En bref : Les lésions de pression surviennent souvent à l’hôpital (urgence, bloc opératoire, alitement) et sont découvertes ou s’aggravent en soins post-aigus, surtout au sacrum et aux talons. La meilleure prévention est ici la mobilisation, qui est aussi l’objectif de la réadaptation. Le médecin s’assure que la lésion est documentée dès l’admission, traite les facteurs (nutrition, douleur, incontinence, diabète) et reconnaît l’infection.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Érythème qui s’étend, chaleur, écoulement purulent, odeur nouvelle, douleur qui augmente : infection.
- Fièvre, frissons, confusion, instabilité : sepsis ou ostéomyélite à évoquer.
- Os palpable ou exposé au fond de la plaie : ostéomyélite probable.
- Talon noir, sec, avec pouls pédieux faibles : ischémie artérielle (ne pas débrider sans évaluation).
- Crépitation ou nécrose qui progresse rapidement : urgence chirurgicale.
✅ À faire maintenant
- Inspecter toute la peau à l’admission (sacrum, talons, ischions, trochanters, occiput, sous les attelles et les bas) et documenter : siège, stade, dimensions, photo selon le protocole de l’établissement.
- Évaluer le risque avec l’échelle de Braden ou l’outil de l’établissement.
- Demander à l’infirmière en soins de plaies (ou l’équipe désignée) un plan de traitement.
- Évaluer la douleur liée à la plaie et aux pansements.
- Si une lésion est apparue sur l’unité : déclarer l’événement sur le formulaire AH-223 selon la politique de l’établissement.
En soins post-aigus
- Décharge de pression : changements de position selon le plan, surface d’appui adaptée, talons surélevés « en suspension », coussin au fauteuil avec temps assis limité si la lésion est ischiatique ou sacrée.
- Humidité : prise en charge de l’incontinence, produits barrières.
- Nutrition : consultation en nutrition ; apports en énergie et en protéines adaptés à la cicatrisation (voir la situation Dénutrition et récupération).
- Soins locaux : nettoyage, débridement et choix du pansement selon le plan de l’infirmière en soins de plaies ; détails dans la fiche Lésions de pression.
- Infection : antibiotique systémique seulement si cellulite, ostéomyélite ou signes systémiques ; pas pour une colonisation de surface. Les cultures par écouvillon superficiel sont peu fiables.
- Contrôler la glycémie et l’œdème ; revoir l’évaluation vasculaire si la plaie est au membre inférieur.
Effet sur la réadaptation
- La mobilisation continue, avec des adaptations : temps assis, positions, chaussures ou orthèses qui ne frottent pas la plaie.
- Physiothérapie : mise en charge et marche en protégeant la plaie ; éviter le cisaillement aux transferts.
- Ergothérapie : coussin et fauteuil adaptés, surfaces d’appui, positionnement au lit et au fauteuil.
- Soins infirmiers : plan de positionnement, soins de plaie, surveillance de la peau.
- Nutritionniste : plan nutritionnel et suivi du poids.
Retour au centre hospitalier ou consultation
- Sepsis, fasciite nécrosante soupçonnée ou abcès à drainer : transfert selon le niveau de soins.
- Ostéomyélite soupçonnée : imagerie et avis en infectiologie ou en chirurgie.
- Plaie de stade avancé qui ne progresse pas : avis en chirurgie plastique ou en clinique de plaies.
- Ischémie du membre : avis en chirurgie vasculaire.
Préparer le congé
- Transmettre le plan de soins de plaie au SAD ou au milieu d’accueil, avec la dernière description.
- Prévoir les équipements (surface d’appui, coussin) avant le départ.
- Enseigner au patient et au proche aidant l’inspection de la peau et le changement de position.
Patient et proches
- Expliquer qu’une lésion de pression peut apparaître malgré de bons soins chez une personne très malade, mais qu’elle doit toujours être prise au sérieux.
- Divulguer au patient ou à son représentant une lésion apparue sur l’unité, selon la politique de l’établissement.
Pièges et perles
- La lésion profonde peut d’abord apparaître comme une zone violacée sur une peau intacte.
- Le talon sous une attelle ou un bas compressif est souvent oublié.
- Un pansement occlusif sur une nécrose sèche du talon ischémique peut aggraver la situation.
- La douleur de la plaie limite la thérapie : la traiter avant les pansements et les séances.
Références
- European Pressure Ulcer Advisory Panel, National Pressure Injury Advisory Panel, Pan Pacific Pressure Injury Alliance. Prevention and Treatment of Pressure Ulcers/Injuries: Clinical Practice Guideline. The International Guideline. 3e éd., 2019 (la 4e éd., un guide évolutif, paraît par chapitres depuis 2025 ; la 3e éd. s’applique aux chapitres non encore publiés). https://npiap.com/page/InternationalGuidelines
- MSSS. Approche adaptée à la personne âgée en milieu hospitalier — fiche clinique « Plaie de pression » (2e version, 2012).
- Norton L, et al. Best Practice Recommendations for the Prevention and Management of Pressure Injuries. In: Foundations of Best Practice for Skin and Wound Management. Wounds Canada; 2018.