Dr .omni

CHSLD et soins palliatifs › Garde : appels aigus

Désaturation et dyspnée

✉️ Signaler une erreur

En bref : En CHSLD, une désaturation ou une dyspnée aiguë vient surtout d’une pneumonie ou d’une aspiration, d’une insuffisance cardiaque, d’une exacerbation de MPOC ou d’une embolie pulmonaire. On vérifie d’abord la mesure, puis on cherche la cause. La conduite dépend du niveau de soins : traiter la cause, ou soulager la dyspnée en priorité.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d’alarme

  • Détresse respiratoire : tirage, respiration paradoxale, incapacité de parler, cyanose.
  • Somnolence nouvelle sous oxygène, surtout avec MPOC : hypercapnie.
  • Hypotension, tachycardie marquée, douleur thoracique : sepsis, SCA, embolie.
  • Toux ou étouffement pendant un repas, puis désaturation : aspiration ; stridor : corps étranger.

✅ À faire maintenant

  • Vérifier la mesure : bon capteur, mains chaudes, onde de pouls fiable ; comparer à la SpO₂ habituelle du résident.
  • Asseoir le résident ; aspirer les sécrétions au besoin ; cesser l’alimentation orale ou par gastrostomie si aspiration soupçonnée.
  • Signes vitaux complets, température, glycémie ; examen : crépitants, sibilances, œdème, mollets, globe.
  • Oxygène si hypoxémie : cible SpO₂ de 94 à 98 %, ou de 88 à 92 % si risque d’hypercapnie, comme en MPOC (BTS, 2017).
  • Vérifier le niveau de soins (AH-744) et l’existence d’ordonnances de détresse respiratoire.

Selon le niveau de soins

NiveauConduite
A – BDétresse, hypoxémie non corrigée sur place, embolie ou SCA soupçonnés : transfert. Au niveau B, préciser d’avance les interventions exclues (intubation, soins intensifs).
CTraiter sur place : antibiotique PO, IM ou SC, diurétique, bronchodilatateur, oxygène. Transfert seulement si le confort ne peut être assuré.
DConfort : opioïde à faible dose, position, ventilateur sur le visage, présence ; oxygène seulement s’il soulage. Ordonnances de détresse respiratoire selon le protocole de l’établissement.

Sur place

  • Pneumonie ou aspiration : antibiotique selon le guide local ; voir la fiche Pneumonie. Après une aspiration observée, une pneumonite chimique peut s’améliorer sans antibiotique : réévaluer avant d’en prescrire un (Mandell, 2019).
  • Insuffisance cardiaque : diurétique PO ou SC selon le protocole de l’établissement ; poids, bilan des entrées et sorties. Voir la fiche Insuffisance cardiaque.
  • MPOC : bronchodilatateurs, corticostéroïde PO, antibiotique si expectorations purulentes.
  • Embolie soupçonnée : l’anticoagulation sans confirmation se discute selon le niveau de soins et le risque de saignement ; voir Thromboembolie veineuse.
  • Dyspnée réfractaire : un opioïde à faible dose soulage la dyspnée ; doses : voir la fiche Dyspnée.
  • Radiographie pulmonaire mobile et prise de sang si elles changent la conduite.

Famille et suivi

  • Aviser le représentant ; revoir les objectifs si la détérioration est rapide ou récidivante.
  • Dysphagie soupçonnée : évaluation de la déglutition et textures adaptées par l’équipe ; voir Dysphagie.
  • Réévaluer la SpO₂ et le confort à intervalles convenus avec l’infirmière ; sevrer l’oxygène dès que la cible est dépassée.

Pièges et perles

  • Plus d’oxygène n’est pas mieux : chez le résident à risque d’hypercapnie, une SpO₂ trop haute peut causer de la somnolence.
  • Chez le résident non hypoxémique, l’oxygène ne soulage pas mieux la dyspnée que l’air (Abernethy, 2010).
  • Les râles de fin de vie ne sont pas une dyspnée : ils dérangent plus les proches que le résident ; voir Soins palliatifs – généralités.
  • Un opioïde bien dosé ne précipite pas le décès quand il vise à soulager la dyspnée.

Références

  • O’Driscoll BR, et al. BTS guideline for oxygen use in adults in healthcare and emergency settings. Thorax 2017;72(Suppl 1):ii1-ii90.
  • Marciniuk DD, et al. Managing dyspnea in patients with advanced COPD: a Canadian Thoracic Society clinical practice guideline. Can Respir J 2011;18(2):69-78.
  • Abernethy AP, et al. Effect of palliative oxygen versus room air in relief of breathlessness. Lancet 2010;376(9743):784-93.
  • Mandell LA, Niederman MS. Aspiration pneumonia. N Engl J Med 2019;380(7):651-63.
  • INESSS. Guide d’usage optimal : Pneumonie acquise en communauté chez l’adulte (sept. 2017).

Pour aller plus loin