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Diabète insipide

EndocrinologieFiche révisée · 21 oct. 2026

💊 Doses / traitement✉️ Signaler une erreur

En bref : Depuis 2022, on parle de déficit en arginine-vasopressine (AVP-D) pour la forme centrale et de résistance à l’AVP (AVP-R) pour la forme néphrogénique. On y pense devant une polyurie > 3 L/24 h d’urines diluées (Osm urinaire < 300 mOsm/kg). Tant que le patient a soif et accès à l’eau, le Na reste normal ; l'hypernatrémie survient quand l’accès à l’eau est perdu (post-opératoire, confusion, NPO). Au chevet : eau libre à volonté, Na rapproché et, si AVP-D, desmopressine à faible dose en surveillant le risque d'hyponatrémie. Les causes hospitalières dominantes sont la neurochirurgie hypophysaire, le TCC et le lithium.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d’alarme

  • Na ≥ 150 mmol/L ou en hausse rapide, confusion, patient sans accès à l’eau (NPO, intubé, sédation, délirium).
  • Polyurie brutale après chirurgie hypophysaire, TCC ou hémorragie cérébrale.
  • Hyponatrémie sous desmopressine (apport hydrique libre et dose fixe).
  • AVP-D avec insuffisance surrénalienne non traitée (masse hypophysaire, chirurgie récente).

✅ À faire maintenant

  • Bilan des entrées et sorties, diurèse horaire ; poids die.
  • Na sérique, Osm sérique, Osm urinaire, densité urinaire, glucose, K, Ca, créatinine, urée.
  • Revoir : lithium (actuel ou passé), mannitol, solutés, diurétiques, glycosurie, récupération d’IRA, levée d’obstruction.
  • Accès libre à l’eau si le patient est éveillé ; sinon eau par TNG ou D5 % IV (Fiche Hypernatrémie et troubles de l’eau).
  • Chirurgie hypophysaire ou masse : cortisol à 8 h ou couverture en hydrocortisone selon l’endocrinologie.

💊 Premières ordonnances

  • AVP-D confirmé ou très probable, avec hypernatrémie ou polyurie mal tolérée : desmopressine 1 µg IV ou SC, répéter q12–24 h selon la diurèse et le Na (plage 1–4 µg/24 h).
  • Na q4–6 h les premières 24–48 h, Osm urinaire après la dose.
  • Ne pas prescrire de desmopressine à horaire fixe en postopératoire immédiat : dose au besoin selon la diurèse et le Na, décidée avec la neurochirurgie ou l’endocrinologie.

📞 Appeler ou orienter si

  • Endocrinologie : Polyurie diluée avec hypernatrémie ; apoplexie hypophysaire soupçonnée
  • Néphrologie : Hypernatrémie sévère ou symptomatique
  • Neurochirurgie : Polyurie ou trouble du Na après chirurgie de la selle ; TCC modéré ou sévère avec polyurie

Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›

🔗 Ressources et raisonnement

🧭 Raisonnement clinique Hypernatrémie · Polyurie et diabète insipide

Diagnostic

Confirmer la polyurie hypotonique

Étape Repère
Polyurie > 3 L/24 h (> 50 mL/kg/24 h)
Urines diluées Osm urinaire < 300 mOsm/kg (densité < 1,005)
Exclure la diurèse osmotique Osm urinaire > 300 avec polyurie : glucose, urée (alimentation hyperprotéinée, catabolisme), mannitol, NaCl abondant, levée d’obstruction
Na sérique Élevé ou normal haut : AVP-D ou AVP-R ; bas : polydipsie primaire

Causes

AVP-D (central) AVP-R (néphrogénique)
Chirurgie hypophysaire ou hypothalamique Lithium (souvent après des années, parfois irréversible)
TCC, hémorragie sous-arachnoïdienne, anoxie cérébrale, mort cérébrale Hypercalcémie (Fiche Calcium et hypercalcémie)
Tumeurs : craniopharyngiome, métastases (sein, poumon), germinome Hypokaliémie chronique
Infiltratives : histiocytose langerhansienne, sarcoïdose, hypophysite (y compris sous inhibiteurs de points de contrôle) Récupération d’IRA, polyurie post-obstruction
Idiopathique, génétique Autres médicaments (déméclocycline, foscarnet, amphotéricine B, ifosfamide) ; héréditaire
  • Diagnostic différentiel principal : polydipsie primaire (psychiatrie, antipsychotiques) : Na plutôt bas, souvent < 140.
  • Grossesse : AVP-D transitoire par vasopressinase placentaire (référer).

Tests de confirmation (milieu spécialisé)

  • Test de restriction hydrique : restriction jusqu’à 17 h, ou jusqu’à Na ≥ 150 mmol/L ou perte de 3–5 % du poids, puis desmopressine. Osm urinaire < 300 après restriction avec hausse > 50 % après desmopressine : AVP-D complet ; hausse ≤ 50 % : AVP-R. Zone grise fréquente (exactitude d’environ 77 %).
  • Copeptine (substitut stable de l’AVP) :
    • basale > 21,4 pmol/L sans restriction : AVP-R ;
    • stimulée par le salin hypertonique > 4,9 pmol/L : polydipsie primaire plutôt qu’AVP-D (exactitude 97 %, Fenske et coll., NEJM 2018) ;
    • stimulée par l’arginine > 3,8 pmol/L à 60 min : polydipsie primaire plutôt qu’AVP-D ; plus simple mais moins exacte que le salin hypertonique (Refardt et coll., NEJM 2023).
  • Ces tests exposent à l’hypernatrémie : jamais à l’étage sans protocole ; endocrinologie.
  • AVP-D confirmé : IRM de la selle et évaluation des autres axes hypophysaires.

⚠️ Recommandation actuelle (groupe de travail international, 2022) : utiliser « déficit en arginine-vasopressine (AVP-D) » et « résistance à l’arginine-vasopressine (AVP-R) » plutôt que « diabète insipide central / néphrogénique », notamment pour éviter la confusion avec le diabète sucré (et les erreurs d’insuline).

Prise en charge

Situation Traitement (adulte)
Tout DI hospitalisé Accès libre à l’eau ; ne jamais restreindre l’eau sans desmopressine ; remplacer le déficit en eau libre si hypernatrémie (Fiche Hypernatrémie et troubles de l’eau, Fiche Solutés)
AVP-D, IV / SC (NPO, aigu) Desmopressine 1–2 µg IV ou SC q12–24 h (plage 1–4 µg/24 h), selon la diurèse et le Na
AVP-D, PO Desmopressine 0,1 mg PO BID–TID au départ ; entretien habituel 0,1–0,2 mg TID (plage 0,2–1,2 mg/24 h)
AVP-D, comprimé sublingual (lyophilisat) 60 µg TID au départ (plage 120–720 µg/24 h)
AVP-D, intranasal 10 µg die–BID (plage 10–40 µg/24 h) ; absorption variable (rhume, chirurgie transsphénoïdale : préférer PO ou SC)
AVP-R au lithium Avec la psychiatrie : réduire ou cesser le lithium si possible ; amiloride 5–10 mg PO die–BID ; thiazide (hydrochlorothiazide 25 mg PO die–BID) en appoint avec surveillance du lithium (le thiazide l’augmente)
AVP-R, autres causes Corriger Ca et K ; diète pauvre en sel et en protéines ; thiazide ± amiloride ; AINS selon le spécialiste
  • Hyponatrémie sous desmopressine : principal risque. Boire selon la soif seulement ; prévoir une « percée » de polyurie (retarder une dose 1 fois par semaine) selon l’endocrinologie ; Na de contrôle 3–7 jours après tout ajustement (Fiche Hyponatrémie).
  • Patient connu AVP-D, NPO ou intubé : ne pas cesser la desmopressine ; passer en IV/SC et surveiller le Na q6–12 h.

Après neurochirurgie : réponse triphasique

  1. Polyurie (AVP-D) dans les premières 24–48 h, pendant quelques jours.
  2. Antidiurèse inappropriée (SIADH) vers J5–J10 par libération de l’AVP des neurones lésés : risque d’hyponatrémie si la desmopressine se poursuit.
  3. AVP-D permanent possible ensuite.
  • Beaucoup de patients n’ont qu’une phase. D’où les doses au besoin et le Na die pendant 10 à 14 jours après une chirurgie de la selle.
  • Polyurie postopératoire précoce : distinguer AVP-D (Osm urinaire < 300, Na en hausse) de l’élimination des solutés reçus en peropératoire (Na normal, Osm urinaire plus élevée).

💡 Perle clinique : une insuffisance surrénalienne peut masquer un AVP-D ; la polyurie apparaît ou s’aggrave après le début de l’hydrocortisone.

Algorithme

> 300 mOsm/kg

< 300 mOsm/kg

Bas ou normal bas

Normal haut ou élevé

Osm urinaire monte, diurèse baisse

Pas de réponse

Polyurie > 3 L/24 h

Osm urinaire

Diurèse osmotique :
glucose, urée, mannitol,
levée d’obstruction, solutés

Na sérique

Polydipsie primaire probable
Revoir médicaments, psychiatrie

Contexte : neurochirurgie, TCC,
lithium, Ca élevé, K bas ?

Eau libre à volonté
Na q4-6 h
Corriger Ca et K

Desmopressine 1 µg IV/SC
si hypernatrémie ou polyurie
mal tolérée

AVP-D :
endocrinologie, IRM de la selle,
autres axes hypophysaires

AVP-R :
lithium : amiloride ± thiazide
Néphrologie

Doute : copeptine stimulée
en milieu spécialisé

Consulter

Consulter en endocrinologie si :

  • UrgentPolyurie diluée avec hypernatrémie (post-opératoire, TCC, masse hypophysaire) — endocrinologue de garde.
  • UrgentApoplexie hypophysaire soupçonnée (céphalée brutale, trouble visuel, polyurie) — endocrinologue de garde.
  • Semi-urgentAVP-D nouveau, stable (IRM, autres axes hypophysaires, plan de desmopressine) — pendant le séjour.
  • Semi-urgentPolyurie hypotonique inexpliquée (test de restriction ou copeptine à organiser) — consultation externe en endocrinologie.

À préparer : bilan entrées-sorties et diurèse horaire, Na et Osm sériques, Osm urinaire en série, Ca, K, glucose, cortisol, médicaments (lithium), imagerie cérébrale.

Consulter en néphrologie si :

  • UrgentHypernatrémie sévère ou symptomatique (Na ≥ 160 ou confusion) — néphrologue de garde.
  • Semi-urgentAVP-R soupçonnée (lithium, absence de réponse à la desmopressine) — pendant le séjour.

Consulter en neurochirurgie si :

  • UrgentPolyurie ou trouble du Na après chirurgie de la selle — neurochirurgien de garde (équipe traitante).
  • UrgentTCC modéré ou sévère avec polyurie — neurochirurgien de garde.

Suivi et congé

  • Na 3–7 jours après le congé, puis après chaque ajustement de desmopressine.
  • Post-chirurgie hypophysaire : Na die jusqu’à J10–14 (phase 2 possible), selon le protocole de l’équipe de neurochirurgie.
  • Enseignement : boire selon la soif, signes d’hyponatrémie (céphalée, nausées, confusion), ne pas sauter de doses ; carte ou bracelet médical.
  • Lithium : lithémie, créatinine, Ca, TSH ; plan écrit avec la psychiatrie.

Pièges et perles

  • Restreindre l’eau chez un patient AVP-D « pour voir » : hypernatrémie grave.
  • Desmopressine à dose fixe chez un patient qui boit beaucoup (polydipsie primaire, phase 2 post-opératoire) : hyponatrémie grave.
  • Polyurie post-IRA ou post-obstruction : souvent une diurèse de solutés appropriée ; remplacer seulement une partie des pertes et réévaluer.
  • AVP-R au lithium : la polyurie persiste souvent après l’arrêt.
  • 💡 Perle clinique : un Na bas avec polyurie diluée oriente vers la polydipsie primaire, pas vers un DI.

Voir aussi

Références

🔗 Voir aussi