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Abus de substances (troubles liés à l’usage)

DépendancesFiche révisée · 21 oct. 2026

💊 Doses / traitement✉️ Signaler une erreur

En bref : On dépiste les patients avec un outil validé (AUDIT, ASSIST) plutôt que le CAGE, puis on intervient selon le niveau de risque (intervention brève FRAMES → traitement → orientation). La priorité est de reconnaître le sevrage : sevrage modéré à sévère, ATCD de convulsions ou de delirium tremens, sevrage de GHB → urgence. On offre un traitement pharmacologique (agonistes opioïdes, naltrexone, acamprosate) et la naloxone (trousse). Le test urinaire est un outil clinique, pas une preuve : il a des faux positifs et ne détecte pas le fentanyl.

En bref : On dépiste tous les patients hospitalisés avec un outil validé (AUDIT, ASSIST) plutôt que le CAGE, puis on intervient selon le niveau de risque (intervention brève FRAMES → traitement → orientation). À l’hôpital, la priorité est de reconnaître et traiter le sevrage (alcool, benzodiazépines, GHB, opioïdes), d’offrir un traitement pharmacologique (agonistes opioïdes, naltrexone, acamprosate) et la naloxone au congé. Le test urinaire est un outil clinique, pas une preuve : il a des faux positifs et ne détecte pas le fentanyl.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d’alarme

  • Sevrage de dépresseurs (alcool, BZD, GHB) : convulsions, délirium tremens ; GHB parfois réfractaire aux BZD.
  • Dépression respiratoire, coma.
  • Stimulants : douleur thoracique (IM, dissection, pneumothorax), hyperthermie, convulsions, rhabdomyolyse.
  • Fièvre chez l’usager d’injection (endocardite) ; tolérance perdue au congé → surdose.
  • Fièvre chez l’usager d’injection : endocardite possible → urgence (hémocultures, antibiotiques IV) ; tolérance perdue (hospitalisation, sevrage, incarcération) → surdose.

✅ À faire maintenant

  • Substances, voie, dernière prise, sevrage compliqué antérieur.
  • Points d’injection, souffle ; CIWA-Ar (alcool), COWS (opioïdes).
  • FSC, ions, Mg, phosphore, bilan hépatique, CK, lipase, ECG (QTc sous méthadone), VIH, VHC, VHB, syphilis, β-hCG ; hémocultures si fièvre chez l’usager d’injection.
  • Dépistage urinaire : ne détecte pas fentanyl, méthadone, buprénorphine ; confirmer tout positif.

💊 Premières ordonnances

  • Alcool : BZD selon CIWA-Ar (≥ 8 : diazépam 5–10 mg PO q4–6h PRN ; ≥ 19 : 10–20 mg q1–2h PRN ; âgé, hépatopathe, MPOC grave : lorazépam 1–2 mg PO/SL q4–6h PRN) ; thiamine avant le glucose (100–200 mg PO die ; risque élevé 200–300 mg IV/IM die ; Wernicke 500 mg IV TID).
  • Opioïdes : débuter le TAO (buprénorphine-naloxone SL ou méthadone PO, dose d’induction selon le protocole local) ; traiter la douleur en parallèle.
  • Trouble de l’usage de l’alcool : naltrexone 50 mg PO die ou acamprosate 666 mg PO tid (ajuster selon ClCr).
  • Tabac : timbre de nicotine 21 mg/24 h si > 10 cig/j + gomme ou pastille 2–4 mg q1–2 h PRN (4 mg si forte dépendance).
  • Stimulants : BZD pour l’agitation (p. ex. lorazépam, dose selon le protocole local) ; éviter les ß-bloqueurs seuls (cocaïne).

📞 Appeler ou orienter si

  • Soins intensifs : Dépression respiratoire ou coma ; sevrage sévère ou réfractaire
  • Psychiatrie adulte : Danger pour soi ou pour autrui ; désorganisation marquée du discours ou du comportement
  • Microbiologie médicale et infectiologie : Endocardite soupçonnée chez l’usager d’injection
  • Travail social : Aucun logement au congé

Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›

  • Alcool : BZD selon CIWA-Ar (≥ 8 : diazépam 5–10 mg PO q4–6h PRN ; âgé, hépatopathe, MPOC grave : lorazépam 1–2 mg PO/SL q4–6h PRN ; ≥ 19 ou sevrage compliqué : urgence) ; thiamine avant le glucose (100–200 mg PO die ; risque élevé ou Wernicke soupçonné : urgence, thiamine IV).
  • Opioïdes : débuter le TAO (buprénorphine-naloxone SL ou méthadone PO, dose d’induction selon le protocole local) ; traiter la douleur en parallèle.
  • Trouble de l’usage de l’alcool : naltrexone 50 mg PO die ou acamprosate 666 mg PO tid (ajuster selon ClCr).
  • Tabac : timbre de nicotine 21 mg/24 h si > 10 cig/j + gomme ou pastille 2–4 mg q1–2 h PRN (4 mg si forte dépendance).
  • Stimulants : BZD pour l’agitation (p. ex. lorazépam, dose selon le protocole local) ; éviter les ß-bloqueurs seuls (cocaïne).
📝 Gabarits d’ordonnance (3 · à adapter au patient)

Cochez les lignes voulues, remplissez l’en-tête, puis Copier (texte pour le DMÉ) ou Imprimer. Doses reprises de la fiche ; gabarit à valider avant usage.

🔒 Les informations inscrites restent sur votre appareil : rien n’est enregistré ni envoyé.

💊 PharmacoTrouble de l’usage de l’alcool
💊 PharmacoTrousse de naloxone
🤝 OrientationRecommandation de soins : dépendance

Diagnostic : Trouble lié à l’usage de substances (préciser)

Objectif : Réduire ou cesser la consommation, réduire les méfaits

Fréquence suggérée : Selon le plan du thérapeute ; réévaluation médicale à 8–12 semaines.

Précautions : Risque suicidaire évalué. Urgence ou 911 si idées suicidaires avec plan ; ligne de crise 9-8-8 ou 1 866 APPELLE.

Services en dépendance : CISSS ou CIUSSS (accès direct ou par le guichet d’accès en santé mentale et dépendance).

📞 Appeler ou orienter si

  • Envoyer à l’urgence : Sevrage de dépresseurs modéré à sévère ; dépression respiratoire ou coma ; fièvre chez l’usager d’injection ; stimulants avec douleur thoracique ou hyperthermie ; désorganisation marquée ou délirium

Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›

📌 Fiche d’origine hospitalière, gardée pour le sujet prioritaire du CMFC « Usage de substances et addiction ». Au sans rendez-vous : reconnaître, amorcer le traitement et diriger ; les sections propres à l’hôpital ont été retirées.

🔗 Ressources et raisonnement

🧠 Raisonnement Curbsiders #528 — Médecine de la dépendance à l’hôpital 3.0

Définitions

  • Intoxication : effets aigus d’une substance (voir la Fiche Intoxications et toxidromes).
  • Trouble lié à l’usage d’une substance (DSM-5) : ≥ 2 critères sur 11 en 12 mois. Léger 2–3, modéré 4–5, sévère ≥ 6.
    • Perte de contrôle : quantité ou durée plus grande que prévu, échecs à diminuer, beaucoup de temps consacré, envies impérieuses (craving).
    • Atteinte sociale : obligations négligées, problèmes interpersonnels, activités abandonnées.
    • Usage risqué : situations dangereuses, poursuite malgré des problèmes physiques ou psychologiques.
    • Pharmacologie : tolérance, sevrage (ne comptent pas si le médicament est pris tel que prescrit).
  • Sevrage : syndrome à l’arrêt ou à la diminution ; le plus dangereux avec les dépresseurs (alcool, benzodiazépines, GHB, barbituriques) : convulsions, delirium tremens, décès.

Les trois grandes classes

Dépresseurs Stimulants Perturbateurs (hallucinogènes)
Exemples Alcool, benzodiazépines, GHB, opioïdes (y compris codéine, tramadol), barbituriques, solvants Cocaïne, crack, amphétamines, méthamphétamine (crystal), méthylphénidate, cathinones (« sels de bain »), nicotine, caféine Cannabis et cannabinoïdes de synthèse, kétamine, dextrométhorphane (forte dose), LSD, MDMA, PCP, psilocybine, salvia
Effet recherché Bien-être, désinhibition, anxiolyse, sommeil Euphorie, énergie, désinhibition, anorexie Dissociation, altération des perceptions
Intoxication Dysarthrie, ataxie, somnolence, dépression respiratoire, coma Agitation, psychose, mydriase, HTA, tachycardie, IM, AVC, convulsions, hyperthermie, rhabdomyolyse, CIVD Anxiété, délirium, flashbacks ; kétamine : dépression respiratoire à forte dose
Sevrage Anxiété, tremblements, diaphorèse, nausées, insomnie, convulsions, délirium, décès (alcool, BZD, GHB) ; opioïdes : pénible mais rarement mortel « Crash » : fatigue, hypersomnie, dysphorie, idées suicidaires, craving Anxiété, irritabilité (cannabis)

💡 Perles cliniques : le GHB a une pharmacocinétique proche de l’alcool et donne un sevrage sévère (délirium, convulsions), rapide et parfois réfractaire aux benzodiazépines. L’usage chronique de kétamine cause une uropathie potentiellement irréversible (cystite, vessie fibrosée, incontinence, hydronéphrose).

Dépresseurs Stimulants Perturbateurs (hallucinogènes)
Exemples Alcool, GHB, opioïdes (héroïne, fentanyl, médicaments, y compris codéine et tramadol), benzodiazépines, barbituriques, solvants Cocaïne et crack, amphétamines, méthamphétamine (crystal), cathinones (« sels de bain »), méthylphénidate ; nicotine et caféine Cannabis et cannabinoïdes de synthèse, kétamine, dextrométhorphane (forte dose), LSD, champignons (psilocybine), MDMA, PCP, salvia
Effet principal Ralentissent le système nerveux central : détente, désinhibition, somnolence Excitent le système nerveux central : énergie, euphorie, agitation, baisse de l’appétit Altèrent les perceptions : désorientation, dissociation
Intoxication grave Dysarthrie, ataxie, somnolence, dépression respiratoire, coma Agitation, psychose, mydriase, HTA, tachycardie, douleur thoracique (infarctus), AVC, convulsions, hyperthermie, rhabdomyolyse, CIVD Anxiété, panique, délirium, flashbacks ; kétamine à forte dose : dépression respiratoire
Sevrage Alcool, BZD, GHB : tremblements, anxiété, sudation, insomnie, puis convulsions et délirium possibles (potentiellement mortel) ; opioïdes : très pénible, rarement mortel « Crash » : fatigue, hypersomnie, humeur dépressive (idées suicidaires à rechercher), envies intenses Cannabis : irritabilité, anxiété, troubles du sommeil

Classification en trois classes selon Québec.ca (Connaître les drogues et leurs effets) ; résumé clinique dans nos mots.

💡 Perles cliniques : le GHB a une pharmacocinétique proche de l’alcool et donne un sevrage sévère (délirium, convulsions), rapide et parfois réfractaire aux benzodiazépines. L’usage chronique de kétamine cause une uropathie potentiellement irréversible (cystite, vessie fibrosée, incontinence, hydronéphrose).

Benzodiazépines : facteurs de risque d’un trouble de l’usage

  • Liés au médicament : courte demi-vie, dose > 10 mg/j d’équivalent diazépam, usage régulier prolongé.
  • Liés à la personne : autre trouble de l’usage (surtout alcool), dépression, anxiété ou insomnie intenses, douleur chronique, somatisation.
  • Sevrage : céphalée, palpitations, sudation, tremblements, insomnie, anxiété de rebond, psychose, convulsions, délirium. Diminution progressive (p. ex. 10–25 % de la dose q2–4 sem) ; ne jamais cesser brusquement une dose élevée.
  • Usage régulier et prolongé : dépendance physique possible ; risques de chutes, de troubles cognitifs et de délirium, surtout chez la personne âgée ou avec d’autres dépresseurs (alcool, opioïdes).
  • Sevrage : anxiété et insomnie de rebond, tremblements, sudation, palpitations ; dans les cas graves, convulsions, délirium. Ne jamais cesser brusquement une dose élevée.
  • Diminution progressive et individualisée : p. ex. 5–10 % de la dose q2–4 sem, sans dépasser 25 % par période de 2 semaines (ligne directrice conjointe, 2025). Chez l’adulte qui prend un BZRA pour l’insomnie, l’algorithme canadien de déprescription propose environ 25 % q2 sem, puis des paliers de 12,5 % à la fin (Pottie, 2018).

Dépistage et intervention selon le risque

0

≥ 1

Risque faible

Risque modéré

Risque élevé

Non

Oui

Question de dépistage unique
« Combien de fois dans la dernière année
avez-vous bu 4 ou 5 verres ou plus en une occasion,
ou consommé une drogue ou un médicament
de façon non prescrite ? »

Faible risque : renforcer,
Repères canadiens alcool 2023

AUDIT (alcool) ou ASSIST
(toutes substances)

Intervention brève FRAMES

Intervention brève
+ critères DSM-5 du trouble

Trouble lié à
l’usage ?

Gérer sevrage et complications
Pharmacothérapie : TAO, naltrexone,
acamprosate, varénicline
Réduction des méfaits : naloxone

Orientation : CRD, services
de dépendance, Aide et référence

Niveau Intervention
Abstinence / faible risque Renforcer ; informer des repères de consommation
Risque modéré Intervention brève FRAMES
Risque élevé Intervention brève et évaluation des critères DSM-5 ; prise en charge des problèmes de santé associés
Trouble lié à l’usage Intervention brève, traitement, orientation vers les services spécialisés (CRD, répertoire MSSS des services en dépendance)
Faible risque Renforcer ; informer des repères de consommation (Repères canadiens sur l’alcool et la santé)
Risque modéré Intervention brève (modèle FRAMES)
Risque élevé Intervention brève et orientation vers une évaluation et un traitement spécialisés ; vérifier les critères DSM-5
Trouble lié à l’usage Traitement (pharmacothérapie si indiquée) et orientation vers les services en dépendance (CRD, CISSS ou CIUSSS)

FRAMES :

  • Feedback : situer le patient dans sa catégorie de risque.
  • Responsabilité : lui seul peut décider de changer.
  • Avis professionnel clair sur les conséquences de sa consommation.
  • Menu d’options : diminuer, faire une pause d’une semaine ou d’un mois, en reparler au prochain rendez-vous.
  • Empathie.
  • Sentiment d’efficacité personnelle : rappeler les succès antérieurs.

⚠️ Recommandation actuelle (Repères canadiens sur l’alcool et la santé, CCDUS 2023) : les anciennes limites d’Éduc’alcool sont remplacées. 0 verre : aucun risque ; ≤ 2 verres/sem : risque faible ; 3–6 verres/sem : risque modéré ; ≥ 7 verres/sem : risque de plus en plus élevé. Éviter plus de 2 verres par occasion. Un verre standard = 13,45 g d’alcool.

  • Feedback : situer le patient dans sa catégorie de risque.
  • Responsabilité : lui seul peut décider de changer.
  • Avis professionnel clair sur les conséquences de sa consommation.
  • Menu d’options : diminuer, faire une pause d’une semaine ou d’un mois, en reparler au prochain rendez-vous.
  • Empathie.
  • Sentiment d’efficacité personnelle : rappeler les succès antérieurs.

Résumé dans nos mots, d’après : OMS. The ASSIST-linked brief intervention for hazardous and harmful substance use (2010).

⚠️ Recommandation actuelle (Repères canadiens sur l’alcool et la santé, CCDUS 2023) : les anciennes limites d’Éduc’alcool sont remplacées. 0 verre : aucun risque ; ≤ 2 verres/sem : risque faible ; 3–6 verres/sem : risque modéré ; ≥ 7 verres/sem : risque de plus en plus élevé. Éviter plus de 2 verres par occasion. Un verre standard = 13,45 g d’alcool.

Évaluation à l’hôpital

💡 Perle clinique : le séjour hospitalier est souvent un rare contact avec le réseau. On amorce dès l’admission le traitement (TAO, pharmacothérapie du TUA) et la prévention, sans faire de l’abstinence une condition des soins : l’approche de réduction des méfaits fait partie des lignes directrices canadiennes (CRISM 2018 et 2023).

  • Documenter chaque substance : mode d’administration, fréquence, quantité, date et heure de la dernière prise, années d’usage régulier (outil ESCODI « Documenter la consommation »).
  • Sources d’information : DSQ (médicaments servis, TAO), dossiers antérieurs, intervenants qui suivent déjà la personne.
  • Comorbidités : trouble mental concomitant, risque suicidaire et homicidaire ; situation sociale (logement, revenus, carte RAMQ, réseau) avec la travailleuse sociale.
  • Prévention : dépistage ITSS, vaccin contre l'hépatite B chez l’usager de drogues injectables ou en hépatopathie chronique (Guide canadien d’immunisation), autres vaccins selon le PIQ ; contraception si souhaitée.
  • Histoire : substances, voie (injection, inhalation), quantité, dernière prise, antécédents de sevrage compliqué (convulsions, DT), surdoses, traitements antérieurs, objectifs du patient.
  • Examen : signes d’intoxication ou de sevrage, points d’injection, cellulite/abcès, souffle (endocardite), état nutritionnel.
  • Bilan selon le contexte : FSC, ions, Mg, phosphore, bilan hépatique, CK, lipase, ECG (QTc sous méthadone), VIH, VHC, VHB, syphilis, test de grossesse, hémocultures si fièvre chez l’usager d’injection.
  • Outils de sevrage : CIWA-Ar (alcool), COWS (opioïdes).

Test urinaire de dépistage (immunoessai)

Substance Fenêtre de détection urinaire
Amphétamines 2–3 jours
Cocaïne (métabolite) 2–3 jours
Opiacés (morphine, codéine, héroïne) 1–3 jours
Cannabis 1–7 jours (usage léger) ; jusqu’à 1 mois (usage chronique important)
PCP 7–14 jours
Benzodiazépines Quelques jours ; jusqu’à plusieurs semaines (agents à longue demi-vie)
Résultat faussement positif Causes possibles
Amphétamines Pseudoéphédrine, éphédrine, phényléphrine, bupropion, trazodone, chlorpromazine, désipramine, sélégiline, amantadine, labétalol
Cannabis Ibuprofène, naproxène, éfavirenz, dronabinol, huile de chanvre, IPP
Opiacés Rifampicine, fluoroquinolones, graines de pavot, quinine
PCP Kétamine, dextrométhorphane, venlafaxine
Benzodiazépines Sertraline, éfavirenz
Cocaïne Anesthésiques topiques contenant de la cocaïne (vrai positif) ; très spécifique sinon

⚠️ L’immunoessai « opiacés » ne détecte pas le fentanyl, la méthadone, la buprénorphine ni, souvent, l’oxycodone : il faut demander un dosage spécifique. Un résultat positif doit être confirmé (chromatographie/spectrométrie de masse) avant toute conséquence clinique ou légale. Obtenir le consentement et respecter la confidentialité.

Prise en charge hospitalière (principes)

  • Sevrage d’alcool : benzodiazépines guidées par les symptômes (CIWA-Ar), thiamine avant le glucose (voir la Fiche Alcool (sevrage, Wernicke)).
  • Trouble de l’usage des opioïdes : offrir et débuter à l’hôpital un traitement par agonistes opioïdes (TAO) ; traiter la douleur aiguë en parallèle (le TAO ne couvre pas la douleur).
  • Trouble de l’usage de l’alcool : naltrexone 50 mg PO die (contre-indiquée sous opioïdes et en insuffisance hépatique aiguë) ou acamprosate 666 mg PO tid (ajuster si ClCr 30–50 ; contre-indiqué si ClCr < 30).
  • Tabac : thérapie de remplacement de la nicotine dès l’admission (timbre + forme courte), varénicline au congé ; orienter vers Québec sans tabac.
  • Stimulants : pas de pharmacothérapie approuvée ; benzodiazépines pour l’agitation et l’hyperadrénergie ; éviter les ß-bloqueurs seuls dans l’intoxication aiguë à la cocaïne.
  • Revoir et ajuster le profil médicamenteux (opioïdes, BZD, gabapentinoïdes, interactions).
  • Usager de tabac : offrir la thérapie de remplacement de la nicotine dès l’admission (voir Tabac plus haut), puisqu’on ne peut pas fumer à l’hôpital.

⚠️ Recommandation actuelle (lignes directrices nationales de l’ICRS/CRISM sur le trouble de l’usage des opioïdes, 2024) : la buprénorphine-naloxone et la méthadone sont toutes deux de 1re intention (la méthadone est utile chez l’usager de fentanyl ou en cas de réponse insuffisante à la buprénorphine). La morphine orale à libération lente (Kadian) est une option de 2e ligne. Le sevrage seul (sans TAO) n’est pas recommandé : il augmente les rechutes et les surdoses. Le soutien psychosocial est utile mais ne doit pas retarder le TAO.

Consulter

Consulter aux soins intensifs si :

  • UrgentDépression respiratoire ou coma — immédiatement.
  • UrgentSevrage sévère ou réfractaire (alcool, BZD, GHB : DT, convulsions) — immédiatement.

Envoyer à l’urgence si :

  • UrgenceSevrage de dépresseurs modéré à sévère (alcool, BZD, GHB ; ATCD de convulsions ou de delirium tremens ; réfractaire aux BZD) — ambulance
  • UrgenceDépression respiratoire ou coma — 911, naloxone ; soins intensifs
  • UrgenceFièvre chez l’usager d’injection (endocardite possible) — hémocultures, antibiotiques IV
  • UrgenceStimulants avec douleur thoracique ou hyperthermie (IM, dissection, pneumothorax, convulsions, rhabdomyolyse)
  • UrgenceDésorganisation marquée ou délirium (psychose toxique, agitation dangereuse)

Consulter en psychiatrie si :

Médecine des toxicomanies (service local ou ligne de garde régionale ; ressources de soutien clinique de l’ESCODI) : à privilégier pour le TAO et les sevrages complexes ; la psychiatrie, pour le trouble mental concomitant.

  • UrgentDanger pour soi ou pour autrui (idées suicidaires, « crash » de stimulants, risque homicidaire) — garde, même jour.
  • UrgentDésorganisation marquée du discours ou du comportement (psychose aux stimulants ou hallucinogènes) — garde, même jour.
  • ÉlectifTrouble mental concomitant au trouble d’usage (préciser les substances) — selon l’atteinte fonctionnelle ; consultation externe en psychiatrie.

À préparer : substances, voie, quantités, dernière prise, sevrages compliqués et surdoses antérieurs, TAO en cours (dose validée en pharmacie), dépistage urinaire, équipes de suivi dans la communauté.

Consulter en infectiologie si :

  • UrgentEndocardite soupçonnée chez l’usager d’injection (fièvre, souffle) — garde, même jour, après les hémocultures.

Consulter en travail social si :

  • UrgentAucun logement au congé (itinérance, refuge) — dès l’admission, au plus tard le jour même.
  • Semi-urgentPortrait psychosocial et orientation en dépendance (revenus, carte RAMQ, réseau, CRD) — pendant le séjour.

Trouble lié à l’usage sans trouble psychiatrique : CRD et Drogue : aide et référence (1 800 265-2626), pas la psychiatrie.

  • RapideTrouble psychiatrique grave instable avec consommation (désorganisation légère, risque de dégradation) — priorité B (≤ 10 j)
  • RapideTrouble concomitant avec rupture fonctionnelle (échec du traitement standard) — priorité C (≤ 28 j)
  • ÉlectifTrouble concomitant stable, détresse persistante — priorité D (≤ 3 mois)

Consulter en urologie si :

  • ÉlectifUropathie liée à la kétamine (cystite, vessie fibrosée, incontinence, hydronéphrose) — consultation externe en urologie

À préparer : substances, voie, dernière prise, sevrages compliqués ; AUDIT ou ASSIST, critères DSM-5 ; traitements amorcés (TAO, naltrexone, acamprosate) ; FSC, bilan hépatique, VIH, VHC, VHB, syphilis ; dépistage urinaire confirmé ; naloxone remise ; orientation CRD faite.

Suivi et congé

  • Préparer le congé tôt : niveau de sevrage requis (interne ou externe), besoin d’administration supervisée, sécurité du retour (domicile, rue, refuge, CRD, ressource d’hébergement) ; impliquer les équipes externes.
  • Trousse de naloxone et enseignement pour tout patient qui consomme des opioïdes ou des drogues de rue (contamination au fentanyl), ainsi que pour son entourage ; déclarer les intoxications inhabituelles à la santé publique (INSPQ).
  • Continuité du TAO : ordonnance de pont, pharmacie communautaire avisée, rendez-vous rapide.
  • Matériel et services de réduction des méfaits ; ne jamais consommer seul.
  • Orientation : centre de réadaptation en dépendance (CRD) de la région ; Drogue : aide et référence (1 800 265-2626, 24/7, gratuit ; aidedrogue.ca) ; Info-Social 811.
  • Soutien aux cliniciens : outils publics de l’ESCODI (dependanceitinerance.ca : documentation de la consommation, microdosage, TAO).
  • Vaccination VHA/VHB, dépistage ITSS, traitement du VHC.

Pièges et perles

  • Tolérance perdue après une hospitalisation, un sevrage ou une incarcération → risque très élevé de surdose au congé.
  • Connaître le jargon de la rue aide l’anamnèse : crystal, Tina, ice (méthamphétamine) ; Molly, E (MDMA) ; G, liquid ecstasy (GHB) ; Special K (kétamine) ; bars, Xannies (alprazolam) ; flakka (cathinone) ; purple drank (codéine-prométhazine) ; speedball (héroïne + cocaïne).
  • Un langage non stigmatisant (« personne qui utilise des drogues ») améliore l’alliance.
  • Le stimulant chez un jeune avec douleur thoracique : penser IM, dissection, pneumothorax.

Références

🔗 Voir aussi