En bref : Chez lâenfant, une ecchymose chez un bĂ©bĂ© qui ne se dĂ©place pas est un signal dâalarme (« Kids that donât cruise rarely bruise »). On applique la rĂšgle TEN-4-FACESp, on recherche les lĂ©sions occultes (sĂ©rie squelettique < 2 ans, imagerie cĂ©rĂ©brale) et on signale Ă la DPJ dĂšs quâon a un motif raisonnable de croire : câest une obligation lĂ©gale au QuĂ©bec, sans attendre de certitude. Pour une agression sexuelle rĂ©cente (< 5 jours), on oriente vers un centre dĂ©signĂ© (trousse mĂ©dicolĂ©gale), on offre la contraception dâurgence et la prophylaxie ITSS et VIH, et on assure le suivi psychosocial.
đ©ș Au chevet
đ© Signaux dâalarme
- Ecchymose chez un bébé qui ne se déplace pas, ou critÚre TEN-4-FACESp sans explication plausible : évaluation urgente et signalement DPJ.
- Nourrisson léthargique, qui vomit ou irritable avec suspicion de trauma crùnien non accidentel : urgence (imagerie cérébrale).
- Enfant en danger immédiat ou retour dans un milieu non sécuritaire : signalement DPJ sans délai et urgence pour assurer sa sécurité.
- Agression sexuelle de moins de 5 jours avec contact génital, anal ou oral possible : urgence ou centre désigné.
- Victime avec risque suicidaire, blessures physiques ou milieu non sécuritaire : urgence.
- Aßné ou adulte vulnérable possiblement maltraité : signalement sans délai selon la procédure ; danger immédiat : 911.
đ Appeler ou orienter si
- Envoyer Ă lâurgence : Trauma crĂąnien non accidentel soupçonnĂ© ; enfant en danger immĂ©diat ; agression sexuelle de moins de 5 jours ; victime avec blessures ou risque suicidaire ; aĂźnĂ© ou adulte vulnĂ©rable en danger immĂ©diat
- Pédiatrie : Ecchymose chez un bébé qui ne se déplace pas ; fracture évocatrice ou blessure inexpliquée
DĂ©lais, autres situations et quoi prĂ©parer : section Consulter âș
đš RĂ©fĂ©rer : CRDS Consulter en pĂ©diatrie si : (prioritĂ©s A Ă E) · đ© Alertes cliniques : urgence
Enfant : quand suspecter un abus physique
Indices Ă lâhistoire
- Histoire vague, changeante ou incompatible avec la lésion ou le stade de développement.
- Délai de consultation ; blessures antérieures ; blessures ou décÚs inexpliqués dans la fratrie.
Les 6 B de lâexamen
| B | Drapeaux rouges |
|---|---|
| Bruises (ecchymoses) | TEN-4-FACESp (ci-dessous), ecchymoses multiples ou de stades variés |
| Breaks (fractures) | CĂŽtes postĂ©rieures, mĂ©taphyses (« coin »), omoplate, sternum, vertĂšbres, mains et pieds chez le nourrisson, os long < 6 mois. On ignore la fracture du trottineur (« toddlerâs fracture ») |
| Bonks (crùne) | Fracture complexe, bilatérale, enfoncée, occipitale ; HSD ; TCC inexpliqué |
| Burns (brûlures) | Bilatérales, bien démarquées, en gant ou en chaussette (immersion), cigarette |
| Bites (morsures) | Rarement innocentes |
| Baby blues | Changement de comportement inexpliqué, léthargie, vomissements, irritabilité |
RĂšgle TEN-4-FACESp (enfant < 4 ans)
- Régions : Torse, oreille (Ear), cou (Neck) ; Frein de la lÚvre, Angle de la mùchoire, joue (Cheek), paupiÚre (Eyelid), hémorragie Sous-conjonctivale.
- Ăge : toute ecchymose, peu importe le site, chez un enfant †4 mois.
- patterns : marque de main, de prise, de boucle ou de corde.
- Ce nâest quâun outil de dĂ©pistage. Si lâun des Ă©lĂ©ments est prĂ©sent sans explication plausible, il faut Ă©valuer lâabus ou consulter lâĂ©quipe de protection de lâenfance.
Algorithme
- Fractures : ajouter Ca, PO4, phosphatase alcaline et 25-OH vitamine D (maladie osseuse métabolique).
- HSD avec hĂ©morragies rĂ©tiniennes : trauma crĂąnien non accidentel (« bĂ©bĂ© secouĂ© ») jusquâĂ preuve du contraire.
â ïž Loi sur la protection de la jeunesse, art. 39 : tout professionnel qui a un motif raisonnable de croire que la sĂ©curitĂ© ou le dĂ©veloppement dâun enfant est compromis doit signaler sans dĂ©lai Ă la DPJ. Le secret professionnel ne sâapplique pas (art. 41). Le signalement se fait de bonne foi et nâexige aucune preuve. On nâinterroge pas lâenfant de façon « enquĂȘte » : on laisse ce rĂŽle Ă la DPJ et aux policiers.
Documentation
- Qui fournit lâhistoire ; citations textuelles ; heure et activitĂ©s pouvant altĂ©rer la preuve (bain).
- Examen tĂȘte aux pieds ; dĂ©crire, mesurer, dessiner et photographier les lĂ©sions.
- Impression : rĂ©sumĂ© factuel. Si on est Ă lâaise, on donne une interprĂ©tation (lĂ©sion compatible ou non avec lâhistoire).
Agression sexuelle
Ă lâurgence (adolescent ou adulte)
- Voir en urgence :
- agression < 5 jours avec contact génital, anal ou oral possible ;
- symptĂŽmes physiques ;
- milieu non sécuritaire ou risque suicidaire.
- Orienter vers un centre dĂ©signĂ© pour lâintervention mĂ©dicosociale. La trousse mĂ©dicolĂ©gale se fait idĂ©alement dans les 5 jours, avec le consentement de la victime, qui peut la faire sans porter plainte.
- Histoire mĂ©dicale seulement, sans enquĂȘte : date et heure, type de contact, condom, Ă©jaculation, drogues ou alcool, activitĂ©s aprĂšs lâagression, DDM, contraception, derniĂšre relation consentante.
- Au dossier, Ă©crire « agression sexuelle selon lâhistoire » et utiliser les mots de la personne.
- Commencer lâexamen par les zones non gĂ©nitales (yeux, ORL, poignets) pour gagner la confiance.
Prophylaxies
| Volet | Conduite |
|---|---|
| Grossesse | Test de grossesse. LĂ©vonorgestrel 1,5 mg PO Ă 1 (†72 h, utile jusquâĂ 120 h) ; ulipristal 30 mg PO Ă 1 (†120 h, plus efficace si IMC Ă©levĂ©) ; DIU au cuivre †7 j (le plus efficace) |
| Gonorrhée | Ceftriaxone 500 mg IM à 1 (si disponible en clinique), sinon céfixime 800 mg PO à 1 |
| Chlamydia | Doxycycline 100 mg PO bid Ă 7 j ; en grossesse, azithromycine 1 g PO Ă 1 |
| Trichomonase | Métronidazole 2 g PO à 1 (selon le risque ou si test +) |
| HĂ©patite B | Si non immun : vaccin (0, 1, 6 mois) ± HBIG (idĂ©alement †48 h, jusquâĂ 14 j) |
| VIH (PPE) | Ăvaluer le risque. DĂ©buter le plus tĂŽt possible, †72 h, pour 28 jours, selon le guide quĂ©bĂ©cois de PPE. Bilan initial : FSC, crĂ©atinine, bilan hĂ©patique |
| Dépistage | TAAN gonorrhée et chlamydia selon les sites exposés ; VIH, syphilis, hépatites B et C au départ, puis à 6 sem et 3 mois |
- Suivi psychosocial : CAVAC et CALACS. DĂ©pression, TSPT, troubles sexuels et somatisation sont frĂ©quents dans lâannĂ©e qui suit.
- Mineur : appliquer en plus lâobligation de signalement Ă la DPJ.
đ Urgence du CHU Sainte-Justine : ce qui sert en clinique (rĂ©sumĂ© dans nos mots ; lâINESSS a prioritĂ© quand il a une position)
- Protocole de lâurgence pour les blessures inexpliquĂ©es chez lâenfant.
Consulter
Envoyer Ă lâurgence si :
- UrgenceTrauma crĂąnien non accidentel soupçonnĂ© (nourrisson lĂ©thargique, qui vomit ou irritable) â imagerie cĂ©rĂ©brale
- UrgenceEnfant en danger immĂ©diat (retour dans un milieu non sĂ©curitaire) â signalement DPJ sans dĂ©lai
- UrgenceAgression sexuelle de moins de 5 jours (contact gĂ©nital, anal ou oral possible) â urgence ou centre dĂ©signĂ©
- UrgenceVictime avec blessures ou risque suicidaire (ou milieu non sécuritaire)
- UrgenceAĂźnĂ© ou adulte vulnĂ©rable en danger immĂ©diat â 911 ; sinon signalement sans dĂ©lai selon la procĂ©dure
Consulter en pédiatrie si :
Motif raisonnable de croire que la sécurité ou le développement est compromis : signalement à la DPJ sans délai (LPJ, art. 39), en plus de la consultation.
- UrgenceEcchymose chez un bĂ©bĂ© qui ne se dĂ©place pas (ou critĂšre TEN-4-FACESp inexpliquĂ©) â Ă©quipe de protection de lâenfance le jour mĂȘme (pĂ©diatre de garde)
- UrgenceFracture Ă©vocatrice ou blessure inexpliquĂ©e (cĂŽtes postĂ©rieures, mĂ©taphyses, os long < 6 mois) â pĂ©diatre de garde (sĂ©rie squelettique < 2 ans)
Ă prĂ©parer : qui a fourni lâhistoire, citations exactes ; lĂ©sions dĂ©crites, mesurĂ©es, photographiĂ©es ; FSC, TP, TCA ; si fracture : Ca, POâ, phosphatase alcaline, 25-OH vitamine D ; fratrie Ă Ă©valuer ; signalement DPJ fait (date).
PiĂšges et perles
- Une ecchymose sur une proéminence osseuse (front, tibias) chez un enfant qui marche est généralement banale.
- Les taches mongoliennes ne sont pas des ecchymoses : il faut les documenter.
- Les maladies hĂ©morragiques (hĂ©mophilie, von Willebrand) et lâostĂ©ogenĂšse imparfaite peuvent mimer un abus, mais elles ne lâexcluent pas.
- Ne pas oublier la fratrie : elle doit aussi ĂȘtre Ă©valuĂ©e.
- Voir aussi la fiche Traumatisme crĂąnien.
Outils publics de lâEstrie
Documents publics de SantĂ© QuĂ©bec â Estrie-CHUS, utilisĂ©s Ă la place de documents internes. Voir aussi Accueil clinique : ordonnances collectives publiques.
đ Outil public de lâEstrie â E000-PROCD-04 : ProcĂ©dure : lutte contre la maltraitance envers les aĂźnĂ©s et les personnes majeures vulnĂ©rables (2020)
- Toute situation possible : aviser sans délai ; outils de repérage (EASI, DACAN).
- Signalement obligatoire au commissaire aux plaintes (dans les 48 h ouvrables, aprĂšs une brĂšve vĂ©rification) pour un rĂ©sident de CHSLD, une personne en ressource (RI, RPA), sous tutelle ou mandat homologuĂ© ; Ă la police pour une personne sous tutelle ou mandat qui nâest pas usager de lâĂ©tablissement.
- Consentement recherché à chaque étape, sauf signalement obligatoire ; étapes : repérer, signaler, vérifier les faits, évaluer, intervenir et suivre.
RĂ©sumĂ© dans nos mots. Source : SantĂ© QuĂ©bec â Estrie-CHUS, E000-PROCD-04. Document public utilisĂ© Ă la place dâun document interne ; les corridors, formulaires et dĂ©lais sont ceux de lâEstrie : utiliser ceux de son milieu.
Références
- Urgence CHU Sainte-Justine. Protocole « Blessures inexpliquées ».
- E000-PROCD-04 â ProcĂ©dure : lutte contre la maltraitance envers les aĂźnĂ©s et les personnes majeures vulnĂ©rables (SantĂ© QuĂ©bec â Estrie-CHUS, 2020 ; document public)
- TEN-4-FACESp Bruising Clinical Decision Rule (Childrenâs Minnesota / Lurie Childrenâs, 2026)
- Gonorrhée : traitement recommandé (ASPC, mis à jour 2026)
- Loi sur la protection de la jeunesse (RLRQ, c. P-34.1), art. 39, 41 et 43 (LégisQuébec)
- Guide pour la prophylaxie et le suivi aprĂšs une exposition au VIH, au VHB et au VHC (MSSS, mis Ă jour 2025)
- Black A et coll. Canadian Contraception Consensus, chapitre Contraception dâurgence (SOGC) : lĂ©vonorgestrel jusquâĂ 120 h (plus efficace †72 h), ulipristal †120 h, DIU au cuivre †7 jours.
- Sugar NF et coll. Bruises in infants and toddlers: those who donât cruise rarely bruise. Arch Pediatr Adolesc Med 1999;153:399-403.