En bref : Grippe et COVID-19 se ressemblent : on teste si le résultat change la conduite (antiviral, personne à risque, milieu de vie). L’antiviral s’adresse surtout aux personnes à risque de complications : oseltamivir pour la grippe, idéalement dans les 48 h (dose ajustée à la fonction rénale), et nirmatrelvir-ritonavir (Paxlovid) pour la COVID-19 dans les 5 jours, après vérification systématique des interactions. L’adulte en bonne santé n’a habituellement besoin que de soins de soutien. Dyspnée au repos, SpO₂ < 92 %, confusion, hypotension ou aggravation après une amélioration initiale : urgence.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- SpO₂ < 92 % à l’air ambiant (ou nettement sous la valeur habituelle en MPOC), dyspnée au repos ou à la parole, FR ≥ 30/min : urgence.
- TAS < 90 mm Hg, FC ≥ 125/min, confusion nouvelle ou somnolence : urgence.
- Douleur thoracique, hémoptysie, syncope ; soupçon de myocardite (douleur, palpitations, dyspnée disproportionnée) : urgence.
- Aggravation après une amélioration initiale (fièvre qui revient, toux productive, dyspnée) : surinfection bactérienne ou pneumonie ; urgence si critères ci-dessus, sinon radiographie et réévaluation le jour même.
- Incapacité à boire, vomissements persistants, oligurie ou déshydratation importante ; myalgies intenses avec urines foncées (rhabdomyolyse) : urgence.
- Personne âgée ou fragile avec chute, délirium ou déclin fonctionnel aigu, même sans fièvre ; grossesse avec dyspnée ou fièvre persistante : urgence ou évaluation obstétricale le jour même.
✅ À faire maintenant
- Signes vitaux complets avec SpO₂ ; auscultation ; état d’hydratation ; date exacte du début des symptômes (fenêtre de traitement).
- Identifier les facteurs de risque : âge avancé, maladie chronique (cœur, poumon, rein, foie, diabète, neurologique, sang), cancer ou immunosuppression, obésité importante, grossesse, résidence en CHSLD, RPA ou RI.
- Tester si le résultat change la conduite : TAAN multiplex ou test rapide antigénique COVID ; le test antigénique rapide de l’influenza est peu sensible et n’exclut pas la grippe. En saison grippale, chez une personne à risque vue dans les 48 h, on peut traiter sans attendre le résultat.
- Créatinine récente (ou du jour) chez la personne âgée ou atteinte d’IRC pour ajuster l’oseltamivir ou le Paxlovid ; ne pas retarder l’oseltamivir pour l’attendre si la fonction rénale est connue normale.
- Pour le Paxlovid : liste complète des médicaments (y compris produits naturels et en vente libre), vérification avec un outil d’interactions (Liverpool COVID-19 Drug Interactions) et le pharmacien.
- Radiographie pulmonaire si crépitants, fièvre > 3–5 jours ou aggravation secondaire.
💊 Premières ordonnances
- Oseltamivir (grippe, personne à risque ou forme compliquée) : 75 mg PO bid × 5 j. ClCr > 30 à 60 mL/min : 30 mg PO bid ; ClCr 10 à 30 : 30 mg PO die ; ClCr < 10 ou dialyse : avis de néphrologie ou du pharmacien (75 mg × 1 dose, puis selon la dialyse).
- Prophylaxie après exposition familiale chez une personne à risque non protégée (dans les 48 h) : oseltamivir 75 mg PO die × 10 j ; ClCr > 30 à 60 : 30 mg PO die ; ClCr 10 à 30 : 30 mg PO q48 h.
- Nirmatrelvir-ritonavir (COVID-19, risque élevé, symptômes ≤ 5 j) : 300/100 mg PO bid × 5 j. DFGe 30 à 59 : 150/100 mg PO bid × 5 j. DFGe < 30 : 300/100 mg PO J1 puis 150/100 mg PO die × 4 j (avec le pharmacien). Contre-indiqué si cirrhose Child-Pugh C.
- Interactions à gérer pendant le Paxlovid et 3 jours après : cesser temporairement simvastatine, lovastatine, atorvastatine ou rosuvastatine ; éviter ou ajuster apixaban, rivaroxaban, ticagrélor, amiodarone, tacrolimus, cyclosporine, colchicine, certains antipsychotiques et benzodiazépines. Carbamazépine, phénytoïne, rifampicine, millepertuis : Paxlovid inefficace, ne pas le prescrire.
- Soutien : acétaminophène 650–1000 mg PO q6 h au besoin (max 4 g/j ; 3 g/j si personne âgée ou atteinte hépatique) ; liquides, repos ; ibuprofène 400 mg PO q6–8 h au besoin si pas d’IRC, d’ulcère, d’anticoagulant ni d’insuffisance cardiaque.
- Pas d’antibiotique sans signe de surinfection bactérienne ; pas de corticostéroïde pour la grippe ou la COVID-19 sans besoin d’oxygène (décision hospitalière).
📞 Appeler ou orienter si
- Envoyer à l’urgence : SpO₂ < 92 % à l’air ambiant, dyspnée au repos ou FR ≥ 30/min ; TAS < 90 mm Hg, FC ≥ 125/min, confusion ou somnolence ; douleur thoracique, hémoptysie, syncope ou soupçon de myocardite ; aggravation après une amélioration initiale avec critère de gravité ; incapacité à boire, déshydratation importante ou rhabdomyolyse ; personne âgée avec délirium, chute ou déclin aigu
Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›
📨 Référer : CRDS Consulter en infectiologie si : (priorités A à E) · 🚩 Alertes cliniques : urgence
Antiviraux : INESSS, puis guide local
Ordre de priorité : INESSS d’abord ; guide d’antibiothérapie de l’HCLM (2023) si l’INESSS ne couvre pas la situation ou pour les options complémentaires. Ajuster selon la fonction rénale, les allergies, la grossesse et les cultures.
| Situation | Virus | INESSS (1er choix et alternatives) | Guide HCLM (si différent ou complémentaire) | Durée |
|---|---|---|---|---|
| COVID-19 légère à modérée, non hospitalisée, à risque de forme grave (immunosuppression sévère ; 60 ans et plus ou comorbidités, au cas par cas), symptômes ≤ 5 j | SARS-CoV-2 | Nirmatrelvir-ritonavir 300/100 mg PO bid ; DFGe 30–59 : 150/100 mg PO bid ; DFGe < 30 ou hémodialyse : schéma réduit (avec le pharmacien). Vérifier les interactions (CYP3A4) ; contre-indiqué si Child-Pugh C | — | 5 j |
| COVID-19 à risque, nirmatrelvir-ritonavir impossible (interactions, Child-Pugh C), symptômes ≤ 7 j | SARS-CoV-2 | Remdésivir (3 j en communauté), offert en milieu hospitalier : discussion le jour même avec l’urgence ou l’infectiologie. Contre-indiqué si ALT ≥ 5 fois la normale | — | 3 j |
| COVID-19 avec besoin d’oxygène | SARS-CoV-2 | Urgence (dexaméthasone, anticoagulation et immunomodulateurs : décision hospitalière) | — | — |
- Grippe : pas de guide de l’INESSS sur les antiviraux ; la page du guide HCLM du site ne les couvre pas. Oseltamivir : voir Premières ordonnances (Québec.ca, Santé Ontario).
- Pas d’antibiotique sans signe de surinfection bactérienne (S. aureus y compris SARM, pneumocoque, SGA) ; pneumonie de surinfection : voir la fiche Pneumonie.
- Grossesse : décision avec l’obstétricien ou le médecin traitant.
Évaluation
- Grippe : début brusque, fièvre, toux, myalgies, céphalée, grande fatigue ; incubation 1 à 4 jours. Personne âgée : parfois ni fièvre ni toux, seulement délirium, chute ou déclin.
- COVID-19 : toux, fièvre, mal de gorge, congestion, fatigue, myalgies ; anosmie moins fréquente qu’avant ; symptômes digestifs possibles. Hypoxémie parfois sans dyspnée : mesurer la SpO₂.
- Aggravation de la COVID-19 typiquement vers le 7e au 10e jour : prévenir le patient.
- Test : TAAN (PCR) de référence ; test antigénique rapide COVID utile s’il est positif. Un test COVID faiblement positif dans les 90 jours suivant une infection peut refléter de l’ARN résiduel.
- Pas de radiographie systématique ; la faire si crépitants focaux, SpO₂ basse, fièvre prolongée ou aggravation secondaire.
Qui traiter par antiviral
- Grippe : antiviral pour l’adulte à risque de complications, idéalement dans les 48 h ; au-delà, à envisager chez la personne à risque ou dont l’état s’aggrave. Toute forme grave ou compliquée est traitée, peu importe le délai (souvent à l’urgence). Adulte en bonne santé : pas d’antiviral systématique.
- Au Québec, sont visés : les 75 ans et plus, les résidents de CHSLD, RPA ou RI, les personnes atteintes de maladies chroniques suivies régulièrement (cœur, poumon, rein, foie, sang, neurologique, cancer, immunosuppression, obésité importante), la grossesse aux 2e et 3e trimestres (tous les trimestres si maladie chronique) ; les contacts domiciliaires d’une personne à risque peuvent aussi être évalués. Les lignes directrices canadiennes retiennent aussi les 65 ans et plus.
- COVID-19 (INESSS) : Paxlovid pour la forme légère à modérée chez la personne à risque de forme grave : immunosuppression sévère ; 60 ans et plus ou au moins une comorbidité (IRC, maladie hépatique chronique, maladie cardiopulmonaire chronique, diabète, obésité), évaluées au cas par cas selon la vaccination et la fragilité ; symptômes depuis ≤ 5 jours, infection confirmée, non hospitalisée.
- Grossesse et COVID-19 à risque : décision avec l’obstétricien ou le médecin traitant.
- Les antiviraux de la grippe et le Paxlovid peuvent être prescrits par le médecin, l’IPS ou le pharmacien ; le test est offert gratuitement en point de service local pour les personnes à risque.
- Le baloxavir (dose unique) est homologué au Canada pour la grippe non grave (12 ans et plus, ≥ 40 kg) ; à réserver aux personnes qui ne peuvent prendre l’oseltamivir (résistance), pas en grossesse ni en allaitement.
Isolement, prévention et vaccination
- Fièvre : rester à la maison. Toux, mal de gorge ou congestion nouvelle : masque lors des contacts jusqu’à disparition des symptômes.
- Pendant 10 jours après le début : limiter les contacts, éviter les personnes vulnérables (personnes âgées, bébés de moins de 1 an, immunosupprimés, femmes enceintes) ou porter le masque ; reporter les visites en CHSLD ; télétravail si possible.
- Travail en soins ou en milieu de vie : suivre les règles de l’employeur et de la prévention des infections.
- Vaccination annuelle contre la grippe et rappel contre la COVID-19 selon le Protocole d’immunisation du Québec (PIQ) pour les groupes visés ; proposer aussi le vaccin contre le VRS aux personnes âgées admissibles et le vaccin pneumococcique (voir la fiche Vaccination).
- Hygiène des mains, étiquette respiratoire, aération.
Consulter
Envoyer à l’urgence si :
- UrgenceSpO₂ < 92 % à l’air ambiant, dyspnée au repos ou FR ≥ 30/min — ambulance si détresse
- UrgenceTAS < 90 mm Hg, FC ≥ 125/min, confusion ou somnolence
- UrgenceDouleur thoracique, hémoptysie, syncope ou soupçon de myocardite
- UrgenceAggravation après une amélioration initiale avec critère de gravité (pneumonie de surinfection)
- UrgenceIncapacité à boire, déshydratation importante ou rhabdomyolyse
- UrgencePersonne âgée avec délirium, chute ou déclin aigu, ou grossesse avec dyspnée
Consulter en microbiologie médicale et infectiologie si :
- RapideGrippe ou COVID-19 chez une personne gravement immunosupprimée (greffe, chimiothérapie, biothérapie anti-lymphocytes B) — contact le jour même avec l’équipe traitante ou l’infectiologue
- RapideInteractions du Paxlovid impossibles à gérer chez une personne à risque (symptômes ≤ 7 j) — discussion le jour même d’un antiviral offert en milieu hospitalier
- ÉlectifInfections respiratoires récidivantes inexpliquées — priorité D, après bilan de base
Éclosion en CHSLD, RPA ou RI : prévention des infections du milieu ou santé publique, pas une consultation spécialisée.
À préparer : date du début des symptômes ; résultat du TAAN ou du test rapide ; signes vitaux et SpO₂ ; créatinine et DFGe ; liste complète des médicaments avec le résultat de la vérification d’interactions ; vaccination grippe et COVID-19 ; facteurs de risque et niveau de soins.
Suivi
- Expliquer les signes d’alarme par écrit et la durée attendue : fièvre 3 à 5 jours ; toux et fatigue jusqu’à 2 à 3 semaines.
- Personne à risque traitée : appel ou revoir en 48 à 72 h ; plus tôt si aggravation.
- Fièvre > 5 jours, aggravation après une amélioration ou nouvelle dyspnée : réévaluation le jour même (radiographie, recherche de pneumonie).
- Après le Paxlovid : reprendre la statine et les autres médicaments suspendus 3 jours après la dernière dose ; contrôler INR, taux de tacrolimus ou autres taux selon l’avis du pharmacien.
- Rebond de symptômes après le Paxlovid : habituellement léger et spontanément résolutif ; ce n’est pas une raison de ne pas le prescrire. Reprendre les mesures de prévention.
- Toux persistante au-delà de 8 semaines : voir la fiche Toux subaiguë et chronique.
Pièges et perles
- Ne pas attendre le résultat d’un test de grippe pour traiter une personne à risque en pleine saison : le bénéfice baisse avec le délai.
- Ne pas doubler la dose d’oseltamivir (150 mg bid) : aucun bénéfice démontré.
- Le Paxlovid est simple en apparence ; c’est l’ordonnance de la clinique avec le plus d’interactions. Toujours vérifier, surtout statines, anticoagulants, antiarythmiques et immunosuppresseurs.
- Le ritonavir diminue l’effet de certains contraceptifs hormonaux combinés : méthode d’appoint jusqu’au cycle suivant.
- L’hypoxémie silencieuse de la COVID-19 : la SpO₂ se mesure chez tous.
- Surinfection après la grippe : S. aureus (y compris SARM), pneumocoque, SGA ; elle survient souvent après une amélioration initiale.
Références
- INESSS. COVID-19 : antiviraux, anticoagulants et immunomodulateurs. Guide d’usage optimal (sept. 2024).
- Guide d’utilisation des antibiotiques de l’Hôpital Charles-Le Moyne, 7e éd. (mai 2023).
- Gouvernement du Québec. Médicament Paxlovid contre la COVID-19 (mis à jour en janv. 2025).
- Gouvernement du Québec. Médicaments antiviraux contre la grippe (influenza) pour les personnes à risque de complications (mis à jour en déc. 2024).
- Gouvernement du Québec. Gestes pour limiter la transmission des maladies respiratoires infectieuses (mis à jour en août 2025).
- Santé Ontario, Programme des maladies infectieuses. Recommendations for Antiviral Therapy of Seasonal Influenza (nov. 2025) : indications, doses et ajustement rénal de l’oseltamivir, baloxavir.
- AMMI Canada. Guidance on the use of antiviral drugs for influenza (mises à jour annuelles, Journal of the Association of Medical Microbiology and Infectious Disease Canada).
- MHRA. Nirmatrelvir, ritonavir (Paxlovid) : be alert to the risk of drug interactions with ritonavir. Drug Safety Update, nov. 2023 (renvoie à l’outil Liverpool COVID-19 Drug Interactions).
- MSSS. Protocole d’immunisation du Québec (PIQ) : vaccins contre l’influenza et la COVID-19 (version en vigueur).
- MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spécialisée (CRDS) — Microbiologie médicale et infectiologie.