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Pancréatite aiguë

Gastro-entérologie, hépatologie et nutritionFiche révisée · 18 oct. 2026

💊 Doses / traitement✉️ Signaler une erreur

En bref : Le diagnostic repose sur 2 critères sur 3 : douleur typique, lipase > 3 × LSN, imagerie. On fait une échographie chez tous les patients pour chercher une origine biliaire ; la TDM n’est pas faite de routine. On remplit modérément au Lactate Ringer et on réalimente tôt par la bouche. Pas d’antibioprophylaxie. Si l’origine est biliaire : cholécystectomie durant la même admission.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d’alarme

  • Défaillance d’organe (respiratoire, rénale, cardiovasculaire), SIRS persistant > 48 h, BISAP ≥ 3.
  • Urée et hématocrite en hausse à 24 h (Ht > 44 %).
  • Cholangite : fièvre, ictère, choc.
  • Détérioration après la 1re semaine : nécrose infectée, pseudo-anévrisme (chute d’Hb).

✅ À faire maintenant

  • 2 critères sur 3 : douleur typique, lipase > 3 × LSN, imagerie.
  • FSC, électrolytes, urée, créatinine, glucose, ALT/AST, bilirubine, PAL, TG (tôt), calcium, albumine, lactate ; gaz si instable.
  • Échographie abdominale chez tous ; TDM seulement si doute ou pas d’amélioration à 48–72 h.
  • Réévaluer à 6 h puis 24–48 h : signes vitaux, diurèse > 0,5 mL/kg/h, urée, Ht.

💊 Premières ordonnances

  • Lactate Ringer IV : hypovolémie → bolus 10 mL/kg puis 1,5 mL/kg/h ; euvolémie → 1,5 mL/kg/h.
  • Acétaminophène 1 g PO/IV q6h (max 4 g/j ; 3 g/j si hépatopathie ou alcool) ; hydromorphone 0,5–1 mg SC/IV q2–4h PRN.
  • Diète orale faible en gras < 24–48 h ; TNG seulement si iléus.
  • Aucune antibioprophylaxie ; nécrose infectée : pip-tazo 4 g IV q6h (ou méropénem 1 g IV q8h).
  • Alcool : CIWA-Ar, thiamine 100–200 mg PO die (risque élevé : 200–300 mg IV/IM die ≥ 5 j ; Wernicke soupçonné : 500 mg IV TID).

📞 Appeler ou orienter si

  • Gastro-entérologie : Pancréatite prédite sévère ; cholangite associée ; nécrose ou collection infectée soupçonnée
  • Radiologie interventionnelle : Pseudo-anévrisme soupçonné
  • Soins intensifs : Défaillance d’organe persistante ou choc

Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›

🔗 Ressources et raisonnement

📞 Consulter Consulter en gastro-entérologie si : · Urgente : consultation intrahospitalière · semi-urgente : intrahospitalière ou externe · élective : en externe

Définitions et causes

  • Diagnostic : au moins 2 critères sur 3.
    • Douleur épigastrique aiguë, souvent transfixiante vers le dos.
    • Lipase (préférée à l’amylase) > 3 × LSN.
    • Signes à l’imagerie.
  • La hauteur de la lipase ne prédit pas la sévérité. Il n’y a pas lieu de la répéter pour suivre l’évolution.
Cause Indices / bilan
Lithiasique (≈ 40 %) Calculs ou boue à l’échographie ; ALT > 3 × LSN (environ 150 U/L) dans les 48 h évoque fortement cette origine
Alcool (25–35 %) Consommation lourde et prolongée, souvent des épisodes répétés
Hypertriglycéridémie TG > 11,3 mmol/L (1000 mg/dL) ; à doser tôt, car les TG baissent avec le jeûne
Hypercalcémie Calcium ionisé, PTH
Médicaments Azathioprine/6-MP, acide valproïque, didanosine, mésalazine, œstrogènes, diurétiques ; aGLP-1 (lien débattu)
Post-CPRE, trauma Contexte
Tumeur (TIPMP, adénocarcinome) Âge > 40 ans sans cause évidente : TDM ou IRM à distance
Idiopathique Écho-endoscopie ou CPRM après l’épisode

Évaluation

  • Bilan sanguin :
    • FSC, électrolytes, urée, créatinine, glucose.
    • ALT/AST, bilirubine, phosphatase alcaline.
    • Lipase, TG, calcium, albumine, lactate.
    • Gaz si le patient est instable.
  • Échographie abdominale chez tous les patients pour chercher une lithiase. On la refait si elle n’est pas concluante.
  • TDM avec contraste : seulement si le diagnostic est incertain ou s’il n’y a pas d’amélioration à 48–72 h. Faite trop tôt, elle sous-estime la nécrose.
  • CPRM ou écho-endoscopie si l’on suspecte une cholédocholithiase sans cholangite.

Sévérité (Atlanta révisée)

Grade Définition
Légère Pas de défaillance d’organe ni de complication locale ou systémique
Modérément sévère Défaillance d’organe transitoire (< 48 h) et/ou complication locale (collection, nécrose)
Sévère Défaillance d’organe persistante (> 48 h) : respiratoire, rénale ou cardiovasculaire
  • Facteurs de mauvais pronostic à l’admission :
    • SIRS persistant > 48 h.
    • BISAP ≥ 3.
    • Urée en hausse à 24 h, hématocrite > 44 %.
    • Âge > 60 ans, obésité, comorbidités.
  • Ces patients doivent être surveillés de près, aux soins intermédiaires ou intensifs.

Prise en charge

Réanimation liquidienne

  • Lactate Ringer de préférence au NS.
  • Hypovolémie : bolus de 10 mL/kg, puis 1,5 mL/kg/h.
  • Euvolémie : 1,5 mL/kg/h, sans bolus.
  • Réévaluer à 6 h, puis à 24 et 48 h : signes vitaux, diurèse > 0,5 mL/kg/h, urée, hématocrite. Arrêter dès que l’apport oral est suffisant.
  • Prudence en insuffisance cardiaque ou rénale.

⚠️ Recommandation actuelle (essai WATERFALL, NEJM 2022 ; ACG 2024) : le remplissage agressif (bolus de 20 mL/kg puis 3 mL/kg/h) n’améliore pas l’évolution et triple la surcharge liquidienne (20,5 % vs 6,3 %). L’ancienne pratique « 250–500 mL/h » est abandonnée.

Analgésie

  • Analgésie multimodale :
    • Acétaminophène 1 g PO/IV q6 h (max 4 g/j ; 3 g/j si hépatopathie ou alcool).
    • Opioïdes au besoin, par exemple hydromorphone 0,5–1 mg SC/IV q2–4 h PRN, à ajuster selon l’âge et la fonction rénale. Ils sont sûrs dans cette indication.
    • AINS seulement si la fonction rénale et la volémie sont normales.
  • Antiémétique. Le jeûne et le TNG ne sont pas systématiques : seulement si iléus ou vomissements incoercibles.

Nutrition

  • Alimentation orale dans les 24–48 h selon la tolérance, en commençant directement par une diète solide faible en gras (pas besoin de passer par les liquides clairs).
  • Si l’alimentation orale est impossible (forme sévère) : nutrition entérale par TNG (nasogastrique aussi sûr que nasojéjunal). La nutrition parentérale est réservée à l’échec de la voie entérale.

Antibiotiques

  • Aucune antibioprophylaxie, même pour une forme sévère ou une nécrose stérile (CHLM, ACG).
  • Indications : cholangite, bactériémie, nécrose infectée. On suspecte celle-ci devant une détérioration ou une fièvre après 7 à 10 jours, ou un gaz dans la collection à la TDM. Une ponction n’est plus exigée avant de traiter.
  • Pancréatite compliquée (abcès, pseudokyste ou nécrose infectés), guide CHLM :
Option Molécule et dose
1re intention Pipéracilline-tazobactam 4 g IV q6 h
Alternative Méropénem 1 g IV q8 h
Alternative (allergie) Ciprofloxacine 400 mg IV q8–12 h + métronidazole 500 mg IV q8 h
  • Durée selon la clinique, les cultures et le drainage (souvent plusieurs semaines pour une nécrose infectée). Ajuster à la fonction rénale selon le guide CHLM.
  • Nécrose infectée stable : antibiotiques d’abord. On retarde le drainage ou la nécrosectomie (de préférence endoscopique) jusqu’à ce que la collection soit encapsulée, idéalement ≥ 4 semaines.

Selon la cause

  • Biliaire :
    • Cholangite (fièvre, ictère, choc) : CPRE dans les 24 h.
    • Sans cholangite : pas de CPRE précoce de routine ; CPRM ou écho-endoscopie d’abord.
    • Forme légère : cholécystectomie durant la même admission. Forme nécrosante : la retarder jusqu’à la résolution des collections, ou environ 6 semaines.
  • Alcool :
    • Intervention brève et offre de traitement du trouble lié à l’alcool (naltrexone, acamprosate).
    • Prévention du sevrage (CIWA-Ar), thiamine.
    • Cesser le tabac aussi.
  • Hypertriglycéridémie :
    • Diète, contrôle de la glycémie.
    • Perfusion d’insuline et de dextrose si TG très élevés ou diabète décompensé ; plasmaphérèse dans des cas sélectionnés.
    • À long terme : fibrate, oméga-3, cible TG < 5,6 mmol/L.
  • Médicament : arrêter le médicament et l’inscrire comme intolérance.

Complications

  • Locales :
    • Collection liquidienne aiguë (< 4 semaines), puis pseudokyste (≥ 4 semaines, paroi définie).
    • Nécrose aiguë, puis nécrose encapsulée (WON).
    • Une collection asymptomatique ne se draine pas.
  • Vasculaires : thrombose de la veine splénique ou porte ; pseudo-anévrisme (hémorragie digestive, chute d’Hb).
  • Systémiques : SDRA, insuffisance rénale aiguë, syndrome du compartiment abdominal, exacerbation de comorbidités.
  • À distance : diabète post-pancréatite (dépistage annuel par HbA1c) et insuffisance exocrine.

Consulter

Consulter en gastro-entérologie si :

Grille provinciale : toute pancréatite aiguë relève d’une demande urgente (spécialiste de garde) ; d’emblée dans les situations suivantes.

  • UrgentPancréatite prédite sévère (BISAP ≥ 3, SIRS persistant, urée et Ht en hausse à 24 h) — garde, même jour.
  • UrgentCholangite associée (fièvre, ictère, choc) — garde ; CPRE < 24 h.
  • UrgentNécrose ou collection infectée soupçonnée (fièvre ou détérioration après 7–10 j, gaz à la TDM ; avec la chirurgie) — garde, même jour.
  • Semi-urgentPas d’amélioration à 48–72 h (TDM : nécrose, collections) — pendant le séjour.
  • Semi-urgentCholédocholithiase soupçonnée sans cholangite (CPRM ou écho-endoscopie d’abord) — pendant le séjour.
  • Semi-urgentMasse pancréatique suspecte à l’imagerie — ≤ 10 jours.
  • ÉlectifCause inexpliquée après 40 ans, ou récidive idiopathique (TIPMP, néoplasie ; écho-endoscopie) — au congé, imagerie à 4–6 semaines.

À préparer : cause présumée (échographie, ALT, TG, calcium, alcool, médicaments), Atlanta et BISAP, évolution de l’urée et de l’Ht, bilan hépatique, TDM si faite, niveau de soins.

Consulter en chirurgie générale si :

  • Semi-urgentPancréatite biliaire légère (cholécystectomie durant la même admission) — pendant le séjour.

Consulter en radiologie interventionnelle si :

  • UrgentPseudo-anévrisme soupçonné (chute d’Hb, hémorragie digestive ; embolisation) — garde, immédiatement, après l’angio-TDM.

Consulter aux soins intensifs si :

  • UrgentDéfaillance d’organe persistante ou choc — immédiatement.

Algorithme

2 critères sur 3

Doute diagnostique

Oui

Non, origine biliaire

Oui

Non

Non

Oui

Douleur épigastrique typique
Lipase > 3x LSN ?

Pancréatite aiguë confirmée

TDM avec contraste

Échographie abdominale
bilan étiologique : TG, Ca, ALT

LR 1,5 mL/kg/h
+ bolus 10 mL/kg si hypovolémie
Réévaluer à 6 h puis 24-48 h

Analgésie + alimentation orale
précoce (< 24-48 h) faible en gras

Cholangite ?

Antibiotiques + CPRE < 24 h

Cholécystectomie
durant la même admission
si forme légère

Défaillance d’organe
> 48 h ?

Pancréatite sévère :
soins intensifs

Amélioration à 48-72 h ?

TDM : nécrose, collections
Suspicion d’infection : ATB
et consultation chirurgie/GI

Congé : douleur contrôlée,
alimentation tolérée

Suivi et congé

  • Critères de congé :
    • Douleur contrôlée par analgésiques PO.
    • Diète tolérée.
    • Pas de signe de complication.
    • Cause identifiée et traitée, ou plan établi.
  • Prévoir la cholécystectomie (même admission) ou un rendez-vous rapide en chirurgie.
  • Doser les TG à distance. Abstinence d’alcool et de tabac.
  • Âge > 40 ans et cause inexpliquée : imagerie pancréatique (TDM/IRM ou écho-endoscopie) à 4–6 semaines.
  • Récidive idiopathique : cholécystectomie à envisager après un 2e épisode (ACG 2024).

Pièges et perles

💡 Une lipase élevée sans douleur typique n’est pas une pancréatite : insuffisance rénale, acidocétose, ischémie mésentérique et perforation peuvent aussi l’élever.

💡 Une TDM faite le premier jour change rarement la conduite et sous-estime la nécrose. Mieux vaut une échographie aujourd’hui et une TDM à 72 h si le patient ne s’améliore pas.

⚠️ Une détérioration après la première semaine fait penser à une nécrose infectée ou à un pseudo-anévrisme. On demande alors une TDM avec contraste (voir Consulter).

  • La hausse de l’urée et de l’hématocrite à 24 h est un marqueur simple de remplissage insuffisant et de mauvais pronostic.

Références

🔗 Voir aussi