En bref : On distingue l’insuffisance hypoxémique (type 1 : problème d’oxygénation) de l’insuffisance hypercapnique (type 2 : problème de ventilation, avec acidose si aiguë). L’oxygène se prescrit avec une cible de SpO2. La lunette nasale à haut débit (LNHD) est préférée pour l’hypoxémie aiguë ; la VNI a ses meilleures preuves dans l'EAMPOC avec acidose (pH ≤ 7,35), l'OAP cardiogénique et l'immunodéprimé. Toute assistance non invasive exige un plan d’échec (intubation ou non) décidé avant de commencer, selon le niveau de soins.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- FR > 35/min, tirage, respiration paradoxale, incapacité de parler.
- Somnolence ou confusion (hypercapnie, épuisement) ; SpO2 < 88 % malgré O2.
- Instabilité hémodynamique, arythmie, choc.
- Sous VNI : pH qui baisse ou reste < 7,25 avec FR > 35 ; sous LNHD : ROX bas.
✅ À faire maintenant
- ABC, SpO2, FR, travail respiratoire, état de conscience, signes vitaux.
- Gaz (artériel ou veineux) avant et 1–2 h après le début de la VNI.
- RX pulmonaire, ECG, FSC, électrolytes, lactate ; échographie pleuropulmonaire si disponible.
- Confirmer le niveau de soins et le plan si échec (avec le patron si limité ou incertain).
💊 Premières ordonnances
- O2 cible 88–92 % si risque d’hypercapnie ; sinon 92–96 % (voir Oxygénothérapie).
- LNHD : 30 L/min puis titrer, ou 50–60 L/min d’emblée ; FiO2 selon la cible ; 37 °C.
- VNI hypercapnique : masque facial, IPAP ≈ 15 cmH2O, monter à 20–30 en 10–30 min selon tolérance ; EPAP ≥ 3, augmenter si hypoxémie.
- Traiter la cause : bronchodilatateurs (doses : MPOC, Asthme et bronchospasme), diurétique (doses : Insuffisance cardiaque), antibiotiques (Antibiothérapie – guides locaux).
📞 Appeler ou orienter si
- Soins intensifs : Arrêt, péri-arrêt, coma ou choc ; échec ou intolérance de la VNI ; échec de la LNHD ; VNI chez l’immunodéprimé ou en hypoxémie de novo
- Inhalothérapie : Hypercapnie aiguë ou fatigue respiratoire ; besoin en O2 croissant ou instable
- Soins palliatifs : Détresse respiratoire chez un patient en soins de confort
Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›
🔗 Ressources et raisonnement
Définitions
| Hypoxémique (type 1) | Hypercapnique (type 2) | |
|---|---|---|
| Gaz | PaO2 basse, PaCO2 normale ou basse | PaCO2 > 45 mmHg avec acidose (pH < 7,35) si aiguë |
| Mécanisme | Shunt, trouble V/Q, diffusion | Hypoventilation (pompe ou commande), espace mort |
| Exemples | Pneumonie, OAP, SDRA, EP, atélectasie | EAMPOC, obésité-hypoventilation, neuromusculaire, déformation thoracique, opioïdes |
| Assistance privilégiée | LNHD (VNI si OAP ou immunodéprimé) | VNI |
- L'acidose distingue l’hypercapnie aiguë (ou aiguë sur chronique) de l’hypercapnie chronique compensée (voir Gaz artériels, hypercapnie et acidose respiratoire).
- Les deux types coexistent souvent (MPOC avec pneumonie, OAP sévère avec épuisement).
Évaluation
- Travail respiratoire : FR, muscles accessoires, respiration paradoxale, phrases courtes. Une SpO2 correcte sous O2 n’exclut pas une hypoventilation.
- Causes : pneumonie, OAP, EAMPOC, EP, pneumothorax, épanchement, bronchospasme, sédation (opioïdes, BZD), aspiration.
- Examens : gaz, RX, ECG, troponine et BNP selon le contexte, cultures si sepsis, angio-TDM si EP soupçonnée.
Cibles de SpO2 et interfaces
- BTS 2017 : 94–98 % pour la plupart des patients aigus ; 88–92 % si risque d’insuffisance hypercapnique (MPOC, obésité-hypoventilation, neuromusculaire, déformation thoracique). Le Carnet retient 92–96 % pour limiter l’hyperoxie (voir Oxygénothérapie).
- On ajuste le dispositif ou le débit pour rester dans la cible, autant pour éviter l’hypoxémie que l’hyperoxie.
- Escalade usuelle : lunette nasale → masque Venturi (FiO2 précise, utile si hypercapnie) → masque à réserve (temporaire) → LNHD ou VNI.
Oxygène nasal à haut débit (LNHD)
- ERS 2022 (recommandations conditionnelles) : LNHD plutôt que l’O2 conventionnel et plutôt que la VNI dans l’insuffisance hypoxémique ; LNHD plutôt qu’O2 conventionnel pendant les pauses de VNI et après extubation à risque faible ou modéré ; essai de VNI avant la LNHD dans la MPOC hypercapnique.
- Réglages de départ : débit 30 L/min titré jusqu’au maximum toléré, ou 50–60 L/min d’emblée ; FiO2 selon la cible ; 37 °C (moins si inconfort).
- Sevrage : garder 50–60 L/min jusqu’à FiO2 < 50 %, puis réduire FiO2 et débit ; passer à une lunette ou un Venturi lorsque le patient est stable à FiO2 ≈ 40 % et faible débit (seuils selon le protocole local).
- Indice ROX = (SpO2/FiO2) ÷ FR. Validé dans la pneumonie hypoxémique (Roca 2016, 2019) :
| Moment | Succès probable | Échec probable |
|---|---|---|
| 2 h | ≥ 4,88 | ≤ 2,85 |
| 6 h | ≥ 4,88 | ≤ 3,47 |
| 12 h | ≥ 4,88 | ≤ 3,85 |
- Un ROX intermédiaire impose une réévaluation rapprochée ; un ROX bas, l’appel aux soins intensifs. L’enjeu principal est d'éviter une intubation retardée.
Ventilation non invasive (VNI)
Indications fondées sur les preuves (ERS/ATS 2017)
| Situation | Recommandation |
|---|---|
| EAMPOC hypercapnique avec acidose (pH ≤ 7,35) | Forte, certitude élevée ; essai de VNI avant l’intubation sauf détérioration immédiate |
| EAMPOC hypercapnique sans acidose | Contre (prévention) |
| OAP cardiogénique (CPAP ou BiPAP) | Forte ; ne s’applique pas au choc cardiogénique ni au SCA |
| Immunodéprimé | Conditionnelle, précoce, en milieu surveillé avec accès rapide à l’intubation |
| Postopératoire, trauma thoracique, palliatif (dyspnée) | Conditionnelles |
| Hypoxémie de novo, asthme | Aucune recommandation ; BTS : pas de VNI dans l’asthme aigu |
| Insuffisance respiratoire après extubation | Contre ; prévention seulement chez les patients à haut risque |
- BTS/ICS 2016 : traitement médical optimal et O2 ciblé d’abord ; VNI si pH < 7,35 et PaCO2 > 6,5 kPa (≈ 49 mmHg) persistants. L’âge seul ou une acidose sévère n’excluent pas un essai si l’intubation est possible. Obésité-hypoventilation : mêmes critères, pressions souvent plus élevées. Neuromusculaire : ne pas attendre l’acidose.
- OAP : voir Insuffisance cardiaque ; réglages de CPAP selon le protocole local.
Réglages initiaux (hypercapnie, BTS/ICS)
- Masque facial en premier.
- IPAP ≈ 15 cmH2O, augmenter à 20–30 en 10–30 min selon tolérance et acidose ; EPAP minimum 3 cmH2O (évacuation du CO2), à augmenter si hypoxémie persistante.
- BiPAP à pression ciblée (BTS/ICS 2016), en mode spontané-temporisé avec une fréquence de secours fixée par l’inhalothérapeute selon le protocole local ; une fréquence trop rapide laisse moins de temps à l’expiration (risque d’auto-PEEP).
- Le CO2 s’élimine par la ventilation minute : c’est surtout l’écart IPAP − EPAP qu’on augmente. Réglages revus au chevet avec l’inhalothérapeute (FR, mécanique, fuites, SpO2). L’EPAP plus élevée sert surtout à l’obstruction des voies aériennes supérieures (obésité-hypoventilation, apnée obstructive) ; ne pas dépasser habituellement 12 cmH2O (BTS/ICS 2016).
- O2 branché près du patient ; optimiser les pressions avant d’augmenter l’O2 (BTS/ICS 2016). Cible 88–92 %.
Contre-indications
- Arrêt respiratoire ou péri-arrêt, intubation urgente requise, choc, agitation ingérable.
- Obstruction fixe des voies aériennes supérieures, déformation ou brûlure faciale, vomissements.
- Pneumothorax non drainé.
- Sécrétions abondantes et coma augmentent le risque d’échec mais ne sont pas des contre-indications absolues (BTS).
Surveillance et critères d’échec
- Gaz et examen à 1–2 h, puis à 4 h : l’amélioration du pH et de la FR prédit le succès.
- Échec : acidose qui persiste ou s’aggrave malgré réglages optimaux ; pH < 7,25 avec FR > 35 persistants ; baisse de conscience ; intolérance ; instabilité.
- Avant de conclure à l’échec : fuite, masque, synchronie, pressions, sécrétions, sédatifs.
- Sevrage : VNI maximale les premières 24 h, puis réduire le jour sur 2–3 jours selon la PaCO2 en ventilation spontanée.
Algorithme
Quand intuber ou appeler les soins intensifs
- Arrêt ou péri-arrêt, coma, choc persistant, impossibilité d’appliquer un masque.
- Échec de la VNI ou de la LNHD selon les critères ci-dessus ; la VNI ne doit pas retarder l’intubation lorsque celle-ci est plus appropriée (BTS).
- VNI en hypoxémie de novo ou chez l’immunodéprimé : seulement en milieu surveillé, réévaluation précoce.
- Voir Soins critiques et USI et Intubation à séquence rapide ; qui appeler et quand : voir Consulter.
Niveaux de soins
- Discuter avant de débuter la VNI : la VNI peut être le plafond de traitement (niveau C) ou un pont vers l’intubation ; documenter le plan.
- La VNI peut donner le temps de clarifier les volontés ; l’ERS/ATS soutient la VNI pour la dyspnée en fin de vie chez certains patients, si elle soulage.
- Accès aux soins palliatifs ; voir Niveaux de soins et directives anticipées.
Consulter
Consulter aux soins intensifs si :
- UrgentArrêt, péri-arrêt, coma ou choc (intubation si conforme au niveau de soins) — immédiatement.
- UrgentÉchec ou intolérance de la VNI (pH < 7,25 avec FR > 35, baisse de conscience) — immédiatement.
- UrgentÉchec de la LNHD (ROX bas, FiO2 croissante, épuisement) — immédiatement.
- UrgentVNI chez l’immunodéprimé ou en hypoxémie de novo — même jour, en milieu surveillé avec accès rapide à l’intubation.
À préparer : gaz avant et sous assistance, FR, SpO2/FiO2 et ROX, réglages de VNI ou de LNHD, cause présumée, niveau de soins et plan si échec.
Consulter en inhalothérapie si :
- UrgentHypercapnie aiguë ou fatigue respiratoire (installation de la VNI, gaz) — immédiatement, en parallèle de l’appel au médecin ou aux soins intensifs.
- UrgentBesoin en O2 croissant ou instable (interface, LNHD, cible de SpO2) — immédiatement.
- Semi-urgentVNI nocturne ou CPAP à initier avant le congé (obésité-hypoventilation, neuromusculaire, apnée du sommeil) — pendant le séjour.
Consulter en soins palliatifs si :
- UrgentDétresse respiratoire chez un patient en soins de confort — même jour ; protocole de détresse.
- Semi-urgentVNI comme plafond de traitement (dyspnée, objectifs de soins à clarifier) — pendant le séjour.
Pièges et perles
- Hyperoxie chez le MPOC : somnolence par narcose au CO2 ; réduire à la cible sans couper l’O2.
- La LNHD masque l’aggravation : une SpO2 « correcte » à FiO2 0,8 et FR 35 est un échec en devenir.
- Vérifier le masque et les fuites avant d’augmenter les pressions.
- Penser aux causes iatrogènes : opioïdes, BZD, surcharge liquidienne.
- Obésité-hypoventilation : surcharge souvent sous-estimée ; envisager la diurèse et un suivi en ventilation à domicile.
Outils publics de l’Estrie
Documents publics de Santé Québec – Estrie-CHUS, résumés dans nos mots. Les corridors, formulaires et délais sont ceux de l’Estrie : utiliser ceux de son milieu.
📄 Outil public de l’Estrie — PID-PN-001 : Oxygénothérapie à haut débit (adulte) (2024)
- Indications : détresse respiratoire légère à modérée malgré l’O₂ à faible débit, sécrétions épaisses, intolérance au masque ; contre-indications : obstruction nasale, chirurgie nasale récente, épistaxis importante.
- Débit 40-60 L/min, FiO₂ titrée pour SpO₂ 88-92 % (MPOC) ou 90-94 % ; gaz humidifiés à 37 °C.
- Aviser si débit ≥ 50 L/min ou FiO₂ ≥ 0,6 ; détérioration : VNI ou intubation selon le niveau de soins.
Résumé dans nos mots. Source : Santé Québec – Estrie-CHUS, PID-PN-001. Les corridors, formulaires et délais sont ceux de l’Estrie : utiliser ceux de son milieu.
📄 Outil public de l’Estrie — OPI-MI-001 : Traitement de l’exacerbation aiguë de la MPOC (2024)
- Salbutamol 600-800 µg + ipratropium 80 µg en aérosol-doseur (ou nébulisation 5 mg + 0,5 mg), puis salbutamol q30 min au besoin.
- Prednisone 50 mg die × 5 jours (ou méthylprednisolone 40 mg IV q8h × 24 h si PO impossible, puis relais).
- Antibiotique selon le guide de l’Estrie (GPR-IF-004) : céfprozil, amoxicilline-clavulanate, TMP-SMX ou quinolone × 5 j, azithromycine × 3 j ; Pseudomonas suspecté : ciprofloxacine 750 mg BID × 7 j ; pneumonie : guide de la PAC.
Résumé dans nos mots. Source : Santé Québec – Estrie-CHUS, OPI-MI-001. Les corridors, formulaires et délais sont ceux de l’Estrie : utiliser ceux de son milieu.
Références
- PID-PN-001 — Oxygénothérapie à haut débit (adulte) (Santé Québec – Estrie-CHUS, 2024 ; document public)
- OPI-MI-001 — Traitement de l’exacerbation aiguë de la MPOC (Santé Québec – Estrie-CHUS, 2024 ; document public)
- BTS/ICS guideline for the ventilatory management of acute hypercapnic respiratory failure in adults (Thorax, 2016)
- Official ERS/ATS clinical practice guidelines: noninvasive ventilation for acute respiratory failure (Rochwerg et al., 2017)
- ERS clinical practice guidelines: high-flow nasal cannula in acute respiratory failure (Oczkowski et al., Eur Respir J, 2022)
- BTS guideline for oxygen use in adults in healthcare and emergency settings — résumé hospitalier (BTS, 2017)
- Nasal High-Flow Therapy — McMaster Textbook of Internal Medicine (2024)
- Ischaki E et al. Nasal high flow therapy (Eur Respir Rev, 2017) — résumé du protocole
- Indice ROX (Roca 2016, 2019) — fiche Fisher & Paykel