En bref : Pour retenir un dĂ©ficit en testostĂ©rone, il faut Ă la fois des symptĂŽmes et une testostĂ©rone basse confirmĂ©e deux fois. Les dosages se font le matin, Ă jeun, hors maladie aiguĂ«. On dose ensuite LH/FSH pour distinguer une cause primaire (testiculaire) dâune cause secondaire (hypophyse ou fonctionnelle). On traite dâabord les causes rĂ©versibles : obĂ©sitĂ©, opioĂŻdes, apnĂ©e du sommeil. Sous traitement, on surveille l'hĂ©matocrite et l'APS.
đ©ș Au chevet
đ© Signaux dâalarme
- Céphalées, troubles visuels ou atteinte des champs visuels avec testostérone basse et LH/FSH basses (tumeur hypophysaire) : consultation rapide en endocrinologie.
- Céphalée brutale avec trouble visuel ou état de choc (apoplexie hypophysaire) : urgence.
- Testostérone < 5,2 nmol/L avec LH/FSH basses ou normales, ou prolactine élevée : IRM hypophysaire et consultation rapide en endocrinologie.
- Sous testostérone : dyspnée, douleur thoracique ou mollet tuméfié (embolie pulmonaire, TEV), palpitations (FA) : urgence.
- Hématocrite > 0,54 sous testostérone : consultation rapide pour ajustement ; céphalées ou symptÎmes neurologiques associés : urgence.
- APS en hausse de > 1,4 ”g/L dans les 12 mois suivant le début, APS > 4 ”g/L confirmé ou toucher rectal anormal : consultation rapide en urologie.
đ Appeler ou orienter si
- Envoyer Ă lâurgence : Apoplexie hypophysaire soupçonnĂ©e ; TEV ou FA soupçonnĂ©e sous testostĂ©rone ; hĂ©matocrite > 0,54 avec symptĂŽmes neurologiques
DĂ©lais, autres situations et quoi prĂ©parer : section Consulter âș
đš RĂ©fĂ©rer : CRDS Consulter en urologie si : (prioritĂ©s A Ă E) · đ© Alertes cliniques : urgence
Qui investiguer
- SymptÎmes sexuels : baisse de libido, perte des érections matinales, dysfonction érectile. Ce sont les plus spécifiques.
- SymptĂŽmes physiques et psychiques : fatigue, baisse dâĂ©nergie, humeur dĂ©pressive, bouffĂ©es de chaleur, perte de masse musculaire, gynĂ©comastie, perte de pilositĂ©.
- Contextes Ă risque :
- opioĂŻdes > 3 mois ;
- corticothérapie prolongée (℠7,5 mg de prednisone pendant 3 mois) ;
- DT2 et syndrome métabolique, obésité (tour de taille > 102 cm) ;
- apnée du sommeil ;
- VIH, MPOC, IRC sévÚre, cirrhose, hémochromatose ;
- ostéoporose masculine, anémie normocytaire inexpliquée ;
- infertilité ;
- chimiothérapie ;
- stĂ©roĂŻdes anabolisants (y compris aprĂšs leur arrĂȘt).
- Pas de dĂ©pistage chez lâhomme asymptomatique. Pas de dosage pendant une maladie aiguĂ« : lâhospitalisation provoque un hypogonadisme fonctionnel transitoire.
Ăvaluation
- Testostérone totale entre 7 h et 11 h, à jeun, répétée au moins une fois.
- RepĂšres (Clinique dâandropause de QuĂ©bec) : testostĂ©rone totale < 9â13 nmol/L (zone grise), testostĂ©rone libre calculĂ©e < 0,33 nmol/L (330 pmol/L). On calcule la testostĂ©rone libre avec la SHBG quand la testostĂ©rone totale est limite ou que la SHBG est probablement anormale : Ăąge, obĂ©sitĂ©, cirrhose, hyperthyroĂŻdie, anticonvulsivants.
- Une fois lâhypogonadisme confirmĂ©, on dose LH, FSH, prolactine, FSC (Hb et Ht de base), APS (aprĂšs 24â48 h dâabstinence), ferritine et saturation (hĂ©mochromatose), TSH, glycĂ©mie, HbA1c et bilan lipidique.
- IRM hypophysaire si :
- testostérone < 5,2 nmol/L avec LH/FSH basses ou normales ;
- prolactine élevée ;
- autre atteinte hypophysaire (T4L, cortisol AM) ;
- céphalées ou troubles visuels.
- Ostéodensitométrie si le déficit est confirmé.
- Examen : IMC, TA, volume testiculaire, gynĂ©comastie, pilositĂ©, toucher rectal selon lâĂąge.
Causes
| Primaire (LH/FSH élevées) | Secondaire (LH/FSH basses ou normales) |
|---|---|
| Klinefelter, cryptorchidie, dystrophie myotonique | OpioĂŻdes, glucocorticoĂŻdes, cannabis, arrĂȘt de stĂ©roĂŻdes anabolisants |
| Orchite (oreillons), torsion, trauma | Obésité, DT2, apnée du sommeil, maladie aiguë ou chronique, malnutrition |
| Chimiothérapie (alkylants), radiothérapie | Hyperprolactinémie, adénome ou tumeur hypophysaire, apoplexie |
| Cirrhose, IRC, VIH (souvent mixte) | Hémochromatose, maladies infiltrantes, TCC, Kallmann |
Traitement
- Il faut dâabord traiter la cause. Une perte de poids, le traitement de lâapnĂ©e ou une rĂ©duction des opioĂŻdes peuvent normaliser la testostĂ©rone.
- Contre-indications absolues :
- cancer de la prostate non traitĂ© (en discuter avec lâurologie) ;
- cancer du sein ;
- désir de fertilité : la testostérone exogÚne supprime la spermatogenÚse ; référer en urologie.
- Contre-indications relatives :
- hĂ©matocrite > 0,50â0,54 ou Hb > 180 g/L ;
- apnée sévÚre non traitée ;
- HBP sévÚre non traitée ;
- insuffisance cardiaque décompensée ;
- événement cardiovasculaire récent ;
- antécédent de TEV.
| Formulation | Dose usuelle | Commentaires |
|---|---|---|
| Cypionate (Depo-Testosterone) ou Ă©nanthate (Delatestryl) | 100 mg IM/SC q1 sem. ou 200 mg IM q2 sem. (auto-injection aprĂšs enseignement, ou pharmacie/CLSC) | Peu coĂ»teux. Pics et creux marquĂ©s ; polyglobulie plus frĂ©quente. Doser la veille de lâinjection (creux) |
| Gel 1 % (Androgel, Testim) | 5 g/j (50 mg) sur la peau, Ă ajuster 2,5â10 g | Taux stables. Transfert Ă lâentourage (enfants, partenaire) : se laver les mains et couvrir la zone |
| Timbre (Androderm) | 2,5â5 mg/j | Irritation cutanĂ©e frĂ©quente |
| UndĂ©canoate oral (Andriol 40 mg) | 120â160 mg/j en 2 prises, avec un repas gras | Absorption variable |
| Gel nasal (Natesto) | 11 mg (1 pression par narine) 2â3 f.p.j. | Supprimerait moins la spermatogenĂšse ; disponibilitĂ© variable |
Consulter
Envoyer Ă lâurgence si :
- UrgenceApoplexie hypophysaire soupçonnée (céphalée brutale, trouble visuel, état de choc)
- UrgenceTEV ou FA soupçonnée sous testostérone (dyspnée, douleur thoracique, mollet tuméfié, palpitations)
- UrgenceHématocrite > 0,54 avec symptÎmes neurologiques (céphalées)
Consulter en endocrinologie si :
- RapideMasse hypophysaire avec symptĂŽme visuel (cĂ©phalĂ©es, champs visuels, LH/FSH basses) â prioritĂ© B (†10 j)
- ĂlectifHyperprolactinĂ©mie ou masse hypophysaire sans trouble visuel (testostĂ©rone < 5,2 nmol/L avec LH/FSH basses ou normales : IRM) â prioritĂ© D (†3 mois)
- ĂlectifHypogonadisme confirmĂ©, homme †50 ans â prioritĂ© D (†3 mois)
- ĂlectifHypogonadisme confirmĂ©, homme > 50 ans â prioritĂ© E (†12 mois)
Consulter en urologie si :
- RapideAPS en hausse sous testostĂ©rone (> 1,4 ”g/L en 12 mois ou > 4 ”g/L, recontrĂŽlĂ©) â prioritĂ© C (†28 j)
- RapideToucher rectal anormal â prioritĂ© C (†28 j)
- ĂlectifHypogonadisme avec dĂ©sir de fertilitĂ© (pas de testostĂ©rone exogĂšne) â consultation externe en urologie
Ă prĂ©parer : testostĂ©rone totale 7â11 h Ă jeun Ă 2 (± SHBG, testostĂ©rone libre calculĂ©e) ; LH, FSH, prolactine, FSC (Ht), APS, ferritine et saturation, TSH, HbA1c ; IRM hypophysaire si faite ; opioĂŻdes, glucocorticoĂŻdes, apnĂ©e du sommeil ; traitement en cours (dose, Ht et APS de suivi).
Suivi
- Réévaluation clinique et biologique à 3 et 6 mois, puis chaque année : symptÎmes, TA, testostérone, hématocrite et APS.
- Hématocrite > 0,54 : on réduit la dose ou on espace les injections, on passe au gel, ou on fait une phlébotomie ou un don de sang. On cherche aussi une apnée du sommeil.
- APS : on prend une valeur de base, puis Ă 3â6 mois et chaque annĂ©e. On rĂ©fĂšre en urologie si lâAPS monte de > 1,4 ”g/L en 12 mois, sâil dĂ©passe un seuil absolu (> 4 ”g/L), ou si le toucher rectal est anormal.
- On cesse si aucun bĂ©nĂ©fice nâapparaĂźt aprĂšs 6 mois.
â ïž Recommandation actuelle (essai TRAVERSE, NEJM 2023) : chez des hommes hypogonadiques Ă risque cardiovasculaire Ă©levĂ©, la testostĂ©rone nâaugmente pas les Ă©vĂ©nements CV majeurs. On note toutefois plus de FA, dâIRA et dâembolies pulmonaires (signal numĂ©rique pour lâEP). SantĂ© Canada (2014) a Ă©mis une mise en garde : risque possible dâinfarctus, dâAVC, de TEV et dâarythmie ; lâindication doit rester un dĂ©ficit documentĂ©, et non le vieillissement seul.
đĄ La testostĂ©rone nâest pas un traitement de la dysfonction Ă©rectile isolĂ©e. On commence par un IPDE5, et on dose la testostĂ©rone si lâIPDE5 Ă©choue ou si dâautres signes de dĂ©ficit sont prĂ©sents (ligne directrice canadienne, 2015).
Références
- Diagnosis and management of testosterone deficiency syndrome in men: clinical practice guideline (Morales et al., CMAJ, 2015)
- Commentaire sur la ligne directrice canadienne (Hackett, CMAJ, 2015)
- Lincoff AM et al. Cardiovascular Safety of Testosterone-Replacement Therapy (essai TRAVERSE). NEJM, 2023;389:107-117.
- SantĂ© Canada. Examen de lâinnocuitĂ© : produits de remplacement de la testostĂ©rone et risque cardiovasculaire (2014)
- Endocrine Society. Testosterone Therapy in Men With Hypogonadism (Bhasin et al., 2018) : seuils de rĂ©fĂ©rence en urologie (APS en hausse > 1,4 ”g/L en 12 mois, APS > 4 ”g/L confirmĂ©), suivi de lâhĂ©matocrite ; la ligne directrice canadienne ne chiffre pas ces seuils.
- MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spĂ©cialisĂ©e (CRDS) â Endocrinologie, Urologie.