diagnostic d’un trouble d’apprentissage repose sur une évaluation psychométrique (psychologue ou neuropsychologue) ; l’école n’a pas besoin d’un diagnostic pour offrir des mesures d’aide et un plan d’intervention.
  • Adolescent dont les résultats chutent : HEADSS (consommation, humeur, idées suicidaires, sommeil, écrans, relations).

Tics et syndrome de Gilles de la Tourette

  • Tics : mouvements ou sons brefs, répétés, non rythmiques, précédés d’une sensation d’envie, qu’on peut retenir un moment. Début habituel vers 4–6 ans, pic vers 10–12 ans, amélioration fréquente à l’adolescence.
  • Trouble de tics provisoire : moins de 1 an. Syndrome de Gilles de la Tourette : plusieurs tics moteurs et au moins un tic vocal, depuis plus de 1 an, début avant 18 ans.
  • Comorbidités fréquentes : TDAH, TOC, anxiété, troubles d’apprentissage ; elles nuisent souvent plus que les tics.
  • Prise en charge : information à l’enfant, aux parents et à l’école ; ne pas faire remarquer les tics ; stress et fatigue les aggravent. Thérapie comportementale (intervention comportementale globale pour les tics, inversion d’habitude) si gênants.
  • Diagnostic différentiel : stéréotypies (TSA, plus rythmiques, début avant 3 ans), crises épileptiques, chorée de Sydenham (après une infection à SGA), effet de médicaments.

Consulter

Envoyer à l’urgence si :

  • UrgenceRégression neurologique aiguë (perte de la marche, du langage ou de la propreté en quelques jours à semaines), ataxie ou faiblesse focale
  • UrgenceHypertension intracrânienne soupçonnée (céphalée matinale avec vomissements, périmètre crânien qui croise les percentiles, fontanelle bombée)
  • UrgenceConvulsion ou épisodes de perte de contact en cours ou récents
  • UrgenceIdées suicidaires avec plan ou danger, ou maltraitance avec danger immédiat (signalement à la DPJ)

Consulter en pédiatrie si :

Tout retard ou soupçon de TSA chez l’enfant d’âge préscolaire : CLSC (programme Agir tôt) et audiologie en parallèle, sans attendre la consultation ni le diagnostic.

  • RapideRégression du langage ou des habiletés sociales (subaiguë, examen neurologique normal), début brutal de tics ou de TOC — priorité B
  • RapideRetard global avec microcéphalie, macrocéphalie, dysmorphie ou signes neurologiques — priorité C
  • ÉlectifRetard de développement ou soupçon de TSA, 0 à 5 ans (M-CHAT-R/F positif, pas de pointage à 15–18 mois, retard de langage) — priorité D
  • ÉlectifDifficultés scolaires, trouble de comportement ou tics gênants sans signe neurologique — priorité E

À préparer : inquiétudes des parents et jalons atteints (Rourke, ABCdaire) ; M-CHAT-R/F avec entrevue de suivi ; périmètre crânien, poids et taille sur les courbes ; audiogramme et examen de la vue ; rapports du service de garde ou de l’école, bulletins, plan d’intervention ; questionnaires TDAH ; description des tics (début, types, gêne) ; antécédents familiaux ; services déjà demandés au CLSC.

Suivi

  • Revoir après la référence (4 à 8 semaines) pour vérifier que l’audiologie, le CLSC ou l’évaluation sont en cours ; relancer si rien n’a bougé.
  • M-CHAT-R/F à faible risque avant 24 mois : refaire après 2 ans ; poursuivre la surveillance à chaque visite.
  • Pendant l’attente : soutenir les parents (stimulation du langage, lecture, limiter les écrans, routines) ; vérifier croissance, sommeil et constipation.
  • Tics : revoir dans 3 à 6 mois ou plus tôt si gêne fonctionnelle, intimidation ou aggravation des comorbidités.
  • Difficultés scolaires : revoir avec les résultats de vision, d’audition, les questionnaires et les rapports de l’école.

Pièges et perles

  • « Il va parler plus tard » : ne pas attendre devant un retard de langage ; l’audiologie et l’orientation précoce changent l’évolution.
  • Un enfant qui répond aux bruits peut quand même avoir une perte auditive : demander l’audiogramme.
  • Une régression n’est jamais normale.
  • L’apnée du sommeil et le manque de sommeil imitent le TDAH.
  • Les tics ne justifient pas d’arrêter un psychostimulant efficace sans réévaluation.
  • Des troubles de comportement soudains chez un enfant non verbal peuvent traduire une douleur (dents, constipation, otite).

Références