En bref : La personne âgée boit peu après une hospitalisation : soif diminuée, dépendance pour boire, peur d’aller à la toilette. Diurétiques, ISRS, tramadol, douleur, nausées et chirurgie favorisent l'hyponatrémie. Même légère, elle est associée à des troubles de la marche, de l’attention et à des chutes. On classe d’abord la volémie et les symptômes ; la vitesse de correction doit rester prudente.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Symptômes graves : vomissements, somnolence, confusion importante, convulsion. C’est une urgence.
- Natrémie profonde (< 125 mmol/L) ou en baisse rapide.
- Hypotension, tachycardie, oligurie : hypovolémie importante.
- Créatinine qui monte : insuffisance rénale aiguë.
✅ À faire maintenant
- Signes vitaux, TA couché-debout, poids, bilan des entrées et sorties, muqueuses, œdèmes.
- Revoir la natrémie antérieure : aiguë ou chronique ?
- Revoir les médicaments : thiazides, diurétiques, ISRS et IRSN, carbamazépine, tramadol, desmopressine.
- Selon l’accès : osmolalités sérique et urinaire, sodium urinaire, glucose, créatinine, TSH ; cortisol si le contexte le suggère.
En soins post-aigus
- Hypovolémie (déshydratation) : réhydratation par la bouche ; hypodermoclyse avec un soluté isotonique si la voie orale ne suffit pas et si l’unité l’offre.
- Euvolémie (SIADH probable) : restriction hydrique selon la fiche Hyponatrémie ; chercher la cause (douleur, nausées, médicament, poumon).
- Hypervolémie : insuffisance cardiaque, cirrhose ou insuffisance rénale ; traiter la maladie de base.
- Cesser ou remplacer le médicament en cause si possible.
- Vitesse : ne pas dépasser une hausse de 10 mmol/L dans les 24 premières heures, puis 8 mmol/L par 24 h (guide européen 2014). Contrôles rapprochés pendant la correction.
- Déshydratation avec hypernatrémie : voir la fiche Hypernatrémie et troubles de l’eau.
Effet sur la réadaptation
- Hyponatrémie légère et stable : la réadaptation continue, avec plus de surveillance de l’équilibre.
- Hyponatrémie symptomatique ou déshydratation avec orthostatisme : séances allégées et marche accompagnée jusqu’à la correction.
- Soins infirmiers : offrir à boire régulièrement, verre à portée de main, feuille d’hydratation.
- Nutrition : apports en liquides et en sel adaptés (restriction en cas de SIADH, plus de liquides en cas de déshydratation).
- Ergothérapie : accès autonome à l’eau et à la toilette, aides techniques pour boire.
Retour au centre hospitalier ou consultation
- Transfert si symptômes graves (soluté hypertonique nécessaire), natrémie profonde ou en baisse malgré le traitement, ou impossibilité de surveiller sur place, selon le niveau de soins.
- Avis en médecine interne ou en néphrologie si la cause reste obscure ou si la correction est trop rapide.
Préparer le congé
- Transmettre la dernière natrémie, les médicaments modifiés et la date du prochain contrôle.
- Expliquer au patient et aux proches les besoins en liquides, ou la restriction s’il y en a une.
Pièges et perles
- Une hyponatrémie « chronique légère » n’est pas anodine chez la personne âgée qui marche de nouveau.
- Restreindre l’eau chez un patient hypovolémique aggrave la situation : classer la volémie d’abord.
- Penser à l’insuffisance surrénalienne après l’arrêt de corticostéroïdes.
Références
- Spasovski G, et al. Clinical practice guideline on diagnosis and treatment of hyponatraemia. Eur J Endocrinol 2014;170(3):G1-47.
- Verbalis JG, et al. Diagnosis, evaluation, and treatment of hyponatremia: expert panel recommendations. Am J Med 2013;126(10 Suppl 1):S1-42.
- Renneboog B, et al. Mild chronic hyponatremia is associated with falls, unsteadiness, and attention deficits. Am J Med 2006;119(1):71.e1-8.
- American Geriatrics Society. 2023 Updated AGS Beers Criteria. J Am Geriatr Soc 2023;71(7):2052-81.