En bref : La plupart des cervicalgies sont mĂ©caniques et guĂ©rissent spontanĂ©ment en quelques semaines. On cherche dâabord les signaux dâalarme (infection, nĂ©oplasie, fracture) et les signes de myĂ©lopathie, une urgence relative Ă ne pas manquer. AprĂšs un trauma, la rĂšgle canadienne de la colonne cervicale guide lâimagerie. La radiculopathie se traite dâabord de façon conservatrice. On demande une IRM en cas de dĂ©ficit progressif, de myĂ©lopathie ou dâĂ©chec aprĂšs 6â12 semaines.
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Diagnostic : Cervicalgie sans signe dâalarme
Objectif : Diminuer la douleur et retrouver la mobilité
Fréquence suggérée : 6 à 8 séances sur 6 à 8 semaines, puis réévaluation médicale.
Précautions : Pas de manipulation cervicale si signes neurologiques, myélopathie ou suspicion de dissection (douleur brutale, céphalée, signes centraux).
Ces services ne sont pas couverts par la RAMQ (assurance privée, CNESST ou SAAQ selon le cas).
Causes
| Catégorie | Exemples |
|---|---|
| Mécanique (> 90 %) | Entorse ou spasme musculaire, posture, whiplash (flexion-extension), arthrose cervicale (uncarthrose, facettes) |
| Radiculaire | Hernie discale (jeune), sténose foraminale par ostéophytes (ùgé) |
| Médullaire | Myélopathie cervicale spondylotique, sténose canalaire |
| Systémique ou inflammatoire | Pseudopolyarthrite rhizomélique, polyarthrite rhumatoïde (instabilité C1-C2), spondylarthrite, fibromyalgie |
| Graves | Spondylodiscite ou abcÚs épidural, métastases, fracture, dissection carotidienne ou vertébrale, SCA (douleur référée), méningite |
Signaux dâalarme
- Trauma récent important, ou trauma mineur chez une personne ùgée ou ostéoporotique.
- FiÚvre, frissons, utilisation de drogues IV, immunosuppression, corticothérapie prolongée.
- Antécédent de cancer, perte de poids inexpliquée, douleur nocturne ou au repos.
- Signes de myélopathie :
- maladresse des mains, trouble de la marche ;
- Hoffmann, Babinski, hyperréflexie, clonus ;
- atteinte sphinctérienne.
- Céphalée brutale ou signes neurologiques centraux, qui évoquent une dissection (souvent aprÚs une manipulation ou un trauma mineur).
- Ăge > 50 ans avec raideur des ceintures et VS ou CRP Ă©levĂ©e (pseudopolyarthrite rhizomĂ©lique, artĂ©rite temporale).
Examen
- Inspection, palpation, amplitudes (rotation normale dâenviron 80°).
- Examen neurologique complet des membres supérieurs et inférieurs : force, sensibilité, réflexes, signes pyramidaux.
- Spurling : extension, rotation et inclinaison vers le cÎté atteint avec compression axiale. Un test positif reproduit la douleur radiculaire (spécifique, peu sensible).
- Test de distraction : la traction axiale soulage les symptĂŽmes radiculaires.
| Racine (disque) | Fréquence | Douleur ou sensibilité | Faiblesse | Réflexe |
|---|---|---|---|---|
| C5 (C4-C5) | Rare | Ăpaule, face latĂ©rale du bras | Abduction de lâĂ©paule, deltoĂŻde | Bicipital |
| C6 (C5-C6) | Environ 20 % | Avant-bras latéral, pouce, index | Flexion du coude, extension du poignet | Bicipital, stylo-radial |
| C7 (C6-C7) | Environ 60â70 % | Majeur | Triceps, extension du poignet et des doigts | Tricipital |
| C8 (C7-T1) | Environ 10 % | 4e et 5e doigts, avant-bras mĂ©dial | FlĂ©chisseurs des doigts, intrinsĂšques | â |
| T1 | Rare | Bras mĂ©dial | IntrinsĂšques (abduction des doigts) | â |
Imagerie
- Les radiographies simples ont peu dâutilitĂ© sans trauma. Une arthrose radiologique est quasi universelle aprĂšs 50 ans et ne corrĂšle pas avec la douleur.
- EMG : si le diagnostic est incertain (neuropathie périphérique, syndrome du canal carpien associé).
Prise en charge
- Rassurer : lâĂ©volution est favorable chez la majoritĂ© des patients. On encourage Ă rester actif et on Ă©vite le collier cervical prolongĂ©.
- Exercices (mobilité, renforcement des muscles profonds du cou et des scapulaires), correction posturale et ergonomie. Physiothérapie ; thérapie manuelle ou acupuncture selon la préférence du patient.
- Analgésie :
- AINS (p. ex. naproxĂšne 250â500 mg PO bid Ă 1â2 sem.) si pas de contre-indication ;
- acétaminophÚne ;
- relaxant musculaire de courte durĂ©e (cyclobenzaprine 5â10 mg HS) en phase aiguĂ« ;
- éviter les opioïdes.
- Radiculopathie : mĂȘme approche, avec un court essai de prednisone possible (bĂ©nĂ©fice modeste). Une infiltration Ă©pidurale ou foraminale guidĂ©e se discute en cas dâĂ©chec. On peut essayer un agent de la douleur neuropathique (bĂ©nĂ©fice incertain).
- Référence en neurochirurgie ou orthopédie :
- myélopathie (urgente si progressive) ;
- déficit moteur progressif ou sévÚre ;
- radiculopathie invalidante aprĂšs 6â12 semaines.
- Whiplash : Ă©ducation, activitĂ© prĂ©coce, pas dâimagerie sâil est Ă bas risque. La plupart rĂ©cupĂšrent en moins de 3 mois.
â ïž Chez la personne ĂągĂ©e, une myĂ©lopathie cervicale se prĂ©sente souvent par des chutes, une dĂ©marche instable et des mains maladroites, sans douleur importante. Il faut lâĂ©voquer devant un dĂ©clin fonctionnel inexpliquĂ©.
đĄ Une douleur cervicale avec fiĂšvre et utilisation de drogues IV fait penser Ă un abcĂšs Ă©pidural jusquâĂ preuve du contraire : urgence (IRM, hĂ©mocultures avant les antibiotiques si possible).
Consulter
Envoyer Ă lâurgence si :
- UrgenceMyĂ©lopathie rapidement progressive (mains maladroites, trouble de la marche, signes pyramidaux, atteinte sphinctĂ©rienne) â IRM urgente, neurochirurgie
- UrgenceDéficit moteur aigu ou rapidement progressif (radiculopathie avec déficit moteur significatif)
- UrgenceCervicalgie fĂ©brile, UDI ou immunosuppression (abcĂšs Ă©pidural, spondylodiscite) â IRM, hĂ©mocultures avant antibiotiques
- UrgenceTrauma cervical Ă haut risque (rĂšgle canadienne de la colonne cervicale ; fracture possible) â TDM cervicale
- UrgenceMĂ©tastase rachidienne soupçonnĂ©e (ATCD de cancer, douleur nocturne, perte de poids) â IRM
- UrgenceCéphalée brutale ou signes neurologiques centraux (dissection carotidienne ou vertébrale)
- UrgenceRaideur des ceintures avec céphalée ou troubles visuels (artérite temporale)
Consulter en neurochirurgie si :
- RapideMyĂ©lopathie compressive stable (symptĂŽmes > 8 semaines) â prioritĂ© C (†28 j)
- ĂlectifRadiculopathie sĂ©vĂšre avec limitation des AVQ (> 8 semaines) â prioritĂ© D (†3 mois)
- ĂlectifRadiculopathie modĂ©rĂ©e chronique (> 8 semaines) â prioritĂ© E (†12 mois)
- ĂlectifCervicalgie avec instabilitĂ© dĂ©montrĂ©e Ă lâimagerie (p. ex. C1-C2 dans la PR, sans atteinte neurologique) â prioritĂ© D (†3 mois)
Consulter en physiatrie si :
- RapideRadiculopathie persistante, infiltration guidĂ©e envisagĂ©e (4 semaines Ă 6 mois) â prioritĂ© C (†28 j)
à préparer : examen neurologique (force, réflexes, Hoffmann, Babinski, marche) ; durée et évolution ; IRM ou EMG si faits ; traitements essayés (physiothérapie, AINS, prednisone) ; impact fonctionnel.
Références
- Objectifs dâexamen du Conseil mĂ©dical du Canada (CMC) : douleur cervicale.
- Stiell IG et al. The Canadian C-Spine Rule for radiography in alert and stable trauma patients. JAMA, 2001 ; validation : NEJM, 2003.
- Doses de lâanalgĂ©sie : posologies usuelles des monographies canadiennes (naproxĂšne, cyclobenzaprine).
- MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spĂ©cialisĂ©e (CRDS) â Neurochirurgie.
- MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spĂ©cialisĂ©e (CRDS) â Physiatrie.