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Fièvre chez le voyageur et médecine du voyage

InfectiologieFiche révisée · 22 oct. 2026

💊 Doses / traitement✉️ Signaler une erreur

En bref : Toute fièvre au retour d’une zone impaludée est un paludisme jusqu’à preuve du contraire. Il faut un frottis et un test rapide le jour même, répétés q12–24 h jusqu’à 3 fois. Avant tout, on pense à isoler le patient si une fièvre hémorragique virale, une rougeole ou une tuberculose est possible. L'incubation et les expositions orientent le diagnostic. Au Canada, la référence est le CCMTMV (CATMAT, ASPC) ; au Québec, le Guide d’intervention santé-voyageurs de l’INSPQ.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d’alarme

  • Fièvre ≤ 21 j après une zone d’éclosion + exposition à risque (malade, funérailles) : FHV, isolement immédiat.
  • Paludisme grave : parasitémie ≥ 5 %, altération de la conscience, convulsions, détresse respiratoire, choc, Hb ≤ 70, glucose < 2,2, pH < 7,25, créatinine > 265.
  • Dengue : douleur abdominale, vomissements, saignement muqueux, hématocrite ↑ et plaquettes ↓ (J3–J7).
  • Rougeole, tuberculose, MERS : isolement aérien ou gouttelettes.

✅ À faire maintenant

  • Pays, escales, dates, expositions, prophylaxie, vaccins, VFR.
  • Frottis épais et mince + TDR le jour même ; répéter q12–24 h (3 au total).
  • FSC, électrolytes, créatinine, glucose, bilan hépatique, LDH, lactate, hémocultures × 2, analyse d’urine, RX poumons.
  • Hospitalisation à l’étranger : dépistage SARM, ERV, EPC.
  • MADO : déclarer paludisme, typhoïde, rougeole, FHV à la santé publique.
  • MADO : déclarer paludisme, typhoïde, rougeole, FHV à la santé publique.
  • Avant le départ : itinéraire, durée, activités, VFR, grossesse, immunodépression ; vaccins de base au Registre de vaccination du Québec.
  • Fièvre jaune, vaccins spécialisés, grossesse, immunodépression ou itinéraire complexe : diriger vers une clinique santé-voyage (CLSC ou 811).

💊 Premières ordonnances

  • Paludisme grave : artésunate 2,4 mg/kg IV à 0, 12, 24 et 48 h.
  • Falciparum non compliqué : atovaquone-proguanil 250/100 mg 4 co PO die × 3 j avec repas gras.
  • Fièvre entérique : ceftriaxone 2 g IV die (Pakistan : méropénem 1 g IV q8h, ajuster selon la ClCr).
    • Germes à couvrir : Salmonella Typhi et Paratyphi (souches XDR du Pakistan).
  • Rickettsioses : doxycycline 100 mg PO/IV bid sans attendre la sérologie.
    • Germes à couvrir : Rickettsia spp., Orientia tsutsugamushi (et Leptospira).
  • Dengue : acétaminophène seulement, pas d’AINS ni d’AAS.

📞 Appeler ou orienter si

  • Microbiologie médicale et infectiologie : Fièvre hémorragique virale possible ; paludisme confirmé ou soupçonné ; maladie respiratoire sévère au retour
  • Soins intensifs : Paludisme grave ; choc

Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›

  • Paludisme grave suspecté : ambulance (911) vers l’urgence (artésunate IV).
  • Falciparum non compliqué : atovaquone-proguanil 250/100 mg 4 co PO die × 3 j avec repas gras.
  • Fièvre entérique suspectée : urgence (ceftriaxone IV ; méropénem si retour du Pakistan).
    • Germes à couvrir : Salmonella Typhi et Paratyphi (souches XDR du Pakistan).
  • Rickettsioses : doxycycline 100 mg PO bid sans attendre la sérologie ; prise PO impossible ou atteinte de l’état général : urgence.
    • Germes à couvrir : Rickettsia spp., Orientia tsutsugamushi (et Leptospira).
  • Dengue : acétaminophène seulement, pas d’AINS ni d’AAS.
  • Prévention du mal aigu des montagnes (risque modéré ou élevé) : acétazolamide 125 mg PO q12h, à débuter 24 h avant d’atteindre 2500 m (enfant : 1,25 mg/kg/dose, max 125 mg).
  • Mal aigu des montagnes léger (autotraitement) : acétazolamide 250 mg PO q12h + acétaminophène 500 mg PO q8h ; descendre d’au moins 300 m si aggravation.

📄 À remettre au patient ou aux parents

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📞 Appeler ou orienter si

  • Envoyer à l’urgence : Fièvre hémorragique virale possible ; paludisme grave soupçonné ; fièvre au retour d’une zone impaludée ; fièvre entérique soupçonnée ; dengue avec signe d’alarme ; rickettsiose ou leptospirose avec atteinte de l’état général ; maladie respiratoire sévère au retour
  • Infectiologie : Paludisme à falciparum non compliqué

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🔗 Ressources et raisonnement

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🧭 Raisonnement clinique Fièvre au retour de voyage

Évaluation

Questions clés

  1. Où ? Pays, régions, escales et excursions ; milieu urbain ou rural ; dates exactes (départ, retour, début des symptômes).
  2. Expositions :
    • Moustiques, tiques, animaux (morsure : rage), eau douce (baignade, rafting), aliments et eau, contacts sexuels, tatouages, soins médicaux ou dentaires.
    • Malades ou funérailles (Ebola, Marburg, Lassa), visite d’amis ou de parents (VFR : risque plus élevé).
  3. Hôte : chimioprophylaxie (observance), vaccins reçus, immunosuppression, grossesse, âge > 60 ans.

Isolement d’abord (transmissibilité)

  • Fièvre hémorragique virale : symptômes < 21 j après le retour d’une zone d’éclosion, avec exposition à risque. Isolement strict, EPI, aviser immédiatement la microbiologie, la PCI et la santé publique.
  • Gouttelettes et voie aérienne : rougeole, tuberculose, MERS-CoV (péninsule arabique), grippe aviaire.
  • Bactéries multirésistantes : hospitalisation à l’étranger dans l’année, qui justifie un dépistage (SARM, ERV, EPC). La NDM-1 a été décrite chez un voyageur (guide local d’antibiothérapie 2023).

Diagnostic différentiel selon l’incubation

Incubation Causes principales
< 10 j Paludisme (falciparum ≥ 7 j), dengue, chikungunya, Zika, rickettsioses, leptospirose, fièvre entérique (début), grippe, COVID-19, diarrhée bactérienne
10–21 j Paludisme, fièvre entérique (typhoïde), leptospirose, rickettsioses (typhus), FHV, trypanosomiase africaine, VIH aigu, fièvre Q
> 21 j Paludisme (vivax/ovale : jusqu’à des mois), hépatites virales (A, B, E), VIH aigu, tuberculose, abcès hépatique amibien, schistosomiase aiguë (Katayama), leishmaniose viscérale

💡 Perle clinique : toutes les grandes causes sont « -ella / -ella / -a » : Brucella, Coxiella (fièvre Q), Legionella, Salmonella, avec le paludisme et la dengue. Environ 25 % des fièvres au retour sont des causes banales (infection locale, non infectieuse).

Indices à l’examen et aux labos

Indice Penser à
Escarre noire (tache noire) Rickettsioses (fièvre à tiques africaine, typhus des broussailles)
Éruption maculopapuleuse + arthralgies, céphalée rétro-orbitaire Dengue, chikungunya, Zika, VIH aigu, rougeole
Taches rosées, dissociation pouls-température (signe de Faget), constipation Fièvre typhoïde
Suffusion conjonctivale, myalgies (mollets), ictère + IRA Leptospirose (eau douce, inondation)
Ictère, hépatosplénomégalie Paludisme, hépatite virale, leptospirose, FHV, cholangite (douves)
Symptômes respiratoires Grippe, COVID-19, légionellose, fièvre Q, histoplasmose (grottes), mélioïdose (Asie du Sud-Est), tuberculose
Éosinophilie Helminthes : schistosomiase (eau douce en Afrique), strongyloïdose, filariose
Thrombopénie Paludisme, dengue, rickettsioses, VIH aigu, FHV
Leucopénie Dengue, typhoïde, rickettsioses

Bilan initial

  • Frottis sanguins épais et minces + test de détection rapide (TDR), au besoin en dehors des heures ouvrables. Si négatifs et que la suspicion persiste : répéter à 12 et 24 h (3 au total).
  • FSC, électrolytes, créatinine, glucose, bilan hépatique, LDH, bilirubine, lactate, hémocultures × 2 (typhoïde), analyse d’urine, radiographie pulmonaire.
  • Selon le contexte : sérologie et NS1/TAAN de la dengue, TAAN chikungunya ou Zika, VIH (antigène p24 ou ARN), hépatites A, B, C, E, leptospirose, coproculture et parasites, sérologie de schistosomiase et de strongyloïde (éosinophilie), écouvillon grippe/COVID.

Prise en charge des principales causes

Paludisme (MADO) — CCMTMV, chapitre 7

  • Critères de gravité (un seul suffit) :
    • Parasitémie ≥ 5 % chez un adulte non immun.
    • Altération de la conscience ou prostration, convulsions répétées, détresse respiratoire ou œdème pulmonaire, choc, saignement anormal, ictère, hémoglobinurie.
    • Hb ≤ 70 g/L, glucose < 2,2 mmol/L, pH < 7,25 ou HCO3 < 15, créatinine > 265 µmol/L, hyperlactatémie.
Situation Traitement adulte
Paludisme grave (toute espèce) Artésunate 2,4 mg/kg IV à 0, 12, 24 et 48 h, obtenu 24 h sur 24 par le Réseau canadien sur le paludisme (CMN, centres désignés). Relais PO ≥ 4 h après la dernière dose : atovaquone-proguanil × 3 j ou doxycycline 100 mg bid × 7 j. Soins intensifs, glycémie q4h
P. falciparum non compliqué Atovaquone-proguanil 250/100 mg : 4 co PO die × 3 j avec un repas gras (éviter si ClCr < 30 ou s’il a servi de prophylaxie). Alternative : quinine 600 mg sel PO q8h + doxycycline 100 mg bid × 7 j
P. vivax / ovale Chloroquine (zones sensibles), puis primaquine 30 mg base PO die × 14 j (2 co de 15 mg base) après un dosage de G6PD normal. Primaquine contre-indiquée en grossesse
P. knowlesi (Asie du Sud-Est) Peut devenir grave rapidement : traiter comme falciparum
  • Suivi : frottis quotidiens jusqu’à négativation (falciparum). Après l’artésunate, FSC à J7, J14 et J28 (hémolyse retardée).

⚠️ Recommandation actuelle (CCMTMV/CATMAT, 2024) : l'artésunate IV remplace la quinine IV comme traitement du paludisme grave. Au Canada, la quinine PO et l’artéméther-luméfantrine ne sont pas toujours disponibles : vérifier auprès de la pharmacie et du CMN.

Situation Traitement adulte
Paludisme grave (toute espèce) Ambulance (911) vers l’urgence : artésunate IV (Réseau canadien sur le paludisme), soins intensifs
P. falciparum non compliqué Atovaquone-proguanil 250/100 mg : 4 co PO die × 3 j avec un repas gras (éviter si ClCr < 30 ou s’il a servi de prophylaxie). Alternative : quinine 600 mg sel PO q8h + doxycycline 100 mg bid × 7 j
P. vivax / ovale Chloroquine (zones sensibles), puis primaquine 30 mg base PO die × 14 j (2 co de 15 mg base) après un dosage de G6PD normal. Primaquine contre-indiquée en grossesse
P. knowlesi (Asie du Sud-Est) Peut devenir grave rapidement : traiter comme falciparum
  • Suivi : frottis quotidiens jusqu’à négativation (falciparum). Après un congé suivant l’artésunate IV (CCMTMV/CATMAT 2024), FSC à J7, J14 et J28 (hémolyse retardée).
  • La quinine PO et l’artéméther-luméfantrine ne sont pas toujours disponibles au Canada : vérifier auprès de la pharmacie.

Autres causes fréquentes

Infection Traitement et conduite
Dengue Soutien, hydratation ; acétaminophène seulement, pas d’AINS ni d’AAS. Signes d’alarme : douleur abdominale, vomissements persistants, saignement muqueux, léthargie, hépatomégalie, hématocrite en hausse et plaquettes en chute rapide, surtout à la défervescence (J3–J7)
Fièvre entérique (S. Typhi/Paratyphi) Empirique : ceftriaxone 2 g IV die. Retour du Pakistan (souches XDR) : méropénem ± azithromycine. Relais PO selon l’antibiogramme (azithromycine 1 g J1 puis 500 mg die). Durée totale 10–14 j. Résistance élevée aux fluoroquinolones en Asie du Sud
Rickettsioses Doxycycline 100 mg PO/IV bid × 7 j (ou 3 j après l’apyrexie) ; ne pas attendre la sérologie
Leptospirose Légère : doxycycline 100 mg bid × 7 j. Grave : ceftriaxone 1–2 g IV die ou pénicilline G IV × 7 j
Fièvre entérique (S. Typhi/Paratyphi) Empirique : urgence (ceftriaxone IV ; méropénem si retour du Pakistan, souches XDR). Relais PO selon l’antibiogramme (azithromycine 1 g J1 puis 500 mg die). Durée totale 10–14 j. Résistance élevée aux fluoroquinolones en Asie du Sud
Rickettsioses Doxycycline 100 mg PO bid × 7 j (ou 3 j après l’apyrexie) ; ne pas attendre la sérologie
Leptospirose Légère : doxycycline 100 mg bid × 7 j. Grave : urgence (ceftriaxone ou pénicilline G IV)
Diarrhée du voyageur Voir plus bas et la fiche Diarrhée aiguë

Médecine du voyage (consultation prévoyage)

  • La consultation se fait idéalement 4 à 6 semaines avant le départ, dans une clinique santé-voyage (Guide INSPQ).
  • Voyageurs à risque : immunosupprimés, maladies chroniques, VFR, longs séjours, départs de dernière minute, grossesse, personnes âgées, travail humanitaire.
  • Voyageurs à risque : immunosupprimés, maladies chroniques, VFR, longs séjours, départs de dernière minute, grossesse, enfants et personnes âgées, travail humanitaire.
  • Vaccins :
    • Mettre à jour les vaccins de base (RRO, dcaT, polio, influenza, COVID-19).
    • Selon la destination : hépatite A ± B, typhoïde, fièvre jaune (centres désignés, certificat), rage préexposition, encéphalite japonaise, méningocoque ACYW (Hajj, ceinture africaine), encéphalite à tiques, choléra ou ETEC (Dukoral, usage limité).
  • Trousse : SRO, antipyrétique, antidiarrhéique, antibiotique de réserve, chasse-moustiques (DEET 20–30 % ou icaridine 20 %), moustiquaire imprégnée, condoms, crème solaire, pansements, thermomètre.
  • Aliments et eau : « faites-le bouillir, cuisez-le, pelez-le ou oubliez-le » ; eau embouteillée ; éviter la glace, les produits non pasteurisés et les buffets tièdes.
  • Thrombose de voyage : marcher, s’hydrater ; bas de compression pour les vols > 4 h chez les patients à risque ; anticoagulation seulement si le risque est très élevé (avis).
  • Mal des transports : place centrale, regarder l’horizon, dimenhydrinate ou scopolamine en timbre (prudence chez la personne âgée).

Chimioprophylaxie du paludisme (CCMTMV)

Molécule Dose adulte Début Arrêt après le retour Remarques
Atovaquone-proguanil 250/100 mg PO die (avec repas) 1 j avant 7 j Bien toléré ; idéal pour les courts séjours ; éviter si ClCr < 30
Doxycycline 100 mg PO die 1 j avant 4 sem Photosensibilité, œsophagite ; peu coûteuse ; pas en grossesse ni avant 8 ans
Méfloquine 250 mg PO 1 fois par semaine ≥ 1 sem avant (idéalement 2–3) 4 sem Effets neuropsychiatriques ; contre-indiquée si ATCD psychiatriques ou convulsions
Chloroquine 300 mg base PO 1 fois par semaine 1 sem avant 4 sem Seulement en zone sensible (Haïti, République dominicaine, Amérique centrale à l’ouest du canal de Panama)
Primaquine 30 mg base PO die 1 j avant 7 j G6PD obligatoire ; hors indication en prophylaxie primaire

⚠️ Recommandation actuelle (CCMTMV, 2024 ; CDC) : les notes indiquaient d’arrêter la primaquine 3 jours après le retour ; on recommande maintenant 7 jours. La résistance à la chloroquine est presque universelle pour P. falciparum hors des Caraïbes et de l’Amérique centrale. Pour la liste à jour des pays, consulter l’annexe I du CCMTMV ou l’INSPQ.

Diarrhée du voyageur

  • Elle touche jusqu’à 50 % des voyageurs vers des pays à faible revenu ; il s’agit surtout d’ETEC, de Campylobacter et de norovirus.
  • Prévention : hygiène alimentaire, lavage des mains. Sous-salicylate de bismuth 524 mg PO qid (environ 60 % de protection ; ≤ 3 sem ; pas avec anticoagulant ou allergie à l’AAS). Pas d’antibioprophylaxie systématique, sauf chez l’hôte à risque de complications graves (avis).
  • Traitement autonome :
    • Légère : SRO ± lopéramide.
    • Modérée à sévère, ou dysenterie : azithromycine 1 g PO dose unique (ou 500 mg die × 3 j) ± lopéramide en l’absence de sang.
    • Germes à couvrir : ETEC, Campylobacter (résistant aux fluoroquinolones en Asie), Shigella, Salmonella.
    • Les fluoroquinolones ne conviennent plus en Asie du Sud et du Sud-Est.
    • Sensibilité locale (guide local d’antibiothérapie 2023) : Salmonella spp. ciprofloxacine 44 % ; Campylobacter ciprofloxacine 70 %, érythromycine 97 %.

⚠️ Recommandation actuelle (CCMTMV 2015, IDSA 2017) : les anciennes notes proposaient l’ofloxacine ou la norfloxacine en prophylaxie. Ces molécules ne sont plus recommandées (résistance, effets indésirables des fluoroquinolones, C. difficile).

Mal aigu des montagnes

  • Prévention : montée graduelle (> 3000 m : pas plus de 500 m de dénivelé de sommeil par jour, avec un jour de repos tous les 1000 m) ; éviter alcool et sédatifs. Acétazolamide 125 mg PO bid, à commencer 1 j avant l’ascension.
  • Œdème cérébral de haute altitude (OCHA) : descendre, oxygène, dexaméthasone 8 mg puis 4 mg q6h.
  • Œdème pulmonaire de haute altitude (OPHA) : descendre, oxygène, nifédipine LA 30 mg PO bid.

Consultation avant le départ : démarche en clinique

  • Un départ proche n’empêche pas de consulter : plusieurs vaccins, la chimioprophylaxie et les conseils restent utiles même à quelques jours du départ.
  • Questions sur le voyage (Guide des bonnes pratiques, INSPQ) :
    • Itinéraire détaillé : pays, régions, escales ; milieu urbain ou rural ; hors des circuits touristiques ou non.
    • Date de départ et durée du séjour.
    • Type de voyage : tourisme, affaires, visite d’amis ou de parents (VFR), aide humanitaire, adoption, tourisme médical, grand rassemblement (Hajj).
    • Hébergement : hôtel, famille, camping.
    • Activités : trek et altitude, plongée, rafting, vélo, croisière, contact avec des animaux, relations sexuelles.
  • Questions sur le voyageur : maladies chroniques, médicaments (interactions avec les antipaludéens), allergies, grossesse ou projet de grossesse, immunodépression, fonction rénale, ATCD psychiatriques ou de convulsions (méfloquine), ATCD de mal aigu des montagnes, vaccins déjà reçus.
  • Vaccins de base : vérifier le Registre de vaccination du Québec ou le carnet de vaccination ; le patient peut demander une copie de son carnet. Les vaccins du calendrier régulier sont gratuits.
  • Outil utile : le Questionnaire d’évaluation santé-voyage de l’INSPQ (3 parties), à utiliser avec le Guide d’intervention santé-voyage et le PIQ.
  • Ce qui se fait au SRV :
    • Mise à jour des vaccins de base et conseils généraux.
    • Ordonnances PO : chimioprophylaxie du paludisme, autotraitement de la diarrhée, acétazolamide.
    • Lettre médicale ; certificat de l’INSPQ pour le transport de médicaments, de seringues et d’aiguilles.
  • Diriger vers une clinique santé-voyage :
    • Vaccin contre la fièvre jaune (centre désigné seulement).
    • Vaccins spécialisés : rage préexposition, encéphalite japonaise, encéphalite à tiques, etc.
    • Grossesse, immunodépression, maladie chronique instable.
    • Itinéraire complexe, expédition, haute altitude à risque élevé, long séjour.
    • Pour trouver une clinique : CLSC ou Info-Santé 811.
  • Coûts :
    • Les vaccins recommandés seulement pour le voyage ne sont pas gratuits, ni la consultation en clinique santé-voyage en général.
    • Exceptions : vaccins gratuits selon l’âge, l’état de santé, le travail ou les habitudes de vie (PIQ).
    • Assurance voyage conseillée : la RAMQ ne rembourse qu’une partie des soins reçus hors du Québec, et les médicaments achetés à l’étranger ne sont généralement pas remboursés.

Haute altitude : évaluation du risque et autotraitement

  • Complète le volet « Mal aigu des montagnes » de la section précédente (montée graduelle, OCHA, OPHA).
  • Évaluer le risque (outil de l’INSPQ) : première altitude de sommeil, vitesse de montée, ATCD de mal aigu des montagnes (MAM). Une bonne forme physique ne protège pas.
  • Risque élevé (WMS) : ATCD d’OCHA ou d’OPHA ; montée en 1 jour à plus de 3500 m ; montée très rapide (Kilimandjaro en moins de 7 jours) ; ATCD de MAM et montée en 1 jour à plus de 2800 m.
  • Départ sous 1500 m : dormir au moins 1 nuit (idéalement 2 à 4) entre 1500 et 2500 m avant de monter plus haut. Éviter l’effort intense les 2 premiers jours.
  • Prophylaxie si risque modéré ou élevé :
    • Acétazolamide adulte : 125 mg PO q12h (250 mg PO q12h si > 100 kg), à débuter 24 h avant d’atteindre 2500 m. Poursuivre 2 jours à l’altitude visée, plus longtemps si la montée continue.
    • Enfant : 1,25 mg/kg/dose PO q12h (max 125 mg/dose).
    • Option moins efficace : ibuprofène 600 mg PO q8h.
  • Acétazolamide : précautions :
    • Contre-indiqué si allergie aux sulfamides de type anaphylaxie ou Stevens-Johnson. Autre allergie : dose test supervisée (¼ de comprimé de 250 mg, observation 1 h) avant le départ.
    • Contre-indiqué si ClCr < 30 mL/min, insuffisance hépatique ou surrénalienne, rétention de CO2. Éviter pendant l’allaitement. Grossesse : compatible, discuter des risques et bienfaits.
    • Effets : paresthésies, polyurie, goût altéré des boissons gazeuses, nausées. Surveiller la glycémie chez le diabétique ; prudence si lithiase récidivante ou glaucome.
  • Reconnaître le MAM : céphalée + au moins un symptôme (anorexie, nausées, étourdissements, fatigue), 2 à 12 h après l’arrivée.
  • Autotraitement du MAM léger (à expliquer avant le départ) :
    • Ne pas monter plus haut ; repos.
    • Acétaminophène 500 mg PO q8h ou ibuprofène 600 mg PO q8h ; ondansétron 4 mg (comprimé orodispersible) au besoin.
    • Acétazolamide 250 mg PO q12h (enfant : 2,5 mg/kg/dose PO q12h, max 250 mg/dose).
    • Aggravation malgré le traitement : descendre d’au moins 300 m.
    • Ataxie, confusion, dyspnée au repos : descendre sans délai, c’est une urgence (OCHA ou OPHA).
  • Drépanocytose (anémie falciforme) : contre-indication à la haute altitude. Grossesse : éviter de dormir au-dessus de 3050 m.

Voyageurs particuliers

  • Grossesse :
    • Reporter un voyage en zone impaludée, surtout s’il y a de la résistance (CCMTMV).
    • Si le voyage est inévitable : chloroquine en zone sensible ; méfloquine en zone résistante (1er trimestre après discussion). Atovaquone-proguanil : pas en routine (possible après le 1er trimestre si aucune autre option). Doxycycline et primaquine contre-indiquées ; éviter de concevoir dans la semaine qui suit la dernière dose de doxycycline.
    • Zika : discuter du voyage ; éviter les zones d’éclosion active. Condoms (ou abstinence) pendant toute la grossesse si le partenaire a séjourné en zone à risque.
    • Projet de grossesse après une zone à Zika : la femme attend 2 mois (3 mois si son partenaire a aussi voyagé) ; l’homme attend 3 mois, à partir du retour ou des symptômes.
    • Vaccins vivants (RRO, varicelle, fièvre jaune) : en principe à éviter ; fièvre jaune seulement si le risque est inévitable (clinique santé-voyage).
  • Allaitement : l’antipaludéen pris par la mère ne protège pas le nourrisson, qui doit recevoir sa propre prophylaxie. Éviter l’atovaquone-proguanil chez la mère si le nourrisson pèse moins de 5 kg.
  • Enfants : antipaludéens au poids (CCMTMV, chapitre 5.1) ; pas de doxycycline avant 8 ans. RRO possible dès 6 à 11 mois avant un voyage où la rougeole circule. Déshydratation rapide : SRO et seuil bas pour consulter.
  • Personne âgée : interactions médicamenteuses, prudence avec la scopolamine ; à 60 ans et plus, risque accru d’effets graves du vaccin contre la fièvre jaune (évaluation en clinique santé-voyage).
  • Immunodéprimé : pas de vaccins vivants (fièvre jaune, RRO, varicelle, typhoïde orale) ; réponse aux vaccins inactivés diminuée ; infections plus graves. Diriger vers une clinique santé-voyage, avec l’avis du médecin traitant. Fièvre jaune exigée et vaccin contre-indiqué : lettre d’exemption.
  • Maladies chroniques :
    • Médicaments pour tout le séjour plus une réserve en cas de retard, dans le bagage à main, dans leur contenant d’origine.
    • Lettre : diagnostics, médicaments (nom générique et dose), allergies, matériel ; copie des ordonnances. Vérifier la légalité des opioïdes et des psychotropes dans le pays visité.
    • Oxygène : aviser la compagnie aérienne tôt et confirmer au moins 72 h avant le départ.
    • Reporter le voyage si : crise drépanocytaire depuis moins de 9 jours, Hb < 85 g/L, convulsion dans les 24 h avant le départ.
    • Insuline : en cabine, jamais en soute ; glucomètre et collations à portée ; plan écrit d’horaire des doses selon le décalage horaire (équipe de diabète au besoin) ; glycémies plus fréquentes.
    • Anticoagulants : réserve suffisante et horaire planifié ; warfarine : RNI avant le départ, accès à un contrôle sur place, attention aux nouveaux médicaments (antibiotiques, antipaludéens). Pas de sous-salicylate de bismuth.
  • ITSS et tourisme sexuel : counseling ; condoms ; vaccin contre l’hépatite B ; PrEP du VIH avant le départ si indiquée ; expliquer la PPE (consulter dans les 72 h suivant une exposition).
  • Dengue : se protéger des piqûres le jour (Aedes). En cas de fièvre en zone de dengue : acétaminophène seulement, pas d’AINS ni d’AAS tant que la dengue n’est pas exclue.
  • Tourisme médical : liste de vérification de l’INSPQ ; au retour, dépister les bactéries multirésistantes si hospitalisation ou chirurgie à l’étranger.

Au retour

  • Fièvre après un séjour en zone impaludée : consulter le jour même et mentionner le voyage, même des mois plus tard. Voir la section Évaluation initiale.
  • Terminer la chimioprophylaxie après le retour (durée selon le tableau de la section prévoyage).
  • Voyageur asymptomatique, court séjour : le dépistage de routine rapporte peu ; se guider sur les expositions.
  • Dépistage selon le cas (CDC Yellow Book) :
    • Long séjour (> 3 à 6 mois) avec hygiène précaire, dont plusieurs VFR : FSC avec éosinophiles, ALT et AST, créatinine, CRP.
    • Contacts sexuels : VIH, syphilis, chlamydia, gonorrhée, VHC ; VHB si non vacciné.
    • Tatouage, piercing, drogues injectées ou soins médicaux ou dentaires à l’étranger : VIH, VHB (non vacciné), VHC.
    • Travailleur de la santé ou séjour > 6 mois auprès d’une population à forte incidence de tuberculose : TCT ou TLIG.
    • Marche pieds nus sur un sol souillé : sérologie de strongyloïdose.
    • Eau douce en zone d’endémie : sérologie de schistosomiase, au moins 8 à 10 semaines après l’exposition.
    • Éosinophilie : examen des selles et sérologie de strongyloïdose, ± schistosomiase et filariose selon les expositions.
  • Pas de dépistage de routine du paludisme, de la dengue ou du Zika chez le voyageur asymptomatique.

Consulter

Envoyer à l’urgence si :

  • UrgenceFièvre hémorragique virale possible (≤ 21 j après une zone d’éclosion + exposition à risque) — isolement immédiat ; aviser PCI, microbiologie et santé publique avant le transfert
  • UrgencePaludisme grave soupçonné (conscience altérée, convulsions, détresse respiratoire, choc, parasitémie ≥ 5 %) — ambulance (911), artésunate IV
  • UrgenceFièvre au retour d’une zone impaludée (frottis et TDR impossibles le jour même) ou maladie respiratoire sévère
  • UrgenceFièvre entérique soupçonnée (ceftriaxone IV ; méropénem si retour du Pakistan)
  • UrgenceDengue avec signe d’alarme (douleur abdominale, vomissements, saignement muqueux, hématocrite ↑ et plaquettes ↓)
  • UrgenceRickettsiose ou leptospirose avec atteinte de l’état général (ou prise PO impossible)

Consulter en infectiologie si :

  • UrgentFièvre hémorragique virale possible (isolement, ÉPI ; aviser aussi la PCI et la santé publique) — immédiatement, microbiologiste de garde.
  • UrgentPaludisme confirmé ou soupçonné (hospitaliser si falciparum) — garde, même jour.
  • UrgentMaladie respiratoire sévère au retour — garde, même jour.
  • Semi-urgentFièvre inexpliquée > 14 jours (bilan de base négatif, hémocultures incluses) — ≤ 10 jours.
  • Semi-urgentMaladie tropicale possible, état général conservé (paludisme exclu) — ≤ 10 jours.
  • Semi-urgentParasitose intestinale confirmée — ≤ 10 jours.

À préparer : pays, escales et dates (retour, début des symptômes), expositions, chimioprophylaxie et observance, vaccins, frottis et TDR (espèce, parasitémie), FSC, bilan hépatique, créatinine, hémocultures.

Consulter aux soins intensifs si :

  • UrgentPaludisme grave (artésunate IV par le Réseau canadien sur le paludisme) — immédiatement.
  • UrgentChoc (dengue sévère, sepsis) — immédiatement.

Déclarer les MADO (paludisme, typhoïde, rougeole, FHV) à la santé publique.

  • UrgencePaludisme à falciparum non compliqué (hospitalisation) — appeler l’infectiologue de garde
  • RapideMaladie tropicale possible sans atteinte de l’état général (paludisme exclu) — priorité B (≤ 10 j)
  • RapideParasitose intestinale confirmée — priorité B (≤ 10 j)
  • RapideFièvre inexpliquée depuis plus de 14 jours (bilan de base négatif, hémocultures incluses) — priorité B (≤ 10 j)

À préparer : pays, escales, dates, expositions ; chimioprophylaxie (observance), vaccins ; frottis et TDR (3), FSC, bilan hépatique, créatinine, hémocultures, analyse d’urine, RX poumons ; éosinophiles et sérologies ciblées ; hospitalisation à l’étranger (SARM, ERV, EPC).

Algorithme

Oui

Non

Oui

Positif

Grave ou falciparum ≥ 5 %

Non compliqué

Négatif

Non

Fièvre au retour de voyage
Pays, escales, dates, expositions,
prophylaxie, vaccins

Afrique subsaharienne ou zone d’éclosion
≤ 21 j + exposition à risque
(funérailles, malade, liquides) ?

FIÈVRE HÉMORRAGIQUE VIRALE possible
Isolement immédiat, ÉPI
Aviser PCI, microbiologie, santé publique

Séjour en zone impaludée
dans les 3 derniers mois
(jusqu’à 1 an) ?

URGENT : frottis épais et mince
+ test de détection rapide
Résultat en quelques heures

Espèce et parasitémie
Critères de gravité ?

Artésunate IV 2,4 mg/kg
à 0, 12, 24, 48 h
Réseau canadien sur le paludisme
Soins intensifs

Atovaquone-proguanil
4 co die × 3 j
Hospitaliser si falciparum

Répéter q12-24 h
× 3 au total

Bilan selon incubation
et syndrome

FSC, bilan hépatique, créatinine,
hémocultures × 2, analyse d’urine,
RX poumons ; sérologies ciblées
dengue, VIH, hépatites, lepto

Oui

Non

Oui

Positif

Grave ou falciparum ≥ 5 %

Non compliqué

Négatif

Non

Fièvre au retour de voyage
Pays, escales, dates, expositions,
prophylaxie, vaccins

Afrique subsaharienne ou zone d’éclosion
≤ 21 j + exposition à risque
(funérailles, malade, liquides) ?

FIÈVRE HÉMORRAGIQUE VIRALE possible
Isolement immédiat, ÉPI
Aviser PCI, microbiologie, santé publique

Séjour en zone impaludée
dans les 3 derniers mois
(jusqu’à 1 an) ?

URGENT : frottis épais et mince
+ test de détection rapide
Résultat en quelques heures

Espèce et parasitémie
Critères de gravité ?

Paludisme grave :
ambulance (911) vers l’urgence
(artésunate IV, soins intensifs)

Atovaquone-proguanil
4 co die × 3 j
Hospitaliser si falciparum

Répéter q12-24 h
× 3 au total

Bilan selon incubation
et syndrome

FSC, bilan hépatique, créatinine,
hémocultures × 2, analyse d’urine,
RX poumons ; sérologies ciblées
dengue, VIH, hépatites, lepto

Pièges et perles

  • Une prophylaxie bien prise n’exclut pas le paludisme.
  • Un premier frottis négatif ne suffit pas : il faut 3 frottis.
  • P. vivax et P. ovale peuvent apparaître des mois après le retour.
  • Les VFR (immigrants qui visitent leur famille) sont les plus à risque : ils consultent rarement avant le départ et se croient immuns. L’immunité disparaît en quelques années hors zone d’endémie.
  • Éosinophilie + baignade en eau douce en Afrique = schistosomiase. Avant tout corticostéroïde chez un patient venu d’une zone d’endémie, dépister la strongyloïdose (risque d’hyperinfection).
  • Le paludisme est une MADO au Québec, tout comme la fièvre typhoïde, la rougeole et les FHV.

Outils publics de l’Estrie

Documents publics de Santé Québec – Estrie-CHUS, utilisés à la place de documents internes. Voir aussi Accueil clinique : ordonnances collectives publiques.

📄 Outil public de l’Estrie — OC-SV-001 : Traitement de la diarrhée aiguë du voyageur (clinique santé-voyage) (2019)

  • Réhydratation orale d’abord ; diarrhée modérée (12 ans et plus) : lopéramide 4 mg puis 2 mg après chaque selle liquide, max 16 mg/j, 24-48 h.
  • Diarrhée sévère, fièvre ou sang : antibiotique sans lopéramide — azithromycine 500 mg die 1 à 3 jours (enfant 10 mg/kg/j, max 500 mg) ou ciprofloxacine 500 mg q12h 1 à 3 jours (16 ans et plus).
  • Consulter si fièvre (surtout au retour d’une zone de paludisme), déshydratation ou diarrhée persistante.

Résumé dans nos mots. Source : Santé Québec – Estrie-CHUS, OC-SV-001. Document public utilisé à la place d’un document interne ; les corridors, formulaires et délais sont ceux de l’Estrie : utiliser ceux de son milieu.

Références

🔗 Voir aussi